VELAZQUEZ ET SES OEUYRES VELAZQÜEZ ET SES (EUVRES WILLIAM STIRLING PAR G. BRUWKT ET UN CATALOGUE W.S TABLEAUX BE VELAZQUEZ PARÍS V" J. RENOUARD, LIBRAIRE ÉWIEUll m I.'HrSTOinE DES l'EI^TItE« DE TODTES LES ÉCÚ AVANT-P110P0S Le goút de plus en plus répandu pour les chcfs- d'reuvro des arts, l'attention avee laqudle on étudie dfis portions assez peu connues jusqti'ici do l'his- toire de la peinture, tels sont los motifs gui nous ont engagé a mettre le public franjáis en inesurq.de cónsulter une excellente biographie d'un des plus ¡Ilustres maitres dont l'Espagne a le droit d'iHro si fiére. II s'agit de Velazquez et du Uvre qufi lui a con- sacróM.W. Stirling, membre de la Chambre des Communes. L'éciivain anglais a traite un sujet dont il itvait une connaissance intime; il s'y était preparé par des voyages dans la Péninsule, et il a donnó datis un antro ouvragc (Annafcs des Artilles en Espagne, 1848, 3 vol. in-8°) la preuve de TiHcnduc! des útudcs auxquelles il s'est Iivró a l'égnrd des productions des peintres qui ont vécu au dclá dns Pyrénées. Nous íivons pensé que les amateurs peu familia- T'iscs ¡ivoo la lan^uc anglaisc accorderaient, un a o rueil bienveillant a la traduction d'un écrit qui joint ¡ 1 mérite d'ime narration elegante celuí de l'exac- 11 titutle des recherches. Nous n'avons point voulu, d'ailleurs, nous en te- nir á une simple versión ; noua noua sommes pro- pos''^ de rendre lo volumo publié á París fort utile au.\ personnes qui posaedcntdéja le livre do M. Stir- lingr, livro d'ailleurs ípuiséfoiti of print) et qu'il est difficilo do se procurer. Nous avons ajouté diversea notes hiatoriques, biblioiíraphiques et artístiques ; nous distinguons CPS annotations par des initiales diverses(W. S., — (r. B-, —W. B.), on sorte qu'a chacun revient la t'esponsabilité de son reuvro. ifne adjonction plus importante est le Catalogue des pcintures de Velazquez existant aujourd'hui daus les musées et galeñes de l'Europé. M. \V. Ttürg-er, qui a visité toutes ees galones, a pu reunir et dé- crire dnns ce catalogue pres do deux cent cinquante tableaux.' 11 serait fort superflu do parler ici du mérite do Velazquez, de l'iiitérót que présente ea biographie el. de sos chefs-d'rmivre : il y a des noma qu'il suffit dd prononcer pour que tout éloge devienne superflu. EXTRAIT DE LA PRÉFACE DE M. STIRL1NG. Les pagos qui suivent ont d'abord été tracéea ¡ivec le projet de reproduire la Vie de Velazquez, telle qu'elle est contenue daña lea Annales des Ar- tistes en Espagne *, en y joignant les uddilions que semblait ruclamer une puhlication nouvelle ct sé- parée, en y consignant les íaits que des voyages ré- cents et des lectures perseverantes avaient portes á ma connaissance. En voulant exécuter ce projet, je me suis trouvé conduit h écrire derechef mon tra- vail en entier : j'espere qu'il n'aura paa acquis en étondue sans avoir aussi gagné quelque chose en qualité. Le catalogue des estampes est rédigé it'apréa colles queje poseéde, etd'apres la collection encoré plus nombreuse qu'a lbrmée mon ami M. Charles Morse, auquel je dois heaucoup de coinmunica- tions útiles. Jai ajouté J'indication de toules les estampes que j ai pu voir iiillcursou qni ni'ont été eignalées; et si cette liste n'est pas partaitement complete, c'est du moins la preniiere qu'on ait es- 1 Atrnah of IheArtisUin Spain. London, 1848, in-8». s¡iyé de fairc des estampes roproduisant los ccuvres du grand artiste cas tillan. Les seuls matériaux que I'on roncontre pour l'his- toire de Vdazquez, sont les détailg relatifa a sa jeu- nesse, oonsig-nés dans l'ouvrage de son beau-pére Pacheco, publié en 1649, et les renseignenients in- stirés dans les biographies des artistes espagnola mises au jour par Palomino, en 1724, et par Cean Bennudez, en 1800. Je ne connais aucune autre source íi laquelle on puisse puiser, si ce n'est les vers du Vénitien Boschini que j'aurai soin de citer, mais qui n'appronnent pas gTand'clioae. Cumber- Iand parait n'avoir eu d'autre g^iide que Palomino, lorsqu'íl a rédigé ees Anecdotes ofPainting in Spain (Londres, 1782, 2 vol. in-12); les éorivains plus modernos se sont contentes de recourir á Cean Ber- mudez, dont l'exactitude Iaborieuso est d'ailleurs digne d'éloges. J'ai longuement discute, dans la proface de mes Annales des Artistes en Espagne, lo méritc des principaux ócrivains espagnols, frangaig, anglais ct allemands, qui ont abordé la biographie des artistes de la Péninsulc, et je crois inutile de reproduire mes observations á cet égard. Mais, depuis Ja publication de ees Annales, de nouvelles rceberches ont amené la connaissance de faits encoré ignores ou peu connus, et j'ai dü les placer daus mon récit. ANNEXE A VAPt'ENDlCK, C-c volume était flni, Tappeniiice, la lable, et toul, lorsque M. William Stirling a eu la complaisance de nous envoyer deux fragments qu'il se proposait d'ajouter ¡i une nouveüe édition de son livre anglais. Nous remer- '•ions vivcment M. Stirling du concours obligcant qu'il a bien voiilu préter a cette tradiiction fran^aise. Voici le premier fragment, á intercalar p. 83, á la suitedu portrait ¿queslre de Philippe IV, n" 2!)9i.lu musco ile Madrid : Dans le palitis de. Gripsliolm, le Versaillrs de k Sufule, viche en portraits historiques, il y a un trfcs-beau portrail «•questre de Philippe IV par Vekíijuez. Le roi est jeune Di sans barbe, si jeune, qu'il est possible que cette pemtiire soit une petite répétition de celle qui I¡t la fortune de l'artiste. II est vétu de noir, avec de hautes bottes, ot il tient son cha- peau dans sa main droite, contre la banche. Le palefroi, d'un blanc de neige, avec une selle de velours pourpre, "chement brodúe d'or, sa longue criniere liée par trois nceuds de ruban rouge, n'est point cabré et il marche le pas. Pour fond, simplement un mur et une Dolonnc. Le cavalier et Ir ''heval aontpeints, l'un et l'autre, avec un esprit et une viva- rité extremes. La dimensión est á peu prés le tiers de ]¡i grandeur naturelle, la toiie ayant 6 pieds 3 pouces de haul surS pieds 6 pouces do large. Ce tableau futdonné a la rcinr; '•hristlne par Pimental, ambassadeur d'Espagne en Sucdo1. 1 Gripsholm, ele Slockholm, 18G2, In 8°. p. IW. VELAZQUEZ ET SES ITXVUES. Sncoiii] fragmcnl, i inlercaler p. 12.Í, aprús l¡i ligne 21 : Nous avons quelques renscignemcnts sur le séjour dti Velazquea á Saragosse. La capitale de l'Aragon n'avait guere temí ses anciennes promesses de supériorité artistique. Au quinzieme siecle, elle avait fourni á Ferdinand le Gatholique plusieurs portrai- tistes hábiles, Pedro Aponte, a qui est attribuée la supcr- cherie {(he trick, le truc) qui trompa les Mores de Grenadc i¡t prúserva le camp de Santa F6 avec des murs en toilü peinte. Une génération plus tard, Damián Fonnent eleva dans les calhéjirales de Saragosse ct de Huerca deux autels en rnarbre, des plus beaux qu'il y ait au monde. Quelques- nnos des demeures de la noblesse á Saragosse comptaient parmi les plus elegantes de l'Espagne; on admirait la gran- deur architecturale de leurs oours entourées de galeries, Jes sculptures des eacaliers, des grandes salles et des chambres d'apparat. Quant a la peinture, les Gastiiles, Valence, l'An- dalousie, avaleut devaneé la métropole de l'Aragon. Mais cependaut, a cette époque, il y avait a Saragosse un peintr« d'une habileté tres-notable, Jusepe Martínez, a qui ses D¡s- courspratiquea sur lapeintare1 méritcnt une place importante parmi les anciens écrivains sur l'art espagnol. II avait passi'1 íjuelques années, notamment l'année 1623 *, en Italie, áétu- dier sa profession, dans laquelle il était devenu un des plus savanls de sa villenatale.il se lia tout de suile avec Velaz- 1 Discursos practicables dii nobilísimo arle de la Pintura, sus rudimen - toSf medios y fines* Zaragoza, 1853, in-4°. Le manuscrit, connu el consulU' par Pérez et par Cean Dcrmudez, ne ful imprimé pour la premiera Cois quVn 1853, dans lo feuilleton du Diario Zaragozano, el emú i te en an volume in 4", tira teulcmenl a 40 enera pía [res. quez, et divcrs souvcnirs de ses relations avec le Castillan su rencontrentdansleüvre de l'Aragonais. Lorsque Vclazquez, durant son séjour a Saragosse, avait un tablean á pcindre mi á finir, il paraií qn'il allait travailler dans l'atelier do Mar- tínez. Une Ms entre autres, H flt le portrait d'unfijeune lady, « peinturc, dit son ami, d'une qualitc" exquise, córame les autres productions de sa main. » Mais son lalent ne le garantit paa contre les vexations auxquelles sont exposés les pcintrns de portraits, et auxquelles n'ont échappe" ni Titien, ni van Dyck. Lo Uibleau emporté, le pero en était satisfáit, mais la filie en fut si mécontente, qu'elle refusa de pcrmeltre qu'on le gardát dans lamaison. Le pere, embarrassé, demande la raigón de ce mécontcntement. La jeune lady répondit que son attente était aLsolument trompee, et spécialement a cause de "- la grande injusticu faite á son col,» qui, disait-elle, était de la plus fine guipure des Flandres. II est probable que la plupart des renscigneménts et anee- dotes concernant les peintres de Madrid, de Tolode et dos Ocoles du sud de l'Espagne qui se rencontrent dans le livnt de Martínez lui furent communiqués par Vclazquez, dont l'autorité est expressément citée a propos de cette allégation que « Delgado de Séville était un statuaire supérieur á son malíre Gaspar Becerra'. i>. Parmi les ceuvrcs los plus remarquables, existant au- jourd'hui, de Martínez, est une serie de quinze du í tnJileaux de la Fie de la Vierge, décorant encoré la do Nuestra Seiwra de la Blanca* dans la ctithedrale de la Seu, >¡scursc> praclüabUs, p. 170. can Bermudez s'esl trompé en altribuant i Martínez, au lita ile ce» ires, une ferie psinle par un a r lis te trts-inférieur dans lo ch apelle de 'ra Señora de la» Sievei. Je dols ceüe reclincaUon a M. Valentín Car- 3, le pcinlre, qui lui-méme cat de Saragosae. VELAZQtEZ ET SEü lEL'VRES. ;'i Saragosse. La composition et la couleur en sont exccl- letites et ils conliennent des tetes qui prouvent que Martínez, durant ses voyagea en Italie, avait été vivement impressionntf par le style du Parmegiano. Le portrait de l'arcbeveqiK! Apaolara, agenouillé ilevant la Vierge, dans un de ees ta-- bleaux, rend probable que la serie avait été donnée á k cha- pfille par ce prélat. Ce tableau est un des meilleurs de IJI cnllection, et la tete de 1'arcb.evéque est peintt avec une forcé ijui approche de Velazquez. Surlarecommandation de Velazquez, Philippe IV iit h Martínez l'honnear de le nommcr tm de ses peintres ordi- nairiis. A la niort du roí, Martinez exícufa denx grandes pointures pour le catafalque írigé dans la cathédrale par la corporation de la citó á l'occasion des funéraillcs. L'une 6tai[ un portrail íquestre de Philippe IV; l'aufre representait lfs magistrats, en costume de deuil, contemplan! qnel(¡ucs ligures aHégoritnies qui apparaisaent sur düs nuages. Ces d(iux tableaux ont été conserves, ou du moins ils eiistaicnl encoré il y a peu d'anníes, quoique en mauvais état, dans Ja noble salle, un peu délabrée, du la Rourse. Martinez fut en l'aveur auppés de don Juan d'Aufricbe, IR fils nafurel dfi mi. niiiis cependant l'espoír du patronage de ce prince i't d'im succes a l a cour nele decida point a quitter su ville natale pour la capitale. II moumt a Saragosse en 1682, age de soixante-dixans. Los notes de M. Stirüng indiquen! aussi qu'a la page '¡\, lignc 1, nprf'slc priínnni Federico, il faut ajouler Zuccaro. VELAZQUEZ ET SES OEUVRES CHAPITRK I L'art de la peinture prit tardivement racine sur le sol de l'Espagne; sa croissance fut lente. De nombreuses baltades ct des chansons liistoriques oü se rúvélaient des lii'autós vfíritables, quclqucs chroniques écrites d'nne facón pittorosque et ncrveusc, plusieurs poemes, imi- tatiuns ¿legantes de modeles itaü'ens, et infime quel- ques essais de critique, avaient constate les origines de '•i langue caatillane et poli son style, — une foule de splcndides óglises, d'imposants monastércs, de palais, de cliftteaux fóodaiix avaient alimenté le génie et l'habiletó des architcctes castillans, avant que l'Espagne eút pro- duit un peintre dont les ceuvrcs soient arrivées a Vé- poque oü l'art et ses monuments dcvinrent l'objet d'une attention óclair6e. Jusqu'a l'union des couronnes d'Ara- gon et de Castille, et jusqu'á rextinction de la puisaance des Mores, les Espagnols n'eurent ni le temps ni le dósir de cultiver les arts de la paix et d'acquérir les raffinements (le I.i(iivili«!i1.inn. n'iinrionni^ rclations comino re i ales pt 2 VELAZQUESt ET SES (EUVllHS. politiques entre l'Aragon et l'Italie introduisirent quelque gollt pour la peinture & BarceJone et b. Saragosso, i une ópoque oíi le reste de la Péninsulc était, a cet égard, plongó dans une complete indifférence. Les noms de quelques peintres, qui paraissent Espagnols d'origine, se rencontrent dans des documents monastiques du quator- ziemo siecle. Le roi Jean II de Casíille (1407-1454), qui aimait la poésie, la musique, la soeiété des lettrís et des ménestrcls, avaít a sa cour deux peintres tótrangers, le FInrentin Delln * et le Flamand Rngel * . 1 Sur ncllo, de Florcnce, voír Vasari: « Helio se rendit ii la ,-our di! roi d'lispagne, oü il oblint un erédit qui surp.T.<¡ri tmili^ sf<. es- perances... Comblé d'honncurB et do ri.ln . . • i.. , ' . • r;, ,•, II . reyintáFlorence...Plastard,ilretouni,l • n, . „, , 1 ,,,-ut hV-ígc de quarante-ncuf a n s (1421?). U< i.u u i,¡ , | , i , r u n luni- btiüu, s u r Icqucl un grava r é p i t a p h e s u i v a u k : a IMlus eques Fio ron ti ñus Piclur» arlls percelebris l'.inlo Ucceilo a introduit le portrait de Dello dans un tablean de Fíglisc Saiita-Miiria- Novilla, í'ítfim enivraní son pire Noé.~ W . ! Ce ltofjcl de Flandre cst presque certainement Roger va» der Weydcn, thmt la liinpraphie n cté reslituée récemmcnt par les Oru- d t t s d c l a Hi l-i'l" 1 .«i - i i i l i n i t p a r M . W a u l c r s . a r c h i v i s I e a B r u x d k s . Voir sa 1IÍII,LJM[ luí 'l.i ¡i- \'II ¡.j ct c'est peut-fitre a cette époque qu'il passa e n Espagnc, i la cour de Jean I I . Ce qui paralt s u r , c'est qu'un triptyquc peint p a r Roger en 1431 (aujourd'hui a u MUSÉC de Bcrlin, n" o3i a ) , ct donné p a r le pape Martin V a u roi l e a n , était e n 144,'j á la Chartreiisc de Mivaflores. L'Espagne poüside eii- core quelques belles pcintures de Roger van der Weyden, la fameusc Mais, os trois grandes écoles de la peintiire espagnole, colles d'Andaloiisie, de Gastille et de Valence, aucune ne peut étre désignée comino ayant eti une existence bien dtSfjnie avantle milieu du quinziéme siécle. Juan Sánchez de Castro, le fondateur de la prcmifcre, florissait, a ce qu'on suppose, a SiS-vilIe, de 1434 íi 1/J16. Antonio Rin- cón 1 , qui recut vers l'an 1500 la croi\ de l'ordre de Saint- Jacques des mains d'lsabelle la Gatholique, cst regardó comme lo pére de recolé de Castillo. Valonee doit son acole a deux Italicns, nóminos Neapoli et Aregio, qui pci- gnaíent pour la cathódrale, en 1306, et qu'un person- nage peu connu, Nicolás Falco, suivit á un long ¡nter- valle. Les artistes qui sortirent de ees écoles dans le cours du geizieme sicele, et qui méritent encoré un souvenir honorable, sont loin d'etre nombreux. Quoique Isabelle la Catholique eftt un Castillan pour peintre de sa cour, son petit—íils Gharles-Oui nt , qui avait pour l'art un goút aussi vif qu'éclairé, ne parait pas avoir rencontrií un seul Elspagnol en état de manier le pinceau d'uno fucon. digne d'obtenir la protection impíriale. Séville se vantait tou- tefois do posséder Luis de Vargas et Juan Villegas Mar- Dcscmle de croix (Mtisée royal de Madrid, n* (0*6), peinte pour la chapelle hors les murs de Louvaín, et dont OH voit des répélilions 1 VEscorial et au Mus¿e national, dit del fomento. Nó en 1400, Huger mouruten 1464.— W. ' Le Muséc de Madrid niontrn deux copies d'apres Antonio Rin- cón : portraits en pied de la reine Isabelle la Catholique et de son mari, le rpi Ferdinand V d'Aragon. Né a Guadalaxara en 1446, Rincón mourut en ISOO.