VijíMsaSi yKfi Sil i ■ Viir:t íIbíi-;".i? ili pliiHi Hlililí l IÍM ARTfCni937_jxEO GENERALITAT DE CATALUNYA Conselleria de Cultura (Comité de Paris de l'Exposition d'Art Catatan du au XV^ siècle) L'ART CATALAN A PARIS Musée National du Jeu de Paume Musée National de Maisons-Laííitte 1937 Cest sous le signe de VhospitalitS avec laquelle le Gouvernement Français reçut et garde les pièces capitales du trésor artistique de la Catalogne, que naquit Vidée de la présente publication. Si le désir de fixer dans un livre tout ce qui a été fait, tout ce qui a été dit au sujet d^une des plus hautes manifesta¬ tions de la spiritualité catalane Va ins¬ pirée, un double devoir nous Va fait conduire à terme : le devoir de remercier le peuple français et celui de faire parvenir en Catalogne Vécho qu''éveilla Vart catalan au cœur de la France. Rien n''est plus réconfortant, en face des manifestations de violence les plus barbares comme celles que la Catalogne subit si héroïquement, que Vaffirmation et la reconnaissance de ces valeurs qui ne passent pas etqui constituent la preuve la plus claire et la plus incoercible de son âme nationale. I CHRONIQUE DES EXPOSITIONS D'ART CATALAN DU X* AU XV SIÈCLE AU MUSÉE DU JEU DE PAUME ET AU CHATEAU DE MAISONS-LAEFITTE Decret du youvernement de Catalogne décidant l'organisation d'une Exposition d'Art médiéval catalan à Paris. Le 28 janvier J937, le décret suivant a paru au Journal officiel de la Généralité de Catalogne : « Le peuple qui sait faire front à l'insurrection et qui défend ses libertés avec les armes, a su défendre aussi le patrimoine historique, artistique et scientifique que la Généralité de Catalogne conserve et enrichit chaque jour, comme il appartient de le faire à sa représenta¬ tion populaire. Celle-ci se sent pleinement responsable de ce patri¬ moine que l'esprit immortel de la Catalogne, prenant forme entre les mains de ses artistes et ses artisans, nous a légué. L'initiative de la Généralité de Catalogne depuis sa restauration et la collaboration de tout le peuple ont permis de réunir une des plus précieuses col¬ lections d'art médiéval qui puissent être offertes à l'admiration de monde, comme manifestation de l'art catalan. Pour ces raisons, le Département de Culture et le Commissariat de Propagande, en rela¬ tion avec le ministère de l'Education nationale de France, ont projeté d'ouvrir à Paris une Exposition d'art médiéval catalan dans laquelle des exemplaires de nos collections soigneusement choisis par le Com¬ missariat général des Musées, affirmeront notre personnalité natio¬ nale et les sentiments de respect et de ferveur pour la culture que les horreurs de la guerre n'ont pu dissiper. » Le Comité catalan de l'Exposition. L'article premier du dispositif du décret ci-dessus mentionné fixe la constitution, sous le patronage d'honneur de M. Lluis Companys, président de la Généralité, d'un Comité composé de : MM. Josep — 11 — Terradellas, premier conseiller ; Antoni Maria Sbert, conseiller à l'Instruction public|ue ; Pere Coromines, commissaire général des Musées de Catalogne ; P. Bosch Gimpera, recteur de l'Université ; J. Folch i Torres, directeur des Musées d'art de Catalogne, et Rafael Closas, secrétaire des Relations extérieures auprès de la présidence de la Généralité. Le Comité exécutif à Pnris. Le décret ci-dessus mentionné fixe la constitution d'un Comité exécutif à Paris qui agit par délégation du Comité catalan. La présidence du Comité de Paris fut attribuée à l'ex-conseiller de culture du Gouvernement de Catalogne : M. Ventura Gassol. Le Comité de Paris était composé de : MM. Pau Casais, P. R. Picasso, J. Puig i Ferreter, J. Folch i Torres, J. Ll. Sert, Enric Roig Querol et Melcior Font. Le choix (les (curres ti exposer. En exécution de l'accord du Gouvernement, le Commissariat des Musées de Catalogne reçut l'ordre d'organiser l'exposition à Paris. La Direction générale des Musées établit le plan des œuvres à présenter, enchoisissant celles qui, par leur ensemble, constitue¬ raient une représentation parfaite de l'art de la Catalogne à l'épocjue romane, avec tous ses aspects particuliers, sa peinture, sa broderie et sa sculpture sur bois qui sont sans analogues en Europe. Ainsi, la section romane constituerait un véritable chapitre nouveau de l'histoire de l'art en Europe occidentale au moyen âge, aucun autre pays n'ayant conservé de tels matériaux pour en permettre l'étude. Quant à l'art gothique, on réunit tout d'abord une série d'œuvres maîtresses qui marquent les étapes de l'évolution artistique de la Catalogne aux xiv® et xv® siècles ; ces œuvres devaient provenir, au moins pour la plupart, d'auteurs sur lesquels nous soyons docu¬ mentés bistoriquement. Une sélection de grandes pièces d'orfèvrerie des xiv® et xv® siècles, portant la marque des grands ateliers catalans de Gérone, Barcelone et Vich, et un choix de verres émaillés des xv®, xvi® et xvii® siècles, offriraient le spectacle de la production d'art somptuaire dans notre pays. En outre, en raison de leur intérêt au point de vue technique, la fresque, la peinture sur panneau de bois, l'imitation d'orfèvrerie, la sculpture sur bois, les broderies, présenteraient une vision de tech¬ niques artistiques peu connues, d'un puissant intérêt dans le champ des études de l'art médiéval européen. Le (fouvernemenl français concède ¿ï rExposition le Musée national du Jeu de Paume. LeComité commença ses démarches auprès du gouvernement français et y trouva dès le premier moment, un accueil enthousiaste. Le Président du Comité eut une audience du Chef du gouvernement, M. Léon Blum, du ministre de l'Education nationale, M. Jean Zay et de celui des Affaires étrangères, M. Yvon Delbos pour leur exprimer les intentions du gouvernement de la Catalogne au sujet de cette exposition : présenter à Paris, en ces heures décisives de l'histoire de son peuple, une synthèse de ce que fut l'art de la Catalogne au cours de sa vie nationale. Le gouvernement français, saisi de ce désir, offrit aussitôt un musée national, au cœur de la capitale, pour y recevoir cette expo¬ sition. Des facilités de toutes sortes furent accordées. La direction des Musées nationaux chargea le spécialiste des Ecoles étrangères, qu'est M. André Dézarrois, de l'organisation de l'Exposition au Musée national du Jeu de Paume. André Dézarrois accueillit l'idée avec un enthousiasme fervent et fut pour le Comité, dès le premier moment, le collaborateur le plus efficace. Les facilités qu'il accorda à l'organisation, à l'installation et à la propagande furent décisives. Ce nous est un devoir de rendre dans ces pages à André Dézarrois, au de la Catalogne, nom un tribut d'admiration et de reconnaissance. Le Comité d'honneur. Un Comité d'honneur fut créé le haut patronage de MM. Jean sous Zay, ministre de l'Education nationale ; Edouard Herriot, président de la Chambre des députés, et L. Araquistain, ambassadeur d'Espagne à Paris, et qui réunit les noms de M. Georges Huisman, directeur générai des Beaux-Arts ; M. Henri Verne, directeur des Musées natio- — 13 — naux ; M. Paul Valéry, membre de l'Académie française, président du Comité des Lettres et des Arts de l'Institut de Coopération intellec¬ tuelle ; Henri Bonnet, directeur de l'Institut de Coopération intellec¬ tuelle ; Henri Focillon, professeur d'Histoire de l'Art en Sorbonne ; Jean Cassou, inspecteur des Beaux-Arts, chargé de mission au cabinet de l'Education nationale ; et Pierre Lavedan, professeur d'Histoire de l'Art à l'Université de Paris. Nous devons une reconnaissance particulière à MM. Laugier, Aragon, Jean Cassou, Marcel Abraham, Lucien Vogel, G.-H. Bivière et Jean Bichard Bloch qui, de tout leur enthousiasme amical, ont aidé à fixer dans les esprits non seulement la possibilité, mais la nécessité de réaliser ce projet. Le Iransport des œuvres (l'art à Paris. Le problème du transport des œuvres d'art qui a été posé en Europe ces dernières années, à l'occasion des grandes expositions d'art italien à Londres et à Paris et d'art d'Extrême-Orient, persan et byzantin, etc., à Londres, profitait dans le cercle réduit de notre Catalogne, d'expériences récentes de grand intérêt. Grâce à elles, le transport de nos œuvres d'art à Paris fut parfait. En effet, la grande concentration d'œuvres d'art de toute l'Es¬ pagne, réalisée en 1929, à l'occasion de l'Exposition internationale de Montjuic, avec tout le trafic d'apport et de réintégration d'objets de très grande valeur et de pièces unic(ues, nous avait laissé un per¬ sonnel de choix, entraîné par une pratic{ue précieuse en l'occurence. Ce personnel, agrégé au service des Musées, avait également effec¬ tué en1931-1932 tout le transfert des musées d'art de Barcelone aux nouveaux édifices de Montjuic et de même celui des collections Plandiura et Boseh Catarineu incorporées aux musées. Enfin tout le sauvetage des œuvres d'art effectué par le gouvernement de la Généralité pendant la Révolution de 1936, fut effectué par ce même service de transports. Cette expérience avait donné la conviction que, en matière de transports, trois choses étaient essentielles : a) que ceux qui mani¬ pulent les pièces en connussent parfaitement l'état ; 6) que les obiets pussent demeurer visibles dans le camion ou le wagon au cours du voyage ; c) que le service de restauration du musée les accompagnât afin que, après examen, on soit à même, s'il en était besoin, de modi- — 14 — fier Ies conditions de placement ou de protection des objets à rintérieur du véhicule. Partant de ces principes, on organisa l'expédition, en utilisant le service de transport des musées d'art de Barcelone. Ayant réuni à Olot la plus grande partie des objets qui devaient être exposés à Paris, on fit d'Olot le centre de départ des expéditions. Ces expéditions furent au nombre de trois pour l'Exposition du Jeu de Paume aux Tuileries, plus une pour le château de Maisons- Laffitte. Une première comprenant trois grands camions, une seconde, deux camions et une troisième, deux encore. Les locaux dont on disposait à Maisons-Laffitte permirent encore une nouvelle expédition de trois camions, avec en outre une quantité de matériel d'installation dont la location à Paris eût été coûteuse et qui aurait été mal adapté à la condition des objets. Le gouvernement français reçoit tes œuvres à exposer. Depuis la Catalogne, le convoi des camions transportant les œuvres d'art fut accompagné par les forces du corps des « Mossos de l'Esquadra» avec l'autorisation du ministère de l'Intérieur de France leur permettant d'entrer armés sur le territoire de la République. Ce même ministère, à la demande des organisateurs de l'Exposi¬ tion, établit tout le long des routes de France, un service de surveil¬ lance. Toutes les préfectures se trouvant sur l'itinéraire suivi par les camions furent prévenues et à chaque étape, un peloton de gardes mobiles recevait l'expédition ; les camions étaient conduits là où le personnel devait passer la nuit et placés à l'intérieur de la cour de la caserne de police de l'endroit. L'inventaire des œuvres exposées. Selon un accord établi entre les organisateurs d'une part et le ministère des Finances de France et celui de la République espagnole d'autre part, le passage de la douane espagnole s'effectua à Olot, au moment duchargement des camions ; c'est là que se fit l'inspection des objets dont on dressa une liste numérotée, vérifiant pour chaque objet le numéro de l'Inventaire général des Musées. La douane française passa l'inspection à Paris, au moment du déchargement, tandis que l'on procédait à la vérification des listes espagnoles et françaises, en toute exactitude, et que l'on établissait les reçus. Un inventaire des objets exposés fut établi et les reçus furent signés par la Direction des Musées de France et contresignés comme conformes, par la Direction de nos musées. Les listes des objets sortis d'Olot, entrés en France et expi^sés au Jeu de Paume et à Maisons-Laffitte ont donc été établies et signées par les autorités des Douanes et des Musées de France. Un exemplaire de cet inventaire signé et scellé a été déposé à l'Office international des Musées qui est une dépendance de la Société des Nations. L'installtilion nu uiiisi^o du Jou do Piunuo. L'installation au musée du Jeu de Paume dut être effectuée rapi¬ dement, car le local était promis pour les premiers jours de juin au gouvernement autrichien pour une exposition d'art historique; le temps dont disposait l'Art catalan était limité aux mois d'avril et de mai. La répartition des pièces suivant l'ordre chronologique ne fut pas possible, étant donné la disposition des locaux. Pour la peinture murale on dut se limiter aux absides les plus petites de nos collections et aux surfaces planes. Les grands morceaux de peinture murale et de mobilier liturgicjue durent être placés en majorité dans le vestibule et sans ordre de dates. En dehors du vestibule, dans les salles, on put ordonner les pièces suivant l'ordre cbronologicjue. Les deux galeries et une grande salle servirent à loger les peintures, sculptures et broderies des xi®-xiF et XIII® siècles. A l'étage supérieur et dans le bail de l'escalier, on plaça le retable et le grand baldaquin d'argent de la cathédrale de Gérone et toutes les œuvres d'orfèvrerie se groupèrent autour. Dans la salle de l'aile droite, toute la peinture et toute la sculpture des xiii®, xiv® et XV® siècles et dans celles de gauche, toutes les œuvres de la seconde moitié du XV® siècle. Le Directeur général des Musées d'art de Catalogne, M. .Joaquim Folch i Torres et l'architecte, J. LI. Sert ont dirigé l'installation, s'efforçant de mettre chaque pièce dans une ambiance de simplicité. — 16 — Les murs tlu rez-de-chaussée du musée du Jeu de Paume furent couverts par de grandes reproductions de monuments d'architecture catalane les cathédrales de Barcelone, Tarragone, les églises du Pi : et de Santa Maria del Mar, les églises romanes de Tarrasa, le cloître de Pohlet, etc. La grande reproduction de Santa Maria del Mar, photo prise après le soulèvement militaire, a démenti la légende de sa destruction totale et a permis de faire connaître aux visiteurs l'œuvre, de sauvetage entreprise par le gouvernement de la Catalogne. Les grandes reproductions du rez-de-chaussée, celle du Musée d'art de Catalogne en particulier — que les critiques français ont déclaré le musée le mieux installé de toute l'Europe — ont fait connaître l'œuvre artistique des gouvernements de la Catalogne depuis qu'elle a recouvré son autonomie. Une (jrtnnle nfl'ielie aux foii/eiiivs de In Cnlalogne dans les rues de Paris. A travers les rues de Paris spécialement dans tous les parages et des Tuileries, sur les cartouches des musées nationaux, au milieu du jardin, sur toute la place de la Concorde, sur les mâts des Champs- Elysées réservés à la publicité des expositions et en bas du Jeu de Paume, on vit apparaître aux premiers jours de mars, une grande affiche avec le drapeau catalan, annonçant le jour d'ouverture de l'Exposition au cœur de Paris. Exposition organisée, disait-elle, par le gouvernement de Cata¬ « logne, sous le patronage de l'ambassadeur d'Espagne à Paris. » L'alfiche portait comme en-tête