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La mention faite dans passage de la et de ce pëinture murale l'encaustique atteste la souvenance, au temps de Charlemagne, des traditions de la .. peinture antique; (4) Cette recette, ainsi que la suivante (De . extingendum ignis), est littéralement transcrite dans un groupe de formules de la Mappre Clavicula (nos la 264-279) se rapportant à balistique "incendiaire. (5) Le Líber Ignium a été publié BERTHELOT, avec commentaire du texte. La par date de l'ouvrage original est inconnue, Peut-être Marcus le Grec est-il à identifier avec l'alchimiste Markos, mentionné dans la Tabula chimica de Senior Zaâith, juif espagnol du XU" siècle, Voy. BERTHELOT: La chimie au moyen âge, vol. I, ch. IV, p. 89 et suiv. (6) Par exemple le procédé « de inductio exaurationis ». Voy. BERTHELOT: Introd, à la chim. des anc. et du moyen âge, p. 59. • dés par le Papyrus de rapportés Leyde et les alchimistes grecs; ensemble de faits et de notions dont maint élément reparaîtra dans les écrits postérieurs' comme la Mappae Clavicula, les livres du Pseudo-Héraclius, et autres traités médiévaux d'art et de peinture. _ _ U ne descendance directe unit au manuscrit de Lucques le premier des ouvrages précités, la Mappae Clavicula ou Clef de .,. la peinture, rédigé environ cent cinquante ans après soh proto­ type. La plus ancienne copie de ce recueil, remontant au dixième - siècle, est conservée à la bibliothèque de Schlestadt (Alsace) (1); d'autre part, un manuscrit plus récent, enrichi de nombreuses additions et datant du douzième siècle, fut inséré en 1847 par M. Th. Phillips dans la collection d'études de la Société archéo­ logique de- Lond-res (2), que présidait M. A. Way. Le titre du traité, au reste, ne qualifie qu'imparfaitement la nature de son contenu, les formules de métallurgie occupant à elles seules environ la moitié du second recueil, Celui-ci débute par une série de.onze articles sur la fabrication des couleurs (De vermi­ culo; de Iázorio ; l'usage des miniateurs (3), de viridi, etc.) à contenant diverses indications que reproduit la Schedula du moine Théophile. Cette partie du manuel, au demeurant, dut être greffée à quelque époque postérieure sur le corps de l'ou­ vrage primitif', qui s'ouvre par des textes relatifs aux métaux précieux, à-l'encre d'or, etc. (§ 1-100) (4), accompagnés de recettes (i) Voy.BERTHELOT: La chimie au moyen âge, vol. I, ch. II, p. 26. (2) Archœologia : or miscellaneous tracts relating to antiquity, published by the Society of antiquaries of London.Vol. XXXII,. i847, p. 183. « Letter from Sir Th. Phillips .... addressed to A. Way communicating a transcript ora MS. Treatise on thepreparation of ... Pigments, -and-on various processes of the Decorative Arts practised during the Middle Ages, written in-the twelfth century, and entitled Mappœ Clavicula, » � M. Phillips se prononce en faveur de l'origine anglaise de-Ia Mappse Clavicula, en se basant-sur la présence, dans deux formules (nOS 190 et 191), de termes de provenance anglo­ saxonne. Toutefois le manuscrit de Schlestadt ne contient pas les recettes en question, qui durent être ajoutées postérieurement, au cours du douzième siècle .. (3) Cette portion du manuscrit est précédée par l'épigraphe versifiée suivante, qui se trouve également reproduite dans deux manuscrits de la SchedulaTheophili, celui de Paris et l'exemplaire de Cambridge. « Sensim per partes discuntur quœlibet artes. Artis pictorum prior est factura colorum; ,. Post, ad mixturas convertat mens tua curas; Tunc opus exerce, sed ad unguem cuneta coerce, Ut sit ad ornatum quod pinxeris, et quasi natum. _ Postea multorum documenfis ingeniorum. Ars opus augebit, sicut liber iste docebit. » (4) Une -ancienne tablé de matières, inscrite dans le manuscrit de Schlestadt, établit '. ". ; - 26 " de teinture et de co_uleurs Œ t 05- t 93) reproduisant, dans un ordre un peu diftérent, celles de l'anonyme de Lucques. Suivent, inscrits sans classement bien défini, des articles sur la balance hydrostatique, sur l'architecture, sur la fabrication des verres colorés, des soudures métalliques; enfin une trentaine de numéros non compris plus ancien de Schle­ dans le manuscrit stadt, sur sujets les plus hétérogènes, balistique incendiaire; les la plusieurs recettes industrielles, dont quelques-unes sur les cou­ leurs, divers alphabets chiffrés, une table de Pythagore, des paroles et formules magiques (1), etc. La partie du manuscrit consacrée au travail des métaux précieux exhibe, par de nombreuses analogies avec les écrits antérieurs, le Papyrus de Leyde et les textes des plus anciens alchimistes grecs, la survie de pratiques dont l'origine remonte aux procédés en usage chez les orfèvres et les métallurgistes de I'Egypte ancienne ; plusieurs de ces formules paraissent même apparentées à un vieux traité gréco-égyptien, la Chimie de Moïse (2); et certains passages semblent conserver encore des réminiscences d'idées OÚ de pratiques païennes (3). Un autre lien avec l'antiquité est constitué par un groupe d'instructions relatives à l'architecture, copiées de Vitruve (4) ou de ses con­ tinuateurs. Passant enfin aux recettes intéressant les pratiques des miniateurs et des peintres, on relèvera d'abord parmi les articles consacrés à la chrysographie les numéros 43 (Auri inscriptio, etc.), 45 (Item alia confectio), 48 et 81, se rapportant que cette partie du traité dut comporter originairement une étendue à peu près double de celle qu'exhibe le manuscrit de I'Archeologia. Voy. BERTHELOT: La 'chimie au moyen àge. VoL I, p. 27. (I) Cette partie du traité rappelJe le papyrus de Leyde, trouvé à Thèbes apparemment avec d'autres papyrus de caractère nettement magique. (2) Le traité du Pseudo-Moïse a été publié par BERTHELOT: Collection des anc. alchim. grecs. Vol. III, p. 287, trad. (3) Ainsi nous lisons, à la fin de la recette nO 14 (Auri infectio que non fallit), les mots: « Absconde sanctum, et nulli tradendum secretum, neque alicui dederis propheta ». Il y a là une réminiscence du secret dont les prêtres de l'Egypte entouraient leurs connais­ sances (voir plus haut); d'autre part, le nom de « prophète» se rapporte évidemment aux pontifes égyptiens, ainsi que le témoigne un texte des Stromates de Clément d'Alexandrie (Liv. VI, 4). Cf aussi WlIkinson: The ancient Egyptians; vol. I, p. 319-321 (éd. abrég.). Dans la nomenclature des alchimistes cités dans la liste du Philosophe Anonyme, ce titre désigne'Ies maîtres de l'œuvre. Rappelons que Zosime se réfère aux ouvrages des prophètes persans, et qu'un traité alchimique (compris dans le Theatrum Chemicum) était attribué à Marie la prophétesse, sœur d'Aaron, Les images des dieux, « imagines deorum », signalées également dans un article de la vieille table du manuscrit de Schlestadt, se trouvent men­ tionnées au nO 54 de la Mappœ Clavicula et se rapportent aussi à une époque encore païenne. (4) N°o 251, 25'1- �t �5? d.q m¡¡,p¥.scrit_ publié dans J'Archeologia. · . 27 - directement aux formules du Papyrus de Leyde. Les instruc­ tions sur les matières colorantes reproduisent et amplifient celles de l'anonyme de Lucques (1), les notices sur les diverses couleurs végétales, sur la teinture en pourpre, etc., reparaissent soit littéralement transcrites, soit avec d'insignifiantes modifica­ tions. La corrélation des procédés de dorure est également évidente dans la Clavicula et l'Anonyme (2); de même enfin les concises données de ce dernier manuscrit sur la peinture murale, l'encaustique et la détrempe sont reproduites par le compilateur de la Mappœ Clavicula avec de menues variantes. Ces points d'attache établis, il reste à signaler un petit groupe d'articles remarquables (nOS 195, 196, 199, 200 du manuscrit publié par Way) (3) qui ne figurent ni dans l'ano­ nyme de Lucques ni dans le recueil de Schlestadt; échantil­ lons curieux des influences orientales dont il est maintenant nécessaire de préciser les origines et de déterminer l'action sur - nos manuels d'atelier. Toutefois, avant d'aborder les sources (I) Comparer notamment les chapitres suivants de l'Anonyme et de la Mappae Clav. Ms. de Lucques. Mapp ae Clavic, No II. De Pelle alithina etinguere. N° 228. Tinctio Alithina. }) 70. Operatio Cinnabarin. )) 105. De Compositio cinnabarin. )) 72. Quianus nascitur sic. -» 192. Quianus autem nascitur sic. }) 75. De Lazuri. )) 108. Compositio Lazurin. }) 76. Compositio Lulacin. » 166. Compositio lul�cis. }) 83 .. De Conquilium. » 127. De conchilio tinctio porfirii. )) 104. De compositione auripicmenti. » 227. Compositione auripigmenti. Etc. Etc. Voy. pour la liste intégrale des chapitres comparés de l'Anonyme de Lucques et de la Mappae Clavicula, BERGER: Beitrage zur Entwickelungsgeschichte der Maltechnik ; Quellen und Technik der Fresko Oel- und Ternpera-Malerei des Mittelalters, etc. , Anhang II, p. 266. (Les deux premiers fascicules des « Beitrâge )) de Berger ayant été, lors de la réédition de cet ouvrage, réunis en un seul volume, celui-ci sera désigné dans les renvois ultérieurs, comme le vol. I; les' deux autres tomes, consacrés respectivement à la peinture du moyen âge et de la Renaissance, seront considérés comme constituant les vol. II et III.) (2) Nos Deauratio in vel in panna Luc. II2. ligna (Anonym. § 85); II3. Compositio lineleon (Anonym. Luc. §§ 86, 87); II4' De lineleon in exauratione (Anonym. Luc. § 88), etc. (3) Les articles en question contiennent plusieurs termes arabes: almenbu" alqui­ bris (§ 195), alcasir (§ 199), etc. Berthelot écrit à ce - sujet (La chimie au moyen âge, I, 59) : « (Ces numéros) sont également intercalaires, et comme ils ne figurent ni dans les Compositiones (VIlle siècle), ni dans le manuscrit de Schlestadt (Xe siècle), ils ne peuvent être reportés certitude à date antérieure à celle même de la avec une transcription du manuscrit de l'Archaeologia, c'est-à-dire au XIIe siècle; or, à cette époque, l'influence arabe avait commencé à s'exercer sur les sciences et Les les arts de l'Occident latin. numéros actuels portent, en effet, la trace certaine de cette influence, car ils renferment des mots arabes, et ce sont les seuls dans ce cas parmi les articles de la Mappae Clavi­ cula », - 28- techniques elles-mêmes, tâchons de spécifier les rapports qui, durant le moyen âge, reliaient les procédés industriels de l'Europe occiclentale à ceux de l'Orient grec, syrien ou arabe, dont les traces évidentes se relèvent dans l' Anonyme de Lucques et la Mappae Clavicula. .' . • CHAPITRE II Les influences byzantines, syríennes et arabes. Les arts à Constantinople. l'Orient grec et I'Occident - Rapports entre Traces d'influences grecques chez les techniciens occidentaux. Un - latin. - Civilisation et culture de la formulaire industriel et alchimique byzantin. - Contact avec l'Europe occidentale. Traités d'alchimie syriaque. - Syrie. -'- _ Assimilation de la science syrienne par les Arabes. - Sa transmission en e Occident. - Le livre des Prêtres. Influences arabes dans les formulaires occidentaux. Parmi les diverses influences orientales que subit, dès l,e début de la période médiévale, l'art de l'Occident latin, l'ascendant de Byzance fut incontestablement la plus active. Aux yeux de tous, Constantinople paraissait l'héritière directe des romaines, le foyer principal de toute culture intellec­ gloires tuelle et .scientifique en même temps qu'un centre d'intense production artistique. Déjà sous le règne de Constantin, ainsi que l'atteste Codinus (1), des œuvres d'art rassemblées de toutes les provinces de l'empire s'accumulaient dans son enceinte; le de faste, et les règne de Justinien et ses successeurs accentua ce demeures royales publics comme parèrent de les édifices se richesses que décrivent les écrits des chronographes contem­ porains, l'Antapodosis de Luitprand.de Crémone (2), la Vie de Basile le Macédonien de Constantin Porphyrogénète (3) et à une période plus récente l'itinéraire de Benjamin de Tudèle (4) . (I) Codinus (Georges), dit le Curopalate, vivait sous les derniers Paléologues. Il est l'auteur de divers opuscules: la Topographic de Constantinople, les Statues et les Edifices publics, etc. (2) LUlTPRAND DE CRÉMONE: Antapodosis seu rerum per Europam gestarum libri VI (Chronique allant de 886 à 952), Né en Lombardie vers 920, Luitprand mourut en 972. Voy, SCHLUMBERGER : Nicéphore Phocas, p. 597 et suiv. (Paris, 1890). (3) CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE: Vie de Basile le Macédonien, ch. l,XXXIX. (4) BENI-AMIN DE TUDÈLE : Itinéraire. Description de Byzance. Ces habitudes de - luxe étaient entrées dans les mœurs nationales, Déjà S. Astérius, évêque d'Amasia, avait reproché aux Byzantins le faste de leurs vêtements (S. Asterius, Homil. de div, et -Lae.). Cf. aussi 'la saga du roi Sigurd (1l07'1l1l) dans la Heimskringla, - 30- ou lés récits du maréchal de Champagne Geoffroi de Ville­ hardouin (I). Entre ce centre si prolifique en créations d'art et les nations voisines, les relations étaient fréquentes. A Rome un quartier grec s'étend autour de l'église Sainte-Marie in schola graeca, l'iconographie byzantine s'affirme dans le décor et pictural des sanctuaires, aux cimetières de Commodille et de Generosa, à l'oratoire de S. Venance au Latran, à S. Maria Antiqua au Forum romain. Au reste, le commerce, les pèleri- . nages, les ambassades entretiennent entre l'Orient grec et l'Occident latin circulation continuelle; une les députés que Chilpéric envoie à la cour de Tibère Constantin rentrent en Gaule chargés d'objets précieux (2); un évêque de Cambrai, Halitcharius, rapporte de Constantinople des ivoires sculptés (3); Luitprand de Crémone, le légat d'Othon I auprès de Nicéphore Phocas, tente également d'emporter en Italie des tissus historiés, tentative frustrée, du reste, par la douane byzantine (4). Bien plus, de nombreux artistes grecs émigrés s'établissent en Italie, en France, en Allemagne; Charlemagne, au dire du moine de Saint Gall, faisait venir des artistes des pays transmarins» (5); « Didier, abbé du Ment-Cassin (6), employait à son service, selon Léon d'Ostie, des artisans de Byzance (7); Meinwerk, évêque de Paderborn (1009-1036), recourait au même expédient pour la décoration d'un sanctuaire (8), etc. Partout en Europe, durant la première moitié du moyen âge, l'ascendant des artistes byzantins s'atteste visiblement; rares, en effet, sont les monu­ ments qui ont échappé à cette influence coercitive qui s'étale en (I) VILLEHARDOUIN: Conquête de Constantinople, ch. XL, LV. (2) Greg. Turon: Rist. eccl. Franc. Liv. VI, c. 2. (3) Gesta episcoporum Cameracensium ; I, 42. (4) SCHLUMBERGER ; op. cit., p. 655. - Les étoffes byzantines étaient fort estimées du clergé d'Occident; de nombreux fragments s'en retrouvent dans les trésors tel entre autres le tissu historié trouvé dans encore d'église, la tombe de l'évêque Gunther de Bamberg (1057'1065) et conservé dans la cathédrale de cette ville. Cf. aussi Revue de l'art chrétien, juillet-décembre rçr r, Pour toute cette question des relations de - Byzance avec l'Europe occidentale, voy. REYD ; Geschichte der Levantehandels im Mittelalter (IB79). (5) Monach. S. Gall., I, 2B. A l'époque de Charlemagne un certain trafic se faisait - par la route commerciale qui passait par Magdebourg, Erfurt, la Thuringe et Bamberg vers Ratisbonne et Passau, et de là à Constantinople. (6) Elu pape en 10B6, sous le nom de Victor III. (7) LÉON D'OSTIE: Chronicon Casinense, L. II r, c. zç,Voy. sur ce passage Eitel­ berger v. Edelberg : Quellenschriften zur Kunstgeschichte und Kunsttechnik des Mittel­ alters und der Renaissance. Wien. IB71, etc . . (B) Voy. entre autres Bayet.: - L'art byzantin; Livre V, chap. II. Les influences byzantines en Occident, p. 316. -3r:_ France dans les peintures de la Bible de Lothaire, en Angleterre le décor des dans celles de l'évangéliaire de Lindisfarne, dans rouleaux d'Exultet de l'Italie méridionale, ou en Allemagne dans les miniatures grécisantes du Psautier d'Hermann de Thuringe (1). Il est évident, en raison' des extensives connaissances techniques des artisans byzantins, connaissances certifiées par l'excellence de tant d'œuvres survivantes, qu'une importation ininterrompue de procédés et de recettes d'art dut s'effectuer de Constantinople en Occident durant toute la période de l'in­ fluence byzantine (2). Dans plusieurs cas, les· conjectures' se muent en quasi-certitudes; ainsi, par exemple, lorsque, après une longue période de dépendance sur les fondeurs de bronze byzantins, nous voyons des artistes locaux, Rogerius comme d'Amalfi à Canosa, Oderisius de Bénévent à Troja, ou Bari­ sanus de Trani à Ravello ou Monreale, imiter les portes de bronze dont la fabrication avait été jusque-là uri monopole des artisans grecs. Un transfert de science technique, en pareille occurrence, devient chose indéniable. De même, quantité de . miniatures, exécutées pendant la période pré-gothique, avec leurs couches de couleurs empâtées que relèvent d'épaisses traînées de blanc, le tout brochant sur fond d'or uni, attestent l'intervention ou l'imitation de procédés byzantins plus ou moins dégénérés. Au demeurant, les premiers manuels tech­ niques occidentaux fournissent d'abondantes preuves de cette assimilation : l'anonyme de Lucques renferme des formules écrites en grec, durent être transcrites en qui, originairement lettres latines par un copiste ignorant (3); byzantines également sont telles influences qui se relèvent dans les livres pseudépi­ graphiques d'Héraclius (4); et le moine Théophile déclare expressément dans son Prologue rapporter les secrets des Grecs Cf. DIEHL: Manuel d'art byzantin. Livre III, chap. XI. La question byzantine. (I) traitant des artistes italiens du XIe siècle, écrit: « Ils durent infiniment (2) DIEHL, en à particulier la connaissance des techniques raffinées et difficiles, la révélation Byzance, en de secrets d'atelier et de toursde mains inconnus ». Ibid., p. 672. (3) Voy. par exemple, dans l'anonyme de Lucques, l'article intitulé Chrysorantista : « Crisorcatarios sana, megrninos, metaydos argiros et chetes, cinion chetis, chete, yspu· reorum, ipsincion, ydrosargyros », etc. (BERTHELOT: La chimie au moyen âge. Vol. I, pg.) (4) Les instructions concernant le mélange des couleurs, notamment, auraient été extraites de quelque manuel byzantin, actuellement perdu. Voy. Mrs MERRIFIELD: Original Treatises, etc. Vol. I, p. 17g. - Introd. au Mss, d'Héraclius. .:__ 32 - 'relatifs « aux mélanges des diverses couleurs » (1). espèces et aux Nous constaterons d'ailleurs plus loin, en étudiant le Manuel du moine Denys, que, dans un centre important de l'art byzantin, les laures athonites, les procédés techniques de pein­ ture avaient été de bonne heure codifiés et réunis en corps de doctrine, forme sous laquelle ils durent à maintes reprises pendant le cours du moyen âge. Un � pénétrer en Occident recueil de ce genre, quoique de caractère plus universel, se trouve inséré parmi les écrits alchimiques rassem blés par M. Berthelot; cet ouvrage, rédigé en un idiome byzantin, et intitulé Sur Ia très précieuse et célèbre Orfèvrerie « (2), paraît, » selon M. Berthelot, avoir été compilé vers le onzième siècle (3), et renferme, à côté d'extraits tirés de Zosime et de pratiques continuant les traditions d'orfèvrerie et d'àlchimie de l'Egypte ancienne, des postérieures, écrites à une époque relati­ recettes vement récente. Des formules à l'usage des peintres en minia­ ture ou enlumineurs s'y trouvent disséminées·; par exemple les la manière paragraphes 19 (Ecriture en lettres d'or) et 20 (Sur « faire les lettres capitales dans les livres), etc. Tel, sans de » les artisans -doute, était le type des recueils d'art compilés par byzantins et transmis par eux en Occident; c'est du reste suivant le même procédé d'accumulation progressive que s'étaient formés les traités plus exclusivement alchimiques, le Pseudo-Démocrite, les Procédés de Jamblique (4) ou le Pseudo­ Moïse. En sus byzantin agissaient en Occident des de l'ascendant influences syriennes, résidus en -quelque sorte de la civilisation à hellénique qui s'était développée en Syrie et en Mésopotamie la suite de la conquête macédonienne. La culture hellénique (I) « Illic invenies quicquid in diverso�um colorum generibus et mixturis habet Grsecia >l, etc. - Théophile: Schedula diversarum artium; Prologus (Ed. Ch: de l'Esca­ lopier, p. 8). (2) Collection des anc. alcliim. grecs. - Cinquième partie. Traités techniques, V. I. Sur la trèsprécieuse et célèbre Orfèvrerie (traduct.), Vol. III, p. 307. (3) La copie date de 1478. Voir BERTHELOT, ibid. et de transmutation, publ. par (4) Opuscule contenant diverses formules de teinture BERTHELOT (Coll. des anc. alch. grecs. Vol. III, p. 274). Leslistesalchimiquesmentionnent etc. fréquemment des noms de philosophes grecs: Thalès, Xénocrate, Héraclite, Diogène, liste du Anonyme (Orig. de I'Alch., p. 127-128) et celle du Voy. entre autres la Philosophe introd., p. III) donnant les noms des « philosophes manuscrit du S. Marc (Coll._des alch. gr., de la science et de l'art divins », Le nom de Porphyre, maître de Jamblique, et chef de liste similaire l'école néoplatonicienne fondée par Ammonius Saccas, se rencontre dans une citée par BERTHELOT (Orig. de l'Alch., p. 128-129.) � l .. . .. - 33- qui s'était alors propagée en ces régions survécut à l'introduc­ tion du christianisme et aux guerres qui partagèrent la Syrie entre I' Empire romain et la domination des Sassanides, et qui ne devaient prendre fin qu'à la veille de l'occupation musul­ mane. Des écoles réputées dans tout l'Orient étaient ouvertes à Antioche, Béryte, à N isibe ; au cinquième siècle de notre ère, â Edesse possédait une Académie et une bibliothèque; Cumas et Probus y traduisaient du grec en syriaque les œuvres d'Aristote, et, à l'époque justinienne, Sergius de Resaïna se livre áu même travail pour les médecins et les philosophes grecs (1). Les cités s'ornaient de monuments fastueux, telle la grande église dorée» « élevée à Antioche en 331 par Constantin; quant aux arts indu­ striels, ceux-ci avaient été depuis de longs siècles pratiqués par les populations des côtes syriennes (les cités phéniciennes de Tyr et de Sidon, entre autres, avaient détenu depuis une haute le antiquité monopole de la teinture en pourpre et de la verrerie fine); et les produits locaux, étoffes, ivoires sculptés, menus objets de tout genre, étaient importés en Occident par l'entre­ mise de marchands syriens, dont Salvien de Marseille, au cinquième siècle, mentionne la foule importune. Il est évident que le souvenir de cette ancienne culture ne dut point être étranger au développement important que prit en Syrie, sous les Abbassides, l'étude de la chimie (2); et, de fait, ce fut aux grecques que