—W. moleja 1 . Le premier et le plus habile de ees artistes étudia dans les écoles de Rome; son style rappelle celui de Perino del Vaga; le second semble s'étre plus spécia- lcment attaclid á des modeles fiamands; ses compositions, plus aeches et plus dures, oflrent de la ressemblance avec celles de jfemling 1 , qu'elles soiit d'aiileurs loin d^galer. Pablo de Céspedes , chanoine de Cordoue, longteinps établi á Rorae, joiüt d'une réputation que ne justiiie nullement le petit nombre de tableaux qui restent de lui; s'il mórite que sa ménioire se conserve, c'est moins córame pcintre que commc auteur d'un poSme sur la peinture et de quelques notices surrart,qiiisontles pre- miers écrits de ce genre que présente la Castillo. Louis Morales *, surnommó le Divtnt appaítenait peut-Ctre ;t l'ócole de l'Andalousie, quoiqu'il eüt vécu il Badajoz. Les tablean* dans lesqucls il a retrucó quelques-uns des (ípi- 1 Hioii de ees artjstes au Mus¿e de Madrid. Voir, |>our Inurs bio- graphies, Palomino et Cean Bermuduz. « Luís de Vargas trans- forma le premier, a Séville, lu style golkique, qui avait régné jus- que-lá en Andalousie.., Suivant Pacheco, il était resté vingt-liuit mis i étudier en Italie... Né en 1502, mort en 1568, suivant Pacheco et Morcado. » (T, T., Remede Paris, 1B35].— W. * C'est depuis la publicatiun du livre de M. Stirling qu'ont ét¿ découverls í" Brugcs, par M. Wealc, les documente qui prouvotit que le vrai nom de ce grand pcintre est Muraling ou Memlinc— W. • Le Musée royal de Madrid possede six tableaui de Morales: unv. Vierge át douteurs (n- 45), un Ecce Homo (n° 49), la Circuncisión (n° 410), tableau capital, avec neuf figures en pied; une Tele de Chritt {a- ISO), une Vúrge avec l'Enfant (n° 157), et un autre Urce llama. Voir, sur Morales et sur tous ees mal tres primitifs, Eludes íur la peintare apagno!e,jar T.T,, Heme de Partí, I83S.—W. sudes los plus pathétiques de la vie de Nolre-Scigncur ot de cello de la Vierge, ne sont pas moins remarquables poiir I'énergie de l'expression et pour la profondeur du sentiment religicux que pour la \igueur du colorís et la supinante technique de l'exécuüon. Ces mórites appartiennent aussi, dans un degré ómi- nent, a Vicente Juan Macip, appeló habituellement Juan de Joanues', et qui üent un rang des plus distingues parmi les pcintres de Valencc. Sa grande supériorité sur tuus les anciens artistes de cette ípoque donne tout lieu de íiroire qu'il étudia en Italie. U serait cependant dif- íicile d'indiquer quelque peintre italien dont le style ait exercíí sur son esprit une influence qui se soit manifestée 1 < On un connait avec certitude ni le lieu de sa naissance, ni i múme son nom. L'actedresséa son décts, quiloi donne cinquanle- six ans en 1579, fait remonter aa naissance ¡i l'aunée 1523.11 cst encové hors de douk qu'il naquít dans le royaume de Valen ce, et l'on s'accorde a croirc que ce fut dans le búurg de Fuente la Hi- guera. II est connu parmi les artistes sous le nom de Juan de Joanes, ou Juanes. Son testament, trouvé longtomps apres sa raort, lui donne aussi le prénom de Vicente, ce qui le ferait nommer Vi- cente Juan, au rebours de son fíls, qui s'appela Juan Vicente. Des recherches faites réccmmcnt á Valencc, apres Palomino et Cean Bermudez, autorisent a croirc que son vrai nom de famillc éUit Macip. H est proliahle qu'ctant en Italie, ¡1 cut la fantetei&jKlorg fort commune, de lntiniser l'un de ses. préuoms et d'en fairc un nom de famiíle, ou un suriiom de peintre. De la >int. par habitude et par corruption, telui que lui ont donné les Espagnola : Junn de Joanes... » (Louis Viardot, ks Muaéc* d'Eipagne,^' edit., p. 246.) l.e Muaée de Madrid possede di\-huit tableau* de Juanes, la |ilu- part extrémement remarquables commc scicncc i\c. dcssiii ct comino se»crité de carartftre.—w, 6 VELAZQLCZ ET SES (IUVKES. dans ses ouvrages. Au point de vue de I'élóvation du ca- ractfire, quelqucs-unes de ses tetes du Sauvcur ont ra- rement dté ¿galóes, et plus rarement encoró surpassóes. Affectant dans le dessín une sóvóritó antique, ií se plai- sait a dúploycr les richesses d'un coloris éclatant. La Castillo fut, au soizieme siecle, plus riclie en pein- tres distinguís que l'Andalousie ot que Valence. Fer- nando Gallegos (|qui florissait vers 4560) orna les opu- lcnts monastéres de Salamanque d'reuvres qui n'auraient pas «'¡te" indignes des meilleurs maitres de Bruxelles et de Bruges. La citó métropolitaine de Tol&de était fifere do son Alonso Berruguete (vers 1480-1361), artiste du pre- mier ordre, qui avait étudié dans l'école de Michel-Angc a Rome, ou qui du moins s'était familiarisó avec les osuvres de ce grand nomine. Comrae architecte, ¡1 n'a jamáis etc surpassó dans ce style somptueux que les Espagnols ap- pellent/j/aíeresco ou d'orfévrerie, et que le reste de l'Ku- rope designe sous le nom de style de la Renaissance. On vóit encoré a Salamanque quelques fagades dont ü fournit les dessins, et que couvre une riche omenientation traciíe avec gout, oü se combinent des guirlandes, des oiseaux, dos masques bouffons, des arabesques tracées avec la fa- cilité la plus gracieuso et sculptées avec autant de dóli- catesse que de fermete", sur des pierres aux tons chaucls; rien de plus parfait n'est sorti a la mCme époque des mains des artistes italíens et francais qui ont laissó des chefs-d'ceuTre a Paris et a Fontainebleau. Commc sculp- teur, Berruguete a Jaissé quelques beaux ouvrages en hoís ou e n m a r b r e , et ses tableaux, devenus tres-rares aujourd'hui, montrent, malgrd un colorís lourd et pauvre, une telie grandeur de dessin, qu'ils siifüraient seuls pour arraeher son nom a l'oubli. Luis de Carvajal (1534-1613) et Blas de Prado (morí \ers 1577) foumirent aux couvents et aux autels de Tolede de nombreu\ ouvrages oü se montrent un senti- ment elevé, ainsi qu'une libertó, une hardiesse de main, jusqu'alors inconnues dans la Castille; c'est la aussi que Domenico Theotocopuli, surnommó le Greco' (il florissait de 1577 a 1625), apporta de Venise une splendeur de colorís qui compense grandement rincorrcction de dessin ct l'extravagance qui trop souvent défigurent ses tableaux. En élevant rEscurial et en décorant ses autrcs palais, Phiüppo II donna aux progr&s de l'art une impulsión sa- lutaire; c'est le seul avantage que présente ce régne fu- neste et calaraiteux. Les artistes qu'il róunit autour de lui furent d'ailleurs presque tous des ótrangers, et ils n'íítaient pas choisis parmi ce qu'il y avait alors de plus distingue. Alonso Sánchez Coello ', son peintre de cour, était, il est \ r a i , natif de la Póninsule, et il méritait, jus- 1 Le Greco est un gtand artiste, malgrii sa bizarrerie. 1 a cu de 1 l'influcnce — au second degn; — sur Vclazquen, puisque f uia T r j ^ • tan, qui fut un des maltres de Vülazquez, avait litó eleve duGroco. On voit oDze tableaux de lui au Muséc de Madrid. 11 y en a plu- sieurs á Paris, chez MM. Pereire.—W. 1 Les portraits peints par lui et conserves au musée de Madrid sont superbes. On en eorapte sept. 11 y a de lui un beau portrait de Philippe 11 dans la gakrie Suermondt, a Aii-la-Chapellc. De son scc- tateur Pantoja de la Cruz, le Musce dé Madrid possede liuit portraits et deux grandes compositions religieuses. Un de ses chefs-d'teuvre, la Yierge recet)aníde»(á¿níí,eslau Musée naliotwl do Madrid. II porto la signatura entiere: Joanncs Pantoja de la + Fackbat, 16ua.—W. ([IL'ÍI un certain noint, le nooi de Titien portugais, que luí ilonimlcroi. Lesportraitsdocctartistc, quoiquedurs et timides, lorsqu'on les compare ¡i ceux du grand Véni- tien, sontuleins de vio ct d'individualitó; le colorís cst brillan!,. Juan Paiitoja de la Cruz (1531-1610), éléve de Coello, hórita de son mérito. Juan Fernandez Navafjtito, (1-'¡2G-I579},surnomm<í el Mudo1 (il ctait sourd et mttet), fnt le plus rcmarquable des peintres castillans dont le talent fut appelé á décorer l'Escurial. Les nombrenses figures de saints dont il orna les chapelles de ce mo- nastére aiiraicnt (M adminíes ;i Vcnise, et, lorsqu'il eut l'occasion de retracer la beautú fóminine, i! déploya une facilitó et une gráce que n'avait jusqu'alors connues au- cun artíste espagnol. S'éloignant fort les unes des autres au point de vue du style, les diverses écnles de l'Espagne se distinguent par un caractérede piítésévére qui leurestcommunatontes. Üurant la póriode de leur développement et de leur vi- gueur, on a rareraent vu les artistes espagnols exercer leur talent á d'autres prodnetions que des sujets de piétó cu des portraits. lis no font pas, comme les Italieiis, de 1 Trois talileaui de Navarrele an Muwc du Madrid : un Baptcmc de Jétus par taint Jean, ct deiiv figures d'Apótres, qu'on croit les esqnisses nrisinales des deux grands tableaux de TEscurial. La ga- leno du maréchal Soult possedait un de ses chefs-d'(Euvre, VAbra- hiim recevanl ¡e» (roí» auge», ct son proprc portrait pcint par lui- niáine. Le Catalogue Aguado attrilwait a Navarrelo trois tableaux. Voir, sur NavaiTele, la Rwue de París, 183S, Étudct tur la prinlttre etjmgnalc, et l.ouis Viardot, le.» Mustesrf'gjpngnc,(Sfifl, ,,. ari3.—W. frájuentes excursions dans le domaine de h inyUiolu^it; et tic l'histoire profane. La colline de Sion et le torren!, de Siloa leur plaisent raieux que le Parnasse ou que l'Ida, que lo Xanthe ou l'Orontlie. lis trouvent dans la Léycnde dorée leur Hiade, leur Údyssée et I'j4rí d'aimer. De nombreuses causes se réunireut pour produirc cette sévérité de style. La longue lutte a\ec les Sarrasins pa- ralysa, pendant toute sa duréc, le. dóvelojjpement de la culture de l'intelligence, et, lorsqu'elle fnt terminée par ía dófaitc du croissant, elle laissa le Castillau, qui scglo- riliait dti titre de vieux clirétien, fortement indispuse contre tout ce qui ne s'était pas produit á l'orabre de la croix. L'enthpusía£_me.jiour..rantijíujíé.i.classique, pour l'art et pour la littérature do ¡a Greco ot de ítome, allumé par Pt'trarque et qui enflamma bientrtt toutes les cours, tous les monastéres de l'Italie, nc se cominuniqua jamáis á l'esprit national des Espagnols ; il no dúpassa pas un cercle f'ort restreint d'útudiants confines dans les centres d'instituüons. A Salamanquc et h Alcalá nifime, saint Jóróme fut toujours plus populaire que Cicerón. La Cas- tille peut s'enorgueillir d'avoir possédé dans la personne d'Antonio de Nebrina un savant digne d'avoir e~tó le contemporain de Valla ct d'Erasme, mais elle fut loin d'avoir dans le cardinal Ximenes, le protecteur le plus zuló des lettres qu'offre son histoire, un ri\al deLaurent de Médicis et de Léon X. Favoriser, ótendre l'ótude de la théologie. était le seul but des ótablissemeñtTscicñ- tiflques et littéraires que fonda ce ministre; la poésie et la philosophie de la Grece et de Rome ne luí tenaient pas plus a cceur que la littírature des Morfs, <|u'il livra anx VKLAÜOUEZ ET SKS tHUVRES. flammes, aprés la prise de Grenade. Son appréoiation de lYrudition en elle-infime se manifesté dans un passage reraarquable de ]a IJible polyglotte qu'il fit imprimer a Alcalá en 1516 et qui est u » des chefs-d'tEuvre de la ty- pograpliie; le lecteur est próvenu qu'il trouvera la versión latino de saint JiSróme placee entre le grec des Septanto et 1'original hébreu, comme le Sauveur entre les deux larrons. Sí l'Église restait presque étrangére aux goúts classi- ques, les lauques n'avaient goút pour rien qui se rattachát aux lettres et aux arts. Hors del'églisc et des palais royaüx, nul patronage publie pour l'écrivain ou pour l'artistc, • jusqu'au seiziéme siécle. Quelques grandes familles, dont les chefs ou les rejetons avaient en Italie gouvernó des provinces ou commandé des armóes, faisaient seules une exception honorable panni les bandes de nobles qui ne se souciaicnt que de chevaux, d'armes, de cliions de chasse ou d'oiseaus dressés a voler. La maison de Mendoza, illustre dans les armes, la diplomatie ct les lettres, pos- sódait & Guadalaxara une bibliothéque qui avait 6lé commencóe avant que í'imprimerie eflt étó découverte, et le stiperbe palais qui ornait cette ville devint un mu- seo. A Alba de Tormes, le duc d'Albe, cólébre commc héros de Mühlbcrg, fléau de la Flandre et conquérant du Portugal, dóploya ógaleroent son araour pour lea arts de la paix. II fit venir un 0orentin noromc Tommaso, pour peindre une galerie a fresque; il forma une collec- j tion de tableaux et de statues, et ses exploits militaires ' y furent plus tard representes par Gránelo et par Castello le jeune, d'aprés les ordres de son fils. Ce chateau, aprés VELAZQUEZ ET SES ffiUVRES, H avoir 6t& cruellement traite par les architectes espagnols tlu dix-huitiéme siécle, et par l'ínvasion frangaise au díx- nouviéme, n'est plus (ju'un amas de ruines, une carrierc oü \ient s'approvisionner la ville voisine; rnais, tant qu'il en restera quelque vestige au sommet de la \erte colline qu'il dominait, on ne pourra ouhlicr sa délicieuse situa- tion sur les bords ríants de la Torraes : I.a ribera verde y delejtosa Le duc d'Albe avait, E La Abadía, parmi les collines et t les forfits de .ctótaigniers de l'Estramadure, un autre ch&teau, qui avait éié jadis une abbaye de Templiers ; ce fut la qu'il passa les derniéres annóes de sa vie agitée, oceupó á creer, sur les rives escarpées de l'Ambroz, des jardins longtenips femeux cn,£spagne. Lope de Vega, hfite recherché par le vieux guerrier, y (ícrivit son Ar- cadia, a la demande du duc, et il décrit dans ses \ers les beautés de cette demeure, aujourd'hui détruite ; il r e - trace les longues alióos, les bosquets, les rayrtes dícoupós en formes étranges, les pavillons, les fontaiiics, les sta- tues, cBuvre duFlfiraiUin Ctuoilaní, qui avait traduit tout Ovide en bronze et en raarbre *. A E¡ Viso, du cóté iiord (le la Sierra Morena, le bra\e amiral Grao marques de Santa Cruz, famoso Bazau, Achules siempre victorioso, 1 Garcilaso de la Vega, Égloga 1 {Obrat, Madrid, 1817, p. 63}. 1 ' Descripción del Abadía, jardín del duque dü Alba [Obras suel- tas,t. IV. Madrid, 1170-78). Í2 VELAZyLIÜÍ ET SEM 'KLVHES. ¿leva, d'apres les dessins de Castello de Uergame, un magnifique palais oü scs cxploits contro !PS Tures et les Portilláis, et de nombroux (•¡>ism]i- nii¡>riiiii<:s a l'his- i.oirc rl¡i»ii|ue, formaient le SUJH ih '. ¡i;'- ixrcutées p.uThabile (¡usare Arbasia ct ¡>¡ir le- IVnv-. IV rula d'Al- magru. Le célebre sccrétaíre de l'hilippe I I , Antonio Pérez', qui aimait tous les genres de luxe et qui pos- sédait de l'instruction et du g o ü t , imita la splendeur qu'avaient dóployéc dans une autre contróe les Orsini ct les Colonna. Sa vaste habitation k Madrid, demolió apres sa disgrace, ct sa villa, placee dans un faubourg, étaicnt remplies de peintnres de choix, de marbres, de ¡laves de mosaíque, de riches tapisseries. Saragosse so vantait de posséder un Mícéne dans la personne du clief de la maison demi-royale de l'Aragon, le duc de Villa- hermosa, qui ramena d'Italie un ¿leve du Titien, Paolü Esquartc, cliargé de décorer le palais du grand seigneur avec les portraits de ses anectres et avec des représenta- tions de J'histoirc de cette noble famille. A Plasencia, 1 Ce personnage célisbre, qui joiia sous le régne de Philippe 1 un 1 rale si re manuable, a ¿té, dcjiuis une vingtaine d'années, l'objot de truvaux fort ¡mportants do la part d'écrivains fort distingues. Une lumicre toute nouvellc a étú, d'aprús des documenta ¡nédits, jettíe sur sun histoire. M. Mignct, apres avoir fait parallre dans le Jtiurnal du Savanln, 1844 ct 1845, une serie ilc huít articles inti- tules Antonio Pérez et Pkilippe II, les a réunis, avec des addilions útiles, dans un volume mis au jour en 1847; dúja M. Bermudez de Castrn avait publié ¡i Madrid, en 1841, un travail estimable : An- tonia Pérez, secretario del Eitado del rey Felipe II. Un resumo de la fiarriírc orageuse de Pérez, d'aprés ees diversos sources, so trouvn datis 1,1 ¡lingrnphif umvrrtelfr, t. XXXH, p. 4«6. — G. R, l'historion Luis.de Avila, grand coraraandcur d'Alean- tara, fit également reproduirc les exploits de son maitre et ami, l'cmpereur Charles-Qui«t, dans le somptueux palais de Mirabel. Les chiteaux 6cu!atioiis de la pensíu. Le tjpe do la divine salease, qui est at- tribué au Fils, au Vcrbe, est imprimú dans les travaui intellectuHs de l'homme; le typc de Tamo ur d m i , ¡ittnbui' •\» Saint-Esprit dans les extaltquu át[aüUatce* ilc l'iiu > i n , ili !,i i l.'Llitlí, £ÍCS SUIlli- ments; ct le type de l'omnipotc • K T , ¡ ( l t n l ( •(-• a u I ' i i r c , tliin es héroíques tymboles de la |>e l'ijiiage du son verain artisie. Apr6s avoir post cette f rinult; lliéo ogiquu, Pacheti u cherche les premieres traces des arts chez les anciens : de imluie i]ue Mariana commenee l'bistoire d'Espagne h Tubal, lils de Japhct, de mime Pacheco remonte jusqu'á l'cpoquc antedi I uvienne, jusqu'i Enos, fils de Seth, qu¡ crea de¡ image* pour exciler le peuple á adorer IHeu; [mis il suit le développement de l'art chez les Hébreux, les. Chalilofiis, l^s Égyptiens, les Crees, les {tontaina et les nalion.