la désignation du ministère de l'Education nationale de France et de la Direction générale des Beaux- Arts. A côté de cette grande affiche, deux autres apparurent sur tous les murs de Paris, éditées également par le Comité de Paris, qui repro¬ duisaient un fragment de peinture romane. Noiis avons vu également les affiches de l'Exposition catalane aux portes de toutes les galeries d'expositions de Paris, à l'entrée de tous les musées nationaux, dans Ions les centres de culture et d'art, et dans les associations ouvrières. — 17 — Les reproductions el ¡es commentaires de presse commencent à paraître. Pendant que le travail d'installation au musée du Jeu de Paume s'effectuait, les œuvresd'art commençaient déjà à recevoir la visite des premiers critiques d'art de Paris et des représentants de la majo¬ rité des journaux. Le lendemain du jour où apparurent les affiches, le Comité de Paris installa au Jeu de Paume un secrétariat pour recevoir la presse et procurer le matériel graphique et les renseignements de toutes sortes. Tous lesjournaux de Paris quelle cju'en soit la nuance politique, publièrent dès avant l'inauguration, des reproductions des œuvres exposées et des renseignements les plus détaillés. Le département de Culture de Catalogne avait envoyé à Paris une quantité très considérable de reproductions qui furent épuisées et l'on dut faire de nouveaux clichés. Le directeur des Musées de Catalogne, J. Folch i Torres recevait les journalistes, les critiques d'art et les conservateurs des Musées de France qui demandaient des détails sur le sauvetage du Patrimoine de la Catalogne, sur les œuvres exposées et sur le but de l'Exposition. La presse de Paris visite l'Exposition eatidane. Le 19 mars, la Direction du musée du Jeu de Paume invitait la presse de Paris à visiter l'Exposition où M. Dezarrois l'accueillit. M. J. Folch i Torres accompagnait les journalistes. L'ambassade d'Es¬ pagne à Paris, le gouvernement de Catalogne et celui du Pays basque étaient représentés à cette réception. Le Président du Comité catalan, Ventura Gassol, prononça à cette cérémonie le discours suivant : « Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, tout en exprimant ma gratitude pour les mots de présentation si aimables que M. Dézarrois vient de me consacrer, de reconnaître également toute l'aide que nous a accordée si généreusement le gouvernement de la France, qui sut trouver en M. Dézarrois un des animateurs les plus zélés, les plus intelligents, d'une des œuvres qui donnent le plus de gloire à votre pays : celle de rapprocher par l'art tous les peuples ! — 18 — « Ce n'est pas avec une joie facile et légère que je nie trouve aujourd'hui parmi vous et parmi tant d'oeuvres artistiques les plus représentatives de l'âme de la Catalogne. Aucun de vous, j'en suis sûr, ne cessera, un seul moment, de ressentir toute l'émotion qui, forcé¬ ment doit troubler, en cet instant, au plus profond de moi-même, tous mes sentiments, toutes mes pensées. « A l'heure même où nous sommes en train de célébrer cet acte si simple, mais qui a toute la grandeur intime d'une des plus belles fêtes de l'esprit, il y a, de l'autre côté des Pyrénées, des milliers et des milliers de frères qui nous sont si cbers, qui se battent de la façon la plus héroïque et la plus sanglante pour la défense de la liberté et de l'idéal que représentent toutes ces œuvres d'art : celui de la civilisation. « Lies Pyrénées, si hautes qu'elles soient, ne le sont pas encore assez qu'elles empêchent de nous arriver, par delà le bruit des armes, les voix de cette affirmation historique qu'à l'heure actuelle font tous les peuples d'Espagne. Et, en me voyant entouré de tant de frères journalistes, je suis tenté de fondre toutes ces voix en un même cri pour que vous le répandiez partout, fidèles à votre mission. Et si je ne le fais pas, c'est parce que je crains le ton politique que pourrait prendre ce cri et aussi parce que je suis convaincu de cette bien plus grande pureté et du bien plus grand pathétique qu'il prend s'il est simplement poussé par ces images de pierre, de bois, d'orfèvrerie, et par celles des murs et des retables. Chair de notre chair, esprit de notre esprit, aujourd'hui elles aiment à se révéler ici au cœur même de Paris, de cette capitale de la culture qui représente votre France, per¬ mettez-moi de dire notre France si douce et si aimée ! « Je souhaite que par-dessus toutes les divergences politiques vous voyiez dans cette exposition tout le sens que nous avons voulu lui donner, en tant que représentants du gouvernement de la Cata¬ logne : affirmer en ce moment d'angoisse et de péril pour notre peuple, ce qu'il a de plus racé et de plus permanent, et qui domi¬ nera tous les ébranlements de toutes les batailles. « 11 pas non plus difficile de découvrir dans une bonne ne vous sera partie de ces œuvres les éléments communs. Ils vous diront les raisons plus intimes de cette fraternité et de ces liens indestructibles que les heures de gloire rendirent plus claires, mais que les heures d'angoisse, il faut bien le dire, ont rendues plus fortes encore, éternelles. — 19 — (( IvL iiiainlenant, pris comme jome sens de celte crainle à latfiiellc je faisais allusion plus liaul, permettez-moi de prier mon cher ami Folch i Torres de vous parler de notre Exposition au point de vue technique, puisqu'il a été l'âme de nos musées de Catalogne. Je l'ai vu travailler au département de l'Instruction publique, dans ce gouvernement qui a eu la gloire d'être présidé par le père de nos libertés, ce grand ami de la France, l'rancesc iNlacià, qui rendit possible notre grand musee national. Et je l'ai retrouvé eneore dans les autres gouvernements de Catalogne, ([ui ont suivi celui-là jusc[u'aux jours sanglants de la guerre civile. « Que cette manifestation de notre spiritualité, au-dessus même de la guerre, soit comme le cri de cet ardent désir, de eette soif insa- tialde de paix, de justice et de liberté ([ue ressentent, avee la Catalogne, tons les peuples de l'Espagne républicaine !» IJiiiniKjiirulioii oííiciollo de l'Exposilioii ini Mnsóc du Juu do Ptuuno. Le 20 mars, le ministre de l'Education nationale de Ih-ance, AI. Jean Zay, inaugura offieiellement l'Exposition, accompagné du conseiller à l'Instruction pul)lic[ue de Catalogne, Al. Antoni-Alaria Sbert, spécialement envoyé à Paris par le président et le gouvernement de Catalogne et de Al. Aventura GasstJ, président du Comité catalan de l'Exposition. Le ministre français était accompagné par AI. Abraham et AI. Jean Cassou, de son cabinet ; AI. G. Iluisman, directeur général des Beaux-Arts ; AI. AArne, directeur des musées nationaux et de l'Ecole du Louvre ; AI. Julien Gain, administrateur de la Bibliothèque nationale ; AL J. Loc[uin, qui représentait le président du Conseil, et AL Dézarrois. L'ambassade d'Espagne était représentée, par Aime Louis Araquistain ; le gouvernement basque, par AL Pieavea. De la Catalogne étaient également venus avec le conseiller : AL Pere Coromines, commissaire général des musées d'art de Cata¬ logne, et AL .Jaume Aliravitlles, commissaire à la Propagande de la Généralité. On notait, en outre, parmi les personnalités officielles le recteur de l'Université de Barcelone AL Pere Bosch Gimpera, le recteur de l'Université de Aladrid, AI. José Gaos, l'attaché culturel à l'ambas¬ sade d'Espagne, AL Alax Aub. Le directeur général des Alusées de Catalogne, AL .1. h^olch i Torres, faisait les honneurs de la visite. — 20 — A l'issue de cette réception, un déjeuner a été offert par l'ambas¬ sade d'Espagne au ministre de l'Education nationale français, M. Jean Zay, et au conseiller de l'Instruction publique de Catalogne, M. Antoni- Maria Sbert. Dans cette cérémonie d'inauguration, le ministre fit savoir com¬ bien il lui était agréable de voir exposés en un musée national, au cœur de Paris, les chefs-d'œuvre de l'art de la Catalogne ; il offrit à nouveau toute la collaboration du gouvernement français pour c[ue cette mani¬ festation de l'art et de l'esprit de notre pays obtienne une pleine réussite. Le conseiller de culture, Antoni-Maiia Sbert, remercia le ministre de ses paroles, au nom du Président et du gouvernement de la Cata¬ logne. L'atiliionce du puhJic ¿tu Jeu de Paume. L'affluence du public au Jeu de Paume a été, dès le premier jour, extraordinaire. Aucune exposition n'avait encore accumulé dans ses salles un nombre de visiteurs égal à celui qui y a défilé sans arrêt. Le nombre des entrées atteignit un chiffre impressionnant qu'au¬ cune exposition n'avait enregistré auparavant. Des critiques d'art, des éditeurs, des directeurs de revues artis¬ tiques, dès conservateurs de musées de Belgique, d'Angleterre, de Russie, d'Allemagne, des représentants d'agences de la presse inter¬ nationale ont fait le voyage de Paris pour visiter l'Exposition et en recueillir tout le matériel graphique. Plusieurs pays ont demandé le transfert de l'Exposition. Une liste de visiteurs que nous présentons plus loin donnera une idée de ce succès. Le microithone de Radio-P. T. T. ¿tu service de l'Exposition. Le poste de Badio-P. T. T. mettait, au lendemain de l'ouverture de l'Exposition, son microphone à la disposition de M. Ventura Gassol, président du Comité de Paris. D'autres postes d'émission ont invité M. J. Folch i Torres, com¬ missaire de l'Exposition, et M. Jaume Miravitlles, commissaire à la — 21 — Propagande de la Généralité de Catalogne, à expliquer à leurs auditeurs le but de l'Exposition d'Art catalan. Le poste de Radio-Cité a donné un interview de M. Jaume Mira- vitlles par M. Bertrand Philippon. Discours de Venluru Gttssol au poste d'Étal P. T. T. « Puisque je vous parle à l'espace et que vous ne me voyez travers et ne me connaissez même pas,je voudrais que ma voix vous arrivât telle une voix qui viendrait de vous-même plutôt que d'un homme comme moi pour qui la vie politique de son pays fut toujours la plus grande passion et le plus ardent des rêves. «Je voudrais pour ma voix toute la pureté, toute l'insinuation tiède mais pénétrante des voix intérieures, plutôt qu'une résonance physique de sons plus ou moins beaux, mais qui vous sont étrangers ; je voudrais qu'elle devienne pour vous comme un écho de votre propre conscience. « Mais pourrais-je oublier l'accent de ma voix et pourriez-vous cesser de l'entendre ? Non ! D'après mon accent, vous allez sentir que c'est bien un catalan qui vous parle. Et jamais comme aujourd'hui l'accent catalan n'aura été pour vous, français, plus clair ni plus compréhensible. Il vous dira l'intime union spirituelle de nos deux langues comme la plus émouvante manifestation de celle de nos deux peuples. Union certainement indestructible, parce qu'elle est tressée en même temps par ces liens du sol et par ces liens du sang quere présente pour vous, français, et pour nous, catalans, l'anneau symbolique de la Catalogne française. * «Vous vous attendiez sans doute à m'entendre parler des hor¬ reurs fratricides de chez moi sous le signe noir de nouveaux barbares. Non. Ce n'est pas nécessaire, je le sais bien. Je connais bien votre sensibilité politique et à quel point le peuple français en souffre comme dans sa propre chair. « Mais permettez-moi tout de même d'attirer votre attention sur l'Exposition d'Art catalan ancien du musée du Jeu de Paume, que le gouvernement de la Catalogne a voulu organiser dans un des moments les plus dramatiques de l'histoire de notre peuple. La voilà l'affirma¬ tion que vous devez entendre et que je ne voudrais voiler par aucune — 22 — de mes paroles, par aucune rhétorique. Le voilà, le cri poussé au cœur même de Paris par ce silence aux mille voix de toutes ces œuvres d'art roman et gothique qui témoignent, à travers cinq siècles d'histoire, en faveur de la Catalogne. Rien de plus clair, rien de plus pur, rien de plus pathétique. Au-dessus des horreurs et des angoisses de la guerre, toutes ces images de pierre, de hois et d'orfèvrerie crient l'affir¬ mation d'un peuple qui ne mourir, attestent que la Catalo¬ veut pas gne tient et tiendra toujours. « Et si, auparavant, j'attirais votre attention sur l'accent catalan de mon français, permettez-moi pour finir, de l'attirer à nouveau sur l'accent souvent hien français de notre Art catalan du x® au xv® siècle. Ce qui veut dire que, hier comme aujourd'hui, comme demain, nos deux peuples aimeront conjuguer toujours le plus intimement possible toutes les manifestations de leurs esprits, dans leur culture, leur politique, leur sens social, pour leur gloire et leur bonheur et pour le bonheur et la gloire de tous les hommes et tous les peuples. « Pour la Catalogne ! Pour l'Espagne républicaine ! Pour la France! Pour la paix internationale, chers auditeurs, salut!» Le Calaloijue. Un catalogue fut publié sur cent pages de grand format dont soixante en papier couché et avec une cinquantaine de reproductions des œuvres principales. La direction des Musées d'art de Catalogne rédigea ce catalogue qui contient une notice minutieuse sur chacune des œuvres exposées, offrant une sorte de résumé de l'histoire de l'Art de la Catalogne au moyen âge. A la fin del'avant-propos, J. Folch i Torres écrivait que «cette Exposition d'un ensemble d'œuvres d'art où se manifestent la person¬ nalité et les valeurs spirituelles de la Catalogne vient aujourd'hui affirmer la réalité historique de ce pays. » Ce catalogue fut épuisé en pleine exposition et il fallut en faire une réimpression. Le Commissaire des Musées de Calaloyne, Pere Corominas, preface le eataloíjue. « L'Exposition d'Art catalan à Paris tient à présenter une syn¬ thèse de ce que fut l'art de la Catalogne, dans la période historique de sa vie nationale. — 23 — Cet art prit naissance vers la seconde moitié du x® siècle, affirma dès cette époque une force originale, avec des moyens d'expression qui n'appartinrent qu'à lui. Entre le xiv® et le xv® siècle, il gagne en richesse ce c[u'il perd en personnalité, puis, sous l'influence d'événe¬ ments politiques contraires, il se résorbe et dépérit, par un phéno¬ mène de consomption presque spontané, sans avoir donné sa mesure, à l'époque même où triomphe en Italie la Renaissance. L'Exposition apportera, en outre, le témoignage des efforts l'éalisés par le mouvement catalaniste, de la fin du siècle dernier jusqu'à aujourd'hui,, pour récupérer les œuvres dispersées et souvent trop oubliées des artistes autochtones. Ce fait ne surprendra guère les spécialistes français ; nombre d'entre eux connaissent fort bien notre art national et ont contribué puissamment à son étude. Ce patrimoine, aujourd'hui presque tout entier entre les mains du gouvernement catalan, constitue l'un des fonds de peinture médié¬ vale les plus importants d'Europe et l'élément capital du musée de Catalogne, situé dans le parc de Montjuïc à Barcelone. Cet effort répondait pour nous à la satisfaction d'un double besoin : tout d'abord, recueillir les témoignages de notre art national, les faire connaître ensuite au monde cultivé. Compensation inattendue, en rassemblant ainsi les chefs-d'œuvre de l'Art catalan nous apprîmes bientôt l'intérêt d'ordre général que présentaient les œuvres décou¬ vertes. Des séries de peintures mobiles, encore inconnues, reculaient considérablement les premières dates de la peinture sur panneaux de bois, chez les peuples de l'Europe occidentale au moyen âge, et offraient aux historiens de nouveaux points de repère pour l'étude de ses origines comme pour celles de la sculpture médiévale. Dans une Catalogne découpée en provinces sans moyens écono¬ miques, privée de toute autorité autre que celle des institutions muni¬ cipales et départementales, ces œuvres étaient hier encore pourchassées par les collectionneurs d'Europe et d'Amérique qui cherchaient et réussissaient trop souvent à les exporter. Alors qu'il était fort difficile, jusqu'à l'événement de la Répu¬ blique, de s'y opposer, on y parvint aisément avec l'autonomie. 