les Syriens puisèrent les con­ sources naissances transmises par eux aux Arabes, initiateurs à leur tour des écrivains occidentaux latins du douzième et du treizième siècles. Les occasions de contact direct avec l'Occident s'étaient d'ailleurs présentées avant cette relativement époque récente; en France, à l'époque mérovingienne, existaient au centre du pays, à Orléans, de petites colonies syriennes (3) (un ex-mar­ chand syrien, Eusebius, succéda même à I' évêque Ragnemod sur \1) Voy. RENAN: Thèse sur la philosophie péripatéticienne parmi les Syriens (18521. Il est à noter que le nom de ce Sergius se trouve dans la liste des alchimistes des manuscrits de S. Marc et de la Bibliothèque Nationale, et que le Traité sur l'Eau Divine, du Philosophe Chrétien, s'adresse au même personnage (Voy. BERTHELOT: Coll. des anc. Alch, grecs. . Vol. Ill, p. 386). (2) Le Syrien Julius Africanus est citè notamment par le Syncelle comme écrivain technique (Voy. les Orig. de l'Alch., p. 187). Voir sur l'extension et le développement des arts en Syrie du IVe VIe au siècle, DIEHL: Manuel d'art byzantin. L. I, ch. 2. Les origines syriennes. (3) Voy. BAYET: L'art byzantin; Livre V, chap. 2. Les influences byzantines en Occident, p. 291. - Greg. Turon: Rist. Franc. VIII, r. 3 le siège épiscopal de Paris) (i], et une preuve non moins con­ vaincante de ces relations est fournie par les « fontainesde vie » des évangéliaires carolingiens de Godescalc ou de S. Médard de Soissons, reproduisant un -rnotif déjà représenté, au reste, dans le livre d'évangiles d'Etschmiadzin, et dont le prototype se trouve dans le manuscrit syriaque écrit en 586 Rar le calli­ graphe Rabula dans le-monastère de S-o Jean à -Zagba (Mésopo­ tamie) (2), Les connaissances techniques syriennes nous sont surtout connues par les manuscrits du British Museum et de Cambridge, édités et traduits par Berthelot. (3). Ces traités syriaques ont été composés en "majeure partie à raide de textes plus anciens, tels que la traduction de la Chrysopée et de -1'Argyropée du Pseud-o-Démocrite, les Lettres de Pébechius sur le livre d'Ostanès (se rattachant aux traditions égyptiennes), le traité du Pseudo-Esdras, etc. Dans cet entassement de formules relatives au mercure des philosophes, à l'élixir de transmuta­ tion, ft, la teinture des métaux, se rencontrent des indications intéressant la peinture; préparation du cinabre (4),' fabrication de diverses matières colorantes, céruse, rubrique (minium), vert-de-gris (5), liqueurs pour peindre et écrire (6; », d'or « toutes formules similaires à celles que renferment les recueils _ occidentaux du moyen ágc.. (1-) Voy .. LEITSCHUH : Geschichte d. karolingischen Malërei (Berlin, 1894), p. 52, note, - Voy. aussi Grégoire de Tours (Hist. Franc, VII, 31) sur le marchand syrien Euphronius, établi à Bordeaux. (2) Cf. STZRYGOWZKI. Das Etschmiadain-Evangeliar, Beitrâge zur Geschichte der armenischen, ravennatischen, 'und syro-agyptíschen Kunst, Wien.vrêçr (Byzant. Denk­ , m¡ifer,J.) Dans un article sur l'art de l'époque mérovingienne et carolingienne (A. Michel: - Hist. de l'art. Tome Ipr, vol. I, p. 3-30') M. Paul Leprieur a pu écrire: « Les intermédiaires syrienssemblent avoir eu encore plus d'action sur le milieu carolingien que les Byzantins purs. » _l'lus loin (p. 396) il ajoute: « A l'époque mérovingienne, c'est avec la Syrie que l'Europe occidentale entretint les rapports les plus importants pour l'histoire de l'art. Les .• Syriens, qui furent du IV' au VII- siècle les grands caboteurs de la Méditerranée, eurent alors avec l'Europe occidentale des relations extrêmement intimes et régulières Les objets ... d'art qu'ils apportaient trouvèrent des imitateurs, et ainsi s'expliquent les similitudes que l'on relève entre les monuments syriens al! juifs et ceux de la France mérovingienne ». '(3) BER.THELOT : La chimie au moyen âge. Tome II. "(4) Doctrine de Démocrite le Philoso-phe. Livre III, §I. (Berthelot, op. cit., p. 31. Trad.) (�) DÉMOCRITE LE PHILOSOPHE: Livre xe, § r, 2, 4, 5,_7, 8, etc. -.Ce livre constitue sans Joute une . ajoute postérieure au .traité originel, Voy. Berthelot, op. cit. Introduction, - � p. XII, et Traduction, p. gI, note. -'" _'J6) Traité d'alchimie syriaque (nis. de Cambridge). Traités dê Zosime, de Démocrite _ -et autres, « Livre second; Retour, lettre beith, qui traite des écritures de toute sorte et de l'enduit pour écrire en or. » (Berthelot, op.tcit., p. 203 et suiv. Analyse et exfraits.)-:­ - Rapp.elons ici que selon Diogène Laërce (Livre IX, Vie de Démocrite), le philosophe Démocrite aurait en réalité écritdesouvrages sur la peinture et les couleurs. -35"""- . ·' scientifique syrienne, encouragée par' les cali.fes La culture abbassidès, qui prenaient à leur· service les savants syriens, ou encore s'occupaient de la traduction, en langue arabe, ·des œuvres des mathématiciens ou des naturalistes grecs comme Euclide, Archimède, Ptolémée, Dioscoride, Galien, Théo­ phraste, Oribase, etc., passa· ainsi par degrés à la race conqué­ rante et finit par être assimilée, en majeure partie, à la culture arabe. Transportée ensuite en Espagne, où la civilisation arabe s'était installée depuis la journée de Xérès, en 711, et où les califes de Cordoue, comme Abd er-Rahmân ibn Moâwiya, Abd er-Rahmán II I ou El-Hakam II, entretenaient un actif mouvement artistique et scientifique (1), ces connaissances prirent contact avec les auteurs de l'Occident latin et passèrent dans leurs écrits à l'état de traductions latines. Cette transmis­ sion s'effectua surtout vers Ia fin du douzième siècle, un peu avant les travaux de Vincent de Beauvais, de Roger Bacon et d'Arnaud de Villeneuve (2). ouvrages qUl passèrent ainsi des Parmi les' nombreux - mains des Arabes dans celles des alchimistes et des artisans d'Europe le traité intitulé Liber Sacerdotum ou Livre des Prêtres offre un intérêt spécial= pour l'histoire de la .peinture. Cet écrit, où se antiques et arábes, fusionnent les traditions paraît offrir quelques rapports avec le Livre des Soixante-dix, de Jean (Liber de septuaginta J ohannis), traduit par Renaud de Crémone et qui constitue peut-être une version modifiée d'un ouvrage de Djâber (3). La rédaction des deux traités est Les arts industriels £lorissaient effectivement en Espagne auxjours prospères de (I) la domination-arabe. Edrissi comptait, au XIe siècle, dans le pays de jaen, 600 centres de manufacture .de sòies ; Almèria possédait 6;000 métiers pour la confection des draps, des brocarts, des cotonnades; on fabriquait des tapis à Baeza, des cristaux à Malaga, des cuirs gaufrés à Cordoue, des armes et des bijoux à Murcie, Tolède et Saragosse;: let>apier était confectionné dèsIe début du XIe siècle à jativa, comme à Bagdad ou Samarcande. Tous ces produits étaient exportés en Afrique et en Europe. (2) Les résultats de cette transmission de la science arabe orit été consignés en partie dans des ouvrages imprimés du XVIe au XVIIIe siècle; le Theatrum chemicum (Strasbourg, 1657, 2e édít.j: la Bibliotheca chemica curiosa, de Manget (Genève, 1702); I'Artís auriferae (Bâle, 1593), etc. On y trouve notamment la Clavis sapientiae, attribuée à Alphonse le Sage, la- Turba Philosophorum le Liber de compositione alchemiae, assigné à'Morienus , Romanus, etc, 'Voy. pour tout ceci Berthelot,op. cit., vol. I. - Le Khitâb-al-Eihrist cite un certain Mohammed ben Yezid, élève d'El-Kindi, qui' aurait livre la .préparation des teintures, des et des couleurs composé un sur « encres », (Cf. BERTHELOT: La chimie au moyen âge. Vol. Ill, p, 39,) (3_) L'identité des deux traités est incèrtaine, plusieurs écrits existant sous cenom, entre autres le Liber septuaginta praeceptorum, du Pseudo-Aristote; les Soixante-dix - Epîtres de Zosime, mentionnées dans le Khitáb-al-Fihrist, etc. • - 36_- attribuée à un certain Johannes, personnage d'ailleurs inconnu, mais dont le pourrait être un souvenir nom de Jean l'Archi­ prêtre, dont les écrits alchimiques paraissent être à peu près contemporains de ceux d'Ostanès, de Pélage et de Comarius (1). Les indications sur le temps et le lieu où fut élaboré le Liber Sacerdotum font défaut, hormis la mention de la ville de Ferrare dans une glose du paragraphe 175. Plus ancien que le troisième livre d'Héraclius et que la Schedula Theophili, il paraît, selon les conjectures les plus adrnissibles, remonter à la fin du dixième siècle. Traduit de l'arabe, . l'ouvrage renferme encore quantité de termes en cette ainsi langue, que deux courts lexiques arabico-latins de vocables techniques (2). Dans le premier paragraphe, le compilateur affirme que, d'après la « science des anciens philosophes, tout genre de couleur procède du règne minéral 11. Suit une énumération. de matières colo­ rantes, orpiment, cinabre, terre verte, etc. D'autres procédés de peinture se disséminent parmi les formules de transmutation et de travail des métaux; signalons entre autres les recettes relatives à la couleur verte (de viridi colore), au cinabre (de açurino colore), au violet (aliud color violaceus), à l'encre verte (3), etc. Au folio 52 se trouve un extrait de la Mappae Clavicula, suivi du Capitulum « et lignorum herbarum égale­ » ment tiré de ce dernier manuscrit, sur les matières tincto­ riales, les encres, les résines', les huiles (4), etc. Les sources arabes, qui forment le fond du Liber Sacerdotum, sont donc ici associées à des restes de traditions antiques, remo�tant, en passant par la Mappae Clavicula, à l' anonyme de Lucques (5). Enregistrons en passant un manuel arabe de peinture et de calligraphie, cité par Berger (6), qui l'attribue à la première moi­ tiédu onzième siècle, l'Umdetel Kuttâb, probablement analogue au recueil de Mohammed ben Yezid dont parle le Khitab-al-Fíh- (I)Cf. BERTHELOT: Coll. des anc. alch. grecs. Vol. 1. Introduction, p. 202, et Orig. de l'Alch., p. 1I8 et 186. Jean l' Archiprêtre est lui-même un personnage légendaire j - toutefois Berthelot incline à lui aécorder une existence réelle. (2) LIBER SACERDOTUM : § I58,et 159. (3) Ibid., § 127, 128, 129, 130, 131, etc. (4) Correspondant au § 193 de la Mappae Clavicula (partie ancienne du manuscrit). (5) L'auteur déclare du reste lui-même, au § 76: « Hec itaque rerum administratio que huic accedunt operi, juxta Romanorum assertionem descripta est. Quam solis rerum secretariis et phylosophye familiaribus tanquam sibi debitam revelare voluerunt )J. (6) BERGER: Beitrage, etc. Vol. II, p. 60-61. rist (1). Plusieurs écrits occidentaux intéressant la peinture por­ tent les traces de technique arabe; tels sont, entre cette science autres, le traité De Mineralibus d'Albert le Grand (2), où parais­ sent les noms de Géber, d'Avicenne, etc. ; et la section consacrée à l'alchimie dans le Speculum naturale Vincent de Beau­ de vais (3), qui cite Rasès, Avicenne et Averroès. Le huitième livre renferme notamment des détails sur la fabrication du vermillon, du cinabre, etc., ainsi qu'une description des couleurs natu­ relles et artificielles: rubrique, sinopis, siricum, minium, azur, pourpre, or, etc., description .qui s'étaye toutefois principale­ ment sur les données de Pline et des écrivains de l'antiquité. Enfin, des influences arabes se constatent dans les manuels d'Héraclius (4) et du moine Théophile (5) et jusque dans les traités des quinzième et seizième siècles, tels entre autres le manuscrit de Bologne (6) et le Kunstbüchlin d'Augsbourg (7). (r) Voy. plus haut (notes). (2) Cf. BERTHELOT: La chimie au moyen âge. (L'Alchimie dans Albert le Grand.) Vol. I, p. 290-292. (3) Vincent. Bellovac. - Speculummajus. (Douai, r624, dem. édit.) (4) Héraclius. Lib. III, § IX. (5) Schedula divers. artium; PROLOGUS: « quicquid ductili vel fusili seu interrasili opere distinguit Arabia )J, etc. de Bologne (XV. siècle) publ. dans le vol. II des Original Treatises on the (6) Ms. Arts ofPainting, etc., par Mrs Merrifield. (Londres, 1?49-) (7) Kunstbüchlin, gerechten gründtlichen Gebrauchs a11er kunstbaren Werckleut. Augsburg. Heinrich Steyner, 1535. , -. CHAPITRE III -. Les grands formulaires de l'époque romane. Les Libri Eraclii et l'encyclopédie du moine 'I'héophile. Les livres d'Héraclius sur les arts des Romains. - Date probable des Etat sacral de Rome au dixième siècle, - Attribution livresmétriques. - apocryphe des Libri Eraclii. Le troisième livre du Pseudo-Héraclius. - - Analyse du contenu de l'ouvrage. - Le mouvement artistique en Allemagne au onzième siècle. :__ Le traitédu moine Theophile et le Lumen animae. - Contenu de la Schedula Points de contact avec les écrits orien­ Theophili. - taux et latins. - Identité de l'auteur. - L'Anonymus Bernensis. par les , . Revenons aux auteurs occidentaux, à commencer Eraclii, de coloribus et artibus Romanorum (I), Libri dont un exemplaire à peu près complet se trouve compris dans la collec­ tion de traités que Jehan le Bègue, greffier dé la Monnaie à Paris, transcrivit en 1431, collection qui renferme par surcroît les écrits de Théophile, d'Alchérius et de Pierre de S. Audo­ Le manuel d'Héraclius subdivise en trois livres, mar (2). se dont les deux premiers, écrits en vers latins (les livres métriques), volume et sont l'œuvre constituent la partie la plus ancienne du d'une seule main; le dernier, en prose, est une compilation de matériaux de provenance très diverse, assemblés au cours du douzième ou treizième siècle. La date des deux livres métriques a Lessing, qui ne connaissait de l'ouvrage que été très contestée. la mention du catalogue des mss. de la Bibliothèque Royale (3), paraît néanmoins en avoir soupçonné l'ancienneté (4). Raspe, (I) Découverts par R-E. Raspe à Cambridge (bibl. de Trinity College) et publiés pour la première fois dans son ouvrage.: A critical essay on oil painting (Londres,' 1781). Actuellement 840 A. Egerton Mss. Brit. Mus. Publiés par Mrs Merrifield : Original Treatises on the arts of painting, etc. (2) les Libri (Londres, 1849). Vol. I. Manuscripts of Jehan le Bègue. Dans cette publication, Eraclii occupent les pages 182-257, Le De Coloribus et Artibus Romanorum a' été - für également l'objet d'une publication et d'une étude par A. Ilg. Voy. Quellenschriften par Eitelberger v. Edelberg. Vol. IV (Vienne, 1873). Kunstgeschichte, etc., édité (3) Catalogus Codicum Manuscriptorum Bibl. Reg. Paris, 1744. Vol. IV, p. 273. (4) LESSING : Vam Alter der Oelmalerei aus dem Theophilus Presbyter (Braun­ chweig! 1774)' Sâmmtliche Schriften, ed. Lachmann ; vol, IX(Leipzig, 1855). - - 4°- induit--ene-rreur par-u·ne-ëitation] d'lsidore--dê Séville- (con� tenue d'ailleurs dans le .livre III), opinait pour le septième siècle (1); Eméric-David (2) et Hendrie (3), suivis par Ilg (4), pour le dixième. Cette, dernière conjecture paraît fondée; en effet, les plaintes de l'auteur sur la ruine de Rome et l'indigence des arts (5) semblent accuser l'époque de Théodora et de Maro­ zie, de Jean XII et de Léon VI II, le secolo di ferro des historiens italiens. Déjà au sixième siècle, lors de son occupation par Narsès (552), Rome n'était plus que l'ombre d'elle-même, sa population était tombée à 40,000 ou 30,000 habitants, et se réduisit encore sous les maux que l'Italie subit lors de l'inva­ sion lombarde. Sous les de Charlemagne, la situa­ successeurs tion empire; menacé par les Sarrasins, le pape Léon IV se voit contraint d'élever les de la Cité Léonine; à l'intérieur, remparts une féodalité turbulente entretient en permanence la guerre civile, que viennent aggraver les luttes entre Hugues de Provence et Albéric, second fils de Marozie; la répression sanglante, par Othon 1er, de la révolte qui suivit la déposition de Jean XII; les troubles suscités par le tribun Crescentius et l'anti-pape Jean de Calabre, etc. Déjà, à la Rome du dixième siècle, on peut appli­ quer la description de Zeller, « fourré épais, inextricable, de forteresses, de couvents, d'églises et de ruines, émergeant au milieu de l'herbe, des arbustes, de la poussière et des décom­ bres Les arts étaient oubliés: », Luitprand avère que la pluie tombait les autels des apôtres (6); sur et lorsque Léon VII voulut réparer le cloître de S. Paul, il dut, les artisans indigènes man­ quant, s'adresser à S. Odon de Cluny (7). Telle était la Rome que dut connaître l'auteur des Libri , - (I) RASPE: A critical essay on oil-painting (Londres, I78r). (2) EMÉRIC-DAVID : Rist. de la peinture au moyen âge, p. 83. Cet auteur fait vivre Héraclius la fin du dixième et le commencement du onzième siècle. vers (3) HENDRIE: Préface de l'éd. de la Schedula Theophili. (Londres, 1847.) (4) Ilg, op. cit. Introd., p. XI et suiv. (S) « Jam decus ingenii quod plebs Romana probatur Decidit, ut periit sapientum cura senatum. Quis nunc has artes investigare valebit Quas isti immensa menta patentes, artifices, Invenere sibi, patens est ostendere nobis? etc. (Héraclius; Prohem. édit. Merrifield.) (6) LUITPRAND: Hist. Ott., cap. IV. (7) MABILLON; Annal. III, 524' Sur - les causes de l'abandon et de la ruine graduelle de la ville de Rome, cf. Gibbon.: of the decline and fall of the Roman History Empire, ch. LXXI. Eraclii, mais si nous parvenons à replacer nettement devant nos yeux le tableau de son époque, il n'en est pas de même de sa personne, qui demeure indistincte et voilée par la légende. Mrs Merrifield, qui cite Sismondi à l'appui de ses conjectures (1), incline à le croire Italien, natif du duché lombard de Bénévent; Ilg (2), d'autre part, voit dans l'appellation grecque OÚ byzan­ tine d' Héraclius un pseudonyme ajouté postérieurement, et faisant allusion à un personnage fameux du même nom, mentionné par de nombreux auteurs médiévaux, tels Gautier d'Arras (XIIe s.), Enenkel (XIIIe s.), etc., et dont les mysté­ rieuses connaissances sur les vertus des gemmes auraient suffi à motiver l'attribution apocryphe du traité en question, dont quelques articles ont trait aux pierres précieuses (3). Il paraît toutefois plus probable que ce pseudonyme se rapporte célèbre empereur Héraclius au (575-641), qui partageait avec d'autres souverains, tels que Chéops, Cléopâtre et Justinien, la réputation d'adepte des sciences occultes et de l'alchi­ mie (4). Divers traités hermétiques lui étaient assignés: son nom se couramment dans les écrits rencontre alchimiques grecs, ainsi dans les ouvrages arabes, où il est que expressément qualifié de Romain (5). Ce fait, ajouté aux influences byzantines qui forment un appoint considérable des Libri Eraclii, appuie- (I) Mrs MERRIFIELD: Original Treatises, etc. Vol. I. Introduction aux livres d'Héra­ clius, p. 171-172. (2) Ilg, op. cit. Introd., p. XVII-XX. (3) Voir passage du Parsifal de Wolfram van Eschenbach, XV, vers r rçr encare un , La science des vertus occultes des gemmes étaient en effet très répandue pendant le moyen âge. L'école alexandrine avait déjà produit le livre des Cyranides, attribué à Hermès Trismégiste; plus tard, en Occident, les écrits analogues se multiplient: la lettre de S. Epiphane à Diodore, évêque de Tyr; les traités de S. Isidore, de S. Hildefonse; le Livre des Pierres de Marbode, évêque de Rennes (XIIe s.), etc. Des œuvres similaires furent composées par les lapidaires arabes. Chez les alchimistes grecs, les formules pour la fabrication de' gemmes fausses sont souvent accompagnées de recettes sur les couleurs, céruse, cinabre, etc. (4) « Déjà les-anciens Egyptiens mettaient les ouvrages modernes sous le nom de leurs vieux rois Non seulement les ... copistes ont assigné à certains alchimistes des titres fictifs, tels que celui de roi d' Arménie, ajouté de Pétasius dans la de au nom suscription certains traités ou celui de reine à la savante: d'Egypte, imputé Cléopâtre ce qui rappelle le titre de roi de l'Inde assigné à Géber dans les traités mais la fraude arabes, ou l'erreur ont mis certains traités sous led'Alexandre.)l (Cf. BERTHELOT: Orig. de l'Alch., nom p. 139-140.) - Voy. aussi la légende de Chosroës II dans la Legenda aurea de Jacques de Voragine. (5) Ainsi, à propos d'un ouvrage d'Ostanès (le Livre des Xl l-chapitres, sur la science de la Pierre illustre), le traducteur arabe écrit: « J'ai donné ces choses d'après les paroles d'Ostanès le Sage, et j'ai ajouté à la fin deux les chapitres, d'après paroles d'Héraclius le Romain », etc. (Cf. Coll. des anc. alch. grecs. Vol. I, p. 217) Le .. nom d'Héraclius se trouve 42- - rait notre hypothèse. Ces attributions apocryphes étaient, au demeurant, très communes; c'est, ainsi que les alchimistes grecs assignaient des ·traités roi Chéops (Souphis ou Sophé l'Egyp­ au tien); Zoroastre, Çléopâtre (1), étc. à à La troisième et dernière partie de l'ouvrage d'Héraclius, _ constituant une annexe plus récente, greffée sur le texte primitif, renferme des termes' franco-normands (cerasin, vergaut, grossi­ num, etc.) qui ,autorisent à croire qu'un exemplaire des livres métriques, transféré d'Italie au nord de la France, y' fut . .cornplété par quelque copiste indigène', qui puisait ses matériaux aux sources les plus diverses, à des traditions locales, aux textes de Pline, de Vitruve, d'Isidore de Séville, à des docu­ ments byzantins, etc. . Le contenu des livres I et II se résume comme suit : calligraphie et peinture en miniature, céramique, travail du verre, du cristal, des gemmes, procédés de dorure. Les articles sur la peinture se subdivisent en avis _relatifs à l'extraction de couleurs végétales (§ II, VIII, XVII), aux couleurs minérales (§ XI, XV), aux lettres d'or (§ VII), à la teinture (§ VIII). Le troisième livre contient cinquante-huit formules analogues aux précédentes, parmi lesquelles nous signalerons spécialement les instructions sur la peinture à l'huile (§ XXIV, XXV, XXVIII, XXIX), la peinture à l'œuL(§ XXX-XXXII) et la préparation des couleurs (§ XXXIV-LVIII). La filiation de tous ces textes est extrêmement variée et souvent obscure: Ainsi lés indications fournies sur chrysographie par les les matières colorantes et la livres I et II (§ II, VII, XI, XVII) paraissent relever de traditions analogues à celles du Papyrus de Leyde et de l'Anonyme de Lucques (2); dans le livre III, les sources antiques sont repré­ sentées par des extraits de Pline, de Vitruve, d'Isidore de Séville (3) (on y trouve notamment (§ VI) la légende de l'empe­ reur Tibère et de 1'inventeur du' verre malléable, relatée par en outre dans un traité de Stéphanus, dans l'ouvrage de Morienus (avec la mention « rex sapiens philosophus », ce qui correspond au « vir sapientissimus » des Libri Erac1ii), et dans la Turba philosophorum, etc. (r) Livre de Vérité de Sophé l'Egyptien; traité de Zoroastre sur les sympathies et les antipathies naturelles (mentionné dans les Geoponica) ; la Chrysopée de Cléopâtre, etc. (2) Comparer PAPYRUS DE LEYDE: § 53, 78; Anonyme de Lucques, § 64, 66, 75. '(3) Héracl, L. III, § L-LV. Recettes constituant un résumé modifié