- rliivl.iriinus, en montrant toujours la puissance artistique conmic la s.vmhfllisation des idees religieiises, etc. » (Revue de París, 183,'i, Eludes iwr la peinture etpagnole). 1 est singulier que l'auteur rfc 1 celta pieuse esthétique soit le beau-pere ct le maitre de Vi;laz- II j a de Pacheco, au musée de Madrid, trois tetes de saints. A l'ancien rauséc cspagnol du roi Loui*-Pliilippe, on voyait un a por- trail do Pacheco, point par lu¡-m£nie, » suivant le catalogue. — \V. íli'voíi-,({n'iJsst«it horsd'útat d'apprendrc(latís unlivrc '.» De i";j.it, le peintre ítait le raeilleur et le plus populairc des pródicateurs; les homólies dont il couvrait les murs de l'églisc et du cloltre avaient plus d'attrait que les phrases foiigueusesd'undoniinicain ou les considórations niiellettses d'im jésuite se faisant en tendré du haut de la (•hairo. II connaissait ct il sentait la dignitó de sa tacho, ct il s'y appliquait souvent avec toute la ferveiir du zéle du nioine le plus pieux. De méme que fra Angélico, Ma- cip ou Joanes (ñora sous lequcl il est plus connu), avait l'habitude de recourir k la priére, au jeúne et á la com- wiinion, pour se préparer a entreprendre un nouvel ou- vrage; Luis de Vargas y ajoutait l'infliction de la disci- pline, et il avait auprés de son lit un cercueil danslequel il s'étendait parfois et méditait sur la mort. Quelque- fois un peintre dévot entrait dans l'ordre ecclésiastique; quelqtiefois des prfitres ou des moines, amis del'art, ap- prenaient, dans leurs heures de loisir, á manier le pin- t'-oau. La plupart dew maisons rcligieuses eurent, a une ípoque OLÍ k une autre, queiqu'un de leurs habitants initió aux arts qui exécuta un tableau ou un bas-relief dans la chapelle, qui cisela un cálice ou un ciboire pour la sacristie. Le frére Nicolás Borsas remplit l'église et le cloltre des Hió"- ronymites, á Gandía, d'une raultitude de compositions, dont quelques-unes n'auraient pas nui a la róputation de son maitre Joanes. Nicolás Factor, franciscain a Valence, fut aussi connu par son mérite comme peintre que pour la sainteté de savie; elle fut telJe, qu'il obtint les honneurs 1 Juan de Butrón, Discursos apologético» en que se defiende la ¡nytnuidad del arte rfc la Pintura. Madriil. 4H2B, iu-i», p. 2«. 48 VELAÜQrEZ ET SKS (ECVHES. do la canonisation. Le gónio d'el Mudo fut dócouvort et ensiiite dirigí par un moine du monastére liiérotiymite d'Estrella. Andrés de León et Julián Fuente del Saz, re- ligieux de l'Escuríal, se distingitórcnt par le mente et la dólicatesse des miniatures dont ils ornerent le livre de musique du chceur somptueux do leur couvent. Les Ghartreux de Grenade et de Sévillc, le Paular et la Scaln Deí, s'enorgucillirent de la renomraíe artistique de Cotan, de Berenguer et de Ferrado, Céspedes, le peintre poMc, était chanoinc ele Cordoue 1 ; Roelas et Cano occu- paient des prebendes, l'un a Olivares, I'autro a Grenade. En coramunication avec le monde invisible, avee les (Hres divins et angéliques qui l'habitent, l'artiste croyait fitre un objet de sullicitude pour les personnages celestes. Perfectionncr ou conserver ses couvres n'était pas chose au-dessous des soins des plus elevas d'entrc eux. Les lé- gendes de l'Église, l'opinion du clergé, les traditions de l'iirt, s'accordaient sur ce point et ítaient quelquefois confirmées par des recita nouveaux. A la fin du qna- torziéme siecle, des ermites do l'ordre de Saint-Jcróme, venant de l'Italie, avaient pónétró jusque dans les raon- 1 Lns principaux ouvrages de Céspedes existent & Cordoue ; dans lsicatlii'iili'iile du cettftvillc estime Tino remarquable par la judideaw Tiiriiitú des i'\i>ri!ssiuiis ilos ]>crsiinna^'s et par la flnesse du colorís SÍ: rassnmblcnt sans dFort des comiLiissances diversos et quelqucfois opposecs en apparence. On assurc (¡u'k la connaissanca de la pein- ture, de la seulpture, de 1'ardite ture et de l'antíquité, il joignait relie de rilalien, du latin ct mime dn h'rec, de 1'hébrca ct de l'a- rabe; il avait du talent pour la [lüésie et l'éloquence.» (Biatjraphie ttnivertdle.) — (J. U. VELAZQUEZ ET SES OiÜVRES. 19 tagnes d'Avila ct s'étaicnt établis dans les cavcrnes de Guisando ; ils placérent comme orncment d'ime chapelle crousúe dans le roe un portrait de leur saint patrón. L'humidité" do la cáveme, dont les parois ruisselaient d'cau pendant tout l'hiver, fit pourrir le cadre, mais res- pecta ¡'¡mago, qui, apres deux siecles, était aussi écla- tante que le jour oü elle sortit de?; maius de l'artiste'; le i-culpteur Gaspar Becerra, ayant óchoué" trois íois dans ses cllbrts jiour seulpter une íigure de la Vierge qui obtint I'approbaüpn de la reine Isabelle, avait avec dós- espoir renoncé Ei son tmrvre; mais, dans la nuit, Marie lui apparut et lui ordonna de tailler une buche qui brúlait dans son foyer; gráce ít cette intervention inspirée, Bewrra fit une des images les plus vénórécs qu'il y ait a Madrid, oü elle est connue sous le ñora de iíotre-Darae de la Solitude, et oü on lui attribue de nombreux rairacles1. Macíp (ou Joanes) fut moins favorisé; cependant son beati tabloau de la Vierge, objet des respeets des Valen- t'iens, sous le nom de la Purísima*, fut exécutó d'apres 1 Joseph de Siguenta. Historia de la orden de San Gerónimo. Madrid, 1000, 2 vol. in-fol.; t. II, p. 86. 1 [1 ííxiste sans doute qtielquo ouvrage espagno] relatif i cetto. madonc; nous n'en Irmivons cependant pas d'indiquc dans la listo fort longuc et toutefois liioti incompltte dns eglises, chapellns ct images miraculeuses de Marte, placee au commencement du qua- Irü'ine volume liu Dictinnnaire de bibliographie cathalique [niblití parM. 1'abWMigne. — G. B. * M. Stirling observe qu'il s'était trompé eit avancant, dans ses Anuales des arUtle» d'Esptují"-, ¡|iT< ciants se réunissaient sous les arcades de la .Üoui'se de Herrera. Dans cctte atmosphere du commerce, l'Église ótait, comme d'habitude, la gardienne du goüt ct do la culture intoUectuelle. Dans la catMdrale, le poete Fran- ciwo de Hi,(ij;, ,•[ 1,. ,;n,ml l ' r . m r k n I'M.-TJI'C-Í, lancicn <>(ini|i;iicn| i]r- -;.i:i, ,•,• , I ,,.•.• . , n • \ , , \ .]\ \,> p r ó t r e > ;iri:lirolo-iic H ^ l n ^ . , C.m,. lü-Nini'ri >U- S ñ i l l c o t d ' U - trera, dóchiffrer los \ieHlcs inscriptiuim, ou feuilleter les \ohimes róunis dans la bello bibliotlieque qu'avait légufe le íils de Golorab. Au collége ács Jésiiites, le savant Gaspar Zamora et Martin de Roa, le chroniqueur et l'liis- toriographc de Cordoue, de Xerez et d'Ecija, donnaient des lecons dans de \astes salles ou ofíiciaient a de somp- tucux aiitels que Roelas el Herrera venainní. d'enrichir de leurs tableaux, que décoraicnt les smilpturcs (ie Mon- tañés. Le poete Gongora, alors au comnle de sa répu- tation, était chanoine a Cordoue; on le voyait souyent á Sóvillc. La maison du pnintre Francisco Pacheco était, le rcndcz-vuus des artistes ct des lumimes de lettres qui s'yréunissaient pourdiscuter les nouvelles dujour, pour apprécíer les ceuvres sortant des ateliers, pour examiner les volumes que venaient d'enfanter les presses de Ga- marra ou de Vejerano. La société polie se rassemblait, aussi dans les salons et les jardins du dije d/Alcalá. Fer- nando de Ribera, connu par son goút éclairé et clief d'une maison oíi la magnilicence et la valetir étaient des qualítés héri^ditaires, descendait du fflarquis de Tarifa, dunt le pelerinagc a la Terrc Sainte est devemi celebre, | grñce au poete Juan de Enzina. II résidait dans une dc- mnure qn'on connatt encoré pmis le noni de Maison 26 VELAZQUEZ E T SE8 (KUVRKS. de Dilate, nom qu'elle devait a ce que le noble pélcrin l'avait fait construiré (on l'affirmait du monis) d'apres l'édiíice qui, a Jérusalem, porte ce nom. Le duc a-vait reuní dans cette enceinte une importante collection de tableaux et d'ceuvres d'art; il avait garni les arcades donnant sur le jardín de statues antiques venues lea unes de Rome, les autres des ruines de la citó voisine d'Italica; il avait aussi formé un prócieux cabinet dejné- dailles, et il avait rassembló une bibjiothéque considerable oü avait oté comprise celle d'Ambrosio Morales, "et qui était surtout riche en manuscrits relatifs aux antiquitós de l'Espagne. Militaire, homme d'État, ayant un goüt trés- vif pour les lettres, peignant meme avec habiletó, Fer- nando de Ribera employait autour de lui les meilleurs artistes do l'Andalouste, et jouait avec édat le role de Mócéne. Diego Rodríguez de Silva y Velazqueü (ou, conime on l'appelle habituellement, mais a tort, Diego Velazquez de Silva), naquit á Sóville en 1599, la meme année que celle dans laquelle van Dyck \it le jour a Anvers; il fut baptisé le 16 juin, a l'église de San-Pedro. Ses parents étaient d'une origine distinguúe ; son p6re, Juan Rodrí- guez de Silva descendait de la grande maison portugaise qui faisait remonter sa généalogie jusqu'aux rois d'Alba- Longa; sa mere, Geronima Velazquez, dout il atai^portó le nom, suivant un usage fréquenl en Andalousíe 1 , ap- partenait a une famille noble de Séville. C'est a la pau- vreté de son grand-pére, du cüté paternel, qui, pour tout 1 C'est ainsi que le poete Gongora y Argote, ua fonniint son nom, donna le pas 4 celui de sa mere. VELAZfiUEZ ET SES (EUVRES. 27 héritage de ses illustres ancétres, n'ayant ríen qu'nn nom historique, traversa la Guadiana afín de venir cher- cher fortune íi Sóvillc, que l'Espagne doit le plus grand de ses peintres, de meme qu'cllc doit un de ses poetes les plus gracieux aux yeux brillante rio Mariída, la Gastíl- lane qui flt rcnoncer Jorge de Montemayor á sa torre ria- tale ct au dialecte portugais'. Le pero de Partiste, s'ítant établi a Sóvifie, sumíTa profession d'homme de loi et obtint une modeste aisance. Sccondé par sa femme Gc- ronima, il consacra les plus grands soins h Píducation dujeune Diego, versant dans cette ame tendré les prin- cipes de la vertu et le miel de la crainte de Dieu *. II recut toute l'instruction qu'on pouvait alors obtenir a, Séville, et, dans le cours de ses ótudcs, il fit preuve d'une rare intelligence; il fit des progrés rapides dans l'étude des langues et de la plúlosophie. Mais, oonime Nicolás Poussin 3 , il faisait surtout usage de ses grammaires et de ses livres de classe pour tracer des dessins sur les rnarges et sur les pages blanches; son goút dócidó et ses dispositions se révélantavcc éclat, son pere ne s'opposa point á ce qu'il choislt la peinture comme profession. Francisco Herrera le vieux' eut l'honneur de devenir 1 lioulcrwcck : Jlistoire de la lillérature espagnole et poríugaisc. i Palomino, t. 111, |>. 473. 1 M«moir«o/>JV.i>otMnn,parMariaGraham.London, 1820, p. 1. * 1 n'y a rien, au Muscc de Madrid, de Francisco Herrera le 1 vicux. Mais, de son fils, Francisco Herrera le jeune, né i Sévillo en 1C22, mort ¡x Madrid en 108ÍÍ, il j a une grande peinture do Son Hermenegildo[h¡uitexit, 1 i pieds 9 pouces; largeur, 8 pieds 2 pouces). On voit, au Musce du Louvre, un des chtífs-d'u.'uvre de Herrera le 28 V1XA7.1M E/. K'l1 SEh OíLIVJiKS. le premier maitre de Velazqucz. Cet artiste avait ótudié SÜUS Luis Fernandez, pcintre dont la renommé'e a ítá conservée par la tradition, mais dont on HC connalt plus aucun ouvragc; son nom mérito cepcndant d'étre con- servé, puisque c'cst de son ícole que Fortirent les maltres qui dirigérent les étttdes do Velazquez, de Cano et de Murillo. Herrera fut le premier qui rejeta le style de convention jusqu'alors en vogue et qui adopta cette ma- niere libre ct hardie qui devait bientflt caractériscr les peintres de SéviLle. Esqnissnnt avee des bátons brillos et appliquant sos couleurs avec des brosses d'une longueur et d'im \ Rcrtir tic ¡ Parí*, [prtü. — W. (aire airler par sa servante, lorsqiieles ordres pressaient. Velazquez fut parmi ceux que révolta bientót la tyrannic de Herrera. Apres avoir étudió sa méthode de travail, promptement^conmjíseet acquisej il chercha uno autre ¿colé plus calme et pluTregüfiére. Son nouveau maltre, Francisco Pacheco, ítait, comme homme ct comme artiste, en contraste complot avec Her- rera. Né a Séville en 1S71, il appartenait a une branche distinguee d'une noble famille qui porte un des noms les plus anciens de la Péninsule, et qui avait acquis une bril- lante iflustration dans les arts et dans les lettres. Son onelo, qui se nommait égalcment Francisco Pacheco, était chanoine de Séville, et il fut lnngtemps l'oracle du goút et de la science; c'est lui qu'on chargeait de com- poser tmites les instiriptions latines destiniVs a rappeler des óvénements auxquels participait le chapitre; c'est lui qui choisit les groupes et les bas-reliefs que cisela J u a n , d'Arphe pour orner le tabernacle oíi reposait l'Eucharistie, monumont remarquable d'une ópoque oü les orfóvres étaient des architecles qui bátissaient avec les matériaux que ]cur fournissaient le Mexiquc et le Pérou. Indépen- damment de ses poésies latines, qu'admirérent ses con- temporains ', le chanoine edita une (ilos Sancionan, or- nóc de grayures^ur bois, qui parut a Sóville en JS80; il fintreprit, mais il n'eut pas le ( temps de terminer une Mstoire de la citó de saint Isidorc *. 11 est vrnisemblalilii 1 Nic. Antonio : ¡iiblioteca húpaña nova, iri-ful., inri, t. !, |». 348. * Ortiz de Zuñiga, Anales de Sevilla. Madrid,. iüT7, in-lbl., que ce fiít aupres de ce savant que le jetine Pacheco contracta cet amour des livres et de la sociétó des lettrés, goút qui ne l'abandonna jamáis durant une existence longuc et active. II avait, comme Herrera, étudió la pcin- ture sous la direction de Luis Fernandez, et il paralt avoir conservó le souvenir des preceptos qu'il rec.ut alors, longtcmps apres qu'ils eureni oté oubliés ailleurs. Les preraiers ouvrages qu'on cite de lui furent des bannieres pour la flütte de la Nouvelle-Espagne; ayant, au lieu cíe toile, du velours cramoisi, il representa saint Jacques a clieval, les armes royales et des sujets aliégoriques appro- priés á ees drapeaux, qui en 1594 braverent la terapete et les boulets. En 1598, il exécuta en grande partie lew tablcaux qui figurérent aux cérómonics fúnebres qu'or- ganisa le chapitre, afín de rendre hommage a la múmoire de l'odieux Philippe II. II se fit bientót connaltre par l'habiietó avcc íaquelle il dócorait les cjiairs et les drape- ries des statues en hois; il prCta aussi son concours íi divers sculpteurs de ses amis, tels que Nuñc/ Delgado et Martínez Montañez; il ajouta h leurs bas-rclicfs des fonda reprósentant des paysages et des monuments d'architoc- ture. Les religieux de la Merci remployerent a peindre, dans leur vaste couvent, la Vjg ^o sainí Ilaimond, en 1600; trois ans plus tard, il representa la Chute de Ilúdale J ct d'Icarc dans un des appartements de la Casa de Pila- \ tos, cet hotel du duc d'Alcalá dont nous avons déjk parló. En l f i l l , il fit un voyage h Madrid, il visita Toléde ct rEscuria^examinantlescollectionsd'cüuvresd'artjnouant p. [196. 11 moLirut en 1¡¡!)9, ct il rst cnscvcli dans la catliúdralc, en - face de la chapelle de ¡a Antigua. VELX7.QVE7. ET SES OiUVRES. 