11 faut préciser cependant que les hommes politiques et les spécia¬ listes ne ménagèrent jamais leur concours à cette tâche. UInstitut d'Etudes catalanes, installées jusqu'à présent dans le Palais de la Généralité, créait les services d'investigation historique et scientifique qui ont, au fur et à mesure, étudié les œuvres déeouvertes et révélé leur intérêt. A ses côtés s'installaient encore, comme annexe de la même institution, les Services de Conservation des Monuments et de Défense du Patrimoine artistique, les Services enfin des Fouilles et l^echerches archéologiques, des Archives et Bibliothèques, Services que le gouver¬ nement de Catalogne convertit de même que les musées, en Services d'état. L'autonomie, grâce à l'élan national qu'elle détermina, enrichit le patrimoine artistique catalan dans d'énormes proportions. En 1932, la Généralité et le Conseil municipalde Barcelone accfuirent la Collec¬ tion Plandiura. il ne serait pas juste de rappeler cette acquisition qui fait honneur au gouvernement et au peuple de Catalogne, sans y ajouter un hom¬ mage au patriote si élevé, le président Macià qui la rendit possible. L'année suivante, l'Institut catalan contre le chômage déposait au musée d'Art la Collection Bosch i Catarineu qui, de même que la Collection Plandiura, présentait un intérêt capital. Aujourd'hui, enfin, grâce aux apports du Service de Défense du Patrimoine artistique cjui a sauvé les. grandes œuvres conservées dans les édifices religieux, la guerre civile a enrichi de façon inattendue les collections du musée. On peut affirmer que tout ce c|ui subsiste de ce mouvement artistique catalan du moyen âge, se trouve en posses¬ sion de la Généralité ou, plus exactement, du Commissariat général des Musées, définitivement transformé en Institution d'état. Le Commissariat général des Musées n'est qu'une des Institutions organisées par le Département de la Culture de la Généralité de Cata¬ logne, aux fins de veiller à la sauvegarde de notre art national. Le Service de Défense du Patrimoine artistique, cjui l'aidait dans son œuvre, a fait preuve au cours des derniers mois, de la même intelligence et de la même activité lorsqu'il s'agit de mettre à l'abri les œuvres d'art des édifices religieux et des collections privées qui se trou\aient menacées lorsque éclata la guerre civile. Dès le lendemain de la rebellion, on vit de nombreuses automobiles sillonner les routes de Catalogne pour préserver et recueillir les objets d'art catalogués, tous leurs emplacements étant connus et mentionnés sur les fiches du Service de Conservation des 11» Monuments. Ainsi, maleré • O / le désordre et rincohérence des réactions violentes provoquées par la révolte militaire, peu nombreuses sont les œuvres d'un intérêt artis- tique capital qui furent détruites. Les cathédrales de Barcelone, de Gérone, de Tarragone sont intactes ; les grands monastères de Pedralbes et Montserrat, et ceux de Poblet i Santes Creus, en voie de réparation tous deux, n'ont pas eu à subir la présence des foules armées. On peut affirmer qu'il n'y a pas une organisation syndicale ouvrière qui n'ait apporté son concours actif au sauvetage de notre patrimoine artistique. Celui-ci a transmis tous les dons reçus au musée, car notre commissariat n'admet et ne saurait admettre dans ses collections que les œuvres acquises avec les fonds que la Généralité de Catalogne et la Municipalité de Barcelone mettent à sa disposition, celles qu'il reçoit par donations volontaires des particuliers, et celles, enfin, que lui remet le susdit Service de Défense du Patrimoine artistique catalan. Ce résultat, donc, est dû à l'activité du bureau des Services de la Généralité autant qu'à la ferveur patriotique du peuple. Grâce aux fondateurs et conservateurs des musées, il a compris qu'il s'agissait d'une œuvre de reconstruction nationale. Et c'est là une des plus belles justifications de notre liberté. Voici donc le but de VExposition d'Art catalan à Paris : Vous pré¬ senter en raccourci un aspect de ce que les Catalans ont pu, avec effort, sauver et réunir pour la reconstitution d'un mouvement artis¬ tique national, pratiquement inconnu et pour le moins sous-estimé jusqu'à présent. Quant à la présence même de ces œuvres à Paris, nous voudrions qu'elle fût un appel émouvant aux représentants impar¬ tiaux de la pensée française, en faveur de la plus pure spiritualité d'un peuple qui ne veut pas succomber. » Pere Corominas, Commissaire général des Musées de Catalogne. L·e Comité de l'aris expose ù la première pape du catalopue le hut de l'Exposiiton. « d'organisation catalan, chargé d'offrir à Paris, capi¬ Le Comité tale spirituelle de l'Europe, cette Exposition, n'a pas voulu qu'elle révélât seulement, en un moment dramatique de sa vie nationale, la gloire et le passé de tout un peuple, mais encore, à travers cinq siècles de son histoire, la pérennité de son destin. Telle a été la volonté qu'il s'est efforcée de traduire. 11 lui reste un devoir à accom¬ plir, celui d'exprimer sa gratitude profonde à MM. les ministres des Affaires étrangères et de l'Education nationale, dont le généreux accueil a permis la réalisation de cette Exposition, w Plus (le mille eommeuUiires de presse en ïrnnçais, en anglais et en aliemand. Numéros extraordinaires entièrement eonsacrés à l'Exposition. Nous reproduisons dans ce fascicule l'opinion de la presse. Des numéros extraordinaires complets ont été édités par Beaux-Arts, Visages du Monde, Reçue de VArt, et des pages entières illustrées ont été consacrées à l'Exposition, par Marianne, Vendredi, VIllustration, Les Noucelles littéraires. Vu, Miroir du Monde, Le Monde catholique, etc. L'ouvrage sur " Le Sauvetage du patri¬ moine artistique de la Catalogne édité par ie Commissariat de la Propagande, obtient une diffusion extraordinaire. De très nombreux exemplaires du livre édité par le Commissa¬ riat de Propagande de la Généralité de Catalogne, sur : Le du Patrimoine Sauvetage artistique et historique de la Catalogne, ont été vendus à l'Exposition. La collection de photographies des œuvres exposées qui avait été envoyée à Paris par le Département de Culture de la Généralité a été épuisée. Peux grands livres sur l'Art eatalan : " fJArt de la Catalogne de " Cahiers d'art " et " TJArt catalan de A. Dézar- rois. A l'occasion de l'Exposition, deux livres ont été édités à Paris ; L'art de la Catalogne, dans les Cahiers d'art, ouvrage complet sur l'art catalan du moyen âge, avec trois cent quatre-vingt documents de grand format et une édition de grand luxe, et L'Art catalan sous la signature d'André Dézarrois, conservateur des musées nationaux — 27 — — édité par la librairie des Arts décoratifs — et qui comprend cin¬ quante-deux planches en phototypie. Du livre sur UArt de la Catalogne outre une édi¬ on a publié en tion anglais et une en allemand qui ont obtenu dans ces pays une en grande diffusion comme le prouvent les coupures de presse que nous publions. Le Président du Comité catalan de Paris, offrit au Chef du gouvernement français, au nom du Président et du gouvernement de la Catalogne, un exemplaire de ce livre édité par les Cahiers d'Art, avec la collaboration du Conseil de Culture et du Commissariat de Propagande ; il a offert également des exemplaires de cet ouvrage à tous les ministres et aux principales personnalités du monde poli¬ tique, littéraire et artistique de France. Diffusion (les f)ul)iirnlions eatnianes. Tout comme au Jeu de Paume, on mit en vente à l'entrée du château de Maisons-Laffitte, celles du Commissariat des Musées, le livre édité par le Commissariat de Propagande sur le sauvetage du Patrimoine artistique de la Catalogne (édition française et anglaise) et le numéro extraordinaire du Journal de Barcelone édité par le Comité catalan de Paris ; et tout cela à côté des catalogues et du matériel photographique édité par le Département de Culture de la Généralité de Catalogne (Service du Patrimoine artistique) et par le Service de Reproductions du Louvre. Un numéro de divulgation édité par te Comité de Paris. Le Comité de Paris, d'accord avec le Commissariat de Propagande l'ouver¬ de la Généralité de Catalogne, a consacré, c[uelc{ue temps après ture de l'Exposition au Musée National du Jeu de Paume, un numéro extraordinaire de grand format, sur papier couché, du Journal de Barcelone, publié à Paris par la Délégation du susdit Commissariat. Ce numéro est même temps qu'un catalogue, une feuille divul¬ en guant l'œuvre accompjie et faisant connaître le retentissement de 'Exposition et l'action de sauvetage du patrimoine menée à bien par le Gouvernement de la Catalogne. Sous une reproduisant à pleine page le Saint Georges couverture d'Huguet, avec ce titre : « Le gouvernement de Catalogne expose à Paris cinq siècles d'art catalan », ce numéro traite de l'architecture catalane au moyen âge, de la peinture murale, de la peinture sur bois, de l'art somptuaire à l'époque romane et de la peinture gothique. Dans ce même numéro, on fait connaître les peintures murales découvertes depuis le 19 juillet, le sauvetage des Musées de Catalogne et l'on donne une relation complète du sauvetage du patrimoine ainsi qu'un rapport montrant comment sont intactes les cathédrales de Catalogne. En outre ce même numéro publie une chronique de l'Exposition d'art catalan et une page de coupures de presse des journaux de toutes nuances politiques, au sujet de l'Exposition. Par les gravures à pleine page — qui donnent une idée de l'art de la Catalogne — et par son contenu, ce numéro qui a été répandu à de nombreux exemplaires au Musée du Jeu de Paume au château de Maisons-Laffitte et envoyé dans tout Paris, aux ambas¬ sades européennes, aux délégations de propagande de la Généralité de Londres et de Bruxelles et à toutes les sociétés ouvrières, artis¬ tiques et de culture de France, a eu une grande efficacité pour la divulgation et la réussite de l'Exposition d'Art catalan à Paris. Coniérences sur l'Arl catalan à Paris. A l'occasion de l'Exposition du Jeu de Paume et du château de Maisons-Laffitte, un cycle de quatre conférences a été donné à Paris à la Fondation catalane de la Sorbonne La Peinture : gothique catalane, J. Folch i Torres ; U Art ancien de la Catalogne, par le par Pere Bosch Gimpera ; L'Origine, l'Apogée et la Décadence de VArt catalan, par Pere Coromines ; La Sculpture gothique en Catalogne, par Agustí Duran i Sampere. En outre, le Directeur général des Musées d'art de Catalogne, J. Folch i Torres, a donné diverses conférences explicatives au Jeu de Paume et à Maisons-Laffitte. Toutes ces conférences ont été signalées par la presse de Paris et sont en cours de publication à la Fondation catalane de la Sorbonne. — 29 — La clôture de l'Exposition au Musée du Jeu de Paume. C'est le 20 mai que dut fermer au Jeu de Paume l'Exposition d'Art catalan qui s'était ouverte le 18 mars et qui, de toutes les manifes¬ tations artistiques présentées ces derniers temps au public dans la capitale de la France fut celle qui éveilla le plus grand intérêt. Le giand succès de l'Exposition dut être interrompu au moment où il battait son plein à cause des engagements pris antérieurement par le gouvernement français ce qui l'obligea à quitter le Jeu de Paume. Le musée du Jeu de Paume avait été promis pour le 1®'' juin au gouvernement autrichien. 11 était donc impossible à la direction du musée du Jeu de Paume, malgré toute la bienveillance de M. André Dézarrois, d'y maintenir l'Exposition catalane. Au cours de travaux de démontage de l'Exposition, les visiteurs continuèrent à arriver en foule au Jeu de Paume et demandèrent la date de la réouverture à Maisons-Laffitte. La presse annonça dès le lendemain cette réouverture et sous la signature de divers critiques d'art, une pétition fut présentée au gouvernement de la Catalogne, réclamant que l'Exposition s'augmen¬ tât des fresques romanes monumentales des musées de Catalogne. La note oifieielle deprorogation de l'Ex¬ position proinulfpiée par la direction du Jeu de Paume et la direction des Beaux- Arts. La Direction du musée du Jeu de Paume communiqua à la presse la note suivante qui fut reproduite par tous les journaux de Paris ; « Malgré le succès remporté par l'Exposition d'Art catalan ancien au Jeu de Paume des Tuileries, le ministre des Beaux-Arts, qui avait pris antérieurement d'autres engagements, s'est vu dans l'obligation de la clore, au moment même où l'affluence croissante du public confirmait ce succès éclatant. « Mais profitant de l'initiative prise par le gouvernement fran¬ çais d'organiser dans ses musées, pendant l'Exposition internatio¬ nale de 1937, diverses manifestations d'art de caractère exceptionnel, le gouvernement catalan a accepté ce nouveau geste généreux. Ainsi — 30 — donc, c^est le château de Maisons-Laffitte qui abritera pendant toute la durée de l'Exposition internationale de 1937, l'ensemble des chefs- d'œuvre exposés à Paris. « L'ouverture prochaine de l'Exposition au château de Maisons- Laffitte (qui recevra, à cet effet, une décoration appropriée) aura un double résultat : celui de permettre aux visiteurs étrangers de goûter un art dont le public français a déjà goûté toute la saveur originale, et, d'autre part, de révéler à ce même public la grandeur d'un passé dont le peuple catalan est si fier. « En marge de l'Exposition, le Comité catalan de Paris organi¬ sera au château de Maisons-Laffitte des concerts et des festivals auxquels collaboreront lesmeilleurs artistes catalans qui feront ainsi connaître d'autres aspects de la vie spirituelle de leur pays.» Le gouvernement français offre le ch⬠teau de Maisons-Laffitte, musée national, pour .T' rouvrir l'Exposition catalane. Devant l'intérêt croissant suscité par l'Exposition d'Art catalan, le gouvernement français, répondant aux démarches faites au nom du gouvernement de la Catalogne, par le Comité de Paris, offrit le château de Maisons-Laffitte, situé aux portes de Paris, pour que l'Exposition continuât à y être ouverte pendant toute la durée de l'Exposition internationale de 1937. Le gouvernement de Catalogne accepta cette proposition avec reconnaissance. Monument national, ce magnifique château, œuvre de Mansard, entouré du prestige de l'art et de l'histoire, forme avec le château de Versailles, ceux de Saint-Germain et de la Malmaison, toute une ligne de musées au delà des bois et des rives de la Seine. Ce groupe de musées a pris une vitalité nouvelle à l'occasion de l'Exposition