des chapitres VII-XIV du septième livre de Vitruve. Cf. aussi Héracl. L. r, § vi (De preciosorum lapidum incísione), où l'auteur cite Pline. Pline, Dion Cassius et Pétrone) (I). Parmi les recettes de pein­ ture, les unes dérivent de l'antiquité (2), les autres s'affilient à la Mappae Clavicula (3) où él des procédés locaux (4), les troisièmes décèlent une influence orientale, tel le paragraphe XXXII, à rapprocher d'un article de l'ouvrage alchimique intitulé Doctr-ine 'de Démocrite le Philosophe, compilé entre le sixième et le huitième siècle de notreère (5). Les Libri Eraclii exercèrent à leur tour un ascendant con­ sidérable sur les écrits des âges suivants. Le manuscrit de la Schedula Theophili, Britannique, renferme conservé au Musée des extraits tirés des livres métriques d'Héraclius (6); d'autres, Arnauld passages se rencontrent dans. les écrits de l'alchimiste de Villeneuve (7), médecin du roi d'Aragon Pierre III et maître supposé de Raymond Lulle; d'autres encore dans le Secreti de Wecker (8), où ils sont erronément attribués à Marcellus Palin­ genius de Ferrare (g). L'époque qui produisit les premiers livres d'Héraclius avait été une période de décadence artistique et de désarroi social. Dans l'Italie, morcelée en principautés laïques et ecclésiastiques, se succédaient les règnes incléments de Hugues de Provence et de Bérenger, tandis qu'en France s'éteignaient obscurément les derniers souverains de la Iignée carolingienne; seule l' Allema­ gne, après les règnes inquiets de Louis l' Enfant et de Conrad de Franconie, jouissait, malgré les invasions magyares, d'une pros- Rist. Nat. L. XXXVI, 26. PÉTRONE: Satyricon, c. 51. - DION (r)'PLINE: c. _. CASSIUS: L. LVII - ISID. DE SÉVILLE: L. XVI, c. 15. (2) Héracl. L. III, § L-LV. Voy. ci-dessus. (3) Comparer Réracl. L. III, § LVI-LVIII, et Mappae Clavicula, Prologus, § 9 ' (De Mixtionibus). . (4) Héracl. L. III, §4LIV (De auro petro). L'ambre yestnomméglassa (allem.glas).De même au § XXXIII (Quomodo corduanum tingitur)le terme wal'allcia est d'origine indigêne. (5) Manuscrit d'alchimie syriaque (Brit. Mus). Ire partie: Doctrine de DÉMOCRITE LE PHILOSOPHE: Livre V, c. 4. BERTHELOT: La chimie au moyen âge, vol. II, p. 43. - - Voy. aussi Introduction, p. VII-X. (6) IIg, op. cit. Einleitung, p. I et II. - (7) Né en Catalogne vers 1245. En 1285 il est nommé médecin de Pierre III d'Aragon; en 1295 il se rend en� Italie auprès de' Boniface VIII, puis à Paris. Excommunié pour hérésie, il se réfugie en Sicile, auprès de 'Frédéric le Beau. Il mourut en 1311. Ses écrits­ furent publiés à Lyon en 1504. Voy. ROEFER : Rist. de la chimie (Paris, 1842). - _ (8) J J...WECKER: De Secretis (traduction remaniée ·des Secreti de Don Alessio. Venetia, 1555; Lucca, 155y, etc.). Publié à Bâle en 155g; édit. suec. en 1582, 1592, 1604, etc. (9) Voy, MERRIFIELD: Orig. Treat., etc. Vol. I. Mss. of Erad. Prelim. Observ., p. 168, note 3. - Manzolli (Pier-Angelo), dit Marcellus Palingenius, naquit à La Stellata, près de Ferrare. Il vécut à la cour d'Hercule II de Ferrare, auquel il dédia un poème-latin intitulé Zodiacus vitae. Ses restes furent brûlés en 1549, par ordre de l'Inquisition. �. - 44- périté relative sous la domination d'Henri l'Oiseleur et de la dynastie othonienne. Au désordre politique s'ajoutaient déjà les épidémies et les famines dont Glaber Rodulfus (1) a fait, au siècle suivant, la navrante description. Le monde », ajoute « un autre chroniqueur, paraissaittoucher son crépuscule (�\. à cc )) La période qui produisit le volume connu sous le nom de l'Essai sur divers arts, composé probablement vers la tin du onzième siècle par le moine allemand Théophile, marque au contraire le développement d'une exceptionnelle renaissance. Le mouvement s'était dessiné peu après l'an mille dans les pays germains, soutenu par l'exemple de Bernward de Hildes­ heim (3), qu'imitèrent de nombreux prélats: Burchardt, évê­ que de Halberstadt; Othon, de Bamberg; Thiémo, primat de Salzbourg (4). La peinture seule comptait en France, vers le milieu du siècle, maint représentant célèbre, tel Bernard de Lobbes ou Roger et Herbert de Reims (5); et des peintres, aux ordres des archevêques Lanfranc et Anselme, décorent en Angleterre, peu après la éonquête normande (1066;, la cathédrale de Canter­ bury (6). Le traité encyclopédique du moine Théophile sur les arts peut incontestablement être classé parmi les produits les plus remarquables de ce renouveau artistique que Suger représenta en France et l'évêque Meinwerk en Allemagne. Le volume ne (I) GLABER RODULFUS : Hist. L. IV, c. 4. - Hug. Flav. Chronic. Virdun. (Rec. des Hist. de France, t. X, pp. 47 et 20g). - Cf. aussi ANDRB DE FLEURY: Miracula sancti Benedicti, éd. de Certain, pp. 233, 236. - Paris, 1858 (Sóc. de l'Hist. de France). (2) « Videbatur sane mundus declinasse ad vesperam. » Willerm. Tyr., Hist. L. I, c. 8. - Cf. BONGARS : Gesta Dei per Francos, t. I, p. 634' Voir sur les misères du temps - les décrets du synode de Trosly, convoqué par Hervée de Reims en gag (Concil. Trosl. . dans LABBE et COSSART Conciliorum collectio maxima, t. IX, p. 520. Paris, 1671'1672); : la Chronique de l'Annaliste Saxon (PERTZ : Manum. Germ. Hist. Script. L.VI, p. 728), etc. -(3) Mort en I023. Son successeur, Godehard, fonda une école de calligraphie et de peinture. Cf. Chrono épisc. Hild. (Leibnitz j Script. rer. Brunsw t. l, p. 744)' , (4) Voy. Chrono Halberst. (ibid., t. II, p 125). Vita Otton. episc. Baberg. L. l, .: - c. 15 (Canis. Lect. ant., t. III). - Passio S. Thiemonis (ibid.). - (5) Hist. Andav. monast. Martenne et Durand Amp!. collect., t. IV, col. - g25 et g36. (6) Les peintures qui décoraient une chapelle de cette cathédrale furent exécutées sous le prieur Ernulfe, contemporain d'Anselme. Willielm. Malmesb. De gest. pont. - Angl. Pour tout ceci, voy. EMBRIC-DAVID : Histoire de la peinture au moyen âge, - . pp. lla-Iq. L'activité des architectes dépassait encore celle des peintres. Le XIe siècle vit fonder ou rebâtir les églises de Dijon, de Reims, de Tours, d'Orléans, etc. Vingt et un sanctuaires furent attribués au seul roi Robert. En Italie, on élève, de I063 à I1I8, le dôme de Pise d'après les plans de Busketus et Rainaldus, etc, Cf. les chroniques de Guillaume de . Malmesbury, de Helgaud, cié Glaber, etç. 1 dut toutefois guère sortir des ateliers monastiques durant le cours du moyen âge (1), et c'est quelque peu à l'improviste que son signalement paraît, en 1530, dans l'ouvrage du philo­ sophe cabaliste Cornélius Agrippa, sur l'incertitude et la vanité des sciences (2). La mention d'Agrippa fut reproduite par Conrad Gesner, auteur de la Bibliotheca uniuersalis (3), puis reprise et commentée en 1555 par Josias Simler, qui ajoute en terminant: Idem Theophilus in tractatu diversarum artium « adducitur, in libro qui inscribitur Lumen animae (4). » Ce dernier ouvrage avait été composé sous le pontificat de . Jean XXII (1316-1334) dans le même but d'édification qui ins­ pira la Biblia pauperum de S. Bonaventure. C'était, en somme, une des nombreuses compilations résultantes du besoin de clas­ sification et de synthèse qui produisit l' Hortus Deliciarum de l'abbesse Herrade de Landsperg (5), le Propriétaire des Choses de Barthélemy l'Anglais (6), les Bestiaires de Philippe de Thaon et de Richard de Fournival, le roman du Pseudo-Sidrach et le Livre du Trésor de Ser Brunetto Latini. Vers la fin du quin­ zième siècle, le manuscrit du Lumen animae subit un travail de revision et de coordination par le carme Matthias Farinator, puis passa à l'imprimerie en 1477. L'incunable mentionné par Simler renferme en effet quarante-deux passages tirés du Bre­ viarium (7) diuersarum artium de Théophile, que l'auteur ano- (I) Le. manuscrits de Jehan le Bègue ,(voir plus loin) renferment cependant une transcription partielle du premier livre de la Schedula, Cf. 1\1rs Merrifield, op. cit., vol. I, mss. of JEHAN LE BÈGUE: Prelim. Observ., p. 14. (2) De incertitudine et vanitate scientiaru,n. Antverpiae, 1530. (De Alcumistica, c. 96.) « Ex ipsa (alchimia) prodiit vitrificatoriae nobilissimum artificium, de qua Theophilus quidam pulcherrimum librum conscripsit. » Il paraîtrait, d'après ce passage, I qu'Agrippa ne connaissait de la Schedula que le second livre. (3) CONRAD GESNER: Bibliotheca Universalis. Tiguri, 1545, p. 614' (4) Epit. biblioth. C. Gesneri locupleta per J. Simlerum. Tiguri, 1555; fol. 173, verso. - D'autres mentions de la Schedula se trouvent au siècle suivant chez Joachim de larépub. des lettres), Feller(Catal. cod. man. bibl. Paulinse in acado Lips), Bayle (Nouv. Morhof (Polyhist. sive de not. auct. et rer. comment). Voy. Ilg- : Quellenschriften, etc., vol. VII, Einlèitung., p. I-II, et J.-M. Guichard: Introduction au Schedula (édit. du O- Ch de I'Escalopier), p. XIX-XX. (5) Cf. Herr. de Landsperg. Hort. Delie, - Reprod. héliogr. et texte explico par le chan. A. Straub (Strasbourg, 1880-86). BARTHoLoMAEus ANGLICUS: De Proprietatibus rerum. Traduit en italien dès (6) 130g par Vivaldo Belcazer de Mantoue et en français par l'augustin Jehan Corbechon, en les de Philippe de Thaon, de Brunet Latin et de l'auteur anonyme 1372. Voy. pour ouvrages du livre de Sidrach, Langlois: La connaissance de la Nature et du Monde au moyen âge; Paris, Hachette, rçr r, p. I, 180, 328. (7) Appelé aussi dans le Lumen animae tractatus ou breviloquium, I l nyme du Lumen ani mae déclare, dans sa préface, provenir « de quodam monasterio Alemanie )) (I). Toutefois les critiques diffèrent sur la question de l'identité de ce Breviarium et de la Schedula (2), étant donné.Ia dissimilitude des textes. Le fait sert néanmoins à établir l'autorité dont jouissait, 'au moyen âge, le nom deThéophile, publication de Ja Schedula diversaruin artium fut La abordée la première fois par Lessing (3), d'après les manuscrits de Wolfenbüttel et de Leipzig; l'entreprise, interrompue par la mort du savant-fut achevée par Christian Leiste en mai 1781 (4). De riòrrrbreuses éditions suivirent cet essai; citons celle de Raspe (ms. de Trinity College, à Cambridge:" de Hendrie{Har­ leian Ms.), de l'Escalopiër (ms. de l'université de Cambridge), d'l1g (ms. d@ Wolfenbüttel) (_5), etc. Telle qu'elle apparaît après les multiples collations ei appoints de la critique moderne, la compilation du moine Théophile se sectionne en trois livres, respectivement subdivisés en quarante-cinq, trente-un etquatre­ · vingt-quinze chapitres. L'auteur lui-même en indique le con- · tenu dans les termes suivants (6) : lllic invenies quicquid in « diversorum colorum generibus et mixturis habet Grœcia: quic­ quid in electrorum operositate, seu nigelli varietate novitTuscia ; quicquid ductili vel fusili.. seu -interrasili opere distinguit Arabia; (I) « De quodam monasterio Alemanie quidam mihi libri delati sunt, videliëet : Archita Tharentinus de eventibus in natura, Alkabicius in perspectivis, Theophilus in breviario diversarum artium, Fontinus in descrjptionibus universi ll. Cf. Schedula Theophili j ed. de l'Escalopier ; introd., p. XXVIII. (2) Guichard le certifie (Schedula, éd. de l'EscaI. Introd., p. XXVIII et suív.), Lessing · (Vam Alter der Oelmalerey, etc.), Raspe (A critical essay on oil-painting), Leiste Zur Gesch. und Litt. aus den Schâtzen d. hertz. Bibl. zu Wolfenb.), Ilg (Theophilus Presbyter, etc. Einleitung), le nient. (3) Voy. Vam Alter der Oelmalerey aus dem Theophilus Presbyter (17.74). Inséré au tomeVlUdes Vermischte Schriften �Ber1in 1771-1794). Denombreuses éditions postérieures� existent. (4) Zur Geschichte und Litteratur aus den Schatzen der hertzoglichen Bibliothek zu Wolfenbüttel, Ephr. Lessing. (Braunschweig, 1781), t. VI, p. 289-42� von Gatt. (S) E. RASPE! A critical essay on oil-painting, proving that the art of painting in oil was-known before the pretended discovery of John and Hubert van Eyck; to which are added, Theophilus de arte pingendi, Eraclius de artibus Romanorum, and a review of � Farinators Lumen Animae (London, 1781). R. HENDRIE: Theophili, qui et Rugerus, - presbyteri et monachi Librï" III, seu diversarum artium Schedula (London; J. Murray 1847). - Comte CH. DE L'EsCALOPIER Théophile, prêtre et moine: E§'s¡¡,L sur divers arts { (Paris, 1843). A. ILG :. Theophilus 'Presbyter. Schedula diversarum.artium, dans les - Quelhmschriften für Kunstgeschichte und Kunsttechnik des Mittelaltérs und der Renais­ ·sance, v. Eitelberger von Edelberg. Band VII (Wien, 1874). VQy._ aussi la traduction annotée de l'abbé Bourassé, dans le Dictionnaire d'archéologie sacrée. J.-P. Migne; 1862. ,- (6) �CHEDULA : Lib. I; Prologus, in fine. .. - 47- quicquid in vasorum diversitate, seu gemmarum ossiumve sculptura et- argento inclyta decorat Italia; auro quicquid in fenestra rum pretiosa varietate diligit Francia; quicq uid in auri, argenti, cupri et ferri, lignorum lapidumque subtilitate sollers laudet Gerrnania..» L'ouvrage est conçu avec méthode et rédigé suivant un plan arrêté d'avance; le premier livre traitant de la peinture, le s-econd de la verrerie, le dernier enfin contenant les instructions nécessaires_au travail des métaux. L'allusion, faite dans le cours du-Prologue, à la peinture grecque (1) certifie que Théophile tenait d'artisans et d'e manuels byzantins, soit direc­ tement, soit par quelque entremise, les préceptes qu'il incul­ quait. De fait, l'ascendant de Byzance imprégnait profondément à cette époque l'art allemand. Il est d'ailleurs probable que le mariage d'Otton II avec Théophano, fille de l'empereurd'Orient Romain II, mariage qui avait favorisé, au siècle précédent, la propagation en Allemagne de la culture _byzantine et des usages de la cour de Constantinople,- dut puissamment seconder cette propension (2). Perceptible dans les miniatures issues, dès le dixième siècle, des ateliers de Reichenau et de Trèves, l'élément byzantin domine, au douzième, dans les écoles de peinture de _ Salzbourg, du Sud-Ouest, de la Westphalie et de la Saxe. Trois cents ans après la Schedula, le manuscrit de Strasbourg men- - tionne encore les méthodes grecques (3). De nombreuses similitudes unissent en effet l'ency_clopédie de Théophile et le manuel athonite du moine Denys (4)-, lequel,: quoique de rédaction plus récente, représente un ensemble de traditions remontant à une haute antiquité. D' autre part, la Schedula offre de multiples points de contact avec Jes écrits (I) Voy. la citation donnée ci-dessus. _ (2) Pour la peinture allemande de cette période, voy. les Evangélistaires de Géréon de Cologne et d'Egbert de Trèves; le Registrum Gregorii, dont deux peintures sont censer­ vées, Tune à Chantilly, l'autre à la bibliothèque de Trèves; lès évangiles de Quedlimburg et de S. Bernard de Hildesheim; le sacramentaire d'Henri II et l'évangéliaire de l'abbesse­ Uota de Niedermünster, etc. Le byzantinisme persiste dans les écoles de peinture allemande durant la p-remière moitié du XIIIe siècle. Voy_ A. Haseloff: Eine 'thüringisch-sâchsische Malerschùle des XIIIe j hrhunderts. (Strassburg, 1897.r Studien zur Deutschen Kunstge­ - schichte, vol. g. - (3) « Nu han ich.redelich und merkelichen wol gelert (wiejman alie varwen tpiëren sol nach kriegeschem sitten », etc. Ms. de - Strasbourg, c. 68. - BERGER: Beitrage, Vol. II, pp. 146, 169. (4fPar exemple, sur la peinture à l'hui-le, comparer Hermeneia, § 29 (préparation du péséri) et § 31 (vernis de péséri), avec Schedula, L. I, c. XX, XXI et XXVII: sur la chryso­ graphie Herm. § 72- et Sched. c. XXXVII, 3e paragraphe. - Voir surtout dans les deux manuels les procédés-de dorure et de miniature. BERGER: Beitrage, vol. II, pp. 42 et 43. � - ----------� - � - . .. ;­ ss- occidentaux, les livres d'Héraclius, la Mappae Clavicula, etc. L'orpulvérisé ou amalgamé au mercure (Schedula : c. XXXIV­ XXXVII) se rencontre dans les recettes chrysographiques du Papyrus de Leyde; la pietura translucida de Théophile se rapproche des paragraphes 62 de l'Anonyme de Lucques et 247 de la Mappae Clavicula; les instructions relatives à la pein­ ture à l'huile (Sched : c. XX) se rattachent à celles d'Héraclius (L. III, c. XXV) (1), etc. Terminons enfin données par quelques mots sur notre ces auteur. Son identité été fort discutée; Lessing attribuait même a la Schedula au célèbre moine de St-Gall Tutilo, dont Ekkehard énumère les talents et lès vertus (2). L'épithète de Lumbardi­ eus (3), contenue dans le titre du manuscrit de Cambridge (4), lui a fait assigner une origine italienne, tandis que le nom de Ruge­ rus, dont le qualifient les deux manuscrits de Vienne (5), appuyait l'hypothèse d'une nationalité allemande. D'après llg (6), qui propose la solution la plus acceptable du problème, l'auteur serait l'orfèvre Rugerus ou Rogkerus qui travaillait à la fin du onzième et au début du douzième siècle dans le mona­ stère bénédictin de Heímershausen sur la Diemel. Dépendant de l'évêché de Paderborn (7), le couvent était devenu un centre artistique important sous J'épiscopat de l'évêque Meinwerk (t 1036). Le nom de ce prélat, comme celui de Willigis de Mayence, d'Adalbéron de Würzburg ou d'Anno de Cologne, est demeuré- célèbre dans les annales de l'art allemand. La cité de Paderborn lui dut la construction de remparts, d'une nouvelle ses cathédrale et d'un palais épiscopal, ainsi que la création d'une école analogue à celle que fonda Godehard de Hildesheim (8). BERGER.: Beitrâge, vol. II; p. 43-44. (I) Ekkehardi IV, casuum S. Galli cont. 1. (2) Pertz: Monum. Germ. Hist. Script. - T. II, p. 94. Selon l'hypothèse de Lessing, la Schedula remonterait donc au début du - X· siècle, époque à laquelle vivait Tutilo. Raspe, Lanzi, Eméric-David, etc., en localisent la date au X· ou au XIe siècle. Voy. RASPE: A critical essay on oil-painting, pp. 45 et 64; LANZI: Storia pittorica della Italia, t. I, p. 66; EMÉRIC-DAVID : Histoire de la peinture au moyen âge, p. 83. _ (3) « Hic incipit tractatus Lúmbardicus qualiter temperantur colores ad depingen- dum. » Cf. Raspe, op. cit., p. 75. (4) Ms. de Trinity College. Actuellement au British Museum, nO 840 A. Egerton Mss. (5) Voy. A. Hg, op. cit. Einleitung, pp. VII et XXI. (6) Hg, op. cit., pp. XLIII et suiv. (7) Fondé par Charlemagne en 785. La première cathédrale fut édifiée par l'évêque Badurad (8r5-852). (8) Vita Meinw. ep. Paterb. c. LlI (LEIBNITZ: Script. rera Brunsw.). Voy. EMÉRIC­ DAVID: Histoire dé la peinture au moyen âge, p. III. , .. ·,' .� ..... " . ". 49 � Des moines de Cluny ramenés par lui au retour d'un voyage en Italie habitaient le monastère d'Abdinghof qu'il fonda en 1016, et des ouvriers' byzantins (operarii graeci) venus à son appel de l'italie méridionale travaillaient à Paderborn sa direction. Vers la même sous époque (en 1033) l'abbé Wino du couvent de Helmershausen se rendait en Palestine pour y relever leplan de l'église du Saint-Sépulcre (1). Çes faits, consi­ dérés collectivement, expliqueraient la diversité des sources grecques, françaises, italiennes et orientales auxquelles le moine Théophile, dans le Prologue de la Schedula, déclare avoir puisé ses renseignements. Avant de passer à l'étude des écrits compris dans la collec­ tion de Jehan le Bègue, mentionnons un opuscule qui s'as­ socie par synchronisme à la Schedula Theophili, l'Anonymus Bernensis, un fragment composé de cinq feuilles de parchemin de format in-12, conservé à la bibliothèque de Berne sous le numéro d' ordre A. 91,17 2). Paléographiquement, le manuscrit se placerait vers la fin du onzième ou le début du douzième siècle. Dans son état actuel, il se fractionne en deux pa-rties, l'une. con­ sacrée à des formules de médecine (3), l'autre, précédée de la rubrique Clarea,De à un ensemble d'instructions relatives à la peinture appliqué à la décoration des livres; on y trouve notam­ ment des indications la à peinture l'œuf, sur sur les variétés de parchemin, sur la peinture des lettres capitales, etc. Contrai­ rement à la plupart des manuels médiévaux, qui consistent (r) Pour tout ceci, voy. A. Dg, op. cit. Einleitung, pp. XLIII-XLVII. - Les voyages à Jérusalem étaient relativement fréquents (voy. les itinéraires de l'évêque Arculf 700, écrit par Adamnan, abbé d'lona], de Willibald [721-727 J, de Bernard le Sage [867], [vers de Saewulf [r I02-rr03J, etc.), et s'effectuèrent plus d'une fois dans un but congénère à celui que se proposait l'abbé Wino. C'est ainsi que l'on voit « messire Anselm Adornes », bourg­ mestre brugeois au xv- siècle, rendre deux fois S. se au Sépulcre pour vérifier l'exactitude de la reproduction qu'il faisait exécuter dans dite de à Bruges. l'église Jérusalem (2) La première édition du manuscrit de été publiée, accom­ l'Anonymus Bernensis a pagnée d'une traduction, par Hermann Hagen: Anonymus Bernensis, über die Bindemittel und das Coloriren von Initialen, etc. Mit einer Notiz über die Quellenliteratur der Eitem­ peratechnik von Albert I1g. Voy. Quellenschriften für Kunstgeschíchte, etc. Vol. VII - p.375-400 (Wien, 1874). La seconde édition parut en 1908. G. Un traité de Loumyer : - peinture du moyen âge: I'Anonymus Bernensis. Publié avec introduction et notes (Berne, 1908). (3) De pareilles juxtapositionssont fréquentes dans les traités techniques médiévaux, sans doute en raison de la connexité existante entre les études médicales et les recherches de la chimie. C'est ainsi, par exemple, qu'on attribua au la de divers écrits moyen âge paternité alchimiques à Rasès, le fameux médecin arabe. Il est à remarquer que le second manuscrit de la Schedula Theophili, conservé à la bibliothèque de Vienne, porte la signature : II. 236 (Med. 173). 4 -<50 - en alignements de formules, l'ouvrage présente un exposé systématique de la technique de l'art. Il probable qu.e l'au­ est à Folchard et Sintramn de teur anonyme est ranger, avec Saint Gall; le moine Wiking de Prum ou Eaduvius de Lune­ bourg, dans la catégorie des religieux peintres et enlumineurs. .,. CHAPITRE IV Les sources techniques de la seconde moitié du moyen âge. - La collection de J ehan le Bègue, les traditions athonites et le recueil de Cennino. Évolution de l'état social. - Les communes, les corporations de métiers et les associations d'artistes. - Indépendance de l'artiste laïc. Un amateur - technicien du quatorzième siècle: Jean Alcherius. - Voyages d'Alcherius et formation de son recueil. - Les manuscrits de Jehan le Bègue. - Le Liber de Coloribus faciendis de Pierre de S. Audomar. - Le monastère de Saint­ Bertin. - Attaches de ces écrits avec les textes antérieurs. Le secondâge d'or de l'art à Byzance. Diffusion des modèles grecs.