31 des rolations avec Caráuc.ho, el Greco ot antros artistes «minents. Lorsqu'il fut rctourné 1 Sóville, son atelicr de- •vint une des écoles les plus frequentées par les jeunes pciritros. Peu d'artistes ont étó plus diligents et se sont dunní plus de peine. II constate lni-mftmo qu'aucun de ses ou\rages n'a étó exécutó sans qu'il eút tracé diverses esquisses do la composition, sans qu'il eút fait, d'aprés le itiedolc \¡\:ini, des i'iinlis srricusos pour les Wtes et les li.n'íii^ l e - ¡iln- iinpin-iiiiiti'- di's j i R r s o n n n g e s ; sfis d r a p e - y'u'.f c l u i e n t timjuLU's peaiLi:.-; d ' a p r & s c c l l e s d i s p o s é e s s u r un mannequin. G'est Rapliael qu'il avait choisi córame le múdele qu'il voulait imiter, mais on ne peut diré que ses cfforts aient étó couronnés de succés. Son dessin est géníralenient correct, ses figures sont rarement dépour- vues de grace, mais ses compositions sont froides, sans vie, sans originalitó. En dúpit de quelquo ólégancc, ses tal>lcaux n'ont de commun avec les ceuvres de RaphaSl qu'une certaine pauvretó de couleur. Le Ju^ement der- nier, cumposition immense, peinte en 1612 pour les reji- gieux de Sainte-IsabcHe, fut, dans sa propre estime, ce qu'il avait fait de micux. D'autres juges, plus éclairós peut-Ctre, pensent que le Saint Mjehel renversant Satán, et p!acó_dans l'église de Saint-Albert, est ce qui donne l'idóc la plus favorable de son habileté. ÉIu en 1618 fa- milier de l'Inquisition, il re^ut aussi de ce tribunal la chapge d'inspecteur des peintures. Parmi ses premieres entreprises littéraires figure une ódition noiivelle des poésies de son ami et compatriote, Fernando deHerrera; il y joignit un sonnet adulatcur et un portrait, bien moins flatteur, assez raaladroitemcnt gravó i IMÚS par l'edro Perret,'. Ihi ínéraoire de peu rlY'ten- Uiir h n s kquel il li cutait le mtrite re'-ptctiis de la peintiii'c et de la sculpture ef accordait la palme il l'nrl. qu'il professait lui-mémc, quelques traites polémiqiios raortelleracnt cnnuyeux, ct quolques épigrammes oü de? critiques modernos ont reconnii de la vivadle* et de t'ai- sance, précódéront l'ouvrage sur lequcl se base sa renom- mée: son Traite de la Pcinture, publié en i G49 ct devenu aujourd'hui tros-rare, fut longtemps le manuel des atc- liers de l'Espagnc; il mérite encoré d'étre consulté, en raison des diHails minutieux qu'il donne sur les procúdós techniques alors en usagé, et á cause des renseignements qu'on y découvrc sur les artistes contemporains. Velazquez entra dans l'atelier de Pacheco avec l'intcn- tion d'apprendre tout ce qu'on pouvait y savoir, et Pa- checo, de son cóté, enseigna volontiers a son jeune ¿lé\e tout ce qu'il savait hii-mémo. Mais il paralt que le disciplc découvrit bicnlót qu'il avait quitté un peintre pratique pour un homme qui ne sortait pas des regles et des pré- reptes, et que, si l'un était raieux au fait de ce qui regardait les artistes de Cos et d'Éphése, de Florence et de Rome, l'autre savait plus habilemeut représenter sur sa toilc les faxes humains tcls qu'ils existaient, tcls qu'ils se mou- vaient a SÉville. II découvrit aussi que les lecoiiá de la naturc sotit leí raeillcures et que le travail est ce qui guide le mieux l'ar- tiste vers la perfection. II ríísolut de fort bonne heiire de ne dessiner, de ne colorer aucun objet aans l'avoir sous 1 Veno» de Fernando de Herrera, Sóvilln, 1019, in-4°. VKLAZiJUEZ Kl a ES OilJVllKS. 33 les yeux. Aíin d'avoir toujours sous la maiii un modele de la physionomie humaine, il avait avec lui, selon Pa- checo, un jcune paysan qui lui servait d'apprenti et d'a- prés lequel il étudiait les divers aspects du visage; il le representan tantót plcurant, tantflt riant, jusqu'á ce qu'il eútsurmonté toutes les difücultés de l'expression; il s'en servit pour exécuter une midtitude d'esquisses a la craie et au cliarbon sur papier bleu; ce fut ainsi qu'il acquit une certitude infaillible dans l'art de saisir la ressera- blance. C'est grlce á ce procede, qu'il obtint cette aisance etcette perfection qu'il déploya plus tard pour le portrait; ses dótracteurs, ne pouvant contester sa supérioritó sous ce rapport, s'en dédommageaient en rópétant qu'il savait peindre des tutos, mais ríen de plus. Philippe IV lui ayant un jour redit ce propos, il répondit, avec la noble biimilitó d'un graud maltre et avec la bonne huraeur qui dñfend le raieiix du sarcasme, qu'on le ilattait, car il ne connaissait personne qui pút ótre sígnale comme ¡>ei- gnant parfaitement une tfito, Pour acquórir de la facilite et du brillant dans le co- Iwis, il se consacra pendunt quelque temps a l'étude des animaux et de la natura morte, pcignant toutes sortes d'objets riches de ton et d'une forme simple, tels que des morceaux de metal, des vases de terre, des ustensiles de ménage, reproduisant les poissons, les oiseaux et les fruits que fournissaient en abondance au marchó de Se"- ville les boís et les eaux des environs de la ville. Ges 6o- 'legones ' de la jeunesse de l'artiste valeiit les raeilleures 1 l-i's Espagnols appcllcnt bodegones tous les tablcauí il'ohjets immuhilfts [nalure morte: 011 ansiáis, slttl Ufe; cu ¡illcraand, slitl productions des artistes flamands; leur rareté est aujour- d'hui devcnue excessive. Le Miisée de Valladolid' poswrile en ce genre un morccau précieux, représentant deux ti- guros de grandeur naturelle, aupr6s d'un amas d'instru- ments culinaires et d'un tas, pittoresquement rassem !>]('•, de melons et de ees végétaux q u i , dans les déserts du Sina'í, ótaient l'objet des regrets du peuple d'IsraCl, trop plein du souvenir des jours passés en Égypte. A Sóvillc, don Aniceto Bravo posséde (ou possédait) un grand ta- bleau du méme genre, mais sans figure, et róv-ólant bien plus la maniere du maftre; don Juan de Govantes * est l'heureux propriétaire d'une étude admirable, qui montre un cardón (cardo) tout coupé, tout prét a fitre serví. Le nouveau pas que fit Ve!azquez dans la carriére de l'instruction qu'il se donnait a lui-méme, ce fut d'étudier la science de la \ i e populaire, que les rúes et les chomins de l'Andalousie luí offraient en abundance et de la facón l«i pfus pittoresque; il mettait á ce genre d'observation une franche gaietó ct un tact exquis pour reproduire les caracteres. G'est a cette ópoque qu'il peignit le fam eux Porteur j (, fimvcHilio ¡tisiovico tin \ tiltittiiiliti, 1843, p. 47. * La colluction de cot anisitcur (calle de ÁrIt,C,if 17) renferme de nnmbreitses el wcellcutes productíons des \WM\ maitnts alk- nian.Js et des Kspagnol*. VELAZQISEZ ET SES (EtVHES. ¡tíi porta ' en 1813, en quittant Madrid, mais qui, a\ec les hagages de ce souverain renversó et avec beau- conp d'autres trésors ayant appartenu & la faniille des Bcmrbons, tomba au pouvoir des Anglais apres la ba- taille de Vittoria. Ferdinand VII íit hommage de cette pein- ture au grand cnpitaine qui I'avait replacé sur son troné toíróditaire; elle figure au nombre des trophées róunis par Wellington dans son hotel a Londres. Trois figures seulcs se montrent dans cette composition : un marchand d'eau, fatigué, brflié par le soleil, vétu d'une jaquette bruñe dóchirée, et deus enfants; í'un recoit un verre rempli du liquide bienfaisant, l'autre étanche sa soif dans un petit vase de terre ' . L'exécuüon des tetes et de tous les détails est pari'aite; le marchand en guenilles, \endant jiour qucl- 1 Le traducteur a eu la discrétion de modiiier le texte original. II y a dans l'original anglais : « the Watercarrier of Seville, stolen L j king Joseph, in his flight trom t h e palace of Madrid, and t a k c n in his carriage, with a quantity of t h e Bourbon píate a n d jeweh, at t h e roul of Villoría, n — Nous nvons vu, dans la fralerie Wellington, a Apiley Hiwe, c e t t e p e i n h n v , dent la rñw d'E^i-M.- posséde aussi une répétition daña son ji.ilii-ili 1 M.nhiil- i r fVnin- c a r r i e r , e c t A g u a d o r , c e P o r t e u r é f a u i , < ~¡ u i i r d i . II.HM l n . i'iin- tures de Vdazquez ct qui, en cffet, caraeliirisi; II^-ÍJWLL *U IH-UIIIÍIII1 maniere. L'ííísioiVe des Pdnírei en donne une belle gravure sur bois, dans la biographie de Velazquez par Charles Blanc. — W. * Cumberland, qui vit ce tableau au palais de Buen-Retiro, avance, av«c l'inexactitudc qui lui est trop habituelle, que les vctcnients d¿- chirés de Taguador laissetit apercevoir des.j)lí£ti«*s-tmes .de go» cjj|rj)j|et que Tanatoniie musculaire est rendue avec une admirable ¡írécision {AnecdoUs, 1.11, p . 6). Le fait est qu'á travers les fentes de l'habilletnent on voit qiiclque chosc de fort rarc chez les agua- dores cspagnols, du linge proprc. * 36 VELAZQUEZ ET SES (KUVHES. ques maravedís de sa marcbandise facile a se proairer, conserve, durant l'affaire, une gravité, un air de dignité tout il fait espagnole et caractéristique; un empereur vürsant du tokay a un grand vassal n'aurait pas une at- titudc plus imposantc. Ce bcau tableau fut, avant la Kiicrre, gravé avec talent par Blas Ametler, sous la direc- . tion deCarraona. Palomino enumere plusieurs autres tableaux de Ve- lazquez du mfime genre; ils ont péri ou ils sont oubliós; un d'eux reprísentait dcux mendiants assis a cóté d'une humble lablc sur laqiielle étaient places des pots de terre, ilu pain et des oranges. Un autre montrait un petit gar- gon déguenillé, tenant une cruche et surveillant la cuisson d'un morcoau de viande place sur un gril. Uans un troi- sionie, on voyait un enfant assis, entouré de pots et de ii'gumes, et comptant quelques piéces d'argent, tandis que son cliien, place derriére lui, se leche les lévres en regardant un plat de poisson; cette toile ótait signée du num de l'artiste 1 . l'endant que Velazquez rivalisait ainsi avec les pein- tres hoilandais, en étudiant les habitudes populaires, pendant qu'U acquórait, en reproduisant des haillons, cette supórioríté dont il devait bientñt donner des preuves c» retracant la pompe et le faste de la royauté, il arriv.i íi Séville des tableaux de maltres ítrangers et d'Espa- gnols appartenant á d'autres icoles; ils lui offrirent dfí nouveaux modeles a imiter et Hs appelerent son attention ur une autre classe de sujets. Son Adoration des ber- i/crs, vaste composition de neuf figures, qui títait autre- » Palomino, t. III, p. 480. ibis dans la collecüon du comte d'Águila a Súvillc, puis au Museo cspagnol du Louvre, et qui orne maintenant la Galerie Nationale a Londres, atteate son admiration pour les tEUvres de Ribera; elle est une imitation des plus s í - veres du style de ce maltre; un critique éclairé a mftme cru qu'elle était une copie d'untableau de Ribera'. L'exé- cution posséde beancoup de la puissance du Spagnolcto; les modeles sont empmntés a cette classevulgaire que ce maltre aimait a reproduire; les bergers agenouillés ct la vieille fcmmo dorriere etix sont la vivatite image d'une t'amille de bohémiens du faubourg de Triana. La Vierge cst une pauvre paysanne, dépourvue de beautó et de di- gnitú, mais píeme de \6rité et de nature; l'enfant place dans la creche et autour dnquel rayunne la lumiere m i - racnleusc qui rcvfcle la présence divine, est peint avee une delicatesse de touchc, un cffot brillant, dignes de provoquer 1'admiration; les agneaux offerts en hommage et places sur le premier plan sont des rofita habilement de la fai- blesse de son maitre; tour a tour il l'accablaitde piles de papiers d'État, ou bien ill'amusait en lui envoyant de jnlies actrices, et Philippe finit par étre plein de recon- naissance pour la main qui le débarrassait de Vintolé- rable fardeau de son sceptre héróditaire. Tandis que les pvovinces levaient les unes apres les antros le drapcau de la rúvolte, tandis que son magnifique empire tombait en poussiiire, le roi des Espagnes et des Indes remplissait un rule dans de petites comedies joufies sur son théatre parti- üiilicr, passait son temps daña les ateliers des artistes, as- sistait avec pompe a des combats de taureaux ou i des auto-da-fú; ou bien, retiré dans son cabinet du Prado, il s'entretenait avec ses maltrcsses, lorsqu'il nc s'occupait pas de projels de nouveaux travaux a exócuter dans ses jardins ou dans aes galeries. Malgró cette insouciance et ce coupable abamlon do son míitier de roi, Philippe IV possédait des talents riíels et quelque activíté intellcctiiclle. Gmnmc protecteur des •«», l ' a 4(i VELAZOVEZ ET SES (ÜL'VHES. lettres et des arts, ¡1 n'y avait aucmi prínce qui le smr- passat alors en munificencc et en bon gnüt. Pendant son regué, le théatre (¡astillan s'ólcva au point ¡e plus hríllant de sa gloirc; nulle dépense ne fut típargnéc pour repre- sentar les piéccs rapideraent ócrítes par le \ieux Lope de Vega ou par le fougueujc Calderón; la musique et le tliófl- tre, au palais de Buen-Retiro, rivalisaient de splendeur avcc ce qu'avait eu la cour d'Angleterre, lqrsque lien Johnson et Iñigo Jones combinaient leiir talent aíin de ílointer de l'attraitaux (Euvresdrainatiqiies jomíea aWhite- Hnll. Une atrnüSpii^re littéraire rógnait dans le palais; Gongora, que sos contemporains appellent le Pindare' ct que la póstente" dódaigne, était un dea chapelains du roi; Velez de Guevara oceupait lo poste de chambellan, et le spirituel Quevedo fut secrétaíre de Sa Majesté, jusqu'á ce que l'un de sos poíimes cút provoqué le COUITOUX de l'im- placable Olivares. Bartolomé Argensola (Stait historiugra- phe royal de la province d'Aragon; Antonio de Solis ótait ministro d'État, et ia croíx do Saint-Jacques recompensa le mérite du poete Francisco de Roxas et de Calderón, le Shakespeare de l'Espagne. Philippe ne se bornait pas á aimer les lettres, k iv- compenser les littórateurs, ¡1 écrivait sa bBÜe langue naturellc avcc une ólégance et une puretó que mil auteur, roi ou noble, n'a surpassées; plusieurs vo- luraes de ses écrits de divers genres, de ses traduc- tions de l'italien, existent, dit-on, á la bihjiothéiíiie de 1 Pelliccr de Salas y Tovar: Lecciones solemnes á las obras de don luis de Gongora, Pindam andalui. Madrid, 1630, ia-4°. VELAZQtEZ ET SES IELVRES. 47 Madrid'. Un critique contomporain, Pellicer de Salas, lis loue * comrae uii des meiUeurs poetes et des plus lia- hües musiciens de l'époquc. Desccndant de son tróne et se cachant sous l'anonyme, se désignant seulement unmlhe un Ingenio de esta corte3, il se mesura avec les 1 Casiano Pellicer, Tratado histórico ¿obre la Comalia y el Ilis- irlnnümo en Eipafía. Madrid, 1804, p. 103. 5 Lecciones á Itu obras de Qongora, coluna 690. s Cu fut BOUS ce notn que Philippe ¿crivit la Tragedia mas lasli- m»sa, el Conde de Sex, une comúdic intitulÉe Dar la vida for su dama, i!t (luclqnes autres. Voir Ochoa : Teioro del Teatro español (Varis, 1838, S tom.in-8"l, t. V, p . 98. í M. A. I', do Schack, dans son //¡«(oiré (en allemand^.díj'arí ilfMMtiquc t:n lisjMyne (líurliii , 18Í6, 3 vol. in-8°), est entré dan!, des daiiils úUüidus au sujet des güüte de Philippe IV pour l> tlióiUru. Mgruto, dans la premierc scúne d'une de ses píteos i (.