internationale de 1937, grâce aux expositions extraordi¬ naires qui y ont été organisées, aux affiches, aux fascicules de propa¬ gande, aux prospectus de l'Exposition qui attirèrent l'attention sur eux et aux autocars spéciaux qui y conduisirent. — 31 — Le (joiivevneineul de la C'alaloíjne décide d'exposer à Paris de ooiivelles œuvres en raison de l'inlérèt pris hi presse j)¿ir et de l'aceueil dû (joiivernement fraiii'tiis. Le gouvernement français n'a voulu négliger aucun détail pour l'installation de l'Exposition. Le gouvernement de la Généralité de Catalogne voulut répondre à attitude généreuse du gouvernement français et au grand cette intérêt témoigné par la presse en apportant de nouvelles œuvres de ses grandes collections de primitifs du Musée d'art de Catalogne et en particulier les deux grands ensembles monumentaux romans de décoration à la fresque : les absides des églises pyrénéennes de Santa Maria et de Saint Clément de Tahull du début du xii® siècle et quelques tableaux gothiques qui ne se trouvaient pas au Jeu de Paume. On décida également d'augmenter dans cette seconde Exposition la section d'orfèvrerie exposée au Jeu de Paume en y ajoutant de grandes pièces d'intérêt artistique et historique comme l'étaient le grand retable et le baldaquin d'argent et d'émaux de la cathédrale de Gérone, la chaire du roi Martin l'humain, l'épée du roi Pierre IV et la couronne des rois d'Aragon faisant partie du Trésor de la cathé¬ drale de Barcelone, à savoir d'autres joyaux du même trésor des xv® et XVI® siècles, le collier de la Toison d'or de Charles-Quint et d'autres pièces de très grande valeur. On décida également d'enrichir par de nouveaux apports les sec¬ tions de sculpture romane et gothique. Maisons-Laffille ïorine avec Sainl-Ger- inain, Versailles et La Malmaison, un iti¬ néraire touristhpie. Lors des visites à l'Exposition internationale de 1937, ce groupe de musées aux environs de la capitale était signalé comme offrant un intérêt exceptionnel. Le gouvernement français avait prévu, à l'occasion de l'Exposi¬ tion, des manifestations artistiques de caractère extraordinaire pour chacun de ces Musées nationaux. y Ces expositions eurent pour résultat de faire de ces musées, grâce à la propagande, un prolongement de l'Exposition internationale de 1937. L'itinéraire Maisons-Laffitte, Saint-Germain, Malmaison, Ver¬ sailles fut desservi pendant toute la durée de l'Exposition par des lignes spéciales d'autocars de grand tourisme. L'Exposition d'Art catatiin se rattache à l'Exposition internationale de 1937. L'Exposition catalane fut comprise par le Commissaire général de l'Exposition internationale, M. Edmond Labbé, cet illusrte ami de la Catalogne, dans le programme des expositions artistiques exception¬ nelles organisées dans les musées de la région parisienne pendant l'Exposition internationale et, à ce titre, elle figurait sur les afficbes générales de l'Exposition et dans les divers guides. A côté de la grande exposition des chefs-d'œuvre de l'Art français, des expositions de caractère historique de Versailles, des rétrospec¬ tives organisées par les divers musées nationaux, le Commissariat de l'Exposition nationale de 1937 annonçait toujours l'Exposition d'Art catalan de Maisons-Laffitte. La propagande de l'Exposition catalane. La Direction des Musées nationaux accueillit et réalisa le plan de propagande formulé par le Comité de Paris : une nouvelle édition d'affiches, des annonces dans tous les trains de la région, dans les métros et dans les autobus qui mènent à Maisons-Laffitte ; des pan¬ cartes dans les environs du château ; des pancartes sur la route de Paris à Maisons-Laffitte et dans les parages du célèbre champ de courses. On reproduisit dans divers journaux de Paris et dans les revues d'art, des photographies des nouvelles pièces qui n'avaient pas été exposées au Jeu de Paume. Les services du Louvre éditèrentune collection de photographies des pièces nouvelles qui fut vendue à de nombreux exemplaires au château. — 33 — L'insUdlalion au châiean de Maisons- La l'fi lté. Les Musées nationaux de Paris chargèrent d'effectuer le trans¬ se port des œuvres d'art depuis le musée du Jeu de Paume jusqu'à Maisons-Laffittc, avec toutes les précautions nécessaires et en pré¬ sence des chefs de nos services de transport et de restauration. La disposition du nouveau local permettait d'exposer des pièces plus grandes que dans les locaux du Jeu de Paume : les très grands ensembles de fresques romanes que sont les absides de Sant Climent et Santa Maria de Tahull. L'installation à Maisons-Laffitte dont chargeait la Direction se de nos présentait des difficultés provenant du caractère du musées nouvel édifice. Dn château Louis XIV ne semblait pas très adapté pour y exposer des œuvres d'art roman et gothique. Mais le problème était posé, il fallait lui donner une solution par laquelle on mettrait les pièces exposées en harmonie avec la décora¬ tion de style Louis XIV, au moyen de grandes draperies de velours ; celles-ci rempliraient les espaces libres jusqu'à un certain niveau et en même temps qu'elles mettraient en valeur les pièces exposées, elles les marieraient à là décoration particulière de la salle de façon à les faire s'harmoniser sans nuire à l'une ni aux autres. C'était làinstallation coûteuse, et recouvrir de velours tous une ces murs une mise de fonds considérable, mais la Direction demandait des Musées nationaux de France voulut bien la prendre à son compte, eu égard à l'importance artistique et archéologique des pièces expo¬ sées. Le drapeau catalan aux deux Exposi¬ tions. Tout comme au Jeu de Paume, un grand drapeau catalan de soie servit de fonds à la vitrine dans laquelle étaient exposées la chaire d'argent du roi Martin et l'épée du connétable de Portugal. Ainsi le drapeau catalan donnait tout leur caractère historique à ces deux magnifiques pièces de notre trésor national. — 34 — Les services du réouvre eoIhd)orreul ù l'installation. Il faut faire savoir que pour cette installation, la Direction des Musées nationaux de France et nous ne devons pas oublier de — citer le nom du directeur du Louvre, M. Verne — a mis à la disposi¬ tion du Comité de Paris les services du Louvre. Le conservateur du château de Maisons-Laffitte, M. Paul Vitry et le directeur des Musées d'art de Catalogne, Joaquim Folch i Torres se sont mis d'accord pour la disposition des objets. L'architecte en chef des Monuments historiques, M. Genuys, et l'architecte J. Ll. Sert menèrent à bien et en plein accord, certains aspects des travaux d'installation. La Direction (fénérale des Beaux-Arts de France et les Expositions catalanes. Il faut, dans ces pages, rendre un hommage de gratitude nous à M. Georges Huisman, directeur des Beaux-Arts de France. Georges Huisman qui aussitôt après l'arrivée des œuvres d'art de Catalogne, s'empressait d'aller leur rendre visite alors même cjue l'on n'avait pas encore commencé à les installer au Jeu de Paume et qui s'intéressait détails les plus minimes d'organisation pour en aux assurer tout le succès, a continué à veiller sans cesse sur les œuvres d'art de Catalogne et à mettre à leur disposition toutes les organi¬ sations et les services avec lesquels la Direction des Beaux-Arts est en rapport. Georges Huisman a été un collaborateur décidé et fervent. La Catalogne compte dans le Directeur général des Beaux-Arts de France le meilleur de ses amis. Un nouveau catalogue et des étiguettes pour les objets exposés. Un petit catalogue a été édité pour faire connaître nouveau chacune des pièces nouvellement exposées qui ne figuraient pas à l'Exposition du Jeu de Paume et pour rendre utilisable le catalogue primitif, en tenant compte de la nouvelle disposition des objets. — 35 — Ën outre, l'on munit chaque pièce d'une étiquette explicative indiquant la date et sa provenance, afin de faciliter la visite de ceux qui n'avaient pas de catalogue. Préface du nouveau calalo(jue par le conserraleur du château. M. Paul Vitry, conservateur au musée du Louvre, chargé de la conservation du château de Maisons-Laffitte donna sous sa signa¬ ture le prologue suivant au catalogue : « La présentation à Paris, au Jeu de Paume des Tuileries, de la magnifique collection des œuvres de l'Art catalan du x® au xv® siècle, réunie par le gouvernement de la Catalogne présidé par M. Lluis Companys, sur l'initiative de son conseiller^d'éducation, M. Antoni M. Sbert, et du commissaire des musées, M. Pere Coromines, ne devait être qu'une brillante et rapide préface à une exposition plus longue et plus complète. Le gouvernement français a tenu à ee que l'effort réalisé par la « Catalogne, pour offrir aux visiteurs de l'Exposition de 1937 un résumé frappant de son activité artistique aux plus notables époques de son histoire, se prolongeât pendant toute la durée de l'Exposition, et le château de Maisons-Laffitte a été désigné par lui pour servir de cadre à cette manifestation d'art et d'histoire. Il en est peu de plus beaux et de plus dignes de recevoir le dépôt des trésors momentanément confiés à la France. « On pouvait craindre que le caractère de cette belle demeure classique de notre xvii® siècle se prêtât difficilement à la présentation des œuvres austères et grandioses du moyen âge catalan. L'ingéniosité et le goût du Comité des organisateurs de l'exposition que préside l'ancien conseiller de la Généralité de Catalogne, M. Ventura Gassol, et particulièrement de M. Joaquim Folch i Torres, directeur des Musées de Barcelone et chef des Services des Musées de la Catalogne, qui avait présidé déjà à l'exposition parisienne, assisté de l'architecte M. Joseph Ll. Sert, ont su, tout en respectant le caractère des galeries et appartements ordonnés par François Mansart, y installer harmonieu¬ sement les trésors confiés à leur garde. Si ces galeries s'en trouvent pour un temps comme métamorphosées, leur ampleur et leur lumineuse solennité se sont prêtées à des dispositions qui ont permis la mise — 36 — en valeur et le classement des œuvres archaïques savoureuses et des éclatantes peintures gothiques, des sculptures, des broderies et des orfèvreries précieuses qui s'échelonnent depuis le début de l'art pic¬ tural et plastique de l'art chrétien d'Occident jusqu'à la veille de la Renaissance classique. «Il ne saurait être question de redire ici l'intérêt passionnant, la rareté insigne et l'éclat puissant des documents groupés dans cette exposition, non plus que les efforts méritoires accomplis pour la défense et l'accroissement de ce patrimoine artistique national. «Les différentes introductions rédigées par les plus hautes auto¬ rités administratives ou historiques de la Catalogne pour faire appré¬ cier du public parisien l'importance et la valeur de ce qui lui était présenté sont toujours là pour obtenir ce résultat. On les retrouvera à la suite de ce nouvel avant-propos ainsi que le commentaire histo¬ rique si nourri que le catalogue de l'exposition mettait à la disposition de ses visiteurs. « Ce catalogue s'est augmenté de nouvelles œuvres amenées de leur pays d'origine pour venir compléter la démonstration historique et esthétique. Deux nouvelles absides provenant de Saint Clément et de Sainte Marie de Tahull ont pu être jointes à la série primitive, ainsi que plusieurs pièces de sculpture sur bois du xii® et du xiii® siècle, et certaines orfèvreries provenant de la cathédrale de Barcelone. On en trouvera ci-après la nomenclature exa,cte et succincte. Pour les autres pièces on leur a laissé leur numéro correspondant au catalogue du Jeu de Paume, qui pourra ainsi continuer à servir à l'enseignement et à la compréhension historique et esthétique des visiteurs nouveaux. « Nous souhaitons que ceux-ci puissent venir nombreux rendre hommage à la gloire passée et aux présentes préoccupations cultu¬ relles du noble peuple catalan, maintenues avec ferveur au milieu des circonstances les plus difficiles. Ils trouveront ici abondante matière à réflexion sur les origines d'une civilisation et d'un art si proche des nôtres et qui avaient pu conserver des témoignages probants et magni¬ fiques de leur activité. « Ils y trouveront aussi la preuve du souci marqué par les hommes d'aujourd'hui pour mettre en valeur et en lumière ces témoignages et ce patrimoine dont ils comprennent toute l'importance. « Ces visiteurs, enfin, s'ils sont attirés pour la première fois à Maisons-Laffitte par l'éclat d'une manifestation d'art inaccoutumée. 37 — apprendront peut-être aussi à reconnaître l'effort fait par le gouverne¬ ment français pour sauvegarder et entretenir avec ce château classique trop peu connu, une des œuvres les plus marquantes de notre propre patrimoine. » L'inaimiiralion oïficielle de l'Exposilion à Maisons-La fiitte. C'est le 22 juin 1937 que fut inaugurée au château de Maisons- Laffitte la nouvelle installation. Les invitations avaient été faites au nom du ministère de l'Education nationale de France et du Comité catalan de Paris. Le ministre Jean Zay — qui ne put assister à l'inauguration en raison de la crise politique qui venait de s'ouvrir ces jours-là — délégua pour le représenter, le directeur des Beaux-Arts, M. Georges Huisman qui fut accompagné pour cette cérémonie par l'ambassadeur de la République espagnole à Paris, M. Angel Ossorio y Gallardo, sous le patronage duquel se plaçait l'Exposition, par le conseiller de culture du Gouvernement de la Généralité de Catalogne, Antoni Maria Shert venu tout spécialement à Paris au nom du gouvernement de la Géné¬ ralité pour assister à cette inauguration, par le président du Comité catalan de l'Exposition, Ventura Gassol ; par le représentant du gou¬ vernement basque, A. Picavea ; par le directeur du Louvre, M. Verne ; par le conservateur de Maisons-Laffitte, M. Paul Vitry ; par le maire de Maisons-Laffitte, par tous les membres de l'Association des amis de Maisons-Laffitte, par tous les membres du Comité catalan de l'Exposition, par le directeur des Musées de Catalogne, Joaquim Folch i Torres ; par la plupart des photographes, critiques d'art de la presse française et par diverses personnalités du monde politique, littéraire et artistique de France. Etait présente également la délégation catalane du P. E. N.- Club qui se trouvait ce jour-là à Paris et qui était eomposée de Caries Riba, Clementina Arderiu, Carles Soldevila, Millas Raurell, Dr. J. Xirau ainsi qu'une délégation du Commissariat de Propagande de la Généralité de Catalogne. Pendant cette cérémonie d'inauguration l'on souligna la magni¬ ficence avec laquelle le gouvernement français avait installé le patri¬ moine artistique de la Catalogne. Le lendemain, la presse commentait la perfection de l'installation. ~ 38 — Le Pi'ésideiil de la Génêralilé de Cata¬ logne, Lluis Companys, et divers conseil¬ lers, visitent l'Exposition de Maisons- Laiïitte. Lors de sonpremier voyage à Paris, depuis la guerre, le Président de la Catalogne voulut honorer de sa visite l'Exposition de Maisons- Laffitte. Il vint accompagné du conseiller de Culture, Caries Pi i Sunyer, du président du Comité catalan de Paris, Ventura Gassol et de tous les membres du Comité, des ex-conseillers Puig i Ferrater, Marti Esteve, J. M. Espanya, Artemi Aiguader et Lluis Prunés, du député Joan Casanellas, de Vicens Munné, des délégués de Catalogne à l'Exposi¬ tion internationale, des fonctionnaires attachés à l'Exposition et d'au¬ tres personnalités encore. 