­ - Survivance Occident, après en le sac de Constantinople en 1204, des tradi­ tions techniques byzantines. Les laures athonites. - - L'Hermeneia dio­ nysien. - Incertitude de la date de sa rédaction primitive. - Ancienneté des préceptes techniques de ce recueil. Analyse .du manuel - de Denys. - Les influences grecques en Russie. - Le Podlinnik et le Stoglaff. L'art pré-giottesque' en Italie. - La peinture a tempera et les méthodes grecques. ,,;_Le peintre Cennino Cennini et le Libro dell'Arte. - Composi­ tion de cet ouvrage. - Influences byzantines. Pendant les trois siècles qui s'écoulèrent entre la compila­ tion de l'encyclopédie du moine de Helmershausen et l'achève­ ment de la collection de J ehan le Bègue, de profondes modifi­ I, cations avaient transformé l'état social et changé les conditions sous lesquelles avaient travaillé les a-rtistes de tout ordre. C'est d'abord en France la révolution communale qui se dessine vers la fin du onzième siècle ei se propage dans toute l'Europe féo­ dale durant le cours du douzième. En Flandre se forme même ' à cette époque une sorte de- confédération politique des com- munesdont le centre fut Arras; en Allemagne et en Italie les communes urbaines, tout en constituant de puissantes ligues érigées contre lal'empereur, se transforrnént en féodalité et autant de civilisation, favorisant It:;! commerce et l'in­ centres de dustrie. En Italie, le rôle joué par les villes fut particulièrement efficace à ce point de vue; Venise, Gênes, Florence, les cités de - 52- la 'de l'exarchat de Ravenne, les communes de la Pentapole, Lombardie, etc., contribuèrent à imprimer une poussée vigou­ reuse aux sciences, aux lettres (1). Dans l'Europe et aux arts septentrionale, les villes de la ligue hanséatique, Lubeck (2), Hambourg, Brême, Cologne, Bruges, etc., secondaient, par la création de confédérations indépendantes ou privilégiées, la cause des libertés communales. D'autre part s'organisent les corps de métier et les corporations laïques rappelant les anciens collegia opijicum des municipes romains (3), quoique érigés sur d'autres bases. Ces associations, dont la formation paraît avoir précédé en France celle des communes (4), et que le synode de Rouen condamnait en 118g, se répandirent dans l'Europe entière sous différentes appellations, les crederue des communes italiennes, les Zünjte des villes allemandes, les trade-guilds de l'Angleterre, etc. Des groupements analogues aux communautés industrielles s'étaient formés de même dans le monde des arts. La plus ancienne de ces confréries dut incontestablement être celle des maçons et des tailleurs de pierre (5), qui remplaça, en somme, les collèges de maçons qui avaient joui d'une situation privi­ légiée sous l'Empire romain et qui disparurent avec lui. L'insti­ tution se développa surtout en Allemagne, où l'abbé Guillaume de Hirschau (1080-lOg1) passait pour être le premier fondateur (I) Les villes franches se distinguaient des villes libres, ces dernières seules consti­ tuant les véritables communes. Déchues de bonne heure en France, les villes libres prospèrent en Flandre et en Allemagne aux XIVe et XV· siècles. Voy. GUIZOT: Histoire de la civilisation en France(r828-1830); AUG. THIERRY: Lettres sur l'histoire de France (1827); LUCHAIRE: Les Communes françaises à l'époque des Capétiens directs (Paris, 1890); SISMONDI: Hist. des républ. ital. du moyen âge, etc. (2) La première convention connue fut conclue en 1241, entre Hambourg et Lübeck. '(3) Le souvenir des collegia romains paraît s'être conservé surtout dans le Midi, à Toulouse, Montpellier, Nîmes, Arles, etc. Au nord de la France, les nautae parisiacae du temps de l'empereur Tibère se sont peut-être perpétués sous le nom des marchands de l'eau, qui donnèrent leurs armoiries à la capitale. (4) C'est ainsi que l'on lit dans le Livre des Métiers d'Etienne Boileau, au titre XLVIII (Des Maçons, des Tailleurs de pierre, etc.), § 22: cc Li Mortelier son quite de gueit et tout Tailleur de pierre, très le tans Charle Martel, si come li preud'ome l'on oï dire de père a fil ». Dans le cas peu probable où cette allégation serait exacte, ceci présupposerait l'existence .d'une communauté privilégiée dès le VII· siècle. Voy. Les Métiers et Corporations de la Ville de Paris; René de Lespinasse et François Bonnardot; Paris, 1879, p. 91. Cf. aussi l'introduction du même ouvrage, p. III. (5) Le récit légendaire des origines des corporations maçonniques se trouve dans la charte intitulée 'De Constitutione artis geometriae, etc, (XV· siècle), découverte au British Museum et dans l'ouvrage d'Anderson sur la constitution de la franc-maçonnerie (1723). Ces relations, inspirées par une fantaisie chimérique, et où apparaissent les noms de Jabal, d'Hermès, de Nemrod, d'Euclide, de Salomon, etc., rappellent les fictions des écrits alchí­ miques. Voy. KLoss: Die Freimaurerei in ihrer wahren Bedeutung; Berlin, 1865. 2. éd. - 53 - de de maçons (1); au douzième siècle, des groupements loges similaires existaient dans l'lle-de-France et en Picardie. Longtemps à l'état embryonnaire, le système se généralisa aux siècles suivants. C'est ainsi que nous voyons les gildes de peintres et d' « imagiers » se former en Flandre à l'époque qui marqua l'apogée de la puissance des communes. « L'année même )l, écrit M. Wauters dans son livre sur la peinture fia­ mande, « où Van Artevelde signait avec le roi d'Angleterre le, traité qui assurait la neutralité et la liberté commerciale du comté de Flandre ... vit se constituer, à Gand, la première cor­ sous le patronage, de saint poration de peintres et de sculpteurs, Luc (1337-38). » En Italie, les associations d'artistes jouèrent également de bonne heure un rôle Sienne, en 1212, les archi­ important. A tectes et les sculpteurs se trouvent organisés en groupes distincts, comme à Venise les muratori. Les corporations d'artistes s'orga­ nisent plus tard à Rome; les sculpteurs en 1406, les peintres en 1478. Ceux-ci paraissent avoir été quelque peu plus lents à se constituer (à Sienne en 1355; à Prague, en 1348; à Gênes, règlement nouveau en 1415). A Florence, la fondation de la Compagnie di S. Luca'remontait au quatorzième siècle, selon le témoignage de Vasari (2). Rappelons ici qu'en France, le 12 août 1391, une véritable académie se fondait sous la prési­ dence de Jean d'Orléans, de Colardde Laon et du peintre en titre du duc de Berry (3). De tout ceci ressort clairement un fait, celui de la vulgari­ sation, à partir du douzième siècle, de lathéorie et de la pra­ tique de l'art. Pendant le haut moyen âge, en effet, les artistes I (I) J'assemblée dix-neuf Ces confréries furent trés capitulaire prospères en Allemagne du XIV· au XV· siècle. En de Ratisbonne réunissait, pour la rédaction des statuts, les chefs de de l'Allemagne centrale et méridionale. Les tailleurs de pierre du nord de 1459, loges formèrent en 1462, à Torgau, une confédération similaire, Voy. sur les - l'Allemagne corporations de maçons au moyen âge: ALBRECHT: Materialen zu einer kritischen Geschichte der Freimaurerei (Hambourg, 1792); KRAUSE: Die drei aeltesten Kunsturkunden der Freimaurersbrüderschaft (Dresde, 1820-21), etc. Voir aussi la légende de l'architecte Albert Die Bauhütte des Mittelalters in Deutsch­ de Strasbourg (Albertus Argentinus). HEIDELOFF : land (Nuremberg, 1844); GÉRARD .Les artistes de l'Alsace pendant le moyen-âge (Colmar, 1872). '(2) Voy, VASARI: Vies des peintres, sculpteurs et architectes. Vie de plus excellents Jacopo di Casentino. La Scuola de part, datait du XIII" siècle. Voy. Venise, d'autre ZANETTI: Della Pittura Veneziana (Venise, 1771). (3) ANDRÉ MICHEL: Rist, de J'art depuis les premiers temps chrétiens jusqu'à nos jours, Tome III, I" partie. Chap, II. La Peinture en France, 2" partie, Le Règne de Charles VI, p, 137, .. se recrutaient en majeure partie dans les rangs du clergé régu­ lier, c'est-à-dire dans un cercle relativement restreint (1). La formation des sociétés corporatives, secondée par le mouvement des communes, mit l'art à portée de l'artisan laïc et amena la rupture avec les traditions monacales, rupture que déplorait déjà le célèbre évêque de Mende, Guillaume -Durand (1z86- 12g6) (2). Dès le treizième siècle, les noms de peintres laïcs et indépendants apparaissent; c'est en 1281, à Tours, un certain Denis (3); à Paris, la taille pour 12g2 en nomme une- trentaine; citons encore l'enlumineur maître Honoré qui habitait, comme plusieurs de ses confrères parisiens, la rue Erembourg de Brie dite Boutebrie (4). Ces artistes mènent pas toujours une vie sédentaire; ne l'architecte et dessinateur V-illard de Honnecourt, entre autres, se montre actif voyageur, poussant jusqu'en Hongrie ses péré­ grinations; en 12g8, « maistre Etienne- d'Auchoirre », peintre de Philippe le Bel, se rend pro qui­ en ambassade à Rome « busdam negotiis (5). De pareils déplacements deviendront » chose fréquente, surtout chez les peintres au service d'un prince; Girart d'Orléans suit en Angleterre son maître captif, Jean le Bon; Jacques Coene, venu de Bruges, s'installe à Paris qu'il quitte pour se rendre en Lombardie; Jacquemard de Hesdin: au siècle suivant, visite tourà tour toutes les résidences du duc de Berry, Bourges, à à Riom, à Poitiers (6). Le nombre des artistesétrangers qui travaillent en France atteste également la . fréquence de ces migrations; les peintres italiens Philippo et Giovanni Rizzuti, accompagnés de Niccolo de' Marsi (Nicolas (1) C'est ainsi que, dans le domaine de la peinture, les artistes- de cette période (Vile-XIIe s.) appartiennent "presque exclusivement aux ordres religieux. Citons .entre autres : Eadfrith du monastère de Lindisfarne; les saintes Harlinde et Renilde de Maeseyck; les frères Liuthard et Beringar, qui collaborent à l'exécution du Codex. au reus de S. Emmeran de Ratísbonne ; Folchard et Sintramn de St-Gall ; Godemann, qui exécuta le bénédictional d'Ethelwold ; Heldric, abbé de St·Germain d'Auxerre; Adélard, abbé de St-Trond, etc. (2) « Diversae historiae tam Novi quam Veteris Testamenti pro voluntate pictorum depinguntur )J. GUILL. DURAND: Rationale divinorum officiorum, (3) Bern. Prost; Gazette des Beaux-Arts, avril 1887, p. 323. (4) FERDINAND DENIS: Histoire de l'ornementation des manuscrits. Paris, 1857, p. 76· (5) Voy. sur Etienne d'Auxerre les Recherches sur les peintres du roi antérieurs au règne de Charles VI, dans les Etudes d'histoire du moyen âge, dédiées à Gabriel Monod, Cf. aussi PAUL MANTZ: La Peinture Française du IXe siècle à la fin du XVIe. (6) Sur ces peintres, voy. ANDRÉ MICHEL: Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens jusqu'à nos jours, t, III, ¡re partie (Les débuts de la Renaissance); chap. II, La - peinture en France. - 55 - minia­ Desmarz), se rendent à la cour de Philippe le Bel (1); le turiste espagnol Garcia Martinez, suivant le Diccionario de Céan Bermudez, s'établit à Avignon en 1343, etc. (2). Des artistes laïcs, plus remuants et aventureux, ont donc travailleurs paisibles et remplacé, du moins en partie, les sédentaires des cloîtres, et c'est précisément sur des repré­ ehan le sentants de ce type nouveau que les écrits de maître J fournissent curieux et significatif aperçu Bègue un En. 1431, à Paris, maître Jehan le Bègue, greffier des d'un maîtres généraux de la Monnaie du roi, prenait copie de rassem blées et transcrites à. recueil de recettes peinture diverses dates par un certain Johannes Alcherius ou Archerius vers 1398, la capitale. Les données font d'ailleurs qui habitait, défaut sur la personne d'Alcherins: il est toutefois vraisemblable était Lombard, peut-être Milanais. Sans, apparemment, qu'il exercer lui-même le métier de peintre, il s'intéressait à la tech­ nique de l'art, et collectionnait au cours de ses voyages les ou auprès secrets de métier cueillis dans les officines de peintres des professionnels. Les notices sommaires de Le Bègue nous suit quelques-unes de ces permettent de reconstituer comme tournées. Au mois de mars de l'année 1382 (3), Alcherius quit­ tait Milan pour se rendre à Paris, muni d'une recette ( ad faciendum incaustum pro sçribendo » que lui avait remise le calligraphe milanais Alberto Porzello (4). Seize ans plus tard, nous le trouvons dans cette ville, occupé à mettre par 'en 1398, écrit les recettes peinture que lui dictent les praticiens Jacques de Cona (5) et Antoine de Compiègne (Anthonius de Cornpen- (I) PAUL MANTZ: op. cit., chap. VI, p. 13r. ilustres profesores de las bellas (z) CEAN BERMUDEZ: Diccionario hist. de los mas artes en España. Publ, la R. Academia de S. Fernando (.Madri�, 1800). Supplément p. publié à Madrid en 18g�. dictus Johannes Alcherius (3) postea dicto anno l38z de mense Martii, guum « Et Parisiis, portavit secum copiam dicti capituli quae Mediolano talis est ut sequitur ", ivit a etc. Manuscrits de JEHAN LE BÈGUE: Alcherius de coloribus diversis, § 30z (note d'intro­ Treatises on the Arts of Painting, etc., duction au paragr. 303). MERRIFIELD: Original vol. I, p. z8g. Albertus Porzellus perfectissimus in omnibus modis (4) « .•... quondam magister tunc dum vixit tenuit scolas in Mediolano, et docebat scribendi et formis litterarum, qui ad scribendum. " Mss. de J ehan lé Bègue, ibid. pueros et juvenes . (5) « Anno circumcisionis Christi 1398 die dominicae z8 Julii, Johannes Archerius scrips it et notavit in Parisi is sequentia capitula de coloribus ad pingendum, per verba et tunc Parisiis, etc. flamingus pictor commorans » Cona signamenta quae sibi dixit Jacobus • Alcherius de div. color. - Prohem. - MERRIFIELD: op. cit., p. z59' 56 - dio) (1). De ce dernier nous ne savons rien sinon qu'il exerçait à Paris la profession d'enlumineur, et que, mort entre 1411 et 1414 à un âge fort avancé (Alcherius le qualifiait déjà l3g8 en d'antiquus homo), a fut enterré à Saint-Séverin (2). Jacques Cona (Cône, Coene) nous est mieux connu; Brugeois établi à Paris, il y travaillait dans l'officine de Pierre de Vérone et pour le compte du dúc de Bourgogne, chez le financier Raponde (3). Peut-être serait-il à identifier avec le maître anonyme qui pei­ gnit les miniatures qui ornent les Heures du maréchal de- Bou­ cicaut(4). A partir du mois d'octobre 13g8 nous perdons de vue Alcherius, qui ne reparaît qu'en mars de l'année 1409, cette fois à Gênes (in Jalma), où il transcrit des recettes extraites d'un manuel que lui passe certain frère Denis « ordinis Servorum un Sancte Marie (5). Le 2 février suivant, il » ajoute à sa collection une formule lui avait autrefois que communiquée, à Paris, maître Jean, un Normand qui habitait la maison de Pierre de Vérone, formule qu'il avait apparemment omis de mettre par écrit (6). Le même mois, Bologne, il lie connaissance avec à (I) « Anno circumcisionis domini Jesu Christi I3g8 die Jovis octavo Augusti, Johannes AJcerius scripsit et notavit in Parisiis in domo Anthonii de Compendio illumina­ toris librorum, antiqui hominis, a verbis quae ipse Anthonius sibi dixit », etc. MERRIFIELD: op. cit., p. 28I.� (2) Voy. ANDRÉ MICHEL: Hist. de l'art, etc., vol. III, Ir. partie, p. 157. (3) « Des courtiers italiens étaient établis à Paris, et plusieurs de ceux-ci, les Rapondi et Pietro Sacco, de Vérone, s'occupaient de fournir des livres enluminés à des amateurs comme le duc de les ducs de Jean Berry et Bourgogne », (ANDRÉ MICHEL: ibid., P·142.) (4) Voy. ANDRÉ MICHEL: ibid., p. 163. Jacques Coene paraît avoir pratiqué la - miniature avec prédilection, et cette branche de l'art n'est pas oubliée dans les recettes qu'il fournit à Alcherius. C'était d'ailleurs, Evrard d'Orléans comme ou Pierre de Bruxelles, un artiste de capacités multiples; le voyons même appelé à Milan en 13g8, nous pour donner son avis sur les travaux de la cathédrale. Sur cet artiste, voy. PAUL DURRIEU : Jacques Coëne, peintre de Bruges travaillant à Paris sous le de Charles VI. règne Bruxelles, Ig06. (Extrait du périodique: Les Arts anciens de Cf. aussi DEHAISNES : Hist. de l'art Flandre.) dans IaFlandre; A. WAUTERS: Commencements de l'ancienne école flamande de peinture; FIERENS-GEVAERT: La Renaissance septentrionale, etc. (5) « Item, nota, quod in exemplari prescripta sumpsi, in hoc loco, scriptum a quo sic erat, « tatum quod continetur in isto quaterna, scilicet a principia numeri r, usque hie, scripsi in Janua, anna 1409, de mense Junii, extrahendo ab uno quaterna michi prestato per Fratern Dionysium de -, ordinis Servorum Sancte Marie, qui ardo in Mediolano dicitur « del sacho », Item, in eadem exemplari, super margine recepte immediate sequentis, qua incipit numerus 47, scribebatur sic, « habui in Janua istam receptam die primo Marcii, 1409 », Notes de Jeh. le Bègue au manuscrit d'Alcherius. Merrifield, op. cit., p. 6g. (L'orthographe Janua (pour Genua) fut adoptée vers le x. siècle en vertu d'une attribuait la fondation de la cité à Janus.) qui étymologie (6) « Anno circumcisionis 14Il, die ij Februarii, post quam magister Johannes de -, Normannus, commorans in domo magistri Petri de Verona, dixit mihi ..... johanni " r un artisan des Flandres, nommé Théodore (1), qui avait été au service de Gian Galeazzo Visconti (2) Pavie, et qui lui confie à à son tour certaines formules de provenance anglaise, aux­ quelles Alcherius ajoute, le 13 février, dix-sept articles extraits­ " a quod am Ii bello ", appartenant- au peintre Jean de Modène (3). Enfin, s'étant rendu à Venise, il s'y procure une recette relative à la fabrication du bleu d'outremer chez Michelino di Vesuc­ cio (4), qu'il qualifie de pictor excellentissimus inter omnes cc pictores mundi De retour à Paris, Alcherius s'occupa, en ». décembre .1411, à corriger et à recopier les matériaux ainsi rassemblés (5). Vingt plus tard, les manuscrits d'Alcherius ans se trouvaient entre les mains du greffier Jehan le Bègue, qui malgré son inaccoutumance à pareil travail (6), transcrivit le tout, et y adjoignit une portion du premier livre de la Schedula Theo­ phili, les écrits d'Héraclius et un traité intitulé Líber de Colo­ ribus faciendis par Pierre de S. Audomar, auxquels il annexa, par surcroît, une Table de Synonymes basée principalement sur l'autorité du Catholicon et deux index alphabétiques, restés d'ailleurs inachevés. Alcherio, in Parisiis, modum quo utitur afiniando, seu faciendo ipsum azurrum, notavi, et feci presentem scripturam », etc. Merrifield, op. cit., vol. I, p. r05. - (I) « Item in eadem in quodam alia quaterna precedentibus contiguo exemplari scribebatur sic « ra ro Die Martis XI Februarii, feci copiari in Bononia, a receptis ibi mihi prestatis per Thedericum de Flandria, rachamatorem solitum operari in castro papie, in - vita condam incliti ducis Mediolani, quas receptas idem Thedericus 'dixit habuisse in Londonia in Anglia », etc. Notes de Jeh. le Bègue sur le ms. d'Alch, - Merrifield, - op. cit., vol. I, P 85. (2) Mort en 1402. Il jeta les fondements du Duomo de Milan et de la Certosa à Pavie. (3) « Item in principia quaterni sequentis in eadem exemplari sicut erat scriptum: « 14ro, die Jovis XIlla Februarii, feci copiari que sequentur in Bononia, de manu domini Johannis de diversis, a quodam libella magistri Johannis de Modena, pictoris habitantis in Bononia », Notes de [eh, le Bègue. - Merrifield, ibid., p. 91. - . Le peintre Jean de Modène mentionné dans les manuscrits de Le Bègue serait à identifier, selon Mrs Merrifield, avec l'architecte Giovanni Rossi da Modena, fils de Martina de Rubeis de Mutina, et qui succéda en r454 à Paolo Tibaldi en qualité d'architecte de S. Petronio de Bologne. Voy Mrs Merrifield, op. cit., vol. I. Introduction aux mss. de -. Jeh. le Bègue, pp. 9-r2. (4) « Item in eadem exemplari sic erat scriptum : « hoc sequens experimentum hujusmodi, indie martis, llIl maii, anni 14ro, a Michelina de Vesucio, pictore Veneciis, excellentissimo inter omnes pictores mundi. » Notes de Jeh. le Bègue aux mss. d'Alcherius. Merrifield, ibid., p. r03. Le peintre Micheline est mentionné par Pietro Candida - Dicembrio, Lomazzo, Morelli, Lanzi, etc. (5) « Et post ea anna Christi 14II de mense decembrio, idem Johannes reversus de partibus Lombardiae jam per plus quam unum annum, correxit ea in pluribus lacis et ..... ad nettum rescripsit ", etc. Préface d'Alcherius aux instructions de Jacques Cana. Merrifield, op. cit., vol. I, p. 259. Voy. aussi pp. 28r et 289. - (6) Cf. la note de Le Bègue au § 303a d'ALcHERIUs : De coloribus diversis. Merrifield, íbid., p. 291. - 58- Pierre de S. Audomar, qui vivait vers la fin du treizième siècle, l'ouvrage et dont fut inséré par Le Bègue dans sa collec­ tion d'écritstechniques, parait avoir été moine à Saint-Omer (Pas-de-Calais); dans le cloître fondé au septième siècle par l'apôtre de la Morinie. Le monastère de Sithiu ou de Saint­ Bertin avait été, à l'époque mérovingienne, l'un des plus influents de la Neustrie (en 752, Pépin le Bref y reléguait le dernier descendant de Clovis, Childéric II I), et sa renommée se maintint durant tout le haut moyen âge. La bourgade établie autour de l'abbaye de Sithiu prit de bonne heure le nom d'Audomari {anum, en souvenir de son fondateur, évêque de Thérouanne (I). Aux dixième et onzième siècles, alors que les écoles françaises de trouvaient peinture se sous l'ascendant des écoles allemandes, anglaises la ou espagnoles, communauté monastique de Saint-Omer trouvait nantie se d'importants ateliers d'art, dont certains produits subsistent encore, tel le Psautier conservé à la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer (n° 26), écrit à Saint-Bertin l'abbé Odbert (989-1008), par sous le moine Heriveus. Rien d'ailleurs, dans l'ouvrage de notre auteur, s'oppose à l'hypothèse qui rangerait ce dernier parmi ne les religieux de l'antique abbaye audomaroise. Le Liber de Coloribus faciendis renferme une série de pro­ cédés relatifs à la peinture et à la miniature; à la fabrication de couleurs, vert de sel », minium, « folium ll, azur; etc.; à « la composition d'encres; aux de dorure procédés sur murs ou « sur parchemins ll, etc. De nombreux passages- indiquent la présence de traclitions locales ou anglaises; c'est le cas-entre autres pour les chapitres 156 (2) (De viride Rothomagense faciendo), 201 (De viridi faciendo secundum Norrnannos), 162 (vel potius Anglici in quorum ter-ra conficitur uiorina vocant], 199 (grana caprifolii hoc est anglice galetrice) (3), etc. Assez ... nombreux sont les emprunts faits à la Mappae Clavicula et au livre premier de Ia Schedula Theophili; en sus, des analogies (I) Saint Audomarus (ou Omer), originaire des environs de Constance, fut nommé évêque de Thérouanne par Dagobert, vers 637. Avec l'aide de trois collaborateurs, Mom­ molin, Ebertramnus et Bertin, envoyés à sa demande par l'abbé Walbert de Luxeuil, il établit, en monastique de Sithiu. Voy. MONTALEMBERT e.Les Moines d'Occi­ 638, Ia colonie dent. Tome II, livre IX (Saint Colomban et les Irlandais en Gaule), ch: V. - - (2) Numération de Le Bègue. (3) C'est la « gatetriu» de la Mappae Clavicula. Cette recette et la suivante (§ 200) sont d'ailleurs une ,_. - copie presque littérale du chap. CXC de la Clavicula. - ;- 59 - - avec le manuscrit de Lucques, les livres d'Héraclius, etc., rattachent le manuel de Pierre de S. Audomar aux écrits du passé. De même que les formules du Liber de Coloribus faciendis, les écrits recueillis par A1cherius dans les ateliers de Jacques Cona et d'Antoine' de Compiègne ou récoltés par lui dans ses en partie à d'antiques voyages au delà des Alpes remontent sources. Nous occasion à revenir sur cette descendance; aurons qu'il suffise de signaler ici, dans une série de recettes ajoutée d'Alcherius (1), de nombreuses par Le Bègue ,au manuscrit réminiscences des procédés techniques du moine Théophile, évocation des monacales d'un âge bien antérieur, ainsi pratiques doute qu'une formule d'origine byzantine (2), apportée sans en France par l'intermédiaire d'artistes lombards . . Pendant la seconde moitié du moyen âge, en effet, les ateliers de l'Europe latine paraissent avoir conservé, en proportion variable suivant les régions, le souvenir des méthodes grecques dont l'influence s'attestait si vivement aux époques carolingienne et romane dans le formulaire de Lucques et les écrits du Pseudo­ Héraclius et du moine Théophile. Avec Basile le Macédonien s'était à Constantinople le second âge d'or de (867-886) ouvert l'art, destiné à durer trois siècles et à déterminer la formation définitive du style byzantin, qui suivait dans son développement progressif la transformation politique de l'Empire, lequel avait cessé d'être romain pour devenir exclusivement national. Durant toute cette période la diffusion des préceptes grecs continua acti­ vement. « De même», écrivait Kondakoff, « que la prospérité centre cie l'Empire dont jouissait jusqu'à ce -moment qu'au on ne l'art se répandit jusqu'à ses limites les plus reculées, de même îles de la Méditer­ byzantin jeta son éclat sur l'Asie Mineure, sur les ranée, la Calabre, la Sicile, et jusque sur Venise, l'italie du Nord et la France méridionale Les miniatures ou images exécutées à ... • Constantinople servaient d� modèles non.seulement aux artistes dernier. Ces (I) Du paragr. 