\« -puede ser d guardar «na nvgtr), trace un talileau ttes-animt': ilo la munificence du voi á l'égard des litlÉTateurs. Le grand re- ruoiltle las Comedias nuevas acogidas, coWcction en 48 voluntes, f|iii, publiúe en diverses villes, de 1852 a 1104, n'existe peut- ¿tre complete nullc part, renferme •vingt pieces dont Tauteur n'üst designé que comme un Ingenio de esta corle; nous aliona en donner la liste, aans pouvoir préciser quelle part a pu y prendre Philippe IV : tome XI, El Loco en la Penitencia y Tirano mas im- proprio; tome XV, to< Empeño» de un Plumaje y origen de ¡os Guevara»; tome XV111, El Rey don Alfonso, el de la mano llora- dada, comedia b«r(e*«i; tome XIX, Son Fnylan; tome XXIV, Lo que puede Amor y Zelos: tome XXVII, Heynar « la mayor suerte; tome XXV111, Mira al fin; tome XXX, Hacer del Amor agravio; toroeXXXUI, El mas dichoso Prodigio; tome XXXIV, Amor de Ra- zón cencido; tome XXXV, El Sitio de OUvenia; tome XXXVI, El Sitio de Belulia; tome XXXV11, E l Amor hacedücreios; tome XXXV1Ü, Del mal lómenos; tome XXMX, £f Veneno para « ; tome XL111, El Fmit de España, S. Francisco de Borja; tome XLV, ¡taita la 4fí VKLAZQUEZ El1 SUS IKIIVUES. auteurs dramatiques si nombreux alors, ct sa tragódie sur la chuto du favori d'Elisabeth, du comte d'Essex, se rnaíntient encoré dans les collections dramatiques de ¡ l'Espagno. U se plaisait á prendre avcc d'autrcs ingenios I miróle dans les Comedias de repente, pióccs improffeúes, oíi une intrigue donnée amciiait des dialogues. En peinture córame en littóraturc, Philippo donna des prenves de son intelligence. De mérae que son pérc et son grand-pere, il avait, dans sa jeunesse, appris a des- siner, et, sousla direction d'un bou dominicain, le pare Juan Bautista Mayno 1 , il devint le meilleur artiste de la raaison d'Autriclie. Butrón, dans ses Discours sur la Peintwc1, atteste le mente des nombreux tablcaux ct (lessíns dus au jeune r o i ; Olivares envoya a Sóville, en 1619, un de ees dessins traces a la plume, et repre- sentan! Saint Jean~Baptiste avec un agneau; il tomba dans les mains de Pacheco, et il fourntt a Juan de Espi- nosa 8 le sujet d'une píécc de vers dictée par l'ontiiuué l'auteur de Gil lilas) fit hommage de trois ta- bleaux exécutes par Corróge, par Paul Vúroncse e t p a r le Titien : Jéstis apparaissant, aprés sa resurrección, a Marie Madeleine; la Présentation de Notre-Scigneur mi Temple ^ et la Fuite en Egypte; don Luis de Haro offrit dii son efité le Repos de la Vierge, par Titien, un Ecce Homo, de Paul VGronfcse, et le Christ á la colonne, de Cambiaso; l'amiral de Castillo apporta une production du Carayage " Sainte Marguerite rappelant un enfant . • á la vie'. I Le roí aimait les statues tout autant que les tableaux. Oti sait que le cocher qui guidait l'équipage do Sa Majestó dans les rúes do Madrid avait l'ordre de ralentir son dlure lorsqu'il passait devant l'hospicc des Chartreux, dans la ruíi ti'Alcalá, aun que son maltre eüt le temps d';ulm¡ri'[- la Imlle ¿tatué de saint Bruno, due a Pereyra ai plací'*: ¡iLi-ilcssus du portail. De norabreuses statues antirnics fiirent acheté es; des copies en marbre, en bronze, on plütre, de ce que renfermaient de plusbcau les galeries ¿trangores, furent exícutóes; plus de trois cents de ees productions furent terminées sous les yenx do Velazqucz lorsqu'il ótait en Italie, et le comte d'Oñate, revcnaiit en 1G53 de Naples, oü il avait otó vice-roi, leí apporta en Espagne. Quelques-uns de ees objeta allerent orner les alióos ct les parterres d'Aranjuez, nlais la majeure partie 1 Toutes ees ceuvrcs de grands maitrea, et bien d'autres, blícs maintenant au Mustc royal de Mailrid) font fle ce mu flus galeries les plus riches tlu l'Europc.— W. 56 VELAZQUÍZ KT BES IEDVHES. fut placúe ii l'Aleazar de Madrid, dans une salle octógono disposóe dans ce but (d'aprcs les plans de Velazqucz), dans la galerie du nord ct sur le grand escalier. PhiLippe IV cst un de ees potentats qui ont cu auprés d'eux des peintres hábiles et des historiens sans talent; les traits de son visage sont mieux connus que les évé- nements de son r6gne. Son teint, d'une p/Ueur flamande, ses cheveux blonds, sa grosse tete, ses yeux gris et en- dormis, ses longues moustaches recourbées, son custume noir, son collier de la Toisón d'or, sont connus du monde entier, grace aux pinceaux de Rubcns et de Vetazquez. Charles I", avec son front mélancolique, sa barbo pointue et l'étoile placee sur sa poitrinc, a de méme été immor- talisó par le génie de van Dyck. Et qui nc connait la pompeuse figure de Louis XIV, se montrant au milicu de cette perruque immense.decesrichcs otoñes qu'aimaient á retracer Mignard et Rigaud, ou bien, sur son cheval pie, reprúsenti', comino un soldat de parado qu'íl ¿tait, sur le premier plan de quelque bataillc théatrale, par vanderMeulen?QuelqüC vifqu'ait ¿tó legoútde ees rao- narques pour perpétuer leur ¡mage sur la toile, ils n'ont point (ttít aussi fréquemment reproduits, et d'autant de faeonsdiffúrentes,quelcur hon frérc etcousin d'Espagne. Tantót couvert d'une riclie armnre et conduisant un coursier fougueux, tantflt vñtu de velours noir et pré- sidant le conseil des ministres, tantflt éclatant d'or et de pourpre, tantfit revétu d'un modeste pourpoint et partant pour la chasse au sanglier, Philippc se montra sous tous ees aspeets varíes a l'ceil percant de Velazquez, serví par uno mnin liahile. II ne s'en tint pas íi\oir sa figure re- procluitfl en tant d'attitudes différcntes, il voulut que lo graud artista le représentat en priére, agenouilló sur les coussins brodós de son oratoire. Dans tous ees divers portraits, nous rctrouvons cette expression froide et flcg- matique qui donne a ses traits l'aspect d'un masque, et (jui s'accorde si bien avec le túmoignage des écrivains contemporains qui \antent l'aptitude de ce prince pour conserver un silence de mort et une immobílité de niarbre,talenthóréditairedans samaison,mais qui, chez lui, était parvenú a u n pointtel, qu'il pouvait assistera la reprósentation d'une comedie entiére aánsTaíre lemoindrc mouvement du pied ou de la m a i n ' , ct que, pendant dé longues audiences, pas un de ses membres ne bougeait, excepté la languo et les levres*. 11 montail a chcval, ma- niait son fusil, avalait les verres d'cau infuses de can- iiellc qui composaient sa boisson habituelle 5 , et accom- pliasait ses dévotions avec une imperturbable solcnnitó de maintien, qu'il aurait pu conserver en prononcant ou en recevantune sentence de mort. Une preuve remarquable de cette impcrturbaliilité se montra dans une fameuse féte que lui donna Olivares en J631, lorsque, a l'occasion de la naissance du prince héréditaire, ce fastueux favori renóuvela dans le cirqiio de Madrid les jeux de Vancicnne Home. Un lion, un tigre, un ours, un chameau, ce que Quevedo, en faisant un récit poétique de ce spectacle, appela toute l'arcbe ele Noé et le recueil enticr des fables d'Bsope, furent laches 1 Voyage d'Espagnc, l'aris, ICOS, in-4", p. 31- * Voyage d'Eíjiugnc, Colognc, i687, in-12, p . 33. 1 Dunlnp, Mmoirs nf Spain, 1.1, p. &> 1 • S8 VELAZyUEZ ET SES ÍKÜVRKS. dans la vaste plaza del Parque, afin de se disputer la souverainetó de I'aróne. Au grand plaisir de ses compa- triotes de la Castille, un taurean de Xarama triompha de tous sos antagonistes. o Letaureau de Marathón, (¡ui ra- vagea lepays de Tetrapoiis, dit un ténjoin oculaire de ce óvónement, ne fut paa plus vaiüant; Thésée, qui le vain- quitetqui le sacrifia,n'acquitpoint une gloire supérieure a cello dont se^ouvrit notre immortel souverain. Nevou- lant point qu'un animal qui s'ótait conduit si hravement n'ohünt pas une recompense bien móntóe, Sa Majesté rósolut de lui accorder la plus grande faveur que la bete ellc-mémoeútpu désirer, sielleavait étédouóederaíson, celle de la faíre pórir sous les coups de sa main royale 1 .» Demandant son fusil de chasse, le roí mit en joue; le coup partit, et. aussitflt le taureau tomba étendu sana vic sur le sable sanglant. La foule se livra aux transporta d'un fougucux enthousiasme; mais, ajoute le chroniqueur, «le roi ne perdit pas un instan! sa stírónitó habituellc, sa con- tcnance calme et cette gravitó qui luí sied si bien, et s'it 1 Josef Pellicor 2. VKLAKQDEZ ET SUS (ÍÍL'VRES, Gl sa famille,ctilarriva, sousla direction dcVincenzio Car- ilucho ', k possédor des tálente puiir la peinture. Revétu, díis sa jeanesse, de la pourpre vomaine et place sur le troné archiépiscopal de Toléde, il n'affecta point l'austé- rit¿ d*nn saint; il fut de bonnc henve la vio et l'aine de la cour et le direeteur de sea fetes. Ce fut a sa maison de c a m p a d o de Zarzuela, pres Madrid, qu'il rnit a la modo ees composiüons draniatiques melées de musique, qui ont conservó une grande populante en Espagnc sous le iioin de zarzuelas, et qu'il faisait représente!" avec de spl.endides décorations. Get attacheroent aux dissipations du monde ne détour- nait pas le cardinal-infant d'études sérieuses; il aimait les Üvres, il était versó dans les sciences philosophiques o.t matlHÍmatiques, et il connaissait diverses langues (Hrangeres1. Ayant 6ténommé,a l'Age devingt-deuxans f gouverneur de la Flandre, il passa les neufannées qui devaient former la fin de sa carriere dans les conférences politiquea mi á la tote des armées. Mais le vainqueur de Nordlinfe'on trouva encoré le temps de poser devant Ru- liens, Grayer et van Dyck, et de consacrcr quelques in- stants ü encourager les arts. Sa courte et brillante exis- tencese termina en I G i i . L'architecte Lorenzo Fernandez 1 Cet Italien Vincenzio Carducho, né á Florence en 1583, morí ii Madrid en 1638, a produit quantitc de grandes compositions rcli- gieuses. On en voit une dizaine au Musée royat de Madrid. Mais c'cst surtout au Musée nattvnal qu'Ü faut étudier Carducho sur HIIR serie trfcs-savante, signée ct datée de 1632. Voir, plus loin, une ap- préciatiou de Cardacho par M. Slirling. — W. 1 Pellicer de Salas, Leetíonet á la) obras ite Gongnrn; t'-pitre d í - diratfiiT ¡ii, i;.iilinal.iiifíint. de Saiazar fut chargó d'ériger á sa mtümoire, au centre de la cathédralc do Tolcde, un monument de soixante- d k pieds de haut, qui fut couvert d'inscriptions en di- verses langues, célóbrant lo mórite du cardinal; il fut exaltó comme étant Hispanus Mars, urbis fulgor et Austrius heros, Infans, prresul, primas, Ferdinandus amandus '. La proraiére ferrime de Philippe IV, la bolle reine Isa- bolle de líourbon, JÍlisabeth de Franco, filie de Henri IV et stBur de Henriette-Marie, ¿pouse de Charles I " , ótait l'ótoile de la cour; elle fournit^Velazquez ses plus gra- oieux modí'les. C'est h ce maitre qu'on doit un tableau curieux et fort intéressant, qui faitpartie de la collection •:Ui comtc d'Elgin', et qui représente l'échange effectuó le 9 novembre 1613, sur les bords de Id Bídasaoa, lorsque la Franco confia íi l'Espagne cette princesse, alors trés- jcunc ct fiancéc au prince des Asturies, et reput 1'infante qui fut la femmc de Louis XIII et la mere de Louis XIV. Au milieu du fleuve s'óléve un pavillon coiistruit sur plu- sieurs barques; deux canots (et dans chacuii d'eux s'éléve un dais) s'avancent vers lui, partant des rives opposées; ils portent l'un et l'autre une princesse. et sa suite. Sur 1 Pyra rciÍ8«*#»í«e la muy Santa Iglesia, frímaa%'de las Es- pañas, erigió at Cardinal-Infante P. Fernando'de Austria, por el licenciado Joseph González de Várela. Madrid, 1642, in-4°. Ce boau ¡ volume contient une vue du monument et un portrait du cardinal, gravé |>arG. C. Sctnín. 1 Ce tabican, qui avait figuré dans les galenos du Luxembourg, fut acquis un Fraucc, pendant lea guerrea de l'Empire, par le comte d'Elgin, dont le ñora sera toujours cher au* artístes. VELA5MJUEZ ET SES iKtVRER. 63 les rives on apereoit des pavillons plus considerables, irnos des bannieres et des devises respectives de lít France et de VEspagne; plus loin, des escadrons de cava- lene, des compagnics des avenera écossais de la guarde, avec leur uniforme blanc, des faritassinT des deux na- tions; touto cctto scene répond parfaiteroent aux descrip- tions qu'ont faites les chroniqueurs Mantuano et Céspe- des '. La riviére, les figures, les pavillons, le paysago formó de níontagnes escarpóos ct boisfcs, sont l'ajuvre d'une m;ún habilo; on nc saurait attribuer cette composition ü Veliizqucz, qui n'avait que seize ans lorsque l'échange des deiu princesses eut lieu et qui était alors dans l'atelier de Herrera a Sévillc; cependant il aurait pu traiter plus tard ce sujét, en s'aidant des études exécutées précódem- ment par quelque autre artiste, On posaéde peu de détails sur la carrierc d'Isabelle; mais cette souveraine parait avoir partagé les goüts de son mari. hx\ mois de juillct 1024, un Franjáis, probablement alienó, brisa en m o r - ccaus une hostie consacrée, dans l'égliae de Saint-Phi- lippe; il "fut étrangló et brülc \ Afin d'apaiser la colfere de la raa^estó divine offensóe, des córéraonies expiatoires curent lieu dans celta óglise et dans quelques autres, et un grand office fut celebré a VAlcázar. Une cérómonie religiouse avait p»ur la grave cour castillane le charme qui se scrait attacbó ailleurs a un bal masqué; nulle dó- 1 Pedió "MantuanO '.Casamientos de Efpaña ytrancia. Madrid, t (il 8, in-4D, p. 228,238.— Gonzalo de Céspedes y Mencses: Uistoria •le (ion FelipeIV. Barcelona, 1634, p. 3. 9 Reloeion dtl auto dá fi en Madrid á 14 dins de Julio date año, por el licenciado P, López de Mesa. Madrid, 162i. Opúsculo curieux, ée, et ayant appris qu'elle l'était, il dit: a Cela sufflt; tout le reste peut seremplacer.n Diálogo*, fol. 155. Cette Antiope fut, a la vento de la galerie de Charles I", achetéc 600 livres sterling par le hanquier Jabach; ce tabican passa dans la collection du cardinal Hazarin; il fut estimé 10,000 livres tournois sur l'inventaire du cardinal; Louis XIV enfitl'achat. II avail échappc, en 1608, & l'incendie du Pardo; il courut rísque d'étre réduit en cendre en 1661, dans Tincendie du Vieux-Louvre. U subü diverses rctouches, notamment de la main de Cojpcl; clles ont été enlevécs, ct le tableau a été renloilé en 1839. VAnliope est évalui-e t ,000 li- vres sterling et indiquée sous le nom der¿n«í endormie ct un Satyre, rtans le Catalogue des tableaux appartenant á Charles 1", manuscrit ruricux conservé au Musée Ashmoléen, ii Oxford, et publié par Vcrtuc, á Londres, en 17S1 (in-4% 202 pages). M. Waagcn en a flonnó une analyse : Kurntitecrke uwi Kümtkr in Eíigíanrf, t. I, p. 4:J7.4!H.— G. R. Curfint emballós, mais le prínce les laissa derrifcro !ui, lorsqu'Ü quüta Madrid avec prócipitation, ot ils ne p;ir- vinrent jamáis en Angleterre '. 1 Les nígociatíons rclatives a Vunion du. prince de Gallos avee ['infante, le voyago de Charles a Madrid, ont ció robjetd'uneétudu fort remarquablc de M. Guizot: Vn I'rojet de mariage royal {Revue desDeux-Monde¡, 13 juillet. I" aofit et \" octubre 1862). L'illustre écrivaii) retracc toutea les intrigues politiquea quise croi a tal il montre Charles et Buckingham partant secrétement de Lond le27Kvrieri623, déguisés, avec de fausses barbes, tratersant n cogitóla France et l'Espagne, et arrivant á Madrid 1 I M. Guizot donne le teste des documents espagnols, con¡ a archives de Simancas, ct celui des dépeches que, selon leur étrange coutume, le prínce et son flls écriíaíenl au roi Jacques ut qu'ils signaient ensemble, l'un : ii De Votre Majesté l'humble et ohéissant llls et serviteur; » l'autre : « Votre humble eaclave et chien.» Les obatacles au projet d'un ion, lea retarda que rencontraient les nego- . eiationsnaissaient du fond mame deschoses:«. Deux souveTains, l'un ' iodolent et incapable, l'autre indecig et pusillanime, cssajant non- Keul(Mii€nt cir fairo vivre en p&ix, niais de marier, dans ]& personne di! leurs enfants, dcui politiqueacontraires; deux favoria, l'un intri- gan t, l'autre fourhe, tous deux vaniteui,'chargés, l'un de poursuivrc effectivement ce mariage, l'autre de 1'éluder, en ayant l'air de le désirer; d'un efité, une reserve soleonelle, du l'autre une hardie SL prísomptucuse. A coup sur, il y avait la de quoi susciter ct alinienter dea coniplications, dea obscuritós, dea altemativcs et des lenteurs inrinies. » Le prince et le roi prirent congé l'un de l'autre avec beaucoup de politesse reciproque et d'affection apparente, au nwia de sep- tembre it$íi M. Guizot raentionne les magnifiques présents qu'on se fit do part ct d'autre; il rappelle que .le roi d'Espagne oífrit au jeune prince dii-huit chevaux espagnols, sjji barbes, sis jumenta pouliniÉres et vingt poulains, tous superbement bamachés; mais il ne dit ríen des tableaux. — G. II. VELAZU.UKZ ET SES (lOJYREB. 75 11 fist ¿trange que Charles n'ait pas ramen^ avec lm quclqucs échantillons du talcnt des peintres de la Pénin- sule. On ne trouve aucun nom d'artiste espagnol dans le Catalogue de sa collection; ccpendant, six ans plus tard, lorsquc deja dea nuages ópais s'amoncekient autour de son troné, il s'adressa, pour obtenir une copie des divers tablcaux de 1'Alcázar de Madrid, a. Miguel de la Cruz, jeune artiste de talent, qu'enleva une mort prómaturée. II n'ignorait ni le nom ni l'habiletó de Velazquez, car Pacheco nous informe que son gendro commen^a un portrait du prince, lequel en fut si satisfait, qu'íl fit pré"- sent de cent écus ü, l'artiste. On ignore d'ailleurs si cette ccuvre, sí bien faite pour provoquer l'intérét, fut termi- nóe, et on n'a aucun renseignement k l'ógard de son sort.'