11 fut reçu à l'entrée du château par le conservateur de Maisons- Laffitte, M. Paul Vitry au nom de la Direction des Musées nationaux et par le Directeur général des Musées de Catalogne, J. Folch i Torres qui lui exposa durant la visite l'idée maîtresse qui l'avait guidé pour l'installation et le retentissement qu'avait eu l'Exposition parmi le public international. Le Président exprima l'impression profonde que lui causait la mise en valeur dans ce cadre magnifique des grands chefs-d'œuvre de la Catalogne, en raison de la signification que ce fait prenait en ce moment. Les Conseillers dn Gouvernement Catalan Josep Terradelles, Antoni M. Shert et Bosch Gimpera à l'Exposition. Les Conseillers du Gouvernement de la Catalogne, Josep Terra¬ delles, Antoni M. Sbert et le D^ P. Bosch Gimpera ont, dès le premier jour, apporté leur collaboration décisive à l'initiative et à la réali¬ sation de l'Exposition Çatalane, qu'ils honorèrent de leur visite, tant au Jeu de Paume qu'au Château de Maisons-Laffitte. L'Exposition a reçu la visite des ex-conseillers Miquel Santalô, Josep Maria Espanya, Puig i Ferrater, Marti Esteve, Lluis Prunés et Artemi Aguadé, du sous-secrétaire de la Présidence de la Généralité, Marti Rouret, des députés Fontbernat, Andreu, Antoni Dot, Riera, entre autres, les membres du Conseil de l'Université Autonome de la Catalogne, docteurs August Pi i Sunyer, Antoni Trias et le député Claudi Ametlla. — .39 — L'Exposition reçut également la visite de l'archéologue Josep Gudiol, du Service du Patrimoine artistique de la Généralité de Cata¬ logne, de Joan Alavedra, Director de l'Institut du Teatre de la Cata¬ logne, du poète J. M. de Segarra et des membres du Comité catalan du Pavillon Catalan à l'Exposition internationale, R. Closas, Mas Parera, Escorza, Joseph i Mayol. Lo Président du Pnvlenient (Udidnn ù l'Exposition. L'Honorable Président du Parlement Catalan, M. Jean Casanovas, a visité aussi l'Exposition d'Art Catalan au Château de Maisons- Laffitte. M. Casanovas a été reçu et accompagné pendant sa visite par le Président du Comité Catalan à Paris et par le Directeur Général des Musées d'Art de la Catalogne. Le conseiller de Culture, Caries Pi i Sunyer, visite l'Exposition et en fixe l'organisation définitive. Le Conseiller de Culture de la Généralité de Catalogne, Caries Pi i Sunyer fit vers la mi-novembre un voyage spécial à Paris pour fixer, d'accord avec les autorités compétentes de France et le Comité catalan de Paris, l'organisation définitive à donner à l'Exposition. Accompagné du Président du Comité de Paris, Ventura Gassol, de tous les membres de ce Comité, du Directeur général des Musées d'art de Catalogne, Joaquim Folch i Torres et des attachés à l'orga¬ nisation, D. Civit, M. Font, A. Plana et A. Esplugas, le conseiller visita l'installation et le château et se rendit compte de la magnifique mise en valeur des pièces exposées dans le cadre du château, de l'effort accompli par le gouvernement français pour parer aux frais d'installation. Il put se rendre compte également du retentissement extraordi¬ naire de l'Exposition par le nombre et la qualité des visiteurs et de la presse. Le Conseiller Pi i Sunyer, accompagné du Président du Comité de Paris, rendit visite au ministre de l'Education nationale de France M. Jean Zay; au directeur général des Beaux-Arts, M. Georges Huisman ; au directeur du Louvre, M. Verne, auxquels il exprima officiellement - ^lO — au nom du Président du gouvernement de la Catalogne, la gra¬ et titude laplus profonde pour l'accueil qu'ils avaient fait à l'art de la Catalogne, en ces heures décisives. IJamhassade d'Espaifiie et les diplomates étrangers à l'Exposition. Son Excellence l'ambassadeur de la Républic|ue espagnole à Paris, M. Angel Ossorio Gallardo, sous le patronage duquel l'Expo¬ y sition avait été mise et inaugurée, la visita en compagnie de son ministre, conseiller à l'ambassade, l'illustre poète catalan, Josep Carner. L'Exposition reçut également la visite d'autres diplomates parmi lesquels l'ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique à Paris, le représentant du Portugal dans la capitale de la France et le ministre des Affaires étrangères de la République tchécoslovaque, de passage à Paris. Personnalités espagnoles à l'Exposition. Parmi les personnalités espagnoles de passage à Paris qui ont visité l'Exposition, nous noterons le président des Cortès de la Répu¬ blique, D. Martinez Rarrios ; la délégation espagnole au Congrès inter¬ parlementaire, les littérateurs Alberti, Rergamin, Pablo Neruda, Maria-Teresa Leon, Victoria Custodia, Max Aub, J. Gaos, le poète Larrea, Uzelay, les membres de la délégation du gouvernement basque, de la délégation commerciale du Tourisme, etc. Parmi les Catalans de passage à Paris ou en résidence, nous citerons MM. Pau Casais, Picasso, Sert, Puig i Cadafalcb, Sunyer, Dali, Teresína Boronat, J. Miró, Pere Guilanyá, Llorens Artigas, Pere Creixams, Humbert, F. Elias. Personnaiités françaises à l'Exposition. L'Exposition a été visitée par des ministres, des littérateurs, des artisteset des critic|ues d'art français. — 41 — Rappelons, parmi les personnalités, les noms de MM. Edmond Labbé, commissaire de l'Exposition internationale de 1937 ; Jean Locquin, délégué de la présidence du Conseil à l'Exposition interna¬ tionale ; Laugier, directeur au ministère des Affaires étrangères ; Jean Cassou, Marcel Abraham, chef de cabinet du ministi^e de l'Edu¬ cation nationale ; Paul Valéry, Raoul Dufy, le directeur de Ce Soir Aragon, Henry Torres, Hans Harp, M. et Mme Lequiller, Jean Lequiller, M. et Mme Max Deauville, le député belge Louis Piérard, Mme Chandeler, Pierre Rourjois, J. R. Rloch, Henri Riisser, le séna¬ teur Paul Rénazet, Lucien Vogel, Mme Cbambrun, André Chamscn, Jean Camp, Maurice Eisenberg, Elie Faure, Jacques Guenne, direc¬ teur de VArt oioant ; André Gide, Le Corbusier, Fernand Léger, Pierre Loeb, André Malraux, Léon Moussinac, Marcel Achard, Paul Nizan, Amédée Ozenfant, Georges Pillement, P. Parai, Henriette Psichari, Erwin Piscator, Raya Garbousova, Henri Rivière., M. Sihoain, J. Shercliff, Mlle Sussfeld, M. Winter, Andrée Yiollis, A. Zevaës, D"" Bonnet, directeur de l'Institut de Coopération intellectuelle de la Société des Nations et de l'Office international des Musées ; M. H. Verne, directeur des Musées nationaux de France et de l'Ecole du Louvre ; M. Henri Focillon, professeur à l'Université de Paris, directeur de l'Institut d'histoire de l'Art de la Sorbonne ; M. Julien Cain, admi¬ nistrateur général de la Bibliothèque nationale de Paris ; M. Pierre Lavedan, professeur à l'Université de Paris et directeur de la Fon¬ dation catalane à la Sorbonne ; M. Jacques Baschet, directeur de VIllustration de Paris, Auric, Pierre Abraham, Virginia Gregory, G. Aveline, Albert Bayet, Jean-Louis Rarrault, Pierre Schommer, Georges Dutuit, Chim, Luc Durtain, Louis Guilloux, Georges Besson, Pierre Lœb, Francis Jourdain, J. Longuet, André Lhote, R. Mau- blanc, L. Moussinac, P.-G. Brugnière, Jean Cocteau, Pierre Colie, A. Carpentier, R. Cogniat, R. Desnos, Pierre Cueguen, Madeleine Jacob, R. de Jouvenel, M. et Mme Pomaret, M. et Mme Massigli, René Lalou, P. Langevin, M. Monmosseau, M. Nedelec, Ph. Lamour, Martin Chauffier, Henry Laurens, Jean Painlevé, Marcel Prenat, Tristan Remy, Maurice Raynal, Georges-Henri Rivière, Elie Richard, M. Malraux, Pierre Seize, Jammy Schmidt, H.-W. Sandberg, Charles Vildrac, Léon Werth, Jean Zyromski, Georges Sadoul, André Viollis, Benjamin Crémieux, Antoine Orliac, Paul Eluard, J. Lurcat, Charles Wolff, Visiteurs illustres de l'Exposition. Les premières personnalités du monde artistique, littéraire, poli¬ tique et en particulier les spécialistes de l'histoire de l'art et de l'ar¬ chéologie ou les Directeurs des Musées et Instituts d'art qui ont visité Paris à l'occasion de l'Exposition internationale de 1937, n'ont pas cjuitté Paris avant d'aller voir l'Exposition catalane. \oici quelaues noms : Dr. Walter Cook, de l'Université de New- York, de l'Académie de Médecine d'Amérique, historien de l'art roman catalan ; Dr. Werner Weisbach, de l'Académie de Vienne, auteur du volume sur l'Art baroque ; Dr. et Mrs Whitchill, du Patronat du musée de Boston ; Eustache de Lorey, historien de l'Art musulman, directeur de l'Institut français d'art et d'archéologie de la Syrie et du Liban à Damas ; D"" Dénés Csuky, directeur du musée des Beaux-Arts de Hongrie à Budapest ; Mr Gordon Bailey Washburn, directeur de The Buffalo Arts Academy et Art Gallery à Buffalo ; M. Henri Wauters, directeur du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ; Mlle Marguerite Devigne, conservateur des Musées royaux de Bruxelles ; Georges Isarlov, membre du Syndicat de la Presse artistique de Paris, membre de la Société d'Histoire de l'Art français, Paris ; Sir Eric Maclagans, directeur de la National Gallery de Londres ; Dr. Ernest chef de la Section Kunnel, islamique du Kaiser Eriedrich Museum de Berlin ; Mrs Kingsley Porter, du Patronat du Musée de Boston (Massachu¬ setts) ; Dr. Otto Pach, de l'Université de Vienne, historien de la peinture médiévale autrichienne ; M. James S. Porimer, Directeur du Département du Moyen Age du Metropolitan Museum de New-York, Mr Jacques Beschi, de la Wallace Collection de Londres ; M. le comte de Borchgrave d'Altena, de la Société royale de Bruxelles ; Prof. Richard d'archéologie Offner, professeur d'Histoire de l'Art à l'Université de New-York. Le service des Monuments historiques de France à l'Exposition catalane. M. .lean Verrier, Directeur du Service des monuments histo¬ riques de France a visité l'Exposition catalane à Maisons-Laffitte et s'est renseigné minutieusement auprès du Directeur des Musées d'Art de Catalogne, sur la méthode employée par le musée de Cata¬ logne pour détacher les peintures murales des églises catalanes, opé- — 43 — ration que les Monuments historiques de France sont sur le point d'entreprendre dans des églises françaises. M. Paul Deschamps, Directeur du Musée des Monuments fran¬ çais, est allé visiter l'Exposition d'Art catalan à Maisons-Laffitte, accompagné des architectes chargés de la construction du nouveau Trocadéro, pour voir l'installation des peintures murales à Maisons- Laffitte et connaître les détails de leur installation au Musée d'art de Catalogne. La Direction du Musée des Monuments français a décidé l'instal¬ lation de copies des trésors français au Musée du Trocadéro. Le doyen de Canterhury, president de la Conimission aiuflaise délépiiée en Espa¬ gne pour y étudier le proldèine reiipieux, visite l'Exposition. Le doyen de Canterbury, président de la Commission anglaise qui rendait en Espagne, en mission officielle, se étudier pour le pro¬ blème religieux, visita minutieusement l'Exposition du .Jeu de Paume. 11 fut accompagné dans cette visite par le Président du Comité catalan de Paris et tous les membres de ce Comité. Le directeur des Musées d'art de Catalogne, J. Folch i Torres donna des détails sur les œuvres exposées. Les visiteurs demandèrent toutes sortes de renseignements sur l'action du gouvernement de Catalogne au sujet de la conservation et de la sauvegarde du patrimoine historique, archéologique et artistique de Catalogne, sur les mesures prises dès les premiers moments, sur l'état actuel des monuments et objets les plus importants. La Commission emporta, outre le catalogue, un important maté¬ riel photographique et un rapport très minutieux. Visites eoileetives. Chaque dimanche, des visites collectives au château étaient orga¬ nisées. Rappelons celles de la Maison de la Culture de Paris, de l'Association des Ecrivains, celle des professeurs et élèves de l'Ecole du Louvre, celle de la Maison de la Culture de Marseille, celle de la — 44 —: " Ligue des Droits de l'Homme", eelle de la Société Royale d'Ar¬ chéologie de Bruxelles, celle qui fut organisée par le grand hebdoma¬ daire de Paris, Marianne, celle de Ce Soir, celle des Cahiers (TArt, celle des élèves de l'Université de Boston, celles du " Centre Català de Paris et celles des Associations ouvrières et artistiques de Paris. Il y eut également diverses visites conduites par des conserva¬ teurs du Louvre et par des directeurs et attachés comme André Dézarrois et Mlle Valland entre autres. Entrée gratuite pour les Associations ouvrières, artistiques et de culture. Tant au Jeu de Paume qu'à Maisons-Laffitte, on offrit aux Asso¬ ciations ouvrières, artistiques et de culture de France des entrées collectives gratuites à l'Exposition. Ces visites furent toujours conduites par le Directeur général du musée d'Art de la Catalogne ou par des Conservateurs du Louvre. Les participants à ces visites collectives reçurent gratuitement des catalogues, le numéro extraordinaire du Journal de Barcelone, et le livre sur le Sauvetage du Patrimoine artistique édité par le Com¬ missariat de Propagande de la Généralité. Le compte-rendu de toutes ees visites parut dans les organes res¬ pectifs de toutes ces sociétés et dans la presse française. — 45 — II COMMENTAIRES DE LA PRESSE SUR LES DEUX EXPOSITIONS D'ART CATALAN A PARIS Mi^RIANNE, Paris. Il y a une trentaine d'années, tout un risorgimento de la Catalogne se traduisit par la création d'organismes culturels originaux, tels que VInstitut dlEtudes catalanes et le Musée dlArt catalan. Ainsi qu'il arrive chaque fois qu'une patrie retrouve son àme, la philologie et l'archéologie s'entendirent à reconstituer le passé du peuple de Catalogne. Les marchands étrangers avaient déjà commencé à mettre au pillage les antiquités nationales ; toute une brigade dé savants se mit en campagne pour sauver statues et rétahles ; à leur tète on voyait déjà Folch i Torres, qui, lorsque le palais de Montjuic fut à sa disposition, put enfin y installer l'un des musées les plus sobres et les plus parfaits qui puissent faire l'admiration des techniciens de la muséographie européenne. Aujourd'hui, les archéologues catalans livrent un nouveau combat. Je les ai vus, aux premiers jours de la guerre civile, accompagnés de toute une équipe de jeunes poètes et de jeunes artistes, rassembler dans les salles de la Généralité les merveilles perdues dans des villages et des couvents. Et les miliciens confiants, les pauvres paysans ingénus venaient eux-mêmes apporter au conseiller de culture Ventura Gassol et à ses collaborateurs ce qu'ils avaient découvert et qui leur paraissait pré¬ cieux. Sans doute exhibaient-ils, dans tout cela, des horreurs saint-sulpiciennes ou d'inutiles débris. Mais aussi des merveilles. Tout un peuple faisait, de nouveau, le recensement de son patrimoine, — ce patrimoine qui, partout et à mesure que l'Histoire se transforme, passe des mains de quelques-uns à celles de tous. Et ainsi un nouvel éclairage se projette sur le passé et le réintègre au présent. Comment, auprès de ces hommes patients et courageux, Folch, Gassol, le jeune architecte Sert, que nous retrouvons tous au Jeu de Paume, rassemblant les membres disjoints du trésor de leur patrie meurtrie, ne pas évoquer notre Alexandre Lenoir qui, à la lueur des flammes de la Révolution, retrouva et reconquit le moyen âge français et en offrit l'éblouis¬ sante image au Romantisme naissant ? Off ice international dies Musées a publié, dans son organe Monseion (novembre 1936), le rapport des mesures qui, dès les premiers troubles, furent prises à Rarcelone pour la sauvegarde des œuvres d'art. Dès le 19 juillet, la Généralité prit possession de la plupart des monuments, en particulier de la cathédrale, afin de les préserver de la destruetion à laquelle les vouait rexaltation des premiers moments. Un incendie ayant attaqué le Musée diocésain, situé dans l'édifice du séminaire conci¬ liaire, le sculpteur Marès y courut avec quelques concitoyens et put ramener dans des camions, à la Généralité, la presque totalité des pièces du musée. Le même jour, un autre artiste, Joseph Rocarol, l'aide des matelots de l'escadre, prenait possession avec du monastère de Pedralbes. Les monastères de Montserrat et de Poblet, eux aussi, sont intacts. Les cathédrales de Tarragone et de Gérone n'ont reçu aucune atteinte. Les syndicats ouvriers, toutes sortes d'initiatives privées se joignent spontanément aux efforts publics, et l'on admire que ceux-ci, au milieu de périls si urgents, aient pu réaliser une œuvre scientifique aussi vaste et aussi complète. Dans chaque localité de la Catalogne, un comité est constitué, présidé par le maire et placé sous la sauve¬ garde des milices. Le Service des monuments se constitue en bureau permanent sous la direction du savant Martorell, et l'on crée le Commissariat général des Musées, que dirige le noble écrivain Coromines, et grâce auquel commence toute une enquête dans le moindre village catalan. Les chefs-d'œuvre affluent au musée ; les somp¬ tueuses collections particulières, fameuses dans le monde entier, la collection Cambó, la collection Güell, les porcelaines de J.