303a (Aultre recepte pour faire encre), au paragr. 352 et articles forment une sorte d'addenda ajouté par Jehan le Bègue à la fin de sa copie. Suit la terminale: «Compositus est liber iste a magistro J ohanne le Bègue, Licenciato souscription Generalium Monetae Regis Parisiis, anno Domini 1431, in Legibus, Greffario Magistrorum aetatis vero suae 63. » toutes couleurs.) (2) Paragr. 325. (Se vous voulez faire yaue conosite a 'destremper mordentem de aleó), avec Comparez aussi Jehan le Bègue, paragr, 106 (Ad faciendum Cennino; Trattato, ch. 153, et Hermeneia, ch. 28. - 60 de l'Empire; mais même à ceux des contrées aussi éloignées que la Georgie ou la Sicile Les vastes séries de ... peintures en mosaïque de Palerme, de Monréale et de Cefalu, de Naples et de Salerne, de Saint-Marc à Venise, de Saint-Juste à Trieste, de Daphni à Athènes, de Ghélati à Koutaïs dans le Caucase et de Kiew sont exécutées d'après des cartons envoyés de Constantinople ou des dessins composés dans cette ville» (1). Le de sac Constantinople par les croisés en 1204 entraîna là dissolution de cet art si fécond, dont la destinée se trouvait intimement liée à celle de l' Empire. Les dépouilles de la métro­ pole qui échappèrent à la destruction allèrent orner les églises et les palais de Venise et de Gênes; les provinces, soumises à l'autorité arbitraire de seigneurs féodaux, appauvries par les exactions et les pillages, se trouvèrent acculées à la ruine; état de choses auquelle rétablissement de la monarchie par Michel � Paléologue demeura i à mpuissant remédier efficacement. Tou­ tefois, malgré l'arrêt soudain résultant de ce désastre, le sou­ venir des enseignements autrefois inculqués par Byzance sur­ vécut en Occident, où il continua à subsister sous fotme de tradition dans les ateliers et les manuels techniques, et où nous le retrouverons, entre autres, quelque peu modifié, dans le traité de l'Italien Cennino, à l'article de la peinture « a tempera». En qui regarde l'état de la science technique à Byzance ce aux premiers temps de la renaissance basilienne, il est proba­ ble que les méthodes grecques, se développant sur le restant des traditions antiques, s'étaient érigées de bonne heure en système défini, grâce à l'expérience acquise par une pratique antérieure. Les artistes contemporains devaient se trouver en possession d'une somme de connaissances techniques perfectionnées, ainsi que l'atteste par exemple la facture des miniatures de cette période, telles les peintures qui ornent le Grégoire de Nazianze de la Bibliothèque Nationale (2), ou le Ménologe de Siméon le Métaphraste à la Vaticane (3). D'autre part, les procédés de l'art, encore souvent confondus dans les manuels techniques (r) N. KONDAKOFF: Histoire del'art byzantin, considéré principalement dans les minia­ tures (Edit. franç. publ. par l'auto sur la trad. de Trawinski). Vol. II, ch.VI, P: 2 (Paris, r89I). (2) Exécuté entre les années 880 et 885, sous le règne de Basile le Macédonien. Voy. Kondakoff, op. cit. Vol. II. Chap, VII, p. 58 et suiv. (3) Exécutè par les miniaturistes Michel Blachernite, Pantaléon, Siméon Blachernite, Michelle Jeune, Minaeus, Nestor et Georges, probablement sous le"règne de Basile II Par­ phyrogenète. Cf. Kondakoff, op. cit., ch. VIII, :p. 103 et suiv. - 61 - avec les formules de métallurgie, de teinture et d'alchimie (tel l'opuscule, cité précédemment, intitulé Sur la très précieuse et« célèbre orfèvrerie ))) (1), tendent cependant à s'en dégager et à former des traités spéciaux, dont un échantillon de rédaction plus récente nous est fourni par le manuscrit du moine Denys, découvert en 1839 par Didron dans le monastère athonite d'Esphigménou (2). Selon la légende, le mont Athos aurait reçu des colonies monastiques sous Constantin, Pulchérie et Arcadius (IVe au Ve siècle), mais la république religieuse n'y fut organisée en réa-: lité que plus tard, par un fils du basileus Michel Rangabé, Paul le Xéropotamite et l'ascète Athanase, ami de Nicéphore Pho­ cas(3).Alors s'élevèrent lesmonastères de Lavra, de Vatopédi, de Xéropotamou, d'Ivirôn, etc, Les communautés athonites jouis­ saient de franchises particulières; au onzième siècle, les chryso­ bulles de l'empereur Alexis Comnène décrètent que les couvents de la Hagion Oros ne relèvent que de l'autorité du souverain. Sous les Paléologues, la période de prospérité, interrompue par l'établissement de l'empire latin de Constantinople, reprit SOI1 cours primitif, et même après la conquête turque, Mahomet II concéda aux communautés la conservation de leurs biens et de leursprivilèges. Ainsi favorisées, les laures athonites étaient devenues des foyers d'art notables. La peinture, employée à décorer les murs des multiples sanctuaires, ou à orner les pages des livres sacrés, y était éminemment en faveur, et c'est à cette forme de l'art, à l'exclusion de toute autre, que le moine Denys consacre son manuel. L'ouvrage trouvé par Didron entre les mains d'un moine­ peintre d'Esphigménou, nommé Joasaph, se scindait en deux parties très distinctes, la première se rapportant à la technique de l'art, la seconde à l'iconographie sacrée. Le manuscrit por­ tait le titre : 'Epp.Y/lIEIC/. rijr; �(J)ypC/.o/!xijr;, ou Guide de la peinture, et sa transcription paraissait relativement récente (4). Ce manu- « (I) Voir plus haut, chap. II. ... et latine. Avec (2' Publié sous le titre: Manuel d'Iconographie chrétienne, grecque Traduit par P. Durand (Paris, 1845). Une édition introduction et notes par Didron. - Malerei allemande publiée par Schafer porte le titre: Das Handbuch der Berge Athos, vom Urtext übersetzt, mit Anmerkungen von Didron und aus dem handschrift. neugriech. "'" eigenen von G. Schafer: (Trier, 1855). Un empereur byzantin au xe siècle: Nicéphore Phocas. (3) Voy, SCHLUMBERGER : le texte d'un exemplaire (4) La publication du Manuel fut faite par Didron d'après de moine Macarios de Karès. Pour le récit plus ancien que celui Joasaph, appartenant au - 62- scrit », écrivait Didron, ancien comme rédaction « est primitive et comme noyau; mais il s'est étendu et complété avec les siècles. La copie que j'avais sous les yeux ne remontait pas à trois cents ans (1); elle était d' ailleurs chargée de notes écrites par J oasaph lui-même et par son maître, notes entreront dans le qui corps de l'ouvrage lorsqu'on le recopiera, comme déjà étaient entrées celles que les peintres des quinzième et seizième siècles avaient dû y attacher. Ce sont de ces livres qui grossissent de siècle en - siècle et d'année en année (2). » La date de la formation du noyau primitif de l'ouvrage . " demeure indécise, de même que l'époque où vivait le peintre Denys, premier rédacteur du manuscrit. Celui-ci, moine du couvent Fourna d'Agrapha, nous donne sur sa personne, dans la préface de œuvre, quelques laconiques détails; il se son réclame de l'exemple du célèbre et illustre maître Manuel « Pansélinos de Thessalonique », lequel jeta autrefois un éclat « si brillant par ses connaissances dans son art qu'il était comparé à la lune dans toute sa splendeur» (3); puis il nous apprend qu'il étudia son art à Salonique, et que, secondé par sonélève, maitre Cyrille de Chio, il composa son Manuel au bénéfice de ses successeurs (4): La mention de Pansélinos ne précise guère davantage ces vagues données; il aurait vécu, suivant les uns, au douzième siècle, sous l'empereur Andronic 1er; considéra­ blement plus tard, selon les autres (5). Un écrit russe, le Stoglaff, parle de l' école athonite, que Pansélinos aurait fondée, et cite les œuvres du peintre Denys, sans toutefois indiquer de date. Celle-ci n'importe d'ailleurs que peu, car il est évident les instructions c�:mtenues dans le Guide de la - que r peinture, détaillé' de la découverte du manuscrit, voir l'introduction de de Didron l'ouvrage : Manuel d'iconographie chrétienne; grecque et latine. (1) Suivant cette estimation(le séjour de Didron à l'Athos se plaçant en 1839), la copie , en question aurait daté environ des dernières années du XVIe ou du début du XVIIe siècle. - - (2) DIDRON: op. cit. Introd., p. XXIII. (3) Le nom de Pansélinos (signifiant pleine lune) serait donc un pseudonyme, analogue aux noms exprimant une qualité ou une fonction de l'individuŒherapon, Sosan­ dros, etc.), qui se rencontrent parfois dans les récits hagiographiques. (4) DIDRoN : op. cit., pp. 7-9. Préface du moine Denys. (5) Bayet (L'Art Byzantin, Livre IV, ch. 2).le place au XIIIe ou au début du XIVe siècle. Voy. aussi par le même auteur.: Notes sur le peintre byzantin Manuel Pansé­ linos, et sur le Guide de la peinture du moine Denys; Revue archéol., mai-juin 1884. M. Gabriel MilÍet (L'art chrétien en Orient du XIIe au XVIe siècle. A. MICHEL: Histoire - - de l'art, T. III, 2e part" p. 95.5) fait vivre Pansélinos vers ¡Soo. Suivant Didron (op. cit. _Int:rod., p. XXXV) on estimait, à l'Athos, que le manuel de Denys, très ancien, remontait au Xe ou XIp siècle. / " , - 63- toutes postérieures défalquées, représentent un fonds annexes d'anciennes traditions techniques préexistantes, connues depuis de longs siècles' dans les ateliers de l'empire d'Orient, et trans­ mises d'âgè en âge avec le conservatisme particulier qui carac­ térisait l'enseignement des préceptes de l'art byzantin (1). Dans l'allocution aux peintres placée en tête de son volume, immédiatement après une invocation à la Vierge, le moine Denys indique lui-même le contenu de la partie tech- expliquer le . nique de son Manuel. «, J'ai voulu », écrit-il, « travail particulier à chaque sujet, les différentes préparations de vernis, de colle, de plâtre et d'or, et la manière de peindre sur les murs avec le plus de perfection» (2). De fait, le contenu de l'Hermeneia peut se répartir actuellement comme suit: 1° un 2° des groupe de recettes pour, la fabrication des couleurs; formules de dorure et de chrysográphie; 3° des instructions et dans les livres. L'ou­ pour la peinture sur mur, sur panneau vrage est d'après un plan systématique, qu'interrompent conçu seules les adjonctions postérieures. Conformément aux préceptes byzantins qui prescrivaient la reproduction indéfinie des types et des modèles consacrés soit par l'usage, soit par l'autorité ecclésiastique, la série des soixante-dix-sept articles que contient le Manuel débute par des instructions pour le calque d'an­ ciennes peintures. Ce chapitre atteste l'hiératisme de l'art monas­ tique ou officiel, qui se développait dans l'art byzantin à côté des tendances naturalistes ou classiques. On sait que, dès les premiers temps chrétiens en Orient, les ecclésiastiques avaient imposé leurs décisions dans les questions d'art religieux; au cinquième siècle, S. Nil exigeait que les peintres respectassent scrupuleusement les textes sacrés, et le second concile de Nicée, tenu en 787, supprimait intégralement la liberté de l'artiste hagiographe �3). H. BROCKHAUS: Die Kunstin den Athosklôstern (Leipzig, 1891) et BERGER: (I) Voy. Beítrâge, etc. Vol. II, pp. 65'71. (2) DlDRON : Op. cit., p. 8. (3) Concil. Nic. II. act. VI, t. IV, col. 360. (Act. ·Concil. ed. 1714') En Occident, le concile de Milan (1565) recommandait encore des précautions analogues. « Caveant epis­ aut eccle­ copi, ne quid pingatur aut sculpatur, quod veritati scripturarum, traditionum Des conventions immuables fixaient les types de siasticarum historíarum adversetur. » li. certains personnages sacrés; Saint Grégoire de Nazianze décrivait l'aspect extérieur des et Paul. Pour les traits-du Christ, les anges; le pape Sylvestre celui des apôtres Pierre artistes paraissent s'être conformés en général aux indications de la lettre apocryphe de - Lentulus au sénat romain. (Cf. DlDRON : Iconographie chrétienne.) • .... Ce texte significatif est suivi 'par une série d'indications sur les travaux préparatoires de J'artiste (confection de fusains [§ 2J, de pinceaux [§ 3J, de la colle [§ 4J, etc.), accompagnées d'in­ structions sur la pose de l'enduit (§ 6) et la dorure des fonds de tableau (feuilles d'or appliquées trois couches sur d'ampoli [bol], moyen de raki [alcool]). Les avis s"':lr la peinture pro­ au prement dite succèdent à ces préliminaires; c'est d'abord la (( préparation du proplasme (1) de Pansélinos » (§ 16), puis l'esquisse des traits (§ 17-18), la mise en couleur des chairs (§ 19-23), des draperies (§ 25), enfin le vernissage avec des vernis au raki ou à l'huile (2) (§ 29-35). C'est l'élaboration pro­ gressive et complète d'un tableau qui est ainsi retracée dans ses ' phases essentielles. , Le chapitre 37 ouvre une sérié de recettes apparemment interpolées, s'étendant jusqu'au paragraphe 52, et comprenant, outre des formules pour la miniature et la calligraphie (§ 39, lettres dorées; § 41, application de l'or sur le papier; § 48, encre, etc.), des articles sur la fabrication des couleurs : § 42, laque de crépezi (kermès); § 43, bardamon (vert de cuivre); § 44. cinabre; § 45, fard (blanc de céruse); § 46, azur de tsima­ risma (bleu végétal); § 47, bleu de cuivre. Le Manuel se clôt enfin sur une rangée de dix-sept chapitres relatifs à la peinturè murale (fresque); le dernier et pénultième articles (restauration d'anciens tableaux et chrysographie) étant manifestement des suppléments de date plus récente. Les analogies que l'on constate entre certains passages du manuscrit de Denys et les textes des traités d'origine byzantine datant du neuvième ou dixième siècle attestent que les enseigne­ ments du manuel athonite basent se groupe de connais­ sur un sances techniques fort anciennes, transmises par voie de tradi­ tion, soit orale, soit écrite. C'est ainsi que l'on retrouve dans l'Anonyme de Lucques la mention de la peinture à l' encaustique, les vernis de couleur, les procédés de dorure et de miniature 'du Manuel dionysien (3), et que le traité alchimique grec intitulé (I) Couche subjacente de couleur verte sur laquelle les Byzantins peignaient les chairs; le verdaccio de Cennino. (2) Vitruvé et Pline mentionnent déjà un vernis à l'huile et à la cire, destiné à pro­ téger la peinture au minium. VITRUVE : De Arch. L. VII, c. 9. PLINE: Histoire - Nat, L. XXXIII, c. 40. (3) Anonym. Luc., § 72. Manuel de Denys, § 50 (Encaustique). - Anonym. Luc., - §§ 57, 89, lI3. Manuel de Denys, §§ 32, 34 (Vernis de - couleur).- Anonym. Luc., § 85., - Manuel de Denys, §§ 6-15 (Dorure). ,. "'. ' � - 65 _; .. De la très célèbre et précieuse Orfèvrerie offre le prototype de Ía recette de chrysographie qui clôt le recueil athonite (1). A leur tour, les influences des traditions techniques byzantines, repré­ sentées iei par le groupe de I'Hermeneia, exerçaient une puis­ sante action à l'extérieur, notamment en Russie et en Italie, où ils paraissent avoir constitué le fond des connaissances pratiques des peintres. La Russie, où le christianisme fait son apparition en g55 avec la reine Olga, Sviatoslav, achève sa con­ mère de version Wladimir 1er (g80-1015) (2) par l'intermédiaire de sous missionnaires grecs; Iaroslav le Grand (10 16-1054) (3) Y intro­ duit la civilisationbyzantine et transforme Kiew, sa capitale, en une sorte de seconde Byzance, où se rendaient en foule les marchands, les moines et les prêtres de Constantinople. Les arts du dessin étaient cultivés par des artistes grecs immigrés; Cherson, dans la Crimée, possédait au onzième siècle une école de peinture. Deux écrits didactiques, le Podlinnik le Stoglaff,et représentent la synthèse des traditions byzantines importées en terre russe. Tous deux exhibent une descendance directe des écoles athonites (le Stoglaff recommande comme modèles les œuvres d'un peintre du quatorzième siècle, Rubleff, et men­ tionne l'école de l'Athos, fondée par Manuel Pansélinos »); ({ malheureusement ces écrits sont encore trop peu connus pour permettre une analyse (4). exacte de leur contenu Suivons enfin les progrès technique byzantine en de la Occident et particulièrement dans la péninsule italique, où la domination de l'art grec s'était montrée, aux premiers siècles du moyen âge, si tyrannique et exclusive. Malgré les luttes qui bouleversèrent 1'1 talie sous les règnes de Frédéric Barberousse et de Frédéric II de Hohenstaufen" luttes • qui ne devaient prendre terme qu'en 1268, après la défaite de Conrad in à Tagliacozzo l'établissement de l'autorité de Charles d'Anjou, et (1) Traité d'Orfèvrerie, § 20. - Manuel de Denys, § 72 (Chrysographie). (2) Fils de Sviatoslav. En 988, il épousa la princesse Anna, fille du basileus Roma­ nos II, et se convertit au christianisme avec la majeure partie de son peuple. Cette circon­ stance le fit surnommer le Saint. (3) Ce souverain entretenait des relations avec l'Occident; une de ses filles était mariée au roi de France Henri Ier, une autre à Harold de Norvège. (4) Voy. SABATIER: Notions sur l'iconographie sacrée en Russie (Saint-Pétersbourg, 1849). - BERGER: vol. II, p. 68-69. Cf. aussi l'article de M. Gabriel Millet, sur Beitrâge, l'art chrétien d'Orient du XIIe au milieu du XVIe siècle, (ANDRÉ MICHEL: Hist. de l'art etc. Tome III, vol. 2, p. 951-955.) Le peintre André Roubliof, qui jouissait d'une renommée . .... considérable, et qui mourut à Moscou en 1427 ou 1428 à un âge fort avancé, avait comme collaborateur le Grec Théophane. 5 .. ------.�-----------�- --- 'th • - 66- .- une production arnstique relativement intense se maintenait dans plusieurs centres urbains, secondée par l'évolution com­ munale qui accroissait la prépondérance des cités et l'impor­ tancedes classes ouvrières. Au douzième siècle travaillaient les nombreux successeurs des peintres byzantins ou grécisants qui exécutèrent, aux âges antérieurs, les peintures de S. Maria Antiqua rornain, celles de la basilique souterraine au Forum de S. Clémente, ou le cycle de fresques qui décore, près de Capoue, l'église de S. Angelo in Formis. Les peintures dont Calliste II orna l'oratoire de S. Nicolas, au Latran (1), et celles dont Grimoald, abbé de iPescaire, couvrit les murs de son palais (2) durent être conçues selon les règles de l'iconographie by:zantine, ainsi que Ies peíritures et les mosaïques que firent exécuter dans diverses églises, à cette époque, les Pascal II, les Innocent II et les- Anastase. Au début du .treizième siècle, la .Je.qdance au byzantinisme persiste; Andrea Tafi .travaille à la mosaïque du baptistère de.Florence à côté du Grec Apollonius; Giunta· de Pise, Bonaventura Berlinghieri de Lucques, Guido . de Sienne sont' encore cíes grécisants à différents degrés, et même les innovations qu'apportèrent Duccio à Sienne et Cima- -bué à Florence s'avèrent essentiellement prudentes et précau­ tionneuses. Un conservatisrne similaire s'atteste el). maint endroit deJa science technique, ou l' on trouve les procédés grecs en usage, même après Iá rupture de Giotto avec les traditions iconographiques de Byzance; fait confirmé par un Fassage de Vasari, dans la biographie -d'Antonello de Messine (3) : Con­ « tinuant toujours à n'employer sur panneau et sur ·toile d'autre méthode que la tempera (4), mode inaugurée par Cimabué, l'an- 1250, dans ses travaux en commun avec des maîtres byzan­ tins, et adoptée ensuite par Giotto et tous les maitres- dont il a e-té .question jusqu'ici (5) », etc. Dans l'Introduction aux trois arts du dessin, la même circonstance est alléguée (6)_ : Avant « (I) ONOPHRIUS PANVINUS ;. De praecip. urb. Rom. basilicis; .Patriarch ·Lateran, p. 214-215. Colon. 