. 1 Dans l'étc do 1847, un portrait de Charles 1" fut esposó a Lon- dres comme étant l'ceuvrc deVclazquez, longlcmps regardée córame ¡Hirdue, et le pTopriétairc, M. John Snarc, lihraíre a Readíng et amateur de tableaux, publia Ja móinc anné«, á cet égard, uo volume áe, 2^0 pages, intituló HiaUtire et généalogierfuportrait da prince Charlen, plus tard Charles /«•, peint par Velazquez, 1 parait, d'aprfes 1 ect ¿crit, que M. Snare acheta ce tablean 8 livres sterling dans une vente faite a la eampagne, ct qu'il croit que c'est le mcffle fortrait quo celuique mentionne, sous le nomrtcVelnzquez, un catalogue, non destiné au comuierce, dts la galerie du coiute de Fife, mort en 1809.11 a montré de la patience et de Vintelligcnce en niunissant tout ce qui peut tendré a ctablir ce fait; je ne pense pas cependant qu'il l'ait prouvé. Supposé d'ailleurs que ce portrait soit celia de la collec- tion Fife, rieo n'est constaté, si ce n'est l'opinion quVait ect ama- teur, et toute l'histoire antérieure du tableau, tellc que la présente M. Snarc, n'cst qu'un tissu de conjectures ingenie uses. Je nc puis Vela/quez termina le portrait du roi le 30 anút, et, i! se pla^a ainsi au rang des pcintres les plus cu renom. Philippc était representó couvert d'une annure, et montó sur un beau chcval d'Andalousie; il ne pouvait choisir une meilleure attitude, car un des oracles en fait de la pensor avec lili que cu porlrait, plus qu'aux troís quarts finí, soit l'neuvre que Pacheco designe sous le nom de bnsquexo ou esquisse; je pense que Charles.paratt bien plus age qu'il n'était en 1023 (il avait alora vingt-trois ans), ct je ne trouve point, dans le Taire, de resscmblancc avec !cs productions authentiques de Vclazquez. Le livre de M. Snaro est d'ailleurs écrit avec bonne foi; il est curieux ct il mérito d'étre place parmi les ouvrages á consulter sur Phistoire de l'art en Espagne, quand ce nc serait que pour la traduction qu'il renferme de la notiee de Pacheco sur Velazquez. Cctte note ayant été publiée en 1848, M. Snarc y répondit par une brochure mise au jour la méme année: Prcuvn de l'authcnlicité du porlroil de Chirlen I'r par Vetaxquez. 11 commence par avancer que bnsquexo ou bosquejo signiíie une pcinturc non terminée, et que j'ai fait preuve d'ignorance en rendant ce mot par esquine. J'avouc que le sens du mot, ainsi que mapenséc, auraient été mieui rendus si j'avais écrit: « esquisse sur toile, » ou commencement d'un tableau. Mais ceci touche peu ou point au iitige; le mot bo»- quejo peut-il s'appliquer a lapeintureen questioní D'apres le Die- tionnaire en six volutues in-folio de rAcadémie espagnole, d'apres le Museo pütorico de Palomino, les Mtiloyoí de Garducho, VATU de la Pintura de Pacheco, ijni tmi, i\|il¡i|in ni m détail cettu expres- est certain qu'elli: n ., .i |.nn.ii- .ipiiliquée á un tableau .ncé,au9sipresd'ítiviiiu T i , (vlu i\<- \l. Snare, et si, entre 1623 ct 1849, date de la publication du lívrc de Pacheco, le portrait du prince de Galles par Vclazquez avait cessé d'étre un bosquejo, il élait devenu un tableau terminé, Pacheco ifaurait tres-proba- blement pas manqué de le diré; tous ceux qui ont lu son ouvrage savuit combicn il se plait á indiquer les moindres faits. M Snare. posant comme établi que son tableau est celui ducomte VEUZQIIKZ ET SES (EUVnES. 77 srience de l'équitation, le duc de Newcastle1, nous ap- prend que ce pritice était imlubitablement le plus parfait cavalier qu'il y oílt en Espagne. Ce portrait fut, en vertu d'une permission royale, ex- posó, un joup de fóte, en face de San-Felipe el Real, dans di: File, cite comme une preuve irrecusable l'assertion du catalogue do cette collection, que ce portrait avait appartenu au duc do Buekingham.La chose n'estpasprouvéejet M. Snaresc hite trop de conelure qu'il a'agit du duc qui porta d'abord le nom de George ViHiere et qui accompagna Charles en Espagne; il j eut une autre liranche de ducs de Buckinghain, les ShcfTields. Les choses n'en sont pas restóos la; ce portrait a donné lien a un long proces. Les hérítiers du lord Fifc, ayant eu leur attóntion íjvcillOe par les écrits de M. Snare, se crurent en droit de revendi- Hucrce lableau et mirent sur luí saísie-arrftt,\orsqu'il était esposé aEdimhourg. M.Snarc'gagna sa cause, la regagnaen appcl,obtint nienie \ ,000 livrus atcrling de ilommages-intéréts, et publia un n o u v e l ú c r i t : U: t'mtrs Yct'cl lugar que alcanzaste en la pintura: Anímete ('augusta alta figura IVel monarca mayor qu'el orbe alcanza, En cuyo aspecto tumi; l.i mudanza Aquel que tanta luz mirar procura. Al calor d'cste sol tiempla tu vuelo, Y verás quanto entiende tu memoria La fama, por tu ingenio y tus pinceles, Qu'el planeta benigno a tanto ciclo Tu nombre ¡Ilustrará con nueva gloria Pues es mas que Alejandro y tú su Apeles s . Un poeme de plus lungue étendue en l'hounoür do l'lieureux portrait sorüt do la plumo de don Gerónimo González de Villanueva, Sévillien áouó do l'esprit le plus fleuri; Philippe ótait celebré commc la Copia felix de Nuiíid o de Trajaiio, et une reuommée éternelle ctait garantic a Volazqucz. Ije 31 octohreí623, l'artuto rc<;ut la patento de peintre orJiimire dn roi. II devait, en sus du traitcment annuel qui lui ctait allouó, recevoir un payement spócial pour ses travaux, et, en cas de maladie, fitre soignó par le m6- decin, le chirurgien et le pharmacirn de Sa Majesté ; le 1 Voirlanrmodut Juyiufaí». 'Pacheco, p. Hfl. VE.tA7.QVEZ ET SES UiUVRES. 81 roi luí accorda peu apres une nouvelle pensión do trois cents ducats; mais, comme elle était prise sur des revenus ecclésiastiquos, ilfallutsolliciterá Rome uneautorisation, qui ne futdonnée qu'en 1626. La móme année, l'artistc obtint un logement dans les appartements de la Tréso- rerie : ce ftit regardó comme équivalant a deux cents du- cats par an. Peindre la familte royalo parait avoir ¿té alors sa principale oceupation; les portraits du souvcrain, de la reine, des infants, se multipliérent sous son pin- ceaii. On doit surtan t signaler ceux de Philippe et de Ferdinand en costume de chasse, avec leurs fusils et leurs chiens. Ges deux tableaux, conserves au Musée de Ma- drid ', offrent cette admirable facilité qui garantit la ressijniblance, et ils mcmtrent que Velazquez ótait aussi íidfile a la nature en peignant un prince de la raaisun d'Antriche1 qu'en retracant les traits d'un porteur d'eau ile Béville, ou qu'en reproduisant un panier de lógumes des jardins d*Alcalá. Au commencement de 1624, Phiüppe lit un voyage ilans les provinces du midi de son royaume; il passa quelques semaines á l'AIcazar de Sóville et ü l'Alhambra de Grenade *. II est probable que Velazquez resta á Ma- 1 N" 200 et 278. Cea portraits ct tous les tableaux de Velazquez cilés passim dans le tote, on les retrouvsra classés dans notre Cata- logue des peintures de Velazquez, a l'Appendice. Une répótition,— une copie libre de ce portrait de Philippe IV jeune, en chasseur, peuWtre par Mazo del Martínez? gendre et imitateur de Velazquez, — a étó aequise rócemment par le Musée du Louvrc. — W. It. I •"•* II quiTta Madrid le 8 février et ¡1 y rentra le iBavril. J. Ortiz y I Sanz : Compendio cronológico de la HUloría de España, Madrid, / 1706-1803; 7 vol. in-S». T. VI, p. .164. ÍÍ2 VKLAZO.UF.Z ET 8ES (HUVIIE8. drid, autrement Pacheco n'eút pas manqué de donner des dútails sur la touruúc du roi, ct il gardo íi cet ógarri un profond silencc. Le portrait équeatre de Philippc (au Musúe de Madrid) semble avoir otó peint par Velazquoz pon de temps aprés que Sa Majestó fut de retour a Ma- drid 1 , II représente le monarque sous un aspect plus favorablo que les autres portraits, et il-est, en ce genre, uno des plus bolles productions qui existent. Le roi est dans tout l'úclat de la jeunesso ct do la santo; ¡I est em- portó sur un cheval fougucux; il aspire íi pleijis pou- mons l'air bienfaisant qui arrive des collines; il porte une armure foncóe sur laquelio flotte une echarpe cramoisio ; un chapcau orné do plumea noires couvre sa tete, et sa maiu droite ticnt un báton de commandement. Tous les accessüires, la selle, les harnais brodós, le mors lourd et aigu, sont traites avee un soin minutieux; le cheval, t'ívidemmcnt peint d'apres nature fit d'apros un modele fburiii par une dea montures favorites de Sa Majestó, est bai, avec la tftte et los jambes blanchos; sa. queue est uno avalancha do crins noira, et sa criniere tombe bien au-dossous do l'óperon d o r ó ' ; il bondit en I'air par un 1 N°2O!t. Sans les moustaches formidables du rol, o n p o u r r a i t s u p - posfirqiii! i '«'si. \i: iiirrnicr portrait dont il a deja ótti fait mention, ct n'csli'(M|iir , ilan^ !> ^ranrl rófectoire de uct incomparable monasüire, i 1 Palomino indique en chiíTi-e, que confirme cgaletnent rfneen- taire general Uei plm euriauei recherckes dn rayanme d'Espagñe. ¡ í)i VEUZOLEZ E'I SES HíUVHES, mi dans l'appartemcnt du prieur, que, arretás devant Ja Cene du Titien et la Pcrle de ltaphael, les deux maitres ¡\HII(- dcii\ ' productions de Rubens, et il fut un ternps oii, p. 22a 1 notro cilatioii est d'aprfea une traduction de l'originol üa- ' Sur ees soixante-ikiux Rubens du Mustio de Madrid, il yft.enoffet, uno duuiainede chofs d'teuvre, égaux aux Rubonad'Anvers.dü Mu- nicli, de Vienne et des autres principaux musóes do l'Europe. Dans ¡iliisieurs de co» tableaux, le paysage ou les aocesseires sont peints par Hrvegel de Velonrs, Snjders ítitions ailleurs. I,es plua étonnantí ni le» plus iustructifs soiit 9(i VELAZQUEÜ ET SUS (FUVHliS. SÍIIIS ce rapport, l'Espagne ótait plus riche que la Flandrc elle-mémo. Le Jardín d'amour, Rodolphe de Hapsbourg donnant son chevai au prétre qui porte l'hostie, et bien tl'autres compositions qui figurent dans la collectiou royale, ne lo cédent pas aux ceuvres dont Anvers s'enor- gtieillit á juste titre. Le Mttse"e de Valladolid possóde los trois grands tableaux d'autel oíTerts par le comte do Wiensaldaña au couvent des religieuses do l'ordre do Saint-Franijois; Ponz en a exagóré le mórite lorsqu'Ü les a sígnales comme ce que Rubens avait laissé de plus beau dans la Péninsule. Les chefs-d'ceuvre en ce gcnre, que l'Angleterre posséde, y sont venus á la suito de la g u c r r e ; les uns ont éló les dópouilles des vainqueurs, d'autres ont passé" par les raains des marchands qui siti- vaient les armóes. La Ckasse au lian, qui dócore matn- tenant l'hótel de lord Ashburton a Londres, a jadis orné les galeries Leganes et Altamira. La composition gigan- tesque placee dans la collection de l'hótel Grosvenor et oü s'ótalent les flls robustes et les grosses filies d'Anak, fut peinte d'aprés l'ordre d'Oh'vares, et ¡1 la fit sus- Ic9 grandes copies d'aprfcs les chcfs-d'uiuvre du Titicn, par e*em¡>lu VUnlévemenl d'Europe, ct surtout Adam H Éve liana le, paradií ter- re»tre. On oserait presque diré que c'est plus lieau que ['original. Cette grande Évc voluptueuse et la plupart des tableau» « á feiíimos núes » de Ruhens sont encoré relegues dans les salles infórieurus dn Musée, especes do caves á peu prés interdites au public. 1! faut esperar que le magnifique Musée de Madrid sera bientót réorganisé sur un autre plan, et que HM. de Madrazo, qui sont tout dévouiis aux arta, publíeront enlin un nouvean catalogue di^nc de cuite f-ra- lorie ¡ncomparabln. — W. B. VELAZQUEZ ET SES UXVRES. !)7 pendro dans la bolle óglise du couvent des religieuses de Lonches. Lord Radnor possede~,~dans son chftteau de Lmififord, un paysagc fort intéressant, dont Rubens a peut-étre tracé le croquis pendant une des excursions (lu'il faisait en compagnie de Velazquez. C'est une -vue de l'Escurial, prise de la colline qui s'ñléve derriére l'é- dificc. La figure solitaire du moine, la* ernix de bois, le daim qui passo avec rapidiUü, les cn]IÍnes escarpóos, les iiuages gris ct froíds, tout conserve une harmonie admi- rahle avec l'aspect solennel et imposant du gipantesque mouastüre. CITAPITRE V T.cs avis iit l'exemple de Rubcnw donnerent une forcé nouvellc an df'sir que- depuis longtemps avait Velazquez de visiter Fltalic. Aprfes beaucoup de promesses et de re- tards, le roí donna eniin son consentement; l'artiste rec.ut un congo de deux ans, pendant lesqucls il devait conser- \ e r sos traitements ; de plus, une somme de 400 ducats luí ful aceordóe. Le coratc-duc luí remit de noitibreuses lottres de recommandation, une gratifleation de 200 dii- cats, une módaille offrant lo portrait du roi. L'artiste, accompagnis de son fidfilo Pareja, s'embarqua k Uarce- lone le 10 aoút 1G29, en compagnie du grand Capitainc Ambrosio Spinola, qui allait prendre le gouvernemcnt dii (Incluí de Milán ct se placer a la tete des troupes im- periales et espagnolcs.reunios devant Cásale. Le premier pas que fit le pélerin sur la torre promise de l'art fut sur les quais somptueux de Venise. 1! recul. lo rneilleur accueil de l'ambassadeur d'Espagne, qui le logea dans son palais et le regut á sa tablc. La république des Cont-Iles n'en ótait plus á l'Ago d'or de sa puissaiicfi politique et de s.a ploire artistiquo. La vigueur qui Iu¡ avait fourni les moyens de repousser av<:c succés les eflbrts des puissances liguces a Garabrai ne se trouvait plus dans scs conseiis. Ce n'útait que dans les vieux palais decoras par Giorgíone, Titien, Porde- nono, Pnul Caliari ou Tintoret qu'on rencontrait l.t: donnc, i cavalieri, 1'arme, gli amori. La fin du dernier siécle avait vu s'tfteindre la derniere ('•loile de cette gloríense constellation. Leurs faibles sucees- Hfiurs viíaient en s'appuyant sur les idees et sur la renom- inóe d'une époque qui n'ótait plus.- Alessandro Varotari, connu sous le surnom á'il Padovanino, ctait un des plus distingues de ees mediocres artistes; ilprodiguait dans les palais ees figures imposantes et ees somptueuses draperics qui caractórisaient ce qu'on appelait le genrepaolesco ; ses Noces de Cana, regardóes comme son chef-d'ccuvre, rap- ¡icllentlagrandeurdeViSronése.PietroLibericommenfait sa carriere et prrxíuisait des tableaux d'autcl, pále rcflet du style de Titien, ct des Venus sans vetoments, qui lui valu- ront le surnotn de Libertino. Turchi, le plus habile peut- íitro de tous ees artistes, s'était transportóa lióme, en lais- snnt dans les óglises de Venise de nombreuses et assez bnnnes compositions. L'age dógénéré des coloristes sombres, des tenebrosi, avait deja commencé & jeter son nmbre s u r l ' a r t dans la citó insulaire. Dans l'ótat oü se trouvait aiors la pcinture a Vcnisc,Ve- lazquez, pendant son séjour, dnt s'occuper des raorts plu- tot que des vivants. La cathedrale de Saint-Man1, et los fiutrcs óglises, le palais du doge, les demeures des gran- des familles patriciennes, lui offrirent de nombreux nw- 11)0 VELAZQUEZ ET SES fEUVHES. tifs nouveaux pour admirer Giorgione, Titíen et leurs Amules (ju'il avatt déjá apprís a connaítre a l'Escuríal. II employa surtout son temps á faire des copies de qinil- ques oetivres magistrales; il reproduisit notamment lo Cnicifiement et la CV«minence rec-ut le peintre du roi d'Espagne avec la plus grande courtoisie, il lo logea dans son palais et il l'invita a sa table, honneur 1 Panfili prit le nom d'lunocent X. Sachetti so croyait tollemeitt sur d'Étre nominé, que Pasquín dit de lui, aproa son échec:« Celui •jui entra au conclave coniine papeeu aorlit cardinal. nVoir un [ivn; satirique et curieux : La giusla statera de' Porporali, (¡encvivi, 1 CíiO, p. ÍI2 et 96; ¡1 en existo unn traduction anglaise par 11. COJÍOII : la Robe ¿caríate (the Scartet Gown). VEI.AZÜUEZ liT SUS OiUVKKS. 