-M. Roviralta, les émaux de Santiago Espona font partie désormais du domaine national, qui, déjà, pendant les années précédentes, s'était enrichi de la collection Plandiura et de la collection Bosch. Pour la seconde fois, mais cette fois parmi les désastres de la guerre, la Catalogne fait son inventaire, rassemble tous les objets qui témoignent de sa volonté de vivre, de son originalité, de sa diftérence. C'est un peuple de poètes et d'artisans, race ingénieuse et magnifique et qui, à la revendication méditerranéenne laquelle, pour nous Français, évoque surtout — des idées de raison et de clarté ajoute je ne sais quoi de romantique et de trouba¬ — dour. Je revois, au milieu de la confusion héroïque de ce merveilleux palais de la Géné¬ ralité, florentin, Ventura Gassol, avec ses cheveux de poète, et son fidèle presque collaborateur Font, et tous ces visages juvéniles, lumineux et ingénus, qui, si étran¬ gement, contrastent avec la mort, tant ils ne semblent faits que pour chanter. Le génie catalan est ensoleillé, fleuri, somptueux ; et le destin de ces hommes a été une guerre perpétuelle. Aussi, dans l'idéologie méditerranéenne proprement cata¬ lane, voit-on s'introduire une nuance de fierté romanesque et innocente, et comme une sorte de défi un peu extravagant. Tout cet éclat épique, on le retrouve dans la figure légendaire du colonel Macià, dans l'éloquence du poète Maragall, le Mistral catalan, dans le délire modern-style du génial architecte Gaudi ; enfin, dans toute cette ardeur que la jeune érudition et le jeune lyrisme barcelonais employèrent à reconstituer toute une culture. La civilisation romane est représentée, à cette exposition, par des fresques murales et des antipendia, où la figure du Pantocrator proclame l'impérieuse influence byzantine, mais où les couleurs ont une saveur et une violence assez péninsulaires. Les encadrements des scènes, sur ces devants d'autel, ou tels détails en relief, s'efforcent de remplacer l'absente orfèvrerie ou d'imiter le bois et le marbre. Plus tard, au con¬ tact de l'homme et de la nature, l'art de peindre conquerra son autonomie. Et nous assistons à cette lutte à mesure que la Catalogne elle-même se civilise et devient un centre d'échanges européens. Deux grandes influences, surtout, s'exercent sur la Catalogne et le royaume d'Aragon : celle des verriers, émailleurs et miniaturistes français, et celle de l'Italie, — 50 — et en particulier des Siennois. Il quelque chose de la grâce précise de ceux-ci dans y a les productions de Ferrer Bassa de l'atelier des Serra, puis chez Jaume Huguet et et dans ce délicieux Saint si Georges, singulier et pensif. Une troisième influence achève de former en Catalogne ce style international qui emplit l'Europe du xv® siècle et pré¬ pare l'humanisme renaissant : l'influence flamande. Le fameux voyage de Van Eyck dans la péninsule se marquera dans le dessin de maint ouvrage, exquis et sinueux, la richesse de sa composition, la vérité de ses visages. Le fameux chef-d'œuvre de Lluis Dalmau témoigne assez de cette emprise flamande. Mais le maître le plus parfait du Quattrocento catalan et celui que révélera cette exposition reste Jaume Huguet, grand artiste chez qui se respire ce parfum fleuri, ce goût du rare qui caractérise la Renaissance. Avec l'atelier des Vergôs, nous retrouvons les ors de la somptuosité catalane et les grands rétables qui escaladent le ciel. Mais lequel de ces ouvrages étrangement superbes rivalisera avec celui de la cathédrale de Gérone, que voici tout entier avec son baldaquin ? Le génie industrieux des Catalans éclatera aussi dans maintes pièces d'orfèvrerie, croix, coffrets-reliquaires, ostensoirs, et telles curieuses pièces historiques ; la chaire d'argent dorée du roi Martin, ou l'épée du connétable Pierre d'Aragon, exposée pour la première fois en public, avec sa devise énigmatique : Peine pour joie. Depuis longtemps, M. André Dézarrois, curieux de tous les styles et de toutes les écoles qui ont de l'accent, poursuivait le projet de présenter au public français la révé¬ lation de l'art catalan : il peut se montrer fier d'avoir enfin obtenu cette joie. Il aurait la même à découvrir n'importe quel autre secteur de l'univers plastique hispanique, aussi peu connu ici : la ferronnerie eastillane ou la sculpture polychrome du musée de Valladolid. Tant est grande la diversité des formes où, à tout moment de son histoire et en tout point de son aire, s'est exprimé le génie de la péninsule. Et ceci en dehors, naturellement, des grandes productions de la peinture et de ses géants, du Gréco à Goya. Aussi bien l'Espagne a-t-elle toujours quelque chose à découvrir d'elle-même dans toutes ses créations. Mais l'une des contrées où cette introspection a été menée avec le plus de conscience et aussi le plus de fruit a bien été la Catalogne : il faut rendre cette justice à ses archéologues et à ses directeurs de conscience. Ce qui fait leur œuvre encore plus émouvante, c'est la passion avec laquelle ils la poursuivent en ce moment, et le geste fier et douloureux avec lequel ils sont venus montrer à Paris ces témoignages d'une civilisation qu'ils n'ont retrouvée que pour la voir aussitôt se recouvrir de sang. (24 mars 1937) Jean Cassou. CANDIDE, Paris. ...Cetteexposition magnifique est l'une des plus belles et certainement la plus révé¬ latrice qu'on ait vue à Paris depuis bien des années... (12 aoril 1937) Baron Zhundn-Then-Tvonck. BEAUX-ARTS, Paris. (Numéro consacré exclusivement à VExposition de VArt Catalan). ...On connaît, à Montjuic, le Musée d'Art Catalan ; c'est, au point de vue de la présentation des objets, l'un des plus parfaits du monde. Toute une civilisation — 51 — originale s'y révélait, qui, d'ailleurs, n'a été révélée aux (iatalans eux-mêmes que dans toutes ces dernières années et sous l'effet d'une véritable renaissance intel¬ lectuelle et politique. Mais au moment où la Catalogne reprenait ainsi conscience des richesses de son passé et, par conséquent, des raisons de son avenir, la tragédie écla¬ tait, qui menace l'intégrité et l'originalité de ce grand peuple. Les savants, les archéo¬ logues, les historiens d'art n'en ont pas moins continué la tâche entreprise : bien plus, leur découverte de la Catalogne s'en enrichie de nouveaux trésors. I^es églises, les monastères, les villages ont fait l'objet de toute une enquête qui, à la fois, sauve, protège, découvre, rassemble. Au milieu des ]ilus sanglants périls, la cultnre catalane se reconstitue... (19 mars 1927) Raymond Cogniat. ...L'Art ne perd pas ses droits. En proie aux difficultés que l'on sait, le gouver¬ nement de la Généralité de Catalogne a cependant décidé d'organiser à Paris nne exposition d'art catalan, une exposition répartie sur cinq siècles, qui doit être comme une synthèse de l'art national catalan en même temps qu'une affirmation de son esprit... (12 mars 1937) Pierre Inibonrg. LA REVUE DE L'ART, Paris. ...Dans un moment dramatique de l'histoire de la Péninsule, la Catalogne vient de confier à Paris ses n'ont été ni pillés ni volés, mais mis à l'abri chefs-d'œuvre qui grâce au gouvernement de la Généralité et particulièrement au dévouement intrépide du Conseiller de Culture Ventura Gassol et de l'équipe de sauveteurs bénévoles formée en pleine guerre civile. Depuis moins d'un demi-siècle une poignée d'hommes, dont la chronique nationale devra conserver les noms, ardents patriotes, gens de goût et savants, promoteurs du jnouvement « catalaniste» ont réalisé ce miracle de sauver la quasi-totalité des œuvres d'art d'un passé dont ils connaissaient la beauté. Armés de toutes les patiences et aussi des moyens techniques les plus modernes, détachant des murailles ruinées, des petits édifices des xi®, xii® et xiii® siècles ces peintures primitives, ils les déposèrent, les plus humbles comme les riches, dans un musée devenu peu à peu le Conservatoire de tout l'Art Catalan. Aujourd'hui, il est l'un des plus parfaits musées du monde, abrité magnifiquement, depuis 1931, dans le parc de Montjuic. Il n'existe pas d'autre exemple en Europe d'un peuple ayant pratiqué un tel sauvetage, intensifié d'ailleurs depuis les événements de juillet 1930... (avril 1937) André Dezarrois. REVUE DE PARIS, Paris. ...Il faut oublier, si on le peut, que nous devons à une guerre civile de voir au Musée du Jeu de Paume, un très bel ensemble de peintures, de sculptures et d'objets d'art catalan datant du xi® au xv® siècle, afin que la cause de leur venue — qui est affreuse — ne nous empêche pas de goûter le plaisir désintéressé que donne l'art et qui, pour quelques moments du moins, a le pouvoir de nous distraire de la réalité présente. A vrai dire, beaucoup des œuvres exposées en changeant de siècle n'ont pas changé — 52 — de « climat », car elles ont pris naissance dans des temps qui n'étaient ni moins troublési ni moins cruels que celui-ci : l'Espagne a été jadis le théâtre de luttes violentes ; la Catalogne, en particulier, en dépit de ses conquêtes et du développement merveilleux de son commerce, s'est constamment battue pour le maintien de ses libertés. Mais, par un heureux privilège dont l'histoire fournit une infinité d'exemples, les hommes sont capables d'inventer, de philosopher, de créer de la beauté au milieu des circons¬ tances les plus tragiques... (mai 1937) Paul Alfassa. REVUE DES DEUX MONDES, Paris. ... C'est une fort belle et intéressante impression que l'on conserve d'une visite au Musée de Jeu de Paume où vient d'être organisée, avec autant de compétence que de succès, une exposition de l'art catalan du x® au xv® siècle. Visite hâtive et d'un spectateur profane, elle me laisse une vision puissante, (mars 1937) LES NOUVELLES LITTÉRAIRES, Paris. A l'occasion de l'ouverture de l'Exposition d'Art Catalan au Musée du Jeu de Paume, nous sommes heureux de publier cet article de M. Ventura Gassol qui, comme Ministre de l'instruction Publique, a tant fait pour l'art et la culture catalans. Le gouvernement de la Généralité, dans un des moments les plus drama- « tiquas que notre peuple ait jamais vécus, a voulu affirmer ce que la Catalogne a de plus permanent, par delà toutes les divergences politiques : l'esprit qui trouva dans chaque époque de son histoire son expression authentique. Le Président de la Catalogne, convaincu de la haute signification de cette affir¬ mation, a voulu à l'occasion de l'inauguration de l'Exposition, envoyer en délégation spéciale à Paris son Conseiller à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts, Antoni Maria Sbert, un des premiers noms du monde intellectuel catalan, et l'animateur dè tant d'oeuvres culturelles qui sont l'honneur de notre pays. Je tiens à insister sur le fait que les pièces réunies dans notre exposition apj)ar- tiennent aux fonds de notre musée national, œuvre qui a pris une singulière ampleur grâee aux gouvernements qui se sont succédé en Catalogne depuis l'avènement de son autonomie. C'est une œuvre qui a été étudiée avec sollicitude par les critiques d'art et les techniciens français, toujours si sensibles aux manifestations de notre art national. Je ne veux pas manquer non plus de dire publiquement toute la reconaissance que le gouvernement catalan garde à la France, pour l'accueil fervent qu'elle a réservé à notre Exposition. Cela va resserrer encore les liens de fraternité qui unissent nos deux peuples. Et n'est-il pas émouvant déjà de constater combien ces liens se mani¬ festent à travers le jeu des influences artistiques dans les époques lointaines, si bien représentées à notre Exposition ? N'est-ce pas là une ])reuve des profondes affinités spirituelles entre la France et la Catalogne ? Aidé par les artistes catalans et même par les éléments révolutionnaires qui ont répondu sans réserve à l'appel que je leur ai adressé dans les tout premiers moments de la Révolution, je tiens à dire avec fierté que le gouvernement de la Généralité a réussi à sauver tous les monumenls de Catalogne, toutes les collections particulières, et tous les trésors artistiques figurant dans l'inventaire dressé précédemment. » (3 ai>ril 1937) L'ART VIVANT, Paris. Le devoir d'un conservateur est, avant tout, de conserver les richesses qui lui ... sont confiées. 