1584' (2) Chrono Casaur. L. III. Voy. EMÉRIC-DAVID : Hist. de la peint. au moyen âge, p. 121-123. (3) VASARI : Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architéctes, 2" part, Antonello da Messina . . (4) Il s'agit des peintres gui travaillèrent avant J'adoption de la peinture à l'huile. . (5) C'est-à-dire par les peintres de l'école giottesque et les maitres de la période de transition, comme Masaccio, Uccello, Piero della Francesca, Giovanni da Fiesole, etc. � (6) Vasari, op. cit. Introduction aux trois arts du dessin. Chap. :VI. De la peinture. Cimabué, et depuis cette époque on a vu des œuvres peintes a tempera par les Grecs, sur pa�neau parfois et Puis, sur mur'. » après, une description de ces méthodes archaïques; Vasari ajoute: «. L'on remarque des peintures a tempera de la main de - nos anciens maîtres qui se sont conservées des centaines d'années avec une beauté et Une fraîcheur extrêmes. Certes, on voit encore des œuvres de Giotto, dont quelques-unes sur pan­ neau, qui ont plus de deux cents ans d'existence, et qui se sont fort bien maintenues. La peinture à l'huile est venue ensuite, qui a fait écarter, par beaucoup de peintres, le procédé de la tempera, bien qu'aujourd'hui encore on voie constamment ... des œuvres que l' on exécute suivant cette méthode». Que la révolution effectuée par Giotto dans le domaine de l' art ait conservé à peu près intacts les procédés- techniques traditionnels de la peinture a tempera, c' est ce qu' atteste d'ailleurs leTraité de peinture de Cennino Cennini (1), où le souvenir des pratiques grecques persiste, un siècle après la mort du grand novateur. Cennino, dont .aucune peinture authentique ne paraît subsister (2), vivait dans les dernières années du quatorzième siècle. et le premier tiers gu siècle suivant. « Fils. de Drea . Cennini, de Colle di Valdelsa ", 'écrit-il au premier chapitre du Trattato, je fus, pendant douze ans, instruit d'ans l'art par « Agnolo, fils du Florentin Tadd.eo. Mon maître (Agnolo) avait appris rèdit art de son père Taddeo, lequel était filleul de Giotto et fut son élève durant vingt-quatre ans. Quelques détails sont » ajoutés à cette trop concise' notice- par des pièces d'archives découvertes à Padoue pa! les Milanesi (3); nous y apprenons (I) Le Trattato de Cennino étéJ'objet de plusieurs publications. JAMBRaN!: Di a Cennino Cennini trattato della etc. (Rome, 1821). D'après le Còdex Ottoboniensis pittura, de la Bibl. Vatic. Mrs MERRIFIELD: A treatise of painting written by Cennino Cennini in - the year 1437 (Londres, 1844). D'autres éditions furent publiées par Victor Mottez (Paris - et Line, 1858), les Milanesi (Florence, I85g), A. Ilg (Vienne IB7I) et Christiana J. Herring­ ham (Londres, I8gg), (2) Vasari (op. cit. Vie d'Agnolo Gaddi) cite, en sus des ouvrages exécutés. à Florence en collaboration avec Agnolo, une Madone et des saints de la main de Cennino, qui décorait la loggia de l'hôpital de Bonifazio Lupi. Cette œuvre est apparemment perdue. Voy. MILANESI: Vite di Giorgio Vasari; I, 645, note. Un panneau représentant la Vierge et l'Enfant, accompagnés de deux saints, et portant la signature, probablement fausse, de r Cennino, était inscrit au catalogue de la Galerie Royale des Uffizi, no 42 (p. 107, éd. I8g7). Cf. aussi A. Ilg: Das Buch von der Kunst des Cennino Cennini; Einleitùng, p. XIII-XIV L -mouv. éd. Vienne, 1888), dans les Quellenschriften, etc. -_ . _ (3) Lllibro dell' arte a trattato "della pitturà di Cennino Cennini, di nuava pubblicato, con malte correzioni e coll' aggiunta di. più capitoli tratti dai codici fiorentini, per cura di -, Gaetano e Carlo Milanesi (Florence, I85g). 68 - .' entre autres qu'il 1398, Padoue', la rue S. Pietro, habitait en à se trouvant alors au service de François de Carrare (1), et qu'il avait épousé une certaine Donna Ricca du bourg de Citadella (2). On ignore à quelle époque de sa vie Cennino composa son Trattato, lequel constitue un agrégat des instructions d'Agnolo Gaddi, amplifié par l'expérience personnelle de .l'auteur (3). Vasari parle de cet ouvrage dans les termes suivants: Cennino, « fils de Drea Cennini, de Colle di Valdelsa, écrivit par amour de son art un livre sur la peinture, dans lequel il exposa la manière . . � de peindre à fresque, à l'œuf, avec de la colle ou de la gomme; il Y enseignait en outre la miniature et les différents procédés de la dorure : ce livre se trouve en fa possession de l'orfèvre Giuliano' à Sienne, un maître excellent et un ami des arts. Il traita, au début de son ouvrage, de la nature des couleurs, des minéraux et des terres, selon l'enseignement qu'il avait reçu de son maître Agnolo ; désirant peut-être, puisqu'il n'avait pu parvenir à la perfection dans l'art, de connaître au moins les modes d'emploi des couleurs et de plusieurs autres matières ... dont il est de parler, vu qu'aujourd'hui chacun connaît superflu ces choses, autrefois regardées comme rares et secrètes (4). » Le Trattato de Cennino s'ouvre, ainsi que le manuel de l'Athos, par une allocution à l'artiste et une invocation pieuse adressée à la Vierge, à saint Luc le premier peintre chré­ (e tien (5) et à saint Eustache (6), après laquelle l'auteur procède, )) (I) Après la chute d'Ezzelino et de la maison de Romano, la cité de Padoue eut recours à des gouverneurs choisis dans la famille des Carrara. François II de Carrare, au service duquel se trouvait Cennino, fut le dernier de sa famille qui conserva la princi­ pauté. Il fut dépouillé de ses possessions par les Vénitiens, et périt étranglé avec ses fils, en 1406. (2) Un frère de Cennino, désigné dans ces documents sous le nom de Matheus de Coli ou Malteo da Colle, habitait également Padoue. Voy. Chr. HERR1NGHAM': The Book of the - Art of Cennino Cennini, p. XI-XII (Londres, 1899). (3) Cennino, Trattato, c. I. La mention, dans l'invocation initiale, de S. Antoine, - le saint tutélaire de Padoue, semblerait appuyer la supposition que Cennino écrivit son traité dans cette ville même. Le manuscrit du Vatican, il est .vraí, porte la suscription: « Finito libro referamus gratias Xpo 1437, A di 31 luglio ex Stincarum ec». Il est toutefois probable que cet explicit, écrit dans la prison pour insolvables (les Stinchi) de Florence, se rapporte à un copiste et non à l'auteur. Le Codex Riccardiano ne contient pas cette mention. Voy. C. HERRINGHAM: op. cit., p. XII et 179. (4) Vasari, op. cit. Vie d'Agnele Gaddi. (5) La légende d'après laquelle l'auteur du troisième évangile aurait pratiqué la peinture était universellement accréditée: elle se retrouve dans le Ménologe de Basile II, chez Nicéphore Calliste et St-Thomas d'Aquin, etc. Les corporations de peintres avaient en conséquence adopté S. Luc comme leur patron. (6) Saint patron de Cennino, Sa biographie est légendaire; selon des actes du - 69- comme le moine byzantin, à la description de divers travaux préliminaires, préparation dè tablettes à dessin (§ 5-7), esquisse à la pointe d'argent (§ 8) ou de plomb (§ 11-12), taille de plumes (§ 14), etc. Suit une série de recettes sur la composition des couleurs (§ 35-62) (1), après laquelle commencent les instructions pour la peinture murale a fresco et a secco « » « )) (§ 67-102). L'attention de Cennino se reporte alors sur la pein­ ture à l'œuf (sur panneau) dont il donne une analyse détaillée (§ r03- I 56), en décrivant minutieusement tous les degrés de l'élaboration de l'œuvre, dorure, (§ 123-143), peinture propre­ . � ment dite (§ 145-150), vernissage (§ 154-156), suivant la même progression méthodique qui caractérise l'Hermeneia du moine Denys. Cinq recettes touchant la miniature (§ 157-161) mar­ quent peut-être la limite du manuscrit primitif de Cennino; les chapitres qui suivent (§ 162-189) constituant une agglomé­ ration hétéroclite d'articles se rapportant aux sujets les plus divers, peinture sur étoffe, confection d'accessoires pour joutes et tournois, moulages en plâtre, etc. (2). En dépit de la précision avec laquelle s'effectuait le trans­ fert des enseignements byzantins et malgré la ténacité' avec laquelle se maintenaient les traditions séculaires, la continuance de ces préceptes surannés peut surprendre chez un artiste qui dut assister au moins à la première floraison de la prodigieuse VIIIe siècle (COMBEFIS: Illustr. Christi martyr, lecti triumphí ; Paris, 1660), il aurait été chef militaire sous l'empereur Trajan, et aurait souffert le martyre avec ses fils et sa femme Adrien. Cf. La Dorée. Les Grecs le nommaient Eustathe, et Théopistis sous Légende célébraient sa fête le 20 novembre. (I) La palette de Cennino était assez riche, comme le démontre cette partie du Trattato. Nous y trouvons énumérés les noirs de terre (pietra negra), de sarments de vigne et de noyaux calcinés, et le noir de fumée; les rouges de sinopis (oxyde de fer naturel), de cinabre, de minium, d'hématite, de sang-dragon, de laque (kermès, brésil); les jaunes d'ocre, de giallorino (jaune de Naples), d'orpiment, de risalgallo (réalgar), de safran, d'arz ica (laque de la reseda luteola); les verts naturels (terre verte, malachite) et de cuivre (vert-de­ gris); les bleus de cuivre, d'indigo et d'outremer; les blancs de chaux (pour la fresque) et de plomb. (2) Cette partie du Trattato ne se trouve pas dans le Codex Ottoboniensis, publié par Tambroni. Toutefois la pratique de ces arts inférieurs était souvent familière au peintre médiéval. C'est ainsi que l'on voit Jean d'Orléans, peintre au service de Charles V, chargé en 1364 de l'exécution de «chaeres » pour le sacre; il fait un berceau pour Philippe le Hardi enfant (1371), et en 1385, à l'occasion des joutes de Cambrai, il s'occupe à « paindre et contrefaire des plumes de faisans d'Inde » destinées à décorer le casque de Pierre de Navarre, - Le Livre des Métiers d'Etienne Boileau confond encore les peintres avec les «seliers» En 1353, un de ces «painturiers », Pierre Cloet, décorait un (Titre LXXVIII). faudesteuil commandé par Jean II de quatre histoires relatives au Jugement de Salomon, de cinquante-six figures et de quarante-six écussons aux armes de France. Voy. LÉON DE LABORDE: Glossaire, p. 310. 7°- - Renaissance du Quattro-cento italien. C'est ainsi que ce con­ temporain des Vittore Pisano, des Masaccio, des Andrea del' Castagno, des Paolo Uccello continue à peindre, comme l'avaient fait Coppo di Marcovaldo ouMargaritone, des Vierges aux chairs verdâtres, adossées à de larges fond's d' o� (I). De fait, hormis la peinture à la cire (Hermeneia, § 37) que Giotto paraît abandonnée, nous rencontrons 'dans le Trattato avoir nombre de méthodes byzantines, accrues, il est vrai, des per- I fectionnements qu'y apportèrent les trecentisti italiens Les pro­ .. cédés de la dorure gravée et brunie, décrits dans le Manuel du moine Denys (Hermeneia, § 7 et "13), sont méthodiquement retracés par Cennino (Trattato, § 125, 134-138, 140, 142), et un parallélisme analogue peut s'établir entre quantité de formules disséminées dans les deux ouvrages: mordant à l'ail (Herme­ neia, § 28; Trattato, § 153), or moulu (Herm., § 38; Tratt., § 160), préparation de l'huile de lin, peinture à -l'huile, vernis (Herm., § 29,30,31,33,53; Tratt., § 89-94, 155), traitement des chairs (Herm., § 16-22; Tratt., § 67, 147), peinture à l'œuf (Herrn., § 15, 20, 38, 39; Tratt., § 145, 147) (2), etc. Il devient ainsi possible de retracer les méthodes techniques employées par les Gozzoli et les Angelico, ou plus tard par Jes Lippi ou les Botticelli, en passant par le Trattato de Cennino, jusqu'aux pratiques importées par les peintres grecs qui précédèrent, en Italie, la grande réforme de Giotto. (1) Cennino recommande, il estvrai (§ 28), la nature comme le meilleur -guide de l'artiste; mais ns:JUs pouvons apprécier plus loin (§ 86,87,88, r5o) cette recommandation à sa juste valeur. Le conseil, donné au chap. 88, de dessiner des montagnes « naturelles ", en prenant pour modèle des pierres « non polies», paraît particulièrement byzantin. Vers la même époque où Cennino avait recours à ces procédés archaïques, lès Van travail­ Eyck laient à l'étonnant paysage sur lequel s'enlèvent les groupes de l'Adoration de l'Agneau' - (1432). (2) Voy. aussi E. BERGER; Beitrâge, ete. Vol. II, pp. 90-98 . .. CHAPITRE V · déclin de la période médiévale. Les recueils mineurs au Le manuscrit de Les instructions de maître Jacques de Bologne. - Tolède. - Articles divers de ce formulaire; traces d'éléments·alchimiques. - Le manuscrit de Sa subdivision. Hypothèse d'un document Strasbourg. - - prototype. consacrés à la et à l'ornementation des Traités techniques peinture manuscrits. - Le « miniateur » monastique du haut moyen âge. Dévelop­ - treizième siècle; enlumineurs laïcs. Le-De pement de la - bibliophilie au Arte Illuminandi, - Analyse de ce manuel. Recueils divers: le - ms. Sloane, le Liber Illuministarius. Association - des arts du peintre et de l'enlumi­ neur. - Conclusion. Avec le pittura de Cennino se clôt la Trattato della série des grands écrits du moyen âge relatifs à la technique de la peinture. Sa supériorité incontestable sur les manuels cou­ rants s'affirme d'ailleurs par le contraste offert par un -recueil de ma­ compilé vers la même date, et connu sous le nom nuscrit de Bologne: Ce dernier, publié par Mrs Merri­ field (1), et dépassant .même en ampleur la collection de Le Bègue, ne s'élève guère au-dessus du niveau d'un livre de recettes -artisan curieux de formules nou­ réunies par un velles. Suivant Mrs Merrifield, qui le consulta à la librairie des chanoines réguliers du couvent S. Salvatore à Bo1ogne, peut remonter au milieu ou - le .manuscrit, écrit sur papier, au premier quart du quinzième siècle (2). Le titre du recueil, Segreti pel' Colori, indique la préoccupation essentielle du compilateur, qui consacre la majeure portion du volume, départi en huit chapitres,' aux procédés de fabrication des MERRIFIELD Treatises the Arts of Painting, etc. Vol. lI, (1) Mn : Original on p. 340-600. Mrs MERRIfIELD: op. cit.; Bolognese Ms -Preliminary Observations. P. 325-326. (2) •. 72 - diverses matières colorantes (1). D'un singulier intérêt sont les nombreux articles accusant une origine et arabe espagnole qui se rencontrent au cours du livre septième, lequel contient, outre des recettes pour la fabrication de gemmes fausses, de verre teint, de glaçures pour poteries, etc., des instructions rela­ tives à la peinture dues à un certain Jacques de Tolède (magi­ ster Jacobus de Tholeto). Le nom, rapproché de ce de groupe formules, est à noter (2); la péninsule ibérique, en effet, après la chute du royaume visigoth et rétablissement de la domination arabe, n'avait pas tardé à se transformer en un important milieu d'art industriel (3), importance qu'elle conserva du reste durant les premiers temps de sa réoccupation par 'les Espagnols. De maître Jacques de Tolède nous ignorons tout hormis son nom. Quoique pratiquant avant tout les arts industriels, Tolède accueillait volontiers les peintres; au quinzième siècle on y voit travailler Juan Alfon, auteur du retable de la chapelle du Sagrario, etle fameux Jorge Inglès qui exécuta un tableau votif pour l'hôpital de Buytrago sur la commande de Lopez de Mendoza, premier marquis de Santillan. La présence de maître Jacques à Bologne illustre du reste l'échange constant d'artistes qui s'opérait entre l'Espagne et le reste du continent; déjà les peintres italiens Gherardo Starnina (vers 1380) et plus tard Dello di Niccola (probablement identique à Nicolas le Floren- (1)Le contenu du manuscrit se répartit comme suit: Cap.!. De multis et diversis azurris naturalibus fiendis. Cap. II. De multis azurris per artificium fiendis et artificialiter factis. Cap. III. De azurris fiend is de herbarum succis. Cap. IV. De fiendis viridibus ramis et de viridibus fact is cum erbarum succis in diversis modis. Cap. V. De laccis et pavonatiis flendis in diversis modis et verzinis. Cap. VI. Ad purpurinos et colores aureatos fatiendum. Et ad scisas atque mordentes ad aurum ponendum. Cap. VII. 1. De cinabriis fiendis. Et multis aliis diversis colloribus. Et de misturis collorum. Et ad collores distemperandum secundum magister Jacobum de Tholeto. 2; Ad lapides anullorum componendos scilicet gemmas pretiosas claras et laudabilis colloris. 3. A dopengiare li vetrij li de cum smalti omne collore che tu volj commo sonno tazze o altre lavore de vetrio. 4. Collores musaici. 5. Diversi collores quibus vasarii utuntur pro vasorum pulchritudine. Cap. VIII. De tintis ad tingendum pannum setam et pellem in camussium et multa alia. (s) La mention d'un « certain Espagnol » (quidam Ispanus) au chap. 245 (Ad fatien­ dum margaritas, etc.) se rapporte évidemment encore à de Tolède. Jacques (3) Voy. plus haut, chap: Il. 't. tin) travaillaient en Castille pour le compte des souverains Jean 1er et Jean II; et c'est à un Aragonais, Jean de la Huerta, que Philippe le' Bon s'adressait pour l'achèvement du tombeau de Jean Sans Peur, à la Chartreuse de Dijon (1). Il est donc • présumable que notre maître tolédan faisait partie de la colonie espagnole établie à Bologne; colonie assez nombreuse d'ailleurs pour posséder en cette ville un collège .et une église, S. Maria Maddalena. A en juger d'après les préceptes contenus dans le manuscrit bolonais, la manière de peindre préconisée par Jacques de Tolède confinait à la barbarie : Mrs Merrifield la rapproche de la méthode byzantine du peintre Pietro di Lianori, qui exécuta en 1415 un tableau pour l'église de S. Fidriano di Lucca à Bologne (2). Au demeurant, les nombreux procédés relatifs à la fabrication de couleurs n'offrent-pas de traits sail­ lants et s'apparentent à ceux que mentionne le Trattato de Cennino; bleu de lapis (outremer), azzurro della magna ou azzurrum Teothonicum; vert-de-gris, verts végétaux; laques rouges, kermès, verzino, pesette (les perzuole de Cennino) (3); ors' artificiels, porporino, callare d' oro, etc. Le paragraphe 173 accuse une origine allemande (A fare scisa per metere oro in carta e per brunire secando luso thodesco). Un progrès notable se remarque dans la méthode de confection de la uernice liquida (§ 207, 2(2); Berger y constate l'influence de sources hispano­ mauresques (4). D'origine arabe probable sont les recettes pour la production de gemmes artificielles. de perles fausses, etc. (L. VII. Ad lapides anullorum componendos, etc.) (5); des emprunts aux procédés et à la technologie des alchimistes sont (I) ANDRÉ MICHEL: Histoire de l'art, etc. Tome III. 2e partie. Chap. X (La peinture­ et la sculpture espagnoles XIVe et XV- aux siècles), Les liens politiques et commerciaux qui liaient J'Italie à la Catalogne et aux royaumes d'Aragon et de Valence favorisèrent, dès le XIVe siècle, le développement de la peinture espagnole. Plus tard, les artistes flamands passent les Pyrénées: Jean van Eyck visite l'Espagne en revenant de Portugal où il avait fait le portrait de l'infante Isabelle pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon (1428); Juan Flamenco décore de peintures la Chartreuse de Miraflores, près de Burgos, etc. VOy.ANDRÉ MICHEL: ibid. (z) Voy. Mrs MERRIFIELD: op. cit. Vol. II, p. 3Z9 (Bologn. Ms. Prelimin. Observ.). (3) Trattato, c. ro, IZ, 161. (4) BERGER: Beitrage, etc. (Quell. u. Tech. d. Fresko-, Oel-u, Temp. Mal. d. Mitt.), p. 120. les articles relatifs à ce sujet dans la Doctrine de Démocrite le (S) Voy. Philosophe; Livre II(Argyropée). Cf. aussi le traité sur la « coloration des pierres, des émeraudes, des escarboucles et des améthystes, d'après le livre tiré du sanctuaire des temples» (Collect. des anc. alchim. grecs. Vol. III. Trad., p. 334, 336); le traité intitulé AW'ora resurgens dans l'Artis auriferae. etc. (Bâle, rS93); les chapitres rS3, r88 et ¡89'du Liber Sacerdotum, etc. • - -74 également fréquents: c'est ainsi que l'on rencontre au cha­ pitre 176 le terme alchimique atoch (lui-même dérivé de J'arabe] pour désigner le mercure (1); au chapitre 269 la mention du ce crocum ferri de Archimista », enfin l'article 261, par une .... assimilation du langage usuel de l'alchimie, est qualifié d' œuvre philosophique mystérieuse « (2). » Un recueil quelque peu. analogue au manuscrit du compi­ lateur anonyme bolonais avait été composé en Allemagne peu d'années auparavant, probablement à la fin du quatorzième ou au début. du quinzième siècle. Conservé à la bibliothèque de Strasbourg, le manuscrit original fut consumé dans. l'incendie , qui détruisit l'édifice au cours du siège de 1870; mais une copie transcrite par Eastlake et retrouvée par Berger à la bibliothèque du National Gallery, à Londres, fut publiée par ce dernier dans le second volume de son ouvrage intitulé Beitrâge {ur Ent- .; wickelungsgeschichte der Maltechnik (3). Ce recueil, d'un intérêt particulier pour J'histoire des techniques septentrionales, se sectionne en trois parties; la première, composée d'une quin­ zaine de recettes sur les couleurs et la dorure, se réclame de l'autorité d'un' certain Heinrich von lübegge (4); la seconde, « » due à Meister Andres van -Colmar « (5), se borne, à peu de » chose près, à amplifier et à détailler les mêmes matières; la . dernière enfin, analysée par Eastlake (6), offre, entre autres, des données importantes sur remploi courant de la peinture à l'huile avant et durant l'époque de la prétendue découverte des Van Eyck. Selon Berger (7) (qui opère un rapprochement entre certains articles du recueil de Strasbourg er d'un manuscrit du (I) C. 176. Ad fatiendum aguam aroch. ad deaurandum, etc. A identifier, selon Mn Merrifield (Orig.Treat. Vol. II, p. 476, note), avec I'A{oth de Paracelse. (2) C. 261. « Questa e un opera oculta filosoficale )J, etc. (C'est une recette po.ur la confection de corail artificiel). Un indice certain de ces influences est encore. offert I par le ch. 32, où nous trouvons la ·description d'un produit analogue au pourpre de • Cassius, écrite deux siécles et demi avant la découverte faite paz: André Cassius en 1683, à Leyde, .' de la - (3) BERGER: Beitrâge, II, pp. 154-175, Sur la etc. Vol découve�te copie d'Eastlake, voy. le même ouvrage, pp. 143'144' (4) « Dis ist van varwen, die mich lert meister Heinrich von lübegge. )J Ms. de Strasb,', Ire partie, § 1; � Lübegge serait à identifier soit.avec l'ancienne cité hanséatique Lü+eck, , soit avec Lübbecke, chef-lieu de cercle (Prusse, présid, de Minden), sur le Wiesengebirge. Elle acquit droit de citéen 1279. - (5) « Dis lert mich Meister Andres von Colmar. » Ms. de Strasb., 2" partie, § 16. (6) Eastlake: Materials for a History of Oil-painting (Londres, 1847 et 1869), � (72 BERGER: Ibid., pp 148'151. ._ • quinzième siècle,' de Heidelberg) (1), la. concordance des for-­ mules serait nulle part assez ne précise pour établir la. deseen­ dance directe de manuels antérieurs connus, et il en conclut, du moins pour la troisième partie, à l'existence d'un recueil proto­ type aujourd'hui perdu ou ignoré (2). Il est néanmoins incon­ testable que de frappantes similitudes existent entre les procédés de miniature contenus dans lê manuscrit de Strasbourg et les pratiques du même art décrites dans la Mappae Clavicula, l'Anonymus Bernensis, les écrits d'Héraclius, de Théophile, de Pierre de S. Audomar, d.Alcherius, etc. A remarquer aussi, comme indication de provenance, l'allusion faite dans la troi­ sième partie du recueil aux méthodes de peinture grecques et lombardes, que notre auteur paraît considérer comme iden­ tiques (3). Examinons enfin brièvement un petit groupe d'écrits plus spécialement affectés à la miniature et à l' ornementation des �; manuscrits. En règle générale, cette branche de la peinture est englobée techniques dans la foule des procédés par les écrivains relatifs aux arts industriels; c'est ainsi, notamment, qu'elle nous apparaît dans l'Anonyme de Lucques, la Mappae Clavi- cula, le Liber Sacerdotum, les ouvrages d'Héraclius et de Théophile: Souvent, du reste, Je rniniaturiste dut 's'identifier avec le peintre ou même l'artisan dans les monastères du haut moy-en âge, où il n'était pas rare de voir un seul individu, comme plus tard un Leo Battista Alberti ou un Da Vinci, cumuler les formes les plus diverses d'activité artistique. Les faits sont convaincants sur ce point; Mannius, abbé d'Evesham, était renommé comme peintre, calligraphe et musicien; Foul- ques, _précharrtre de l'abbaye de S. Hubert en Ardenne, était miniaturiste et architecte (4), et la même facilité était attribuée (1) Heidelb. Ms. Pal. germ. 638, pap. XV Jh. - BARTSCH: Katalog der altdeutschen Heidelberger Handschriften. Heidelberg, 1887. Voy. BERGER: op. cit., p. 149. Note. (2) «Da sich aber in keiner der zugânglichen lateinischen Quellen diese selben Reihen wiederfinden, angenommen werden, dass zum mindesten dem letzten, III. Teil eine muss deutsche Urschrift zu grunde gelegen ist. » Etc. BERGER: Op. cit., p. 149. (3) Ms. de Strasb., 3e partie, § 49. « Dis büchlin lert wieman all varwen tempieren sol ze molenund ouch ze florieren (enluminer) nach lamptenschen sitten », etc. « Nu han ich redelich und merkelichen wol gelert (wie) man alle varwen tpieren sol nach kriegeschem sitten », etc. (§ 68). Ces deux épithètes, se rapportant à la même série de recettes, supposent leur identité dans l'esprit du compilateur. Ce serait une preuve de persistance plus de la 'des méthodes byzantines dans l'Italie du XIVe siècle. Les recettes pour la peinture à l'huile succèdent immédiatement au chapitre 68. « Wie man alle oule varwen tpiere sol », etc. (§69). (±) MONTALEMBERT: L'Art et les moines. Voy. DIDRON: Ann6es,l.