10! que Vclazqucz, n'étant pas preparé a une pareille condes- cündance d é l a part d'unprincede l'Église, reftisa res- jicctueusement. Un gcntilhomme cspagnol, de la maison de Son Éminenco, fut chargé d'accompagncr l'artiste pen- tlant les dcuxjours qu'il passa a Ferrare, et de luí mon- trer les tableaux de Garofalo et les autres chefs-d'cBuvre dont, s'ennrffueillissait la cité ; le légat, qui aimait ou qui lí'ijjiirii! il'iiiinrr l'líspagne, luí accorda, lorsqu'il partit, uní- ¡iLiilii'iicr lie congo qui dura trois heures. Des che- v;in\ ríiiicnt |tiv|i;Livs pourle porter a Bolognc, etson ami logcntühunnnc espagnol l'accompagnu jusqu'á Ccnto. L'école de Bolitgne, malgré son mérite, ne retint.pas Vclazquez dans cette ville; il avait des lettres pour les cardinaiut Nicolás Lodovisí et Balthasar Spada , mais il ne les remit point, craignant qu'il n'en résultat des rctards dans son \oyage. II prit la route de Ijorettc, la innins directo, il est \ r a i , mais cello qui avait le plus de titresau choix d'un nomine picux, et il hata sa marche \ers Rome. La travorsée des Apennins ne put qu'avoir des charmes pour son goüt exercé et pour sa \ive intelli- genec. 11 avaneáit vers la ville éternelle, au milieu des monuments de sa gloire ancienne et moderne. La vieille porte de Spolete, oü Annibat fut reponssé lorsqu'il vc- nait de cueillir les lauriers de Trasimone, l'aqucduc qui serait sans rival si celui de Sígo\ie n'existait pas, le pont d'Auguste a Narni, le gracieux temple de Clitumnus se trouverent sur la route qui le conduisit au Panthcon et a l'araphithéíltre de Fla\ius. La petite ville de Foligno luí offrit un a\¡int-goút du Vatican, en lui présentant l'aimable Madone de RaphaSl, qui était alors dans le cou- vent des Gontesse et qui est encoré connue danslagale- rie pápale sous lo nom de Vierge de Foligno. Velazqueü ótait, par bonheur pour lui, en position de jouir de tant d'objets prócietix, et de se laisser aller a toutes les imprcs- siuns de l'esprít le plus cultivé, á mesure que le d&me de la grande basilique, s'élevant au-dessus des hautcurs dassiques qui l'environnaient, annon^aitla raétropole de son art et de sa foi. Plus heureux que bien d'autres peintres, il entrait dans cette ville auguste avec un uom déjá connu, avee une réputation établie; peut-étre était- il agité de l'espoir de s'élever k de plus hautes distinc- tions; du moins, la craínte d'un échec ne troublait pas sa Kiírónité ; nulle perspective d'embarras pécuniaire n'ar- rétait le cours heureux de son esprit. C'était dans des circonstanccs bien différentes, c'ótait avec des sentiments bien moins sereins que, peu d'années auparavant, cette mfane route avait vu passer doux autres artistes dont le nnm était aussi promis a )a pustírit)'', Nicolás Poussin, un aventurier sortant d'un village de Normandie, et Glande Gelée, jeune garcon échappó de la bniitique d'un pAtis- riier de la Lorraine. Le troné pontifical (ítait, a cettu lípoque, ccrupv jiar Maffeu Iíarbcrini, qui portait le num d'Urbain VIII ct qui figure dans l'histoire surtout a cause de la lon^ue púriode pendant laquelle ilgouverna l'Église, de sa supí- riorité dans la poésie latine ' et de deux constructions sumptucuses qu'il fit. exócuter íi sea frais, d'aprés les des- 1 Sos vers furent recueillis en unTOIUIDOin-folio, impriuió aveo luxo en 16*2, et, cireonstance singuliúrü,ib trouvfcrent a Oxrurd un éíliteur daos un ínjuisti'e aiiylican, qui lus lit reimprimeren 1720; sins de Uernin: le grand autel de Saint-Pierre et le palais Harberini, pour lequel leColyséo scrvit de carriere'. Co piipc ct son neveu, lo cardinal Francesco Iíarberini, fircnt íi Volazquez l'accueil le plus affable; un logement au Va- tican fut offert á 1'arUste, mais il refusa cet honneur; se contohtant d'uno •habitation plus modeste, il so boma a sollicitcr la permission d'avoir, á toute heure, accés dans les galcries de 8a Saintetó; cette demande lui fut immó- diatement accordóe. Vclazquez s'empressa de se mettre íi l'oauvre a\ec ar- deur; son crayon et son pinceau l'aid&rent h cueillir quol- ques fleurs dans le nouveau monde artistique oü se pro- menaientsesyeux. Le Jugement dernier do Michel-Ange, dans la chapelle Sixtine, n'avaitpas encoré subi l'ópreuve d'Lin siécle, et l'encens constamment brúlé k aes pieds n'avait point temí son éclat. L'artiste espagnol copia de nombreusejs portions de ce chef-d'ceuvre; il reproduisit les Prophétes et les Sibyllos, ainsi quo le Pamasse, la Théologie, Y Incendie du bourg et diverses autres fresques do Uaphaei. Plus heureiise que Venise, Home, ¡i cette époquo, pniivait montrer avec orgueil une róunion d'artistcs tellc (ju'olle n'nn avait guere possédó dans ses murs depuis lesjpurs do Micbel-Ahge. Un grand nombro des maltres de Uo- lofrnc y avaient flxó leur rósidence, ou bien ils y faisaient un sójour passager. Le Dominiquin et le Guercíiin travail- c'cst u n heau v o l u m e ; les Pocmata sont accompagüés d'une vie dt; 1'aQlcur ct de notes, 1 Cetto diivastation donna l'occasion de diru : (>UOLZ wm fecerttnl • Uarbari, fecerunl Barberini. 104 VBLAZÜDEZ ET Sl¡3 «KUV laícnt a quelquos-uns de leurs meilleurs ouvrages : la Communion de saine Jéróme et Yhwention du corps de, satn/e Pétronille, les fresquea de Grotto Ferrata et do Lodovisi. Guido^Reni se partageait entre les émotions du jen et les charmantes cre"alions de son facile et gra- cíeux pinceau. Albane, l'Anacréon de la peinture, ornait les salles des Borghése et des Aldobrandini; il y rcpré- scntait des bois riants et frais, peuplés d'Amours iblíltrcs. Les grands paysagistes franjáis, Poussin ct^Claude, jc- taictit les bases de leurs fécondes et charmantes ¿coles. J)c belles fontaines, des ¿glises, des palais, s'élevant dans toiis les quartiers de la ville, attestaienf, le génie archi- tectural du Bernin, l'ami du pape, le favori des princes, le plus oecupó des hommes et le plus apte aux travaux les plus divers'. Gette société d'artistes éminents ¿tait mal- heureusement on proie a d'ignobles jalousies et a des querelles personnelles; Velazquez resta ¿tranger a ees animosités; il voulut se lier avec toua les hommes de ta- lent, aans dístinction. La saison avangait; la situation aórée et charraante de la villa Medici, élevíe sur remplacement des anciens jai fliji^ il(! Ijiículhis, le séduisit, et, gruce a l'intervention du corato de Monterey, ambassadeur d'Espagno et ami dís - tinguó des arta, íl obtint du gouvernement toscan la per- missioQ de s'y ótablir. Cette villa, penchée stn le flanc 1 Evelyn, dans son Voyage á Borne, igí-t, sígnale le Bernin comme étant i la fois seulpteur, architecte, pejnlre et poCte:« Un peu avant nion arrivée, ilfitreprésenler un opíra dont il avait peint les dócors, fiifonndles statues, inventó les machines, composé lamusique, écrit los vers et báti le théátre. » boisrü du Monte-Pincio, domine la cité entiérc; de ses fi'iiótres et de ses jardins on découvre la campagne, tra- versée par d'antiques aqueducs, et les contours oü s'óga- rent les eaux jaunatres du Tibre et de i'Anio. Elle conte- nait, a cette époque, une précieuse collection de statues; 1'EspagnoI, qnittant le pays ofi dominait la sculptnre en bois colorié, logea sous le raéme tciit queVincomparablc WTIUS d'Adrien et des Médicis. Achetée trente-sept ans plus tard par Golbert, afin d'y établir l'académie de Vranee que crea Louis XIV, cette résidence momentáneo do Velazquez a, depuis, été le séjour des plus grands ar- listes franjáis a l'époque de leurs études. Son magnifique jardín, lungtemps adopté córame lieu de promenade a la ¡norte, est aujourd'liui délaissó; mais l'ami des beaux sites et de la méditation sera toujours heureux de s'y trouver, soit que, pendant la chaleur du jour, il se pro- mene sous l'ombre des grands et vieux chénes, soit que, le soir, arreté sur la terrasse presque en ruine, il con- temple les ombres de la nuit s'abattre lentement sur la cité ct sur son dome gigantesque. Deux mois s'ctaient écoulís dans cette charmante re- traite, lorsque Velazquez en fut chassé par une attaque de ees fióvres tierces que la mal' aria amene, pendant la saísíin des chaleurs, aux environs de Home, ct qui sont fatales aux ótrangers non acclimatós. 11 prit un logement nn ville, pres du palaisdeMonterey; l'ambassadeur eut jiour lui les attentions les plus perseverantes. 11 le fit soi- gner par son proprc médecin, sans que l'artiste eut rien ÍI jiayer, et il ltii procura tout ce qui pouvait contribuer a son rétablissement. iOfi VKLAZIJUEX ET SES (ÜUVHES. Vislazquez passa prés d'un an a Home. II y vint ponr éütdier les grands maltres et il paralt s'étrc lívrú avcc zele á cctte ctude; raais, córame Rubens, il copia leurs couvres, nota leur styie et conserva le sien. Le chono s'iítait dtfveloppo' avec trop de viguour pour qu'il pflt rc- cevoir une direction nouveltc. Pendant son séjour dans la vílle úternelle, l'artíate ne semble avoir jiroduit que trois composhions originales : son portrait, teuvre encél- lente, destinóeá Pacheco; les Vorgesde Vulcain etle Man- teau de Joseph, rjni (igurent au rang de ses ccuvres les plus rólelires. La Fonje cst une vaste compositíon sur toilo, ayant 10 pieda íl2 de large sur 8 pieds de haut; les six figures qu'ellc contient attestent toute rótentiue de la scionco anatomique de l'artiste. Le sujet eat Vulcain dans sa cá- veme; les Gyclopes l'environnent et Apoilon lui revelo' rinfidélitó do Venus. Si le diou du jour avait.¿tó con^u et pcint avec autant de forcé et de venté que ses audi- teurg, ce tablean ne rectinnaitrait aucun rival au point de vuedereffetdramatique. Malheureuaement,rApollon, le fulgente decorus arcu Phcobus', est dépourvu do tous les attributs de gráce et de beautó dont la poésie l'a in- vesti,et, dans la position oü il se trouve, élcvanttindoigt, on pourrait, ai ce n'ótait sa couronne de laurier et sa draporio flüttantc, le prejidre pour un jeuno homme des plus vulgaires, ónoneant un fait insignifiant. Lors- qu'oti pense que Volazquez était alors d cótó du Vatican, qu'il avait sous les yeux los modeles de Plüdias ct de Ha- 1 Humee, Carm. Swc, v. (¡1, (¡2. VELAZyL'EÜ ET SES «KUVllKS. 107 [ihaül, il cst (lifflcile de comprendre comment il a pn [>cindre un Apollon aussi vulgaire. Vulcain ct ses noirs compagnons dédommagcnt, il est vrai, de cette dófail- lance. Le divin forgeron est retracé, tel que nous le montre Hornero, étourdi de la nouvelle de son dóshon- neur; son regará a une exprcssion de colore et de dou- ieur; lo marteau pend h son cóté, le fer se rofroidit sur l'cnclurae; l'espoir, l'idée do la vengeance, n'est pas en- coró venu lo cotisolor. La rage et l'affliction, lcpathétique de l'expression et la laideur des traits (ct mulé combinaU son ne présente plus de difficultés a l'artistc), voila co qui se montre sur son visage. Les trois cyclopes occupús au- tour de l'enclume, et celui qui, derriére eux, souffle les fourncaux, ont également suspendí! lour travail; leur physionomie exprime la curiosité; leurs yeux, grand ouverts et éblouis, contemplent l'etranger celeste; iis avaucent leurs tfites que couvre une chevelure épaisse et touífue; ils sont avides d'apprendro lo seandale qu'il aiinonce. La lumiere qui entoure le dieu du jour tombo sur leurs corps brülóa et elle s'óteint dans les sombres profondeurs de la cáveme. Ce tableau, autrefois au ¡ia- lais de Madrid, cst aujourd'hui place dans la galcrie de la reine d'Espagne; il a otó" gravó d'une facón mediocre par Glairon en 1798. Lo Mantean de Joseph n'a pas étá gravó, et, aprés avoir fait un court aéjour au Louvré, il est venu reprendre sa place a l'Escurial. Le sujet est les flls de Jacob apportant k ce patriarcho les vfiteraents sanglants de leur frere; l'artistc n'a pas representó des vetements de eouleurs di- versos, commo le dit la Genése; il s'en est teuu u une IOS -AZytlEZ KT 8E8 UiDVRES. sorte ile veste bruñe, avec une doublure blanchc, parsc- itiíc de taches de sang. Jacob, habillé" d'une robe bleuc et d'iin mantcau brun, est assis á gauche; il a a ses picd.- un tapia de Turquie, sur lequel se tient ún chiea noir et Ijhmu qui aboie. De l'autre notó du tapis, trois des fils so tionncntdebout; un ítendles braset sedótourne, córame ü'il ótait accabló de doulcur; les deux autres étendent le viHoment; deux autres fils du patriarche, placéis au centre do la composition, se distinguent vaguement dans l'ob- scuritó du fond. Sous le rapport du colorís et de la vigucur de l'cxpression, la tete de Joseph ógale ce que Partiste a produit de plus parfait. L'émotion du vieillard n'est pas seulement d c l a d o u l e u r ; lacolére s'y méle; il soupconnc quelque crinio, et ÍI est au moment d'óclater en repro- ches. 11 en resulte que le Jacob de Velazquez est bien • moins touchant que le Jacob de Moíse. Le pathétique du ca ríscit. inimitable est dans la soumissjon avec la- quellc le patriarche trompó recoit, sans un mot de mé- fiancp, de murmure ou de reproche, le cou^cnií le fragpe. Hegardant le mantcau, i[ d i t : « C'est le \etement de raon fils; une béte feroce Pa devoré; Joseph a otó mis en piceos. Et Jacob déchira ses habits et pleura son fils pendant hien des jours *. n Les trois fréres places sur le ' Cénese, chap. xxxvn, v. 32-34. 1 est juste il'observiír qu« 1 M. Heckford sígnale le Mantea» de Joseph comme celui de tous los tahlcaux oíi rehile k pathítique le plus profond, ot commc la plus ¿datante démonstratioii du talcnt extraordinaíre de Vülazquoz {f.et- tret ¿crites d'Eipagne, n" 10). En 184S, j'ai vu a Madrid, chez don José Madra/n, tino rúpiititiori (¡ni didere á quclqucs cgards du ta- blcau original : le chicn, par cxcmple, dort, «ouché auí pieds <\? VELA7.QUKZ ET 9KS ÜJUVRES. lili) premier pían snnt de vigoureux gaillards; denx sont. presque ñ u s ; ils ressemblent tellement aux cyclopes des Fort/es de Vulcain, qu'ils paraissent a\oir été peints d'a- pres les mómes modeles'. Ces deux tableaux montrent íi quel point Vdazqupz demeura, pendant son siíjonr fi Rome, fidéle a son style primitif; effrayé peut-étre par la supóriorití de Haphaísl et de Michel-Ange, il prefóra déployer son habilett! en f peignant des formes vulgaires, plutót que de risquer s;i i rúputation en s'attachant a representar la beautó, íi pom1- suivre l'idcal. Ses patriarches hébreux sont des pátres de l'Estramadure ou des bergers de la Sierra-Morena; ses cyclopes sont des forgerons en tout semblables a cen\ qui, dans quclque village ecarte, ferrerent le cheval de l'artiste, lorsqu'il traversa la Manche en se renilanl a Madrid. Le marchó ou la forge n'oíTre guére de modele qui puisse donner l'idée d'iin Apollon, et ceci explique pourquoi Velazquez a si peu réussi lorsqu'il a voulu re- ' présenter ce dieu. Vers la fin de Tan 1630, Velazquez visita Naples, ou Jacob, aulieu d'aboyer contre lus íils du patriarchc qui apportent les vólcmenls. N. de la Cruz (t. XII, p. 17) parlo du tableau ronime i étant alors (en 1812) íi l'Escurial, re qui jette de* doutes sur la^ circonstance de sa translatiun a Raris. 1 Jo me souviens d'un autre exemple encoró plus étrange de celto transformation, ct celui-ci est piquant pav suite du contraste des sujeta. La galcríe royale de Copenhague possede deux tableaux de Cario Cignani, representan! l'ui) la Chustelé de Joteph, l'autre le Viol de Lucrece. La femme de Putiphar repréBentc absolument les niemes traits qu« la matrone romaine, et le fouguoiix Tarquín offre une resscmblanü! parfaite avec le pudique Héhrru. 1Í0 VF.LAZQUEZ ET SES fRBVHES. I'ami et le patrón de son beau-pére, le duc d'Alcalá, rcm- plissait alors les fonctione de vice-roi. 11 eúTKTiáct de so concilier 1'estime de ce haut personnage sans eneourir l¡t jalousie d'un autre artiste espagnol, le Valcncien Ribera, qni, appuyé sur deux violents sectateurs, Gorenzúfét Ca- raf ciólo, avait établi dans la rópublique des arts une sorte de domination fondee sur la terreur. Parmi les maitres ¿minents qui jetaiont alors un vif éclat sur l'école de Nuples a son époque la plus brillante, l'habile Mgggimd atan/iono, qu'on íippelnif. lo Guido Rcni napolitain, pa- nul ;nnir Miifnul ¡iiiitv I ,iih-nlion de Vclazqucz, ct'l'in- /liicuri' ilii niWc de cci. íiiilicn so recurmalt souvent dans les prniluctiüiis (¡(i'uiífanta nlus tard le piiiccau de l'Ks- A Naples, Velazquez exócuta le portrait de 1'infante Marie, qui avait, dans son enfance, repoussí la main du ]>rincede Galles, et qui, nancee a son cousin Ferdinand, rní di! Hongrie, était appelíe au tróne imperial. Ce portrait fut pcint pour la galcrie du roi d'Espagne, frére de cette princesse. Ge fut probablement á Naples que Velazquez s'embarqua pour un des ports d'Espa^ne. Au príntemps de 1031 il rentrait a Madrid. -*** *" scmlili' i| rr iK.