11 faut remercier M. Coromines, au nom de l'Humanité, d'avoir évité à de si hauts chefs-d'œuvre le sort de tant d'objets, que leur beauté n'a pas su protéger de la mort. Que la nation catalane existe, qu'elle ait droit à l'indépendance, à la vie, le garantit un art autochtone qui, du xi® au xv® siècle, ne cessa de s'affirmer et de grandir. l.a Catalogne, au moyen âge, est en rapport avec la France méridionale, avec l'Italie, avec l'Orient, avec l'Afrique du Nord. On sait que les échanges, pour être moins rapides que de notre temps, s'effectuaient alors de la façon la plus souple et la plus régulière entre les différents pays d'I'iurope. Or la Catalogne avait une situation géo¬ graphique particulièrement favorable pour développer des relations avec l'Ecole d'Avignon et, plus tard, avec les Flandres. La peinture apparaît dès le x® siècle dans les églises sous forme de décoration de l'abside. Le cheminement de la tradition a comme étapes Byzance, le Tyrol, la Suisse. Mais il existe, dès le xi® siècle, des peintures mobiles, généralement sous forme d'éléments d'autels. jM. .1. Folch i Torres, dans sa remarquable étude qui sert de pré¬ face au catalogue de l'exposition du musée du Jeu de Paume, explique que cet épa¬ nouissement de la peinture en Catalogne, à une époque où elle était assez rarement pratiquée en Occident, est dû à la pauvreté de la plupart des églises de ce pays et à la nécessité de remplacer, par des effets de couleurs, l'absence des pièces d'orfèvrerie qui faisaient le luxe de la plupart des cathédrales de l'Europe. I..es prendères œuvres sculpturales sont elles-mêmes, d'ailleurs, influencées par cet art du métal, témoin ce Christ en majesté, vêtu de la longue robe selon la mode orientale. Au XIII® siècle, l'influence française, qui s'était déjà exercée aux siècles précé¬ dents, devient prépondérante. I.a Cour de Jean I®'' d'Aragon est, par le mariage du roi, essentiellement trançaise. Pendant un siècle, Limoges exerça son prestige sur l'art catalan, si, dès le siècle suivant, l'influence italienne se développa par le truchement de l'art d'Avignon. Le premier nom de peintre catalan qui nous soit connu. Ferrer Bassa, qui vécut au début du xiv® siècle, subit l'exemple de Sienne et de Florence. Il en est de même de cet atelier des trois frères Serra, dont la Vierge entourée d'anges musiciens, que nous reproduisons ici, est si voisine de Giotto. Au début du Quattro¬ cento, un autre maître, Lluis Borrassà, a déjà un réalisme plus accusé et s'écarte du maniérisme italien. Le maître de Saint-Georges, lui, est beaucoup plus proche des l·lamands. La curieuse silhouette de femme du panneau de la Transfiguration en témoigne. Bientôt, d'ailleurs, l'influence flamande ne cessera de s'étendre en Cata¬ logne. Le rétable de " la Vierge des Conseillers ", dû à Lluis Dalman, semble calqué sur la composition de " l'Agneau mystique " de Van Eyck. ■Mais il se produit en Catalogne un tait curieux et dont M. Folch i Torres a subti¬ lement expliqué le mécanisme. Si la Catalogne a suivi, au cours d'une existence poli¬ tique heureuse, l'évolution des autres pays d'Europe, elle va, à la suite des événe¬ ments qui la réduisent à l'état de province, se replier sur elle-même. Elle ne se laissera ■— 54 — pas pénétrer par le grand souffle de l'humanisme qui va libérer l'esprit et soumettre les fonctions manuelles aux volontés de l'intelligence. Alors que, dans les autres pays d'art, l'habileté trouve sa juste place, elle va, en Catalogne, prendre le dessus. Le maître Jaume Huguet, surgit à ce court moment qui sépare deux périodes si opposées. Le Triptyque du " Saint Georges " est une œuvre d'un très beau style sinon d'une grande humanité, plus riche, selon nous, que celle du grand rétable de Granollers dû à l'atelier des Vergós. Le sort de la Catalogne est de devoir à deux étrangers ses plus grands maîtres : Bartolomeus Bermejo et maître Alfonso, tous deux de Cordoue. La Pietâ du premier est d'un pathétique et, en même temps, d'une mesure qui fait songer au chef-d'œuvre d'Avignon. Mais la figure du donateur a une richesse d'expression comparable aux plus beaux portraits de Memlinc. Le rétable de la " Décollation de saint Cucufa ", du second, met en œuvre ce réalisme qui est propre à la peinture espagnole, cet extraordinaire goût du supplice, un minutieux souci de détailler tous les accessoires de la scène. Mais il ne faut pas confondre l'art de Castillo avec l'art catalan. La Catalogne est d'abord dominée par les souvenirs de l'Orient, puis obéit ensuite à une certaine éloquence que traduit l'enthousiasme du geste. Mais cette méchanceté, j'oserais dire mystique, que l'on découvre dans certains tableaux où le bourreau semble se régaler devant la progression de la douleur chez son patient, n'est pas le fait de ce peuple médi¬ terranéen. Elle est un des aspects de l'âme castillane, dont la fureur semble une preuve de piété. Les Christs dus aux sculpteurs de ce pays, qu'ils appartiennent à l'esprit populaire ou à l'art le plus élevé, ont une désolation qui n'atteint au divin que par sa vérité humaine. La remarquable exposition du Jeu de Paume groupait, en outre, des nombreuses pièces d'orlèvrerie, ainsi que des ornements d'église et de verres émaillés. Mais la ])ièce la plus digne d'admiration était ce Tapis brodé de la Genèse, aux stylisations si émouvantes qui est, avec la Tapisserie de Bayeux, un des plus beaux travaux de l'époque romane... (avril 1937) BULLETIN DES MUSÉES DE FRANCE (Musées nationaux, Louvre), La Catalogne, on l'ignore ou on l'oublie, fit au moyen âge figure de nation. Son territoire, à cbeval sur les Pyrénées, atteignait au delà du Roussillon, la Provence ; elle régna à Majorque, en Sardaigne, à Naples avec les rois d'Aragon, comtes de Bar¬ celone et les comptoirs de ses marchands dans le proche Orient méditerranéen. par Du X® début du xvi® siècle, l'art né en Catalogne avec la liberté et la pros¬ au périté, s'y épanouit avec elles. On peut dire qu'il mourut avec l'indépendance de ce peuple, dont les descendants à la fin du xix® siècle, promoteurs du mouvement national « catalaniste », réalisèrent le miracle de sauver tout ce qui pouvait l'être encore des œuvres d'art d'un passé dont ils connaissaient la beauté. Détachant des murailles ruinées des humbles églises de campagnes et de montagne leurs peintures primitives, ils les déposèrent dans ce musée de Barcelone devenu le Conservatoire de tout l'Art catalan et qui est l'un des plus beaux qui soit en Europe. — 55 ~ Les plus rares de ces œuvres, aeeueillies par le Gouvernement français, ont figuré un mois Jeu de Paume. Leur présence détruit la légende de leur anéantissement au dans les luttes de la guerre civile. Grâce au Gouvernement de la Généralité, au conseiller de Culture Ventura Gassol, à V. Pere Coromines, au directeur des musées, notre très savant collègue Folch i Torrés avec qui j'ai pu organiser cette exposition longtemps désirée comme une suite à la grande leçon « ibérique» donnée en 1931 dans ces mêmes salles par les primitifs portugais, le sauvetage de ces chefs-d'œuvre, heureusement indemnes, et se poursuit aujourd'hui par le conseiller actuel de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, M. Antoni-M. Sbert. L'intérêt de la peinture catalane romane, étudiée par de nombreux spécialistes et en France en premier par E. Bertaux, réside principalement dans le fait que les plus anciens documents de peinture mobile sur panneaux de bois conservés en Europe, sont catalans. S'il existe encore de par le monde une douzaine de tableaux français du XIV® siècle (M.-F. Mercier, dont la science est profonde, nous assure qu'il peut augmenter de quelques unités ce maigre total), c'est beaucoup plus d'une centaine qui subsiste dans l'Ecole catalane. Les sources de cet art sont ici comme ailleurs dans l'Orient méditerranéen et l'Italie. La Catalogne placée sur la route des pèlerinages de Saint-Jacques de Compos- telle, vit venir jusqu'à elle, par la France toute proche, les formules lombarde, caro¬ lingienne et ottonienne, l'influence de ces dernières précédant celle des miniatures françaises des xi® et xii® siècles. Un courant oriental apporte par ailleurs d'autres formules élaborées en terre d'Islam par les communautés mozarabes. C'est ainsi que cet ancêtre de la scuplture romane, daté de 1020, le linteau de Saint-Genis des Fon¬ taines, dans les Pyrénées-Orientales, c'est-à-dire en territoire catalan historique, est sans doute inspiré d'un ivoire islamique. Nos émaux de Limoges, nos écoles de Toulouse et du Languedoc, tout le xiii® siècle français par la Navarre et par l'Aragon, influen¬ cent l'Art catalan. De ce complexe d'influence sont nés dans les églises pauvres du jiays ces imitations peintes et sculptées des miniatures puis des émaux cbamplevés tels qu'en montrent les devants d'autels en bois, spécimens les plus anciens du mobilier liturgique roman, où des revêtements en stuc peint et doré remplacent le métal, l'or, l'argent, les pierres précieuses des grands modèles rhénans, mosans et limousins. Art étonnant et inattendu. En dehors du courant général italo-byzantin, est également sensible en Catalogne le souvenir des fresques des églises coptes et de Cappadoce. La peinture région procède xi® siècle de en cette au ce groupe des miniatures catalanes dont certains manuscrits mozarabes et les Beatus apparaissent comme les ancêtres. Les plus habiles des œuvres primitives au xi® siècle ne comportent pas de relief. Le relief de stuc apparaît et se développe au cours du xii®, pour s'épanouir avec ses ors et sa polychromie au xin®. On les retrouvera, ces fonds d'or, dans toute la peinture du moyen âge, jusqu'aux Van Eyek. Dans les églises primitives du « premier art roman», tel que l'a défini le plus illustre des archéologues catalans, M. Puig i Cadafalcb, de la fin du xi® au xiii®, siècle naissent et se multiplient les décorations murales à la détrempe. A mesure que le système architectural s'enrichit cette peinture diminue. Des ensembles abondants du musée de Barcelone, presque toujours sauvés par ses soins, notre ami Folch i Torres n'a pu détacher que des exemples transportables, nous permettant de reconstituer ici quelques — 56 éléments d'absides ou culs-de-four décorés de des ces fresques où le Pantocrator entouré Kvangélistes, la Vierge, les Apôtres, constituent le thème iconographique habituel. Après les successives influences des miniatures ottonienne et française (fin du XII®, début du XIII®), le style italo-gothique milieu du xiv® où siècle, propagé par Avignon s'élabora, dans un milieu siennois, le « style international», pour la première fois, au milieu du xiv® siècle, apparaît un nom d'artiste, celui de Ferrer Bassa, tout à fait italianisant. Des anonymes et d'autres artistes connus, les trois frères Serra, sont pareillement attachés à l'art du Trecento, tandis que le style international est repré¬ senté, au début du xv® siècle, par un homme important Lluis Borrassà, dont le chef- d'œuvre, le Retable de Saint-Sauveur de Guardiola, annonce l'arrivée du maître de Saint Georges (Sant .Jordi). I,a 7 ransfiguration de la cathédrale de Barcelone montre combien celui-ci est dégagé de l'emprise de Borrassà pour subir les premières disci¬ plines flamandes qui vont, à la suite d'éi^hanges constants, se propager en et dont la jilus Catalogne complète expression est ce grand Retable de la Vierge des Conseillers qui pourrait être attribué à un maître secondaire des l'dandres. 11 fut commandé par le (.onseil de la ville de Barcelone en Wïh à un maître alors célèbre, Lluis Dalmau, (.e dernier n'a pas hésité à s'inspirer entièrement du système de composition de Van Ityck dont il a vu certainement en 1431, en Flandres, où il voyageait, VAgneau ^lys- tique. .Mais chose curieuse, cette emprise flamande, si forte, fut brève. Un maître nouveau, plus personnel. Jaunie Huguet (un contemporain du puissant et magnifique Portugais Nuno Gonçalvès, dont la personnalité dépasse de beaucoup tous ces maîtres), est l'auteur du plus beau portrait qui soit dans l'Fcole catalane, ce Saint-Georges qu'I-.mile Bertaux a, le premier, donné à J. Ifuguet, sur lequel passe le souffle de la Benaissance italienne et qui ouvrait à la peinture catalane toutes les possibilités ; ce chef-d'nuivre ne sera malheureusement qu'une fleur sans lendemain. Deux étrangers venus de Cordoue à Barcelone, Bartolomeus Bermejo, auteur d'une magnifique et dramatique Pietà, maître Alfonso qui peignit la Décollation de Saint-Cucufa. où des détails annoncent la grande peinture espagnole et Velasquez, sont les derniers beaux souvenirs qu'emportera de la peinture catalane ancienne le visiteur du .Jeu de Paume. Une sorte d'industrialisme décoratif va suivre et étaler ses habiletés dans ces grands rétables surchargés de scupl tures et d'ors dont les élèves de Huguet, les le jièrc et les deux fils, Vergos sont, au début du xvi® siècle, les fabricants les plus renommés. Avec ceux-ci disjiaraît la vraie peinture catalane. A côté de la sculpture dont plusieurs Christs en croix ou des figures isolées offrent, dans l'exposition actuelle, de pathétiques exemplaires, l'art décoratif est représenté ]iar quelques chefs-d'œuvres, le dais et le retable en argent de la cathédrale de Gérone, divers ostensoirs, reliquaires et croix (Vilabertran), un ensemble de vêtements litur¬ giques du XV® siècle et de verres catalans de la fin du xv® et du xvi® siècle à l'imitation des verres de Damas, mais surtout le fameux Tapis de la Genèse de la cathédrale de Gérone, broderie de laines de couleur d'une exquise harmonie, relique insigne du XII® siècle, jileine d'influences orientales. Il est admirable que tant d'emprises recherehées et subies n'aient pas réussi à faire perdre aux artistes catalans leur personnalité. Ce qu'ils nous ont laissé a un charme et une saveur provinciale qui ne sont ni françaises, ni italiennes, ni flamandes, l.a race était saine et forte qui, endormie dans sa production d'école depuis le XVI® siècle, renaîtra à la fin du siècle dernier et s'assurera en peinture, au début de celui-ci(Exposition J.