�,,�i;, 6010g¥.::...-tVLe_ .. aux moines Dagaeus (1), Tutilo de Saint-Gall (2), Ingbert (3), etc. douzième siècle C'est à l'entrée du qu'apparaît le premier exemple d'un traité uniquement consacré' à l'art de l'enlumi­ neur, l'Anonymus Bernensis. L'exemple demeura longtemps isolé; en effet, ni les écrits de Pierre de S. Audomar (4), ni les recettes de Jacques Coene (5), ni même celles de l'enlumineur Antoine de Compiègne (6) ne peuvent être considérés comme exclusivement relatifs à cette section de l'art. Dès le treizième siècle, cependant, le goût des livres s'était répandu dans les classes hautes et moyennes de la société (la Biblionomia de Richard de Fournival entre autres atteste la variété des lectures d'un lettré contemporain), et de nombreux ateliers laïcs d'enlu­ minure se créaient pour subvenir aux demandes des biblio­ philes. Des artistes de valeur travaillent dans ces officines; c'est vers 1290, à Paris, maître Honoré qu'assiste son gendre, Richard de Verdun; et au siècle suivant cc Maciot l'enlumi- "" neur )J, qui habite dans la même ville une maison que lui donna, en 1312, la princesse Mahaut d'Artois: c'est encore Jean Pucelle, le miniaturiste du Bréviaire de Belleville, ou Jean le N oir, enlumineur du roi Jean, demeurant à Paris, rue Trousse­ vache En Italie, les mêmes (7). goûts bibliophilie s'affirment de avec les mêmes conséquences (8); Dante parle déjà de deux (1) Miniaturiste et orfèvre (aurifex), mort en 586. (Calendrier de Kashel.) Voy. entre autres MIDDLETON: Illuminated Mss. in classical and mediaeval times (Cambridge; 1892), p. 8z, note. Comp. la légende de Dagaeus (AA. SS. August. t. III, p. - 659), qui fabriqua « 300 cloches, 300 crosses et transcrivit 300 évangéliaires ». (CAHIER: Nouv. Mél. d'Arch, - Bibliothèques, p. Iz8.) (a) Ekkehardi IV, casuum S. Galli cont. I. PERTZ : Manum. Germ. Hist. Script. - T. II, p. 94. (3) Calligraphe et peintre franc. Il exécuta la fameuse bible dite de Saint-PauL - CAHIER: Nouv. Mél. d'Arch. Bibl., p. I95,- FERD. DENIS: Hist. de l'ornem. des ms., p. 28. (4) «Deo opitulante .... tibi, sicut novisti, cujus rogatu hoc opus sum aggressus, de librorum faciendis, de temperamentis et coloribus pictorum et illuminatorum que ear urn, de aliis hiis convenientibus, quam fidelius potere in sequentibus explicaba. » Préface à l'ouvrage de Pierre de S. Audomar, (5) « Ad ponendum aurum in carta, papiro, tela linea; sindone et in ligneis tabulis dealbatis, etc. - Color rosae bonus in tela linea, sindone, papiro, pergameno, seu carta et in tabulis dealbatis », etc. - Articles dictés par Jacques Coene à Alcherius. (6) « Ad ponendum aurum in papiro, in pergameno, seu carta, et in tabulis lignis, creta alba dealbatis, etc. - Ad faciendum colorem viridem dulcem et corpulentum, pro in pergameno, in papiro, in telis, et in tabulis ligneis dealbatis », etc. - Articles operando dictés par Antoine de Compiègne à Alcherius. (7) HENRY MARTIN: Les peintres de manuscrits et la miniature en France. Chap. III. Jean Pucelle et la période parisienne. (8) Voy. entre autres l'anecdote du jurisconsulte Odofredus, dans LECOY DE LA ;...0;...0 ivIAÍU,n,s : .cès 1v1�'!.: st:t'its et la Miniature, p. I70. • - -77 Oderisi de Gubbio enlumineurs dont la réputation était établie, manuscrits italiens et Francesco de Bologne (1), et nombre de le célèbre exemplaire des du quatorzième siècle, comme « de l'Ordre du Saint-Esprit Statuts (2), au Droit Désir» paraissent avoir été exécutés par des miniaturistes laïcs. C'est à un de ces professionnels que nous devons le plus l'enlumineur complet et le plus systématique des manuels de médiéval, le De Arte Illuminandi de la bibliothèque de Naples. Cet écrit, publié Lecoy de la Marche (4\, par Salazaro (3) et du quatorzième siècle. la seconde moitié paraît dater de L'auteur était peut-être Napolitain ou Romain (5), rien de certain du reste à cet égard; c'était en tout cas un homme du métier, qui avertit à diverses reprises le lecteur qu'il a vérifié par expérience l'efficacité de ses procédés (6). L'auteur com­ mence par un court exorde, après lequel il expose la théorie des trois teintes primordiales, secundum physicam (7), « » suivie d'une énumération des couleurs nécessaires à l' enlu­ minure, qu'il divise en couleurs naturelles et artificielles. Une dizaine d' articles préparation de ces matières: est consacrée à la noir de vigne, céruse, cinabre artificiel, jaune ex radiee « curcumi )J, azur quod fit de lapide qui nascitur in Alamania )J, « azur fabriqué avec des lames d'argent, suivant un procédé (I) DANTE: Purgat., XI, 79-83. (2) Naples en 1352 par Louis de Tarente, second époux de la reine Ordre institué à Jeanne Naples. Sur ce manuscrit, voy. le comte HORACE DE VIEL-CASTEL: Statuts de de l'Ordre du Saint-Esprit, etc. Ms. du XIVe siècle, avec une notice sur la peinture des mss. (Paris, 1853). Cf. aussi BRADLEY: Illuminated mss., p. 178 (Londres, IgoS). (3) L'Arte della miniatura nel secolo XIV, codice della Biblioteca Nazionale di Napoli, messo a estampa per cura di Demetrio Salazaro, ispettore del Museo Nazionale. Napoli, 1877. (4) L'Art d'enluminer, par Lecoy de la Marche (Paris. 18go). (5) Lecoy de la Marche; ibid., p. 6. (6) De Arte Illum., §§ I, 5, IS, etc . (7) « Cum, inquio, secundum physicam tres sint colores principales, videlicet niger, • • albus et rubeus, omnes ergo alii colores sunt medii istorum, sicut diffinitum est in libris omnium physicorum », etc. (De Arte Ill., § I). Salazaro lit « secundum Plinium » et 1 « omnium philosophorum» (allusion prétendue aux théories de Xénophane et d'Aristote). Voy. Berger; Beitrâge, vol. II, P: 124, note. Le passage suivant de Pline paraît être celui auquel rapporte Salazaro : « Quatuor coloribus solís immortalia illa opera fecere : ex se albis Melinoex silaceis Attica, ex rubris Sinopide Pontica, ex nigris atramento, Apelles, Echion, Melanthius, Nicomachus, clarissimi pictores, quum tabulae eorum singulae oppidorum venirent opibus » (Hist. Nat. L. XXXV, C. 32, éd, Nisard), Cf. aussi le même et XXXV, La théorie énoncée par notre anonyme ouvrage, L. XXXIII, c. 3g, c. II. - réminiscence des idées des alchimistes. Voy. entre autres le livre de paraît plutôt une Cratès, sur les couleurs dérivées du plomb (BERTHELOT: La chimie au moyen âge, vol. III, et Coll. des anc. alch. grecs, vol. I, traduct., p. 106). .. '-78 - attribué à Albert le Grand (1), bleu végétal, vert d'iris, brésil, etc. A ces formules succède la description des eaux ou _ bitumes à l'usage des enlumineurs: eaux de' colle, de gomme, de miel, albumine; puis divers conseils sur l'emploi des cou­ leurs, cinabre, pose encre de feuille, etc. Le de l'or en' manuscrit de Naples présente donc un compendium complet et ordonné des éléments techniques de Ja miniature italienne, à une époque où celle-ci s'acheminait vers son apogée � éléments qui concordent d'ailleurs nettement avec les indications que fournissent sur Ja miniature les ouYrages de Pierre de S. Audomar et d-Alcherius, ainsi qu'avec celles des recueils postérieurs de Bologne et de Strasbourg, _ -Des collections de recettes à Tusage des peintres, des scribes des enlumineurs; moins méthodiques et surtout moins et exclusives que-l'anonyme ge Naples, furent compilées dans le nord de l'Europe vers la même époque ou au COurant du siècle - suivant. Tels sont le manuscrit Sloane (British Museum, n° 1754), datant du quatorzième ou quinzième siècle, intitulé Tractatus de Coloribus Illuminatorum seu Pictorum, et le Liber Illuministarius, pl'O fundamentis auri et coloribus, ac consimi­ libus (2), compilé vers 1500 au monastère de Tegernsee en Bavière (3), et actuellement conservé à la Bibliothèque dè·­ Munich (Cod. ·germ. 821). Ce manuscrit (pet. 80, 250 feuilles) contient d'innombrables formules latines et allemandes relatives à Ia peinture ·et à la miniature, au travail des métaux (4), etc, La similarité que présentent nombre de ces recettes avec celles dumanuscrit de Strasbourg semble indiquer l'origine commune de ces écrits. Le Liber Illuministarius a été enrichi de deux nOlnbreuses .additions, insérées à diverses époques et dont (I) Voy. jEHKN LE BÈGUE: Expérimenta de Coloríbus, §§ 6 et 7; Ms. de BOLOGNE: De multis azurris per artificium flendis, §§ 45 et 53, (2) Partiellement publié par Dr Ludwig Rockinger (Zum baierischen Schriftweseri­ im Mittelálter), dans les Abhandlungeñ der historischen Classe der Kôniglich Bayerischen Akademie der Wissenschaften. Zwëlfter Band, Abtheilungen I und II in der Reihe der Denkschriften der XLIII. Band. (München, 1872). Voy-. aussi BERGER: Quell. u. Tech. der Fresko-, Oel- u. Temp. Mal. d. Mitt., pp. 178 et suiv. (3) Fondé en 719, sécularisé en 1803. (4} Parmi les recettes pour l'enluminure se trouvent les suivantes : Ad delendum scripturam. - Contra fluxum pergameni. Credir stain 'machen, Incaustum graecum. - - - Rubrica ad fiorisandum. Zu plaber tincken. - De scriptura aurea. Golt aus der - - federen schreyben. Litera argentea. - Ain schëns rôsli. De ·colore parisiensi. - De - - minio. Ain grundt zum vergulden. Vergulden auf oder pergamen, papir - - - Ad fundamentum siccum, etc. -79 - quelques-unes portent le nom du contributeur; c'est .ainsi que l'on y- )it les noms de Joh. Haflin von Augsbourg (1508), de Mathias Neukam (1503), de Johannes Bürger, «-caplan ze Trienndt (1), etc. » Il êst à noter que la juxtaposition, dans ces manuels, des procédés de la miniáture et de la peinture proprement dite milite contre l'hypothèse de la séparation, motivée par les différences techniques, de ces deux arts (2). Le manuscrit de Naples atteste.indéniablement l'existence de, praticiens spéciaux, passant leur vie à décorer de miniatures, d'initiales, de bordures marginales les pages des manuscrits, suivant les exigences de la bibliophilie contemporaine, mais durant toute la période médiévale et même à l'époque de la Renaissance la miniature cessa pas d'être pratiquée de conserve avec la ne grande peinture (3). André Beauneveu et Jacquemart de Hesdin illustrent des Psautiers ou des livres d'Heures et travaillent à la décoration des châteaux du duc de Berry; Jean Fouquet exécute les portraits de Charles VII et du pape Eugène JV, et orne de miniatures le manuscrit des Antiquités judaïques et le livre - d' Heures d' Etienne Chevaliêr (4); Simon Marmion de Valen­ ciennes est peintre et enlumineur (5); en Italie, sainte Catherine dei Vigri (1413-1463) peint en miniature et sur panneau (6), comme .Girolamo de Vérone (1472-1555) et Francesco dai Libri (7), etc. D'autres exemples sont cités par Vasari ou attestés - par les archives du temps. Ainsi s'est effectué, à travers les âges, le transfert laborieux et persévérant des procédés séculaires (8). La fin du moyen âge, à laquelle nous avons abouti, marque une époque de modifi- (!) Un second recueil analogue au Liber Illuministarius se trouve à la bibl. de Munich (N°.822. De temperatione colorum). Voy. BERGER: Beitrâge, vol. II, p. 184_. - -- (.2) Voy. aERGER: Beitrâge, vol.-n, p. 137. (3) .Au XVIIe siècle encore, -De Mayerne range dans son manuscrit les recettes - d'enluminure à côté de celles à J'usage des peintres. (4! li: Martin: op. cit., IV 'chap. (La miniature sous Charles V et Charles VI) et chap. V. (Des Limbourg à Bourdichon). (5) Voy. Mgr DEHAISI'IES: Recherches sur le retable de Saint-Bertin ét sur Simon Marmion. 1892. . (6) lLLUMINATA BEMBO: Specchio d'Illuminatione sulla vita di Caterina da Bolo­ gna, 1469, (7) VASARI: Vies des plus excellents peintres, etc., au chap. de Fra Giocondo, Liberale, et autres artistes de Vérone. (Sr Cf. aussi E. LAVISSE: Histoire générale du IVe siècle à nos jours. T. II, p. 566 et suiv. (Science et connaissances scientifiques aux XUe et XIIIe siècles), et T. III, p. 258. • '. .' - 80- cations essentielles- dans l� domaine de la technique. La fresque continue à être enhonneur (on sait la partialité de Michel-Ange son- robuste .. pour cet art, et mépris des méthodes nouvelles), mais la peinture à l'huile se substitue àl'ancienne tempera ; l'art essentiellement médiéval de la miniature appliquée au livre disparaîtra bientôt pour être supplanté par peinture sur ivoire la ou un banal coloriage d'estampes ; la peinture à la cire, depuis longtemps désuète, mais peut-être encore exceptionnellement pratiquée du temps de Le Bègue (1), est définitivement aban­ donnée. Les anciens procédés, toutefois, quoique déchus de leur importance primitive, continuent à s'inscrire pour la plupart dans les manuels techniques et à être pratiqués par les spécialistes. C'est ainsi, entre autres, que les méthodes employées par les « miniateurs du moyen âge sc retrouvent, à peine altérées, » dans I'Illuminierbuch de Valentin Boltz de Rufach, le Kunst­ büchlin d'Augsbourg ou le manuel de Christophe Ballard, et jusque dans les recueils modernes relatifs à la technique des sciences et des arts (2). (I) Voy. plus loin, 2" part., ch. IV. (2) Tels les Manuels Roret, Voy. par exemple dans cette collection le Manuel de la fabrication des encres (chap .. l, section VII. Encres de couleur et encres d'or), ainsi que ceux ayant trait à la confection des colles (par F. Malepeyre. - Paris, Igor) et des couleurs (par Riffault, Vergnaud, Toussaint et Malepeyre, 1884). _' SECONDE PARTIE LES ORIGINES ET L'ÉVOLUTION DES PROCÉDÉS DE LA PEINTURE MÉDIÉVALE ---� .��---J ... �--- ... , I 6 ¡ . \ SECONDE PARTIE Les et l'évolution des procédés . 'origines de la peinture médiévale. AVANT-PROPOS Après avoir passé en revue les principaux recueils où les peintres et les artisans du moyen âge consignèrent "les éléments d'une scienèe technique traditionnelle et avoir reconnu les points de contact qui établissent entre ces ouvrages des degrés variables de parenté, il reste à déterminer, par la collation des textes congénères, l'origine et la descendance probable des méthodes techniques en usag�, à cette époque, dans les diverses branches de la peinture, à savoir la fresque, la détrempe et la miniature. La à la eire, tombée peinture de bonne heure désuétude re1ative, et en une celle à l'huile, dont les possibi­ lités ne se qu'aux approches de la Renaissance, ne peuvent en consé­ réalisent quence être classées parmi les manifestations typiques de l'art médiéval, et ne seront mentionnées qu'en raison de leur intérêt historique. CHAPITRE I La peinture murale. Peintures murales préhistoriques. - Décor mural égyptien, chaldéen et perse. - La fresque chez les Grecs, les Etrusques et les Romains. - Variété . des systèmes techniques. - Procédés égyptiens. Les peintures de Cnosse - . ..:._ La et la polychromie dans l'architecture glyptique grecques. Incertitude - relative aux méthodes des artistes hellènes. La peinture murale romaine. - - Témoignages de Vitruve et de Pline. Dégénérescence des procédés - antiques à l'époque barbare. Les textes de l'Anonyme de Lucques et de la - Mappae Clavicula. Formation d'une technique byzantine. - Textes de - l'Hermeneia. Le système de la Schèdula Theophili. - Déchéance de la - peinture murale résultant de l'extension de l'architecture gothique. - Sa per­ sistance en Italie. La méthode de Cennino. Modifications apportées - - aux procédés byzantins primitifs. _..:..... Écrits d'Alberti et de Guévara, - Résumé des données précédentes. murale paraît aussi que l'habitation La peinture .ancienne humaine. Sur les parois de la caverne qui lui servait d'abri, l'homme primitif retraçait, à l'aide d'ocres naturelles, les sil­ houettes d'une faune redoutable ou familière; nombre de ces peintures préhistoriques, exécutées singulière, avec une verve ont été retrouvées dans la caverne de Fond de Gaume (Dor­ dogne) (1), dans celles d'Altamira, en. Espagne (2), etc. Les premières civilisations assignèrent une importance capitale à cette forme de l'art; la peinture murale, devenue en quelque sorte le mode d'expression officiel d'une société théocratique, représentait, seule ou associée à la sculpture, les mystères sacrés ou les exploits héroïques des rois. Les Egyptiens couvraient les parois des hypogées de compositions étendues retraçant la marche du cortège funèbre, la prise de possession du tombeau par le double, les occupations de la vie quotidienne, labourage, métiers manuels (3), etc.; et sur la façade des temples se dérou­ laient des scènes de conquêtes, tels les pylônes de Louxor et du Ramesseum qui illustrent les épisodes de la campagne de Ramsès II contre les Khiti en l'an V de son règne (4). L'orne­ mentation murale polychrome fut également pratiquée en Chaldée et en Perse, comme le témoignent les frises émaillées des palais de Sargon à Khorsabad ou d'Artaxerxès Mnémon à Suse (5); des traces de couleur se relèvent également sur de rares monuments de la Phénicie et de la Lydie (6). Des débris de fresques ont été découverts à Cnosse, à Mycènes et à Tirynthe (7) ; plus tard, après la période d'inactivité du moyen âge hellénique, les artistes grecs reprirent et amplifièrent ces (I) Revue de l'Ecole d'Anthropologie; juillet Ig02. Cf. aussi sur les peintures des cavernes en France, A, BERTRAND: La Gaule avant les Gaulois (Paris, 18gl); G. et A. DE MORTILLET : Le Musée Préhistorique (Paris, Ig03); E. CARTAILHAC: La France préhisto­ rique (Paris, 188g); S. REINACH : Alluvions et cavernes (Paris, 188g), et Répertoire de l'art quaternaire (Paris, IgI3). (2) Voy. E. CARTAILHAC et l'abbé H. BREUIL: Peinture et gravure murale de caverne paléolithique. La caverne d'Altamira à Santillane près Santander, Espagne. (Monaco, Ig06.) (3) MASPÉRO: L'archéologie égyptienne, p. 1I8, 147, etc. (4) MASPÉRO: Ibid. Chap. IV, La peinture et la sculpture, p. 180·I8I. (5) Des fragments de fresque véritable ont été relevés dans le palais de Sargon à Khorsabad. Voy. P. GIRARD: La Peinture Antique. Chap. II. La Peinture Orientale, p. 6I. Cf. aussi EZÉCHIEL, c. 23 : « Cumque vidisset viros depictos in pariete, imagines Chaldaeo­ rum expressas coloribus », etc. (6) P. GIRARD: Ibid., p. 76'78. (7) Tableau à guerriers et chevaux de la salle des hommes du palais de l'acropole à Mycènes ; peintures décoratives et fresque représentant une chasse au taureau du palais de Tirynthe, etc. Voy. P. GIRARD: Ibid. Chap. III. La peinture grecque, p. g8, 102-103. - 85- traditions, il suffit de citer les fresques exécutées par Polygnote à la Lesché de Delphes, décrites par Pausanias (1), et celles peintes par Panainos et Micon sous le portique de Peisianax (2), à Athènes. Rappelons encore l'es peintures sur paroi des nécro­ poles étrusques, particulièrementcelles de Cornero et de Chiusi, où se succèdent des scènes variées, banquets, chasses, épisodes de légendes grecques modifiées par les croyances locales (3); ainsi que les œuvres de la période romaine (fresques de Pompéi, de la maison de Livie au Palatin. etc.), qui achèvent la série des peintures murales de l'antiquité. Il est évident que dans cette longue suite d'œuvres de date et de provenance si diverses, qui débute par les grossières argiles délayées du sauvage primitif pour aboutir aux méthodes perfectionnées de la peinture murale gréco-romaine, l'on se trouvera en présence d'une variété assez étendue de systèmes techniques, qUi différeront suivant les époques, l'idéal esthé­ tique des différents peuples, les matières dont disposaient les artistes locaux, les restrictions imposées par les conditions cli­ matériques, et ainsi de suite. La décoration murale dans l'Egypte ancienne dépendait souvent autant du sculpteur que du peintre; fréquemment les bas-reliefs de faible 'saillie, se rapprochant du dessin au trait, qui sortaient des mains du tailleur de pierre, tombaient entre celles de l'enlumineur (4). La polychromie était d'ordinaire réservée aux figures, qui s'enlevaient sur un fond uni. A côté de ce procédé 'composite se pratiquait la peinture murale propre­ ment dite. Selon Maspéro (5), la préparation de la surface à « couvrir exigeait beaucoup de temps et beaucoup de soins ». Si « avait (I) PAUSANIAS: Description de la Grèce. Liv. X, chap. 25 et suiv, Polygnote y représenté les épisodes de I'Ilioupersis, ou prise d'Ilion. (2) Ou Poecile (ITo • � 94 - ensuite reposer l'eau qui aura servi à cet usage; puis faites-la bouillir, et lorsqu'elle sera cuite, vous pourrez la mêler à l'azur et les fonds. D'autres assurent peindre faire que pour une eau assez collante il faut faire bouillir le son très longtemps, puis filtrer. De toute façon, avant l'azur, assurez-vous d'employer que le mur est bien sec. » Chap. 6g-70. Procédés de dorure - sur mur (1). En admettantla fidélité du manuscrit athonite aux préceptes anciens, il serait licite de considérer cette technique, dans ses éléments fondamentaux, comme similaire à celle que les artistes grecs avaient pratiquée depuis de longs siècles, et -qui se rattachait par divers points traditions de aux l'antiquité. La mention du polissage (chap. 58 et 5g), entre autres, _ paraît se conformer aux données des auteurs romains (2); cette opération s'effectuait avec la truelle ou la spatule (3) sur le second enduit, qu'on laissait ensuite prendre de la consistance Sur cette « » (4). surface affermie de chaux était tracé le dessin, suivi de la peinture proprement dite, exécutée avec des couleurs délayées à l'eau sur l'end�it frais. Après conversion de ce dernier en carbonate, on continuait le travail en mêlant aux couleurs le « fard de mur » mentionné au chapitre 60 de I'Herrneneia (5) ; enfin -lorsque la siccité étaitcomplète (§ 68), l'artiste procédait à la pose de l'azur détrempé à l'eau de son (6). -, (I) Traduction de DIDRON : ut sup., p. 55-63. ",. (2) Le prof. LAURIE écrit à ce sujet: « If we are to take this Byzantine tradition as of any value in connection with the classical method, there can be very little doubt that the process was carried on as described by VITRUVIUS: that is to say, that the closing-in and the polishing of the surface was a necessary stage; that if the whole surface was to be made of a uniform colour, it was at this stage that colour was laid on the wet and then plaster polished; thatupon this still damp and smooth surface the painting was carried out either with water or with the admixture of little lime in the a pigments; and that, just as at Mount Athos, the painting was carried out in a leisurely manner, there being no necessity for haste with a thick of mass damp plaster lying behind » (Materials of the Painters Craft, etc., p. III-lIZ). (3) Le P. joasaph, que Didron vit à l'œuvre dans le monastère d'Esphigménou, se servait de ce dernier instrument, Voy, notes de Didron à la fin de la première partie du Manuel d'Iconographie chrétienne, P: 65. (4) Voy. plus haut, § 58, Dans le cas de la méthode employée par le P. Joasaph, le peintre attendait trois jours. Cf. Didron, ibid., p. 65. Voy. Laurie, op. cit" p. 109. - (5) Selon le prof. Laurie, ce « fard de mur) n'était que deIa craie. Ibid., p. II 1 et . 