-i.nt <|r l.i ,,rv iv , r . , | , , , .,> [u<- lui-niñiu' ;ul ponconlri' Hilii-niiiNapIcs. «iberaaviiLl.¡¡.ir.-,f|M¡ic¡ii]),'-(l.'n\ ¡ni>. d .scs tEUvres avaiint cu iié'¡íi un Rraml M H H S m \^]n\-tw. i.'Aiiom- 1 tiondeubcrgerg, di la National Gallen h Lendn-.-. ¡irirnl TIK-NI :m Musée espagnol de I.ouis-I'hilippe, cst peintc liam cello maniere, et le Catalogue n'hósite pas ¡i l'attribucr aux premier»tempsde Ve- lazqucK,« an carly w"rk, » — W. B. CIIAPITRE VI A son arrivtíe dans la capitale, Velazque»,trouva un bou accueil aupres d'Olivares, qui le lona fort de n'avoir pas fnit un usage ontier du congo de deux ans qui luí avait i'stó accordó. Se conformant a l'avis du ministre, il no perdit pas de temps pour se montrer devant le rol, pour baiser la main du souverain et pour le rcmercicr de l'exactitude qu'il avait mise a tonir la promesse qu'aucun autre peintre ne ferait le portrait de 8a Majesté. De fait, si, commc on a lieu de le croire, Kubens fit un second voyage a Madrid pendant l'absence de l'artiste auquel le mi avait accordó ce monopole 1 , le scrupule avec lequel l'hilippo adhóra á sa parole est digno d'étre signalí. Le r«i, tout comme son favori, regut Velazquez de la facón la plus gracieuse; il ordonna de transporter son atelier dans la galerie du nord de 1'Alcázar, d'ofi }'on avait la .1 MIC de riíscurial, et qui probablcment était p]"s rappro- í CIM'T dis itppartements royaux que l'appartement ,dcj¡\ ¡ici-nnli'' ;ui peintre dans les bíUiments de la Trésoreric. C'est 1 que Philíppo avait l'hahitude de venir visiter Ve- & lazquez presque chaqué jour et de suivre les progrés des travaiix de l'artiste; le roi s'introduisait, quand il le vott- lait, au moyen d'une porte dont il avait la clef, et parfois il posait trois heu.res consécutives devant le peintre qui i-etrauait sestraits 1 . í>a premíere cenvro de Velazquez, aprés son retour, fut un portrait {que stiivirent beaucoup d'autres) de l'infant Ualthazar Carlos, prince des Asturies, né pendant son s<5- jour en Italie. II fut ensnite appeli; a prendre part aux délibératiops du roi et du oorate-duc, au sujet d'une sta- tue de Sa Majesté" q'u'il s'agissait de placer dans les j a r - dins de Buen-Retiro. Le Florentin Tacca ayant été choisi pour exécuter cetto oauvre, le ministre écrívit au grand- duc et a la grande-duchesse de Toscane", afín de réclamer leur coopóration et leur avis. Pour guider le sculptcur dans l'attitudc et la ressemblanoc, le ministre ómit l'idíe qu'il serait a propos de lui envoyer un portrait équestre; ce portrait et un autre, offrant jusqu'aux genoux l'image du roi, furent commandés á Velazquez. Aíin que nulle prócaution ne fut oubliée, le Sóvillien Müntañes fournit aussi un modele, et le nSsultat de tous ees efforts fut la lielle statue de bronze qui s'óleve aujourd'hui en face du palais de Madrid et qui porte i'empreinte du talent de Velazquez. Ce bel ouvrage, qui est peut-6tre la plus noble statue ¿questrequ'aitproduitel'artinodepiie, fut achevé" et placó sur sonpiédestalen 1640, non sans de fortes dépenses'. Le 1 Pachaco, |>. I O J . ¡ lffiprvsPniiz (t. VI, |>. IfH), cottf statm: fut (ivnluén 40,000 don- rlicval, qni se cabro ct qui n'est supportá qnc par ses jambes de derriere et par sa qiicuo flottantc, fut lonfj- temps regardé comme un miracle de la science méca- iiiquo, et Galilée lui-mAme suggóra, dit-on, a l'artiste les_ moyens qui furent employós pour maíntenír l'iíqiiilibre. París, Copenhague et Saint-Póíersbourg ont, depuis, cu des statues dans la mGme attitude et elles ne stmt plus un objet d'admiration. Mais 1'oBUvre de Taúca se recomman- dera tonjours aux suffrages des connaisseurs, gr&ce a la hardiesse du dessin, a l'habilctó attentive de la main- d'tuuvrc, et a la vie qui anime le cavalier et sa monture. On peut diré, il est vrai, que les jambes de derriere du chaval ne sont pas placees suffisammont sous son corps, ct que son attitudc est plutót celle d'un robuste cheval de chasse anglais, franchissant un obstacle, que celle d'un uoursier caracolant au manóge. Ce dófaut est compensó par la beauté de la tete et de la partie superieure du corps, p a r l a posegracicuse et l'air martial du roi, qui porte sa luurde armure et qui branclit son bSUtn de commande- ment d'un air tout á fait heroíque. L'echarpe, qui se ter- mino enunelargebordure de dentelle d'un effetheurcux, est jetee autour des ópaules royales et elle flotte au vent avee une légéretü fort rare parmi les masses de marbre ou de mótal qu'on a ainsi voulu représenter abandonnées au sonffle de la brise. Sur les sangles de la selle est l'inscription : Petnts Tacca f, Florentüe atino saluíts MDGXXXX. Enlevée en 1844 des jardins de Bucn-Retin», qui \ e - bloiis dans l'invcntaire du palaís de Ituen-Retiro, mais ello no coíita curtuiíiemont pas une aussí forte sommc. i 1K VELAZQUEZ ET 8F.S IEUVRES. íiíiicnt d'Atre replantes, et transportóc sur la vaste plano quí s'étend dcvant Ic palais de Philippe V, cette statne a (•Á6 posee sur un piódcstal elevé" que décorent d'assez bons lias-rcliefs; elle semble rcgarder d'en haut les lions de limnze ctles déités de marbre, ct son imago se nífliíohit tlans le bassin d'une fontainc 1 . Le portrait semble avoir surtout occiipó" pendant qucl- ffiics aunéeslc pinceau de Veíazquez. Ses beaux portraits ¿([uostres di¡ Philippe III et de la reine Marguerite, dans ^ lcsqucls il pronta sans doute des ceuvres de Pan toja, fu- rent probablcment exécuíeia peu de tcmps aprés son rc- tour d'Italie. lis sont mainícnant dans la galerie royale, de Madrid. Le roí, a l'air grave et stupide, couvert d'une cuirasse, ayant une fraise au cou et un petit chapeau noir sur ía tfite, galope le-long de la mer, se tenant sur sa monture avec l'aisance d'un homrac qui, dans sa j e u - iifisse, s'ctait distingue par son aptitudc aux prouesses du muinüge'. Sa femme, vetuc d'un riclie costume noir et raontóc sur un chcval pie dont la criniére ct les har- naeheraents brodós balayent prosque la terre, s'avanco 1 Ccs bas-rclida, au nomhre de deui, repréacntent Vun Phi- lippi; IV donnant une mcdaiilG á Vclazquez, l'autre un sujet allúgo- riíiiid fais;mt. allusion b. la protectíon que ce prince accordait aux arts; les prtits cutes du piédeatal portent ees inscriplions: PAR* GLOltM lili U S ARTES Y ORNATO I>E LA CAPITAL ERIGÍÚ ISAISET. SEGVNDA ESTE MONVME1WO ; «t REINANDO ISABEL SEtil'NDA, DE iionnoN AÑrt 18Ü. 5 Flore* : Las llcyna* católicas, t. 11, p. 927. Vicente Espinrl {Vida de Marco) de Obre gon, Madrid, 1744, Ín-4°, p. 167) fait men- lion de la gráce témórairc avec laquelle Philippe III menait sa qua- drilla dans los juegos do cañas. VELAZQÜEZ ET SES OEEVRES. 115 rl'un pas plus tranquüle; au loin s'ótend un vaste paysage que ferment des montagnes ólevées. C'est & la méme période qu'il faut rapporter un autre pnrtrait óquestre, de grandeur naturelle, celui du comte- duc Olivares, place ógalement au Musée royal. L'artiste a sans douto dóployó tout son talent pour reprósonter son pnissant protecteur, ct ce tableau jouissait en Espagne d'unc tellc róputation, que Cean Bcnnudez regardait córame superfiu soit de le dócrire, soit d'cn faire Fúlo^c. Le ministro, couvcrt d'une cuirasso sur laquclle est jeteo une (Jcharpo cramoisio, tourne la tete sur l'ópaule gaucho et dirige son cheval vers tm combat qui se livre au loin et dont (grílce á une HcenCe poótique) ¡1 est censó so mfi- ler. Son visage, sur leqijel un large chapcau noir p r o - jette de l'ombre, est noble et imposant; ses clieveux bruns llottent avec abondance, et ses longues et ópaissos mous- taches se dressent d'une facón encoré plus menacante quo celles de son scigneur et mattre. Le cheval est un robuste ítalon de 1*Andalousie, et U appartient a cette raco qui, selon la pompeuse expressionde Palomino, aspiro, en buvant les eaux du Detis, non-seulement la 16géretó de ses ondes, mais encoré la majesté de son cours'. Le portrait du comte-duc s'accorde furt bien avee l'expression de Voiture', qui décrit ce ministre comme un des mcil- lcurs cavaliers et un des personnages les raieux tournós de l'Espagne; il rejette comme calomnieuse la hideuso 1 Que bebió del Iktis, no soln la Uyeresa con que corren sm aguas sino la mageslad con que caminan, palomino, t. III, p. 4!H. ^ \ » OEuvm de Voiture, t. H, p. 270; voir aussi Marcos áo Obregon, 1 )C VELAZOUKZ ET SE8 CEUVRES. caricature qu'a tracée Lesage '. Lord Elgin possede il son chflteau de Broomhall une belle répótition de ce ta- liloa», mais de dimensión raoindre, et le cbe\al estbrun iin lien d'étre bai. S'il y a un défaut dans ees admirables productions, c'est que la selle est placóe un peu plus pros ile l'rpaule du cheval que lo raccourci ne l'autorise. Vc- lazquez peignit beaucoup d'autres portraits d'Olivares. ílelui qui figurait dans la galerie particuliére (aujourd'luii dispersúe) du feu roí de Hollando' est un des meilleurs de ceux qui ne montrent pas le ministre á choval. II le représente debout, couvert d'uu vétement de volours noir, avec la croix verte de Calatrava sur la poitríne et des nceuds de rubans verts sur son manteau ; le triple ca- ractére du noble gentilhomme aux facons les plus distin- • jilees, de l'habile favori et de l'adroit politique se revele ri'une facón parfaite dans cette physionomic \ En 1638, le duc Franc.ois I " de Modéne' vint á Ma- 1 Gil Blas, liv. XI, chap. n. Le ministre y est décrit comine ayant \cs épaulessíhautes, qu'il parait bossa; sa téteest enorme, sa pean jauníttre, son visage allongÉ, et son mentón pointu se recourbe vers sa bouche. ' Ce portrait d'Olivares ct celui do Philippe IV par Velazquea sont aujourd'huí au Musée do TErmitage á Saint-Pétersbourg. Le por- trait á cheval d'Olivares, appartenant á lord Elgin, a été exposé fi Maochester. Voir ¡e Catalogue de l'oeuvre, a l'Appendice *- W. 11. a 1 y a une excellente répétition de ce portrait dans la colleclion 1 du colonel Hugh Baillie, á Londres; il y en avait une autre dans l'ancien Musée espagnol au Louvre, n° 291. * C'eat par errour que Palomino indique Francois 111, qui vivait plus d'un siécle plus tard; Cumbcrland (Anecd., t. U,p. 25) repro- duit satis examen ci:ttu múprise; cllfi n'aurait pas dü luí Otliappcr. VELAZQ.UUZ ET SUS IKCVUKS. H7 drid pour servir de parrain al'infante Marie-Thérese,qui fut baptisÓe le 7 octobre de cette annóe. II íit faíre son portrait par Velazquez, et il lui témoigna sa satisfaction en lui donnant une chalne d'or, que l'artiste porta les jours de grande cérémonie. En 1639, Velazquez produisit un de ses plus beaux ou- \rages et prouva ainsi que, bien qu'il s'attachat spéciale- mcnt b. représcnter de simples mortels ¿leves en dignitó, il pouvait s'élever vers des sujeta bien autrement su- blimes, II peignit pour le couvent de religieuses de San Placido, a Madrid, un Crudfiement. Ici la croix n'est plus placóe au milieu d'un austére paysage ou de som- bres nuages; elle n'a plus sa base sur la t e r r e ; elle cst sur u n fond cntieromont noir, comme un ivoire sculptc ótcndu sur du velours. Jamáis cettc grande agonie ne fut rotracóe d'une fa^on plus puissante. I^i tete de notre^ ÍSauveur tombe sur son épaule droite, au-dessous de la- quelle ílottent des masses de cheveux noirs, tandis que des gouttes de sang coulent de son front percíi d'épines. L'anaUiraie du corps et des muscles ñus est cxócutóe avec autant de precisión que dans le marbrc de Cellini, qui peut avoir servi de modele a Velazquez; l'étnffc qui en- toure scs rcins et méme le bois de la croix montrent avec quel soin l'artiste s'appliquait aux moindres détails d'un grand sujot. Gonformément a l a regle posee par Pacheco', les pieos du Sanveur sont percés chacun d'un clou soparé; " au pied de la croix sont le crílne ct les ossements qu'on y figure habituellcment, et u n serpent entoure de ses re- 1 Arte déla Pintura, p. B9i. H8 VELAZUUEZ E'i' SES (EUVIUSS. plis l'arbre maudit. « S'il n'existait, dit Cumlicrland, que cctte sculc figuro pour immortaliser la rcnoraraúc deVc- lazquez, elle sufflrait. » Les religieuses de San Placido placerent ce chef-d'ajuvre dan;- leur sacristie, miserable cellule, mal óclairóc par une fcnótre garnie de barres de fer et sans vitrcs; il y demeura jusqu'á ce que le roi Jo- í seph et les Franjáis -\inrent & Madrid docouvrir ce que Milton appelle des objets prócieux, éblouissants de cou- leur et de 1'eífet le plus rare, perdus dans les ténébres'. Transportó á París et livró aux encheres, ce tableau ñit racbetó h un prix elevó par le dlic de San Fernando, qui en flt don au Musée royal de Madrid; il a c"tó litho- graphió dans la sóric d'cstampes consacrée a cette riche collection*. Gaimona en avait donnÓ prócódemment une gravure mediocre } . Dans le cours de la méme année, Velazquez peignít un portrait de don Adrián Pulido Pareja, chcvalicr de Saint- Jacques et amiral de la flotte de la Nouvollc-Espaguo. Se souvenant des procódés de Herrera, il exécuta ce travai! 1 Paradti perdu, chap. n et III. * Colección de cuadroi del rey de España que se conservan en sus reaten palacio», musm y Academia de San Fernando, con inclusión de los del realmonatterio del Eicorial, Madrid, grand in-fol. Ce bel ou-vragü, dont les lithographies ont cté eiécutées alternativement par des artistes nationaux et par des étrangers, a été entrepris on 1826 soua la direction de don José de Madrazo. Le teitc oplicatif e it r. 496, dit que ce portrait portait une inscrip- 134 VELAZUUEZ ET SE8 (KUVRES. de son ami, le poe"te Francisco de Quevedo, qui est main- tcnant dans la collection du duc de Wcllingtoii, et qui a été gravé plusieurs fois ' . Lo pinceau de Vclazquez a fait savoir au monde que cet écrivain célebre avait une fi- gure animíe, une chevelure ahondante et crópue, qu'il pnrtait, sur Ja poitrine, la croix de Saint-Jacques, et, sur le iiez, une grande paire de lunettes, non pour obóir a la mode qu'adoptérent les ¿ligantes et les merveilleux sous le successeur de Philippe I V s , mais parce que, dans sa jeunesse, lorsqu'il ótudiait & runiversitú d'Alcala, son npplication constante a l'ótude avait aífaibli sa vue s . Vehzquez exécuta aussi, pour lo chAteau de flandia, le portrait du cardinal Gaspar de Borja, qui fut suoces- sivement archevóque de Sóville et de Tolede, et qui fit tion constatant qu'il avait été eiécuté en 1623, lorsque le roi avait vingt ans. S'il fut peint entre 1044-1648, c'éuit la roprod tic tion il'un travail antéricur. 1 Gravé par Carmona dans le Parnaso español tic López Sedaño, et par Brandí dans les Españole» ¡lustra, Dans la seconde moitié ' du sifecle dernier, ce portrait faisaít partie de la collection de don Francisco de Bruna, á Séville. Voir Twiss, Voyaget en Portugal et en liípagne, Londres, 1TTS, in'44, p. 308, i g|aa (l'Aulnoy fut étonnéc de voir comfaien cette mode était ró- panduej elle cite á cet égard quelques faits curieux. Les nobles portaient das verres aussi grands que la main, et le raarquis d'As- torga eüigea qu'une paire de lunettes fot placee sur le ncz do su statue enmarbrfi- Lapsrmiasiondeporterdes lunettes fut la soule recompenso que so I licita auprts de son supérieur un jeune moinc qui avait rendu d'importants serviecs a son couvent. Voyage, Int- tre viii. ' Hos.i, traductioji de VHistoire de la littérature cspaijnole de Bouterweck, 1.1, p. 461. VELAZQDEZ ET S 135 prauvc a la fois de munificeiice et do zelo patriotique et rcligieux, ondonjant 300,000 é e u s f o u r joursuiyre la guorrc contre ícsHollandais '. L'artiste poignit aussi le gouvcrneur do la maiso'n royale, Pereira, lo marquis de La Lapilla, Fernando de Fonseca, Ruiz do Contreras, lo bicnheureux Simón de Roxas, confesseur de la reine Isaljolle, elevé, par la sainteté de sa vio et par l'iníluence de sa Tamille, a l'honnour de flgurer dans le calendricr; ce fut il'aprés le cadavre de ce pieux pcrsonnage queVc- lazquez fit son portrait • ; il s'imposa un travail plus agroable en exécutantcoluid'une dame d'une beauté r e - marquablc, dont le nom cst ignoré, maís que Gabriel liocangel a célébréc dans une ípigrammc inscrec dans l'ouvragc de Palomino. ' Mémoíru * Dnnlop, 1.111, l>- »«8- ' 1'íilomino, 1.111, p . 408.