123. L'opinion de Berger (Beitrâge, vol. II, p.83) paraît ètre plus vraisemblable. Ce - - passage de l'Hermeneia est obscur. (6) Ce dernier article semble infirmer le § 65 (Comment on donne des reflets sur le mur avec l'azur), où il est question de l'azur mêlé à de broyer l'indigo avec le « fard» précité. Les bleus végétaux seraient évidemment détruits par ce procédé, Cf. Berger, op. cit. p. 86, note 32. 9' _. - Les procédés de la technique byzantine qui pénétraient en Occident durent subir à l'occasion des modifications plus ou moins essentielles; formant ainsi des variantes dont un échan­ tillon offert par la Schedula diversarum artium du moine est Théophile, compilée en Allemagne probablement vers la fin du onzième siècle (I). On lit au quinzième chapitre du premier livre: « In muro vero imple vestimentum cum ogra, addito ei modico calcis, propter fulgorem, et fac umbras ejus sive cum simplici rubro, sive cum prasino (2), vel ex posch, qui fiat ex ipsa ogra et viridi (3). Membrana in muro miscetur ex ogra et cenobrio et calce, et posch ejus et rosa et lumina fiant ut supra. Cum imagines vel alia rum rerum effigies pertrahuntur in muro sicco, statim aspergatur aqua, tam diu donee omnino madidus sit. Et in eodem humore liniantur omnes colores, qui suppo­ nendi sunt, qui omnes calce misceantur, et cum ipso muro siccentur ut haereant. In campo sub lazur et viridi, ponatur, color qui dicitur veneda mixtus (4), ex nigro et calce, super quem, cum siccus fuerit, ponatur in suo loco lazur tenuis cum ovi mediolo abundanter aqua mixto temperatus, et super hune iterum spissior decorem. Viride propter quoque misceatur cum sueco et nigro » (5). A en conclure du passage de l'Introduction où déclare rapporter, Théophile en peinture, 'les connaissances des Grecs (6), les procédés de la fresque décrits par la Schedula émaneraient directement de la tradition romano-byzantine. Cependant, la (I) Voir la sur peinture murale de cette époque un curieux passage de la fabuleuse du chronique Pseudo-Turpin, élaborée du XI" XII" siècle, décrivant 'une salle de palais au dont les parois sont décorées de représentations des « VII arz », peints « par rnerveilleus enging ». Cf. F. WULFF: La chronique dite de Turpin (Lung, 1881), p. 36-37. (2) Le prasinus avait une teinte vert-noire. C'était verte. Cf. Isidore de Séville: apparemment une espèce de terre Orig. L. XIX, c. 17. D'après la Table des Synonymes de - le Jehan Bègue: Prasis est creta viridis ut dicit Catholicon. :_ Prasinus est color « alii dicunt rubeus; quod habet similitudinem viridis coloris et nigri, set Catholicon dicit latine dicitur viridis. » quod prasin Greee, (Mr. Merrifield: Mss of le Jehan Bègue, p. 33.) (3) Le posch était composé parfois d'un mélange de prasinus, d'ocre rouge et de ver­ millon; parfois, comme dans ce cas, d'ocre et de vert, On lit en effet dans la Table des Synonymes: « Posch est color ex mixtura prasini, etrubei combustum, et ocre, et modico cenobrio, factus, ad distinguendas partes.membrorum humani corporis in membrana colore, set alibi posch dicitur fieri. ex ogra et viridi simul mixtis. » Cf. aussi le § 344 des mss. de (Mrs Merrifield .op, cit.] Jehan le Bègue. (4) Gris composé d'un mélange de noir et de blanc, Voir la Table des ce mot. . Synonymes à (5) Schcdula Theophili ; L. I, c. 15. Texte de J'édit. Escalopier. (6) Voy, plus haut, IrJ! part., ch. III, ' .. ., ... - 96- méthode par le moine de Helmershausen constitue préconisée vraisemblablement une forme altérée ou dégénérescente d'en­ seignements primitifs; en effet, aucune mention n'est faite d'un enduit récepteur, l'artiste se contentant apparemment d'asperger d'eau la surface plâtrée du mur, sur laquelle il étendait ensuite les couleurs mêlées à de la chaux (1). Ce dernier détail est également attesté par une phrase du chapitre 16 (Sched. L. I) : « Omnes colores, qui aliis supponuntur in muro, calce mis­ ceantur propter firrnitatem» (2). Sur la peinture sèche on exé­ cutait des retouches à la détrempe (azur mêlé à du jaune d'œuf) (3), pratique qui seretrouve, sous une forme à peu près similaire, dans le manuel byzantin du Hagion Oros (4). Il est nécessaire toutefois, en raison de leur caractère sommaire, d'accepter réserves les indications fournies par la Schedula, sous leur laconisme pouvant dépendre de ce que l'auteur eût entrepris de décrire une branche de l'art dont il n'avait pas d'expérience personnelle (5). Les chapitres traitant des mélanges de teintes usités dans la peinture murale exhibent une entière dépendance des méthodes grecques (6). Les recueils techniques compilés au nord de l'Europe occi- ('1) Il est intéressant de noter que dans l'analyse de fresques découvertes à S. Médard et remontant probablement au Ve siècle, Chevreul constata la présence de carbonate de chaux dans les couches superposées de couleurs, ce qui semble indiquer que celles-ci furent délayées à l'eau de chaux. Cf. Chevreul : Recherches chimiques sur plusieurs objets d'archéologie trouvés dans le département de la Vendée. Mémoires de l'Académie des Sciences, XXII Paris, 1850, p. 199-203 et p. 206. Cf. aussi LAURIE :--Greek and Roman - methods of p. 103. painting, (2) SCHEDULA : L. I, c. 16, fin. (�) Janitschek's Berger écrit (Beitrâge. Vol, II, p. 46) : « Nach Voy. chap. XV rapporté ci-dessus, (Geschichte der deutschen Malerei, p. 58), sind die âltesten deutschen Ansicht Mauermalereien in der von Theophilus beschriebenen Art ausgeführt, und zwar die einzig t I erhaltenen Wandbilder des XI Jhs., der St Georgskirche zu Oberzell in der Reichenau. » D'après Héraclius, on détrempait la terre verte (viride terrenum) avec le suc de la mauve mêlé au vinaigre ou au vin, « et erit boni coloris in muro». (Cf. Héraclius, L. III, § 37.) L'orpiment délayé à l'œuf s'employait aussi sur mur. (Ibid., § 40.) (4) Hermeneia, ch, 68. (5) Cf. CHRISTIANA HERRINGHAM : The Book of the Art of Cennino Cennini : Notes half on mediaeval p, 217 « Unless Theophilus describes incorrectly what he only methods, understood, fresco was then either degenerate or half developed, for his process is only painting with colours mixed with lime on wettedplaster. » (6) « Soviel steht fest, dass sich vielfache Ubereinstimmung in den beiden Mss., nâmlich d�r Hermeneia des Athos und der Schedula des Theophilus konstatieren" lâsst, var allem in der Art und Weise, wie die Fleischfarben zu mischen sind, dass diese Fleisch­ farben ein hervorragender Platz in den Anweisungen eingerâumt ist, dass bei diesen Mischungen die Tone mit besonderen Namen benannt werden, u. s. f. » (BERGER: Beitrâge, Vol. II, p. 42.) " dentale après l'encyclopédie "métiers de Théophile se des arts et montrent avares- de renseignements sur le développement ulté-­ .. rieur de la fresque et de ses procédés. Quelques années à peirie -après l'apparition de la Schedula naissaient dans.l'Ile-de-France et en Normandie les .. premiers essais du style gothicjue (érection" .. du déambulatoire de Morienval, vers 1120) (1). La nouvelle architecture se développa au détriment de Ia peinture murale; les amples parois basiliques romanes, tapissées de fresques, des se restreignirent de plus en plus devant les larges percées des fenestrages gothiques, qui finirent par occuper la largeurentière des travées. La verrière peinte remplaça la fresque dans les cathédrales du nord de l'Europe, la contraignant à occuper une position subordonnée ou même la supprimant entièrement (2). Toutefois- au sud desAlpes, dans la péninsule italique, où l'art nouveau ne s'acclimata qu'imparfaitement et demeura assu- - jetti aux conditions locales, l'ancienne méthode de décorer les sanctuaires subsista de concert avec les formes architecturales de la basilique antique (3). Aussi est-ce en Italie que nous trou­ vons, dans un manuel postérieur de trois siècles à la Schedula de Théophile, le Trattato de Cennino Cennini, la description technique d'un art depuis longtemps négligé par les artistes _ septentrionaux. Résumons ici les données essentielles fournies par ce curieux "recueil, contenues en majeure partie dans le chapitre-67, sous la rubrique: Il modo e ordine a lavorare {( in muro, cioè in "fresco », etc: Le mur destiné à être décoré recevait d'abord couche d'un enduit une première (4) composé de deux tiers de- sable et d'un tiers de chaux soigneusement mêlés (5); sur ce mortier, après (I) Certaines parties de la cathédrale de Durham bâties - (Angleterre), en un style gothique primitif par des architectes anglo-normands, sont peut-être antérieures à cette date. Cf. A.Michel, op. cit. (2) La peinture murale ainsi asservie était souvent réduite au mental colorié, genre de décor simple dessin orne­ particulièrement en faveur au XIUe siècle. De nombreux exemples de ces frises ou bandes d'ornement subsistent encore dans les églises de cette époque, tels les motifs décoratifs des de Saint-Désiré églises (Allier), de Saint-Quiriace à Provins, des Jacobins â Angers, ceux de la crypte de Chartres, le décor polychrome de fa Sainte-Chapelle, etc. Cf. VIOLLET-LE-Duc-: Dictionnaire d'architecture. La _ (.3) peinture murale, en Italie, était également appliquée au décor des églises gothiques j dtons les fresques de Giotto dans la basilique 'supérieure de S. Assise et des chapelles Bardi et Peruzzi à François à Santa Croce de maître de Florence, Gelles d'Agnele Gaddi, Cennino, dans le chœur de la même église, celles d'Orcagna dans la chapelle Strozzi à S. Maria Novella, etc. (4)' Appelé par Cennino intonaco. (5)� Ces "éléments étaient préalablemenf triturés ensemble avec de l'eau i-on laissait 7 � . ... - 98- siccité, l' artiste traçait au fusain l' ébauche de son sujet, qu'il reprenait ensuite' au pinceau (1); puis, ayant calculé approxi­ mativernent la portion d'ouvrage qu'il était en mesure d'achever. en une journée de travail, il recouvrait le champ ainsi délimité d'une seconde couche d'enduit qu'il égalisait au polissoir et à la truelle. Sur cet enduit humide l'esquisse définitive s'exécutait au pinceau, avec la couleur qu'on appelle uerdaccio à Flo­ « rence et barseo à Sienne (2). » Suivent, dans le même chapitre, des instructions détaillées pour le rendu et le modelé des chairs, selon une pratique que l'auteur attribue à Giotto (3). Les cou­ leurs qui se couchaient à l'eau sur l'enduit frais étaient mêlées de blanc de chaux (bianco sangiovanni) (4); enfin, le retouch age final de l'œuvre « a secco» est traité au chapitre 72 du Trattato; Cennino recommande dans ce but deux variétés de « tempera », consistant l'une de l'œuf entier additionné de lait de figuier, la seconde de jaune d'œuf employé isolément. N ous ici présence d'une technique nou­ nous trouvons en velle, présentant pratique byzantine des diver­ avec l'ancienne gences notables, dont la principale consistait à n'exécuter journellement qu'une portion déterminée du travail, méthode qui se perpétua à l'époque de la Renaissance et que Vasari recommande dans l'introduction aux arts du dessin. Les cir­ amenèrent I' adoption de méthodes demeurent constances qui ces indéterminées; peut-être furent-elles introduites par les peintres qui, au cours du quatorzième siècle, couvrirent de composi­ tions engageantes et naïves les murs des basiliques et des palais communaux. La vogue de la fresque, en effet, ne fit que s'accroî­ tre durant cette période: Buonamico di Cristofano, plus connu ensuite reposer pendant quelques jours la masse semi-liquide, « car », ajoute Cennino, « s'il y reste quelque chaleur, l'intonaco se fend ». Cf. Trattato, ibid. (r) première esquisse, destinée à être recouverte par le Sur la raison d'être de cette second enduit de chaux, voy. Berger (Beitrâge; Vol. II, p. raz), qui rapporte à ce sujet les opinions de Vasari, ele Marrana, etc. (z) Trattato; ibid. (3) Trattato, ch. 67. « Ma tieni questa modo di ció, che ti dimostrerò di coloríre : però che Giotto, il gran maestro, tenea casi lui. Ebbe per sua discepolo Taddeo Gaddi fíorentino anni ventiquattro, ed era suo figliocco. Taddeo ebbe Angiolo suo figliuolo. Agnolo ebbe me anni dodici : onde mi mise in questa modo», etc. Ce passage démontre l'exactitude -: avec laquelle les traditions techniques se transmettaient de génération en génération . d'artistes. (4) Sur la fabrication du bianco sangiovanni, voy. Trattato, ch. 58. « Questo bianco .... buono e da lavorare in fresco, cioè in muro, senza tempera, e senza questo non puoi fare niente », etc. - -"' 99 sous le nom de Buffalmaco, décore les églises d'Arezzo et de Florence, Spinello Spinelli représente à S. Miniato Ia Vie de S. Benoît, Simone di Martino travaille à Naples, à Orviéto, à Assise, les Lorenzetti exécutent des œuvres capitales au Campo Santo pisan et au Palais public de Sienne, Taddeo di Bartolo orne, dans ce dernier édifice, la chapelle de la Vierge, etc. Cette activité si accentuée devait évidemment offrir une occasion favorable d'essais et de remaniements techniques aux entrepre­ nants artistes italiens du Trecento. Certains perfectionnements paraissent être attribués par Vasari au chef de l'école, le grand « maître» Giotto (1), qui aurait peut-être été, en même temps qu'innovateur dans le domaine de l'esthétique pure, un restau­ rateur de la science technique (2). Quelques affinités rattachent toutefois encore les procédés du Trattato aux anciennes tradi­ tions grecques; ainsi les indications du manuel italien. relatives au coloriage des chairs présentent des points de contact avec les méthodes du moine Denys; de même, le retouchage a secco cc » (ch. 72) se rapproche du procédé décrit au soixante-huitième chapitre du recueil athonite et à l'article 15 du premier livre de la Schedula (3). Ce dernier usage tomba en désuétude au seizième siècle, Que ceux qui veulent peindre sur un mur », cc écrivait Vasari, travaillent hardiment à fresque et ne retouchent cc pas à sec. C'est un procédé méprisable, et qui donne une . moindre durée aux peintures (4). » Le recueil de Cennino contient l'ensemble de renseigne­ ments le plus complet que le moyen âge nous a légué sur la pratique de la fresque. Quelques mentions clairsemées se relèvent dans les manuels de la même époque; c'est ainsi qu'au para­ graphe 315 des mss, de Jehan le Bègue nous trouvons des instructions concises relatives à la peinture murale ostensible- (r) Voy. par exemple le passage de la Vie de Giotto relatif aux fresques que cet artiste exécuta au Campo Santo de Pise. (2) Cf. Ch. HERR!NGHAM : The Book of the Art of Cennino Cennini, p. XVIII. « Giotto had learned and handed on the methods of the Greeks plus his own improvements, ...... the change which he wrought 'from the Greek to the more modern manner' is considered by some ta apply partly ta technique. » Cette hypothèse, il est vrai, ne repose sur aucune preuve sérieuse, et, en ce qui concerne la peinture à la détrempe, est contredite par Vasari dans la Vie d'Antonello de Messine. (3) Cet usage est mentionné par Benozzo Gozzoli dans une lettre que cet ártiste adresse à Pietro de Medici (Florence, ao juillet (459). Cf, Guhl, Künstlerbriefe, Berlin, 1880. p. 42. Ce passage est cité par Berger. (4) VASAR! : Introduction; 3· part., chap. V (De la peinture sur mur, etc.). • 100 - ment calquées sur les préceptes du moine Théophile (1). Au reste, lefait demeure exceptionnel, et la description des phases ultérieures de cette branché de l'art est à chercher désormais daris les écrits de Vasari, de Filarete, de Borghini, 'etc. Bornons­ nous rappeler les passages à sur la fresque du De Re Aedifica­ toria, composé, vers 1452 par Léon Battista Alberti, où se manifeste une réversion aux procédés antiques. La même ten­ dance se remarque dans les commentaires. sur Vitruve écrits par' Guévara (2) un siècle environ après l'ouvrage d'Alberti. , Résumons enfin les principales données de cette étude. I I ressort des textes de Vitruve et, de Pline, ainsi que des résultats fournis par les analyses chimiques (3), que l'antiquité connais­ sait lafresque proprement dite (affresco) à laquelle les Romains adjoignaient l'opération supplémentaire du lustrage et d'un ver­ nissage à la cire, ce dernier apparemment réservé au miniurn dont il retardait l'altération. Aussi longtemps que subsista dans son intégrité la puissance romaine, Ia science technique dut se maintenir à un niveau élevé; mais lorsque commenç� la déca­ dence et la' désagrégation progressive de la société antique sous la poussée du monde barbare, ces connaissances durent s'appau­ vrir et s'altérer à l'exemple de l'idéal esthétique. L'art du mosaïste tendait du reste à supplanter celui du peintre; sous Bélisaire et sous Narsès les évêques Maximien et Agnel décorent de mosaïques les sanctuaires raven nates, dont plusieurs avaient déjà reçu, sous Placidie, une ornementation similaire; plus tard, les papes Pelage II, Honorius 1er, Jean IV, Theodore I«, Agathon font exécuter des mosaïques dans les églises de Saint- (I) .« Pour peindre murs. � Mettez un po de chaux avec ocre pour avoir plus grant clarte, ou vous la mellez avec rouge simple ou prasin avec ou avec une couleur est qui nommée posee qui est faite de ocrevert et de membrayne ou vous pouvez prandre d'une couleur qui soit faite de synople et deere et de chaux et de posc etc.; et doivent estre murs ( paint plus moiste que autre chose pour ce que les couleurs se tiennent mieulx ensembles et soient plus fermes. Et doivent toutes couleurs pour murs estre melles avecques chaux vive ». - Comparer Sched. -L. I, ch. 15. Mrs Merrifield (Orig. Treat. Vol. I, p. 299, note) com­ - mente ce chapitre en ces termes: « The method of mural painting described in the text was .probably that which was practised by the painters of the middle ages, and there is reason .to suppose that the old paintings recently discovered on the walls of churches in so many parts of England were painted in this manner ». Le ins. de Strasbourg donne - quelques _ . índications pour la peinture en détrempe I( uffmuren », Cf. § 68. - (2) Don Felipe Ladran y Guevara. Né vers 1850, mort à Madrid en 1563. Connaisseur' et érudit, Guevara entra au service de Charles-Quint, fit de nombreux voyages en Italie et en Flandre, et laissa, à sa mort, un manuscrit intitulé Comentarios de la , Pintura, imprimé 1778. -,__ .. ' , par l'abbé Ponz.rà Madrid, en . (� Cf. LAURIE: Greek and Roman methods of painting.rp. 94-104: ¡NJT/fU,,: fi! :_',� '--f DE ARii H . ._):,A:j!::_O I - lOr. - Laurent, de Saint-Venance, de Saint-Étienne in monte Coelio, etc. (1). Si la pratique de la peinture murale ne tomba pas en une , désuétude voyons jusque dans la Gaule méro­ complète, et si nous vingienne la veuve de l'évêque Narnatiusfaire couvrir de peintures les murs de la ,basilique de Saint-Etienne à Clermont ou Childe­ bert 1er décorer de même l'église de Saint-Vincent (2), il est néanmoins certain que la facture et la technique de ces œuvres devaient se ressentir de la barbarie des artistes indigènes qui les exécutèrent (3). Cette dégénérescence paraîttacitement 'admise par la laconique annotation du formulaire de Lucques, où ne figure les que l'élément essentiel de la méthode antique (I 'affresco), caractérisaient la peinture murale opérations accessoires qui romaine étant tombées en oubli durant la période de décadence de l'art. Cependant, à une époque demeurée incertaine, de nou­ veaux procédés se reconstituèrent dans les ateliers de l'empire byzantin sur les restes de la tradition antique. L'Hermeneia athonite, qui paraît résumer approximativement l'ensemble de ces connaissances, présente effectivement une méthode définie et systématisée, basée sur le procédé antique de l'affresco, auquel s'adjoint l'usage des retouches a secco, dont la date d'introduc­ tion reste inconnue. Des variantes de la manière byzantine _ avaient cours au nord des Alpes; l'une d'elles,décrite vers 1100 siècle dans par le moine Théophile, est reproduite au quirizième les manuscrits de J ehan le Bègue. C'est toutefois en Italie, non dans l'Europe centrale, que I' on chercherasurtout la continuation et le développement _de la fresque médiévale. En effet, le degré suivant de cette évolution est marqué par le système de Cennino, qui inaugure une technique particulière, où à côté d'un résidu­ d'éléments grecs apparaissent des pratiques locales s'écartant des traditions byzantines. La plus caractéristique de ces inno­ vations (l'induction _et l'achèvement quotidiens d'une portion - déterminée de l'ouvrage) peut être considérée comme l'attribut spécifique du système connu sous le nom de huon fresco, lequel, (I) EMÉRIC-DAVID: Histoire de la'peinture, p. 44, Sl, 56-57. (2)Cf. Greg. Turon. Hist. Eccl.Franc, L. II, c. 17, et Mabill. Annal. Ordo S. Beñed. t. I. I. V, e .. XLIV, p. 120. (3) « Artificum nostrorum opere.» Greg, Tur. Hist. Franc. L. X, e, 21, § 19. - Des artistes barbares se substituaient partout, à cette époque, aux anciens ouvriers romains, Sous Clotaire 1er, des Goths-construisirent l'église de Saint-Pierre à Rouen (Fridegod. Vit. S. Andoëni, c. V. - Bolland. Act. sanet. XXIV). Cf. aussi Venance Fortunat (L. II. carm. VIII), sur l'église de Saint-Saturnin bâtie par le duc Launebode .. - - - I02- adopté à l'époque de la Renaissance tant par les théoriciens que par les hommes de métier, constituera le principe fondamental de [a technique employée par les Buonarroti, les Jules Romain et les Corrège.