-M. Sert, J92G, Exposition de l'Art espagnol moderne. iOdli, dans ce Paume) une place de premier plan dans l'Ecole esf)agnole contem¬ même Jeu de poraine. (avril 1937) Andié Dczari'ois. L'ART ET LES ARTISTES. L'Art catalan du x® au xv® siècle, dont le musée des Ecoles étrangères (Jeu de Paume des Tuileries) présente une remarquable sélection, est assez mystérieux pour nous. Aussi cette manifestation de classe, que l'on ])eut qualifier de révélatrice, est- elle d'un intérêt que l'on doit signaler tout spécialement. A coté d'œuvres certes inspirées par l'Art byzantin, italien, français et même flamand, des pièces d'une rare puissance d'expression, sujets religieux traités en bois, métaux, peintures, sculp¬ tures, broderie, disent la force ardente de l'Art catalan à ré])oque de sa vie nationale qui s'étend du x® au xv® siècle inclus. Mentionnons les devants d'autel romans (xi® et XII® siècle), le Christ en croix (xi® siècle) ; la descente de croix en bois sculpté (xii® siècle) ; la statue de la Vierge assise du xiii® siècle ; les broderies, les étendards, les peintures gothiques et les retables du xv® siècle, aux inspirations diverses, mais de belle allure ; les pièces d'orfèvrerie, les somjitueuses chasubles et toutes les œuvres précieuses que la tragédie actuelle qui se joue dans la péninsule ibérique rend encore plus émouvantes. Expressions de beauté d'une période artistique que nous sommes reconnaissants à MM. Dézarrois, Folcb i Torres, Aventura Gassol et Sert de nous avoir présentée de si remarquable façon... (avril 1937) Madclt'ino A. Dayot. LE MOIS, Paris. ...La Catalogne est très richeen peintures romanes — qui, comme on le sait, partout sont rares qu'elles soient murales ou exécutées sur panneaux de bois. — Deux raisons à cette abondance : la première c'est que les pierres brutes em])loyées pour la construction des églises exigeaient d'être peintes tant leur qualité était médiocre ; la seconde, c'est que la pauvreté des fidèles ne permettant point à ceux-ci d'offrir à leur église un riche mobilier, on se contentait de peindre les autels très gros¬ sièrement faits en bois. Les peintures murales que l'on a pu voir au Jeu de Paume ■— elles ont été très habilement enlevées du mur où elles étaient jirimitivement pla¬ cées — sont d'un caractère nettement oriental et si, pour le profane, elles offrent une apparence assez proche de celle de l'art byzantin, les ériidits pensent qu'on peut les affilier plus certainement à l'art copte de la Cappadoce. Très archaïques, elles sont assurément la copie maladroite de types encore qu'elles soient fort bien adaptées à la nécessité décorative qui les requiert. Leur couleur aujourd'hui est fort délicate, mais il faut penser que le temps seul est responsable de sa subtilité et qu'elle présentait dans sa nouveauté plus de robustesse.... André Thérive, — 58 — LAROUSSE MENSUEL ILLUSTRÉ, Paris. L'exposition d'Art ancien catalan ouverte au Jeu de Paume intéresse non seule¬ ... ment par la qualité de certaines des œuvres exposées, mais encore par la mise au point d'opinions hâtivement acceptées. Pour beaucoup de personnes, l'Art catalan Il était primitif guère jusqu'ici qu'un reflet de l'Art néerlandais avec quelques influenees italiennes, qu'une sorte de production provinciale d'imitateurs attardés ; du .Jeu de Paume montre l'exposition qu'il est quelque chose de beaucoup mieux, l'expression d'une race qui a son caractère propre, non point effacé dans l'ombre des maîtres étrangers, mais au contraire très accusé. Sans doute il a pu arriver qu'un comme Lluis Dalmau se réfère peintre assez directement aux exenqiles flamands et semble un disciple de Van Eyck ; cela est assezvrai dans le dessin de sa Vierge aux conseillers, a lui commandée 1443 par en le Conseil descent jurés de Barcelone, non point pour¬ tant dans la couleur. .Mais Lluis Dalmau, malgré la notoriété que lui ont valu des découvertes d'archives, est loin d'etre l'artiste le plus représentatif de son pays. Son contemjiorain Jaume Huguet paraît avoir eu une importance bien plus grande. Tout d'abord, il faut marquer la tendance violente de l'Art catalan : avant tout, il est expressif. Cela s'affirme presque avec outrance en quelques sculptures de Christ émaciés, aux cor])s et aux visages allongés ; cela se confirme dans les peintures où tous les acteurs laissent transjiaraître dans leurs gestes et leurs expressions les senti¬ ments inqiéricux cjui les emportent. Le martyre d'un saint, par un Italien, n'est sou¬ vent qu'un prétexte ; il s'agit de montrer de belles couleurs, de charmants accords de lignes, à tel point que tout le monde auteur, acteurs, puis spectateurs — oublie — le tragique de la scène ; mais le bourreau de la Décollation de saint Médi est tout à son horrible besogne, et le patient tout à sa souffrance. Ces ce qu'ils font ; leur âme gens-là font toujours est imprimée dans leurs traits avec une force singulière. Il y a ])récisénicnl dans les retables de .launie Huguet et de son école certains d'une vérité expressive extraordinaire : tel vieil homme aux visages yeu.x plissés, à la courte barbe blanche ])iquée au menton par quelques coups de la pointe du pinceau, est inoubliable. Voilà sans doute ce qu'on ne trouvera ni en Flandre ni en Italie. A ce réalisme expressif se mêle un goût bien particulier du décoratif : les costumes sont rehaussés d'or ; mieux, ils sont gaufrés sur le jianneau même, en manière de bas-reliefs, et là encore il y a une façon d'exjirimer bien jiarticulière. (avril 1937) ÉTUDES. ...Au Jeu de Paume se réfugie l'Art catalan, austère, dur sans aménité, somptueux dans ses orfèvreries et atteignant parfois la vraie puissance. Du x® au xv® siècle, peinture, sculjiture, tout était religieux, et son originalité est d'ailleurs plus dans l'accent que dans l'invention. Par un effort audacieux, on a transporté à Paris des absides entières peintes à fresque qui sont la partie la plus curieuse de l'exposition. Christs, devants d'autel, retables, tapisseries de l'époque romane, sont fortement marqués par le tempérament... (avril 1937) 59 — TRIBUNE DES NATIONS, Paris. ...C'est une exposition de grande classe, celle de l'art catalan, organisée au Musée du Jeu de Paume. Un véritable style se dégage de l'ensemble, à travers la variété des œuvres. Dans certaines pièces on constate des influences extérieures. Celle de Byzance domine surtout au début. Far la suite, on peut relever dans certaines créations jusqu'à trois évocations d'art étranger à la fois. La connaissance des trésors de la Catalogne tels qu'ils nous sont révélés aura certainement une influence sur notre art contemporain. Nombre d'artistes ont été vivement impressionnés par ardent et libre qui peut avoir tant de points de cet art contact avec notre civilisation présente. Ce qui demeure d'une visite dans les salles catalanes, c'est une impression formidable de vérité, base de toutes les manifestations maîtresses de l'esprit bumain, depuis l'ancienne Egypte jusqu'à nos jours... (25 mars 1937) Ivanhoé Bambosson. VISAGES DU MONDE, Paris. (N uméro extraordinaire consacré entièrement à VArt Catalan.) ...Voici guère plus de vingt ans qu'on s'intéresse à l'art primitif catalan qui, jusqu'a¬ lors, était à peu près ignoré. Comme c'est un art qui n'a pas eu de rayonnement en dehors de la Catalogne, c'est seulement là où il a vécu qu'on peut l'étudier. Cependant une visite à l'Exposition actuelle permet de se faire une idée complète du développe¬ ment de l'art catalan depuis ses origines. L'Exposition d'Art Catalan qui vient de s'ouvrir au Musée du Jeu de Paume sera, pour beaucoup de nos compatriotes, la révélation d'une grande école d'art presqu'in- connue. Elle sera même une révélation pour certains Catalans... (15 aoril 1937) Georges Pillement. JE SUIS PARTOUT, Paris. ...La fort intéressante exposition qui vient de s'ouvrir au Musée du Jeu de Paume, et qui est présentée avec beaucoup de goût, nous en devons l'aubaine à la guerre civile qui ravage en ce moment l'Espagne ; car il est manifeste que le gouvernement de la Généralité de Catalogne en a pris l'initiative pour sa propagande... (27 mars 1937) François losca. — 60 — MIROIR DU MONDE, Paris. Esprit curieux et chercheur, M. André Dezarrois, conservateur du musée du Jeu de Paume où groupées les écoles étrangères, se devait de nous donner, dans une sont exposition magistralement organisée, ces témoignages émouvants du grand passé catalan. Par ailleurs, comité national s'est fondé, présidé par le poète Ventura Gassol, un conseiller de culture, et dans lequel figurent MM. Pau Casais, Pau Ruiz Picasso, Joan Puig i Ferreter, l'architecte J.-LI Sert et M. Joaquim Folch i Torrés, commis¬ saire général, pour nous présenter dans leur vérité historique et leur ordre chronolo¬ gique cinq siècles d'art catalan, d'art religieux. X®, XV® siècles ! Pendant ces cinq cents ans de sa vie nationale, la Catalogne, par ses frontières terrestres et maritimes, est constamment accessible aux courants les plus divers. Par les Pyrénées, elle communique avec la Provence qui lui donne sa langue littéraire, jusqu'à ces jours du xiii® siècle où Jacques 1®L roi d'Aragon, conqué¬ rant des Baléares, des royaumes de Valence et de Murcie, crée la nationalité cata¬ lane et impose le catalan comme langue politique. Mais deux cents ans auparavant aux murs de l'église mozarabe de Pédret, comme dans de nombreuses régions du pays, des vallées pyrénéennes aux paysages aragonais, du Roussillon à la Méditerranée, de nombreuses peintures attestaient déjà l'activité de peintres dont l'art se rattache à cette première période de l'art roman qui accom¬ plira son évolution vers la fin du xi® siècle. La place nous est trop mesurée pour suivre, dans les considérations techniques qu'il donne en avant-propos du catalogue, M. Joaquim Folch i Torrés, directeur des musées d'art de Barcelone, chef du service des musées de la Catalogne. Mais des œuvres, reconstituées dans leur élément architectural, nous familiariseront bientôt avec le réalisme sensible de ces primitifs catalans. Un graphisme expressif y donne à la ligne la prédominance sur la couleur, et crée autour du personnage une vérité humaine d'une pathétique et obsédante grandeur. Les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament sont naïvement commentées aux culs-de-four des absides, mais avec une vigueur de traits et une ferveur dans l'expression qui impressionnent et nous ravissent. nous Cet art, à la fois réaliste et religieux, est-il venu en Occident de Byzance, et par l'Italie méridionale et les routes des pèlerinages ? Cette question, nous pouvons nous la poser sans chercher à lui donner une réponse formelle. D'autant plus que M. Folch i Torres ne nous cache pas que les peintures coptes peuvent aussi avoir influencé l'art catalan et lui donner cette coïncidence de style et de coloris plus africaine que grecque. Autour des sujets religieux ou compartimentant les scènes secondaires, un art décoratif, plein d'heureuses trouvailles, où se décèlent nettement des influences orientales, lie la composition et ajoute au relief de l'ensemble. Un des attraits de cette exposition, ce sont ces statues polychromes, et ces pein¬ tures et ces sculptures sur bois ou sur relief de stuc qui illustrent le devant de la plu¬ part des types d'autels romans. Sous Jacques 1®"" qui, tout en prenant conscience de la force de son pays, fut ce que nous appelons aujourd'hui un grand Européen, l'art catalan prend une orienta¬ tion nouvelle. — 61 — Par la Navarre et la Provence lui vient le courant français. Des jieintres catalans se familiarisent, sur place, avec l'art de chez nous ; mais aussi avec l'art italien auquel nos artistes sont eux-mêmes sensibles. Nos orfèvres et miniaturistes nos impression¬ neront les artisans catalans, mais Ferrer Bassa cherchera ses exem])les chez les ])eintres d'Italie. Pourtant, avec les frères Jaume, Joan et Pere Serra dont l'atelier sera fameux, l'art catalan prendra une direction nouvelle, et IJuis Borrassà, au lendemain d'une sorte de fusion entre l'italianisme et les courants français et flamands, deviendra le représentant d'un style national qui succédera, sans le faire oublier, à l'italo-gothique. Alors, les peintres catalans gagnent en habileté ce qu'ils ont perdu en naïveté. Ils acquerront rapidement une science du modelé et de la composition qui grandira encore avec le maître de Saint-Georges, peintre de rétables et de miniatures plus étroitement soumis à l'influence flamande. Cette influence et plus particulièrement celle de Van Eyck, nous la retrouve¬ rons, définitive, dans la Vierge des Conseillers, de Lluis Dalmau, où nous reconnaissons l'atmosphère de VAgneau mystique, de Gand. Avec Janine Huguet, avec Bartomeu Bermejo surtout, l'art catalan, s'il laisse encore deviner ses ascendances, s'affirme pourtant plus près de la vérité, haussé par ses artistes le plan d'une observation plus directe, imprégné d'humanisme chez sur Jaume Huguet, somptueux chez les Vergós, réaliste chez le Cordouan Alfonso de Balza qui, avec son retable de la Décollation de saint Cucufa, ferme une époque de la peinture eatalane, et apporte sa première espérance, yieut-être, à la peinture esjia- gnole. (3 avril 1937) Jean Valniy-Baysse. VU, Paris. ...Qui eût croire que l'étude de l'art roman et de l'art gothique nous réservait pu encore, après si longue carrière, des révélât ions ( omme celle que nous apport e une l'exposition ouverte, depuis quelques jours, aux Tuileries et organisée j)ar le gouver¬ nement de Catalogne ? Les cent seize peintures, sculptures et objets précieux prêtés par le Musée de Barcelone ne constituent pas seulement une collection de chefs-d'œuvre ou de pièces rarissimes, ils illustrent un chapitre de l'histoire de l'art que l'on peut, sans rougir, avouer qu'on ignorait et qui, pour le public français est vraiment un nouveau chapitre. Quoiqu'il en soit, ees objets très précieux et ceux qui les accompagnent, ces peintures d'époque gothique égalent ce qu'on peut voir de plus charmant dans les musées de Belgique ou d'Italie ou dans les nôtres, ces statues de bois polychromé d'une expression si forte dans leur naïveté, ces fresques primitives dont le transport et le montage semblent un tour de force donnent à cette exposition une puissance d'intérêt qui ne manquera pas de lui assurer un très grand succès. (24 mars 1937) Jean Gallotti. — 62 — MARIANNE, Paris. On concenlrait dans le musée tous les objets trouvés chez les particuliers ou dans les édifices religieux de la province de Barcelone. Pareillement on réunissait dans la capitale de chaque province les objets qui présentaient un intérêt artistique. Bientôt, les expéditions parties pour les régions montagneuses revenaient chargées de sculptures romanes ou gothiques et de beaux retables peu ou pas connus. Quant aux œuvres qui semblaient hors de danger, elles furent laissées en place- Les collections privées furent déposées dans les musées. Celui de Barcelone a reçu un grand nombre de statues en bois du xiv® siècle, qu'on avait échangées dans des églises contre d'affreuses sculptures en plâtre, et de retables dont la plupart avaient été achetés à vil prix aux monastères et aux églises. L'ensemble des œuvres trouvées fut aussitôt inventorié, leur conservation et leur mise en état furent soigneusement entreprises par des techniciens que j'ai vus déployer un zèle sans défaillance et se donner une grande peine pour éviter que la peinture d'un retable ne s'écaille ou qu'une statue en bois ne s'effrite. Le tri des œuvres se fit en deux temps. Les experts commencèrent par éliminer les œuvres sans intérêt et par envoyer à la fonte celles en or ou en argent. Puis ils effectuèrent un deuxième tri, pour séparer les œuvres d'art des objets médiocres. On procéda par catégories d'objets : œuvres d'art, accessoires du culte, tissus, usten¬ siles, etc. Les œuvres retenues par le dernier choix furent photographiées, étiquetées avec indication de la collection privée ou du monument d'où elles avaient été tirées. Un spécialiste leur faisait passer un examen de santé, mettait de côté les œuvres qui nécessitaient des soins, protégeait les autres des dangers du transport, puis les confiait aux miliciens, qui les embarquaient dans des camions capitonnés, pour une destination lointaine, à rat)ri des bombardements possibles. Le sauvetage des objets d'art et leur classification terminés, on s'attaquait au désencombrement des édifices religieux. A l'heure présente, on est en voie de les débarrasser des chœurs, autels, sculptures, objets ajoutés tardivement, qui gâtaient la pureté de leurs lignes. Dans quelques mois ces édifices retrouveront leur aspect primitif. Je me permettrai de donner un exemple de l'enthousiasme avec lequel les jeunes se sont attelés à cette tâche de restauration et de création de nouveaux musées. Le 19 juillet, les soldats, casernés dans l'arsenal gothique, à l'extrémité des Ram¬ blas, attaquaient la population. Après deux jours de combats acharnés, le peuple se rendait maître de la caserne. Quatre semaines plus tard, celle-ci se trouvait, comme par enchantement, transformée en musée naval, riche de bateaux, d'instruments de navigation anciens, de cartes de toute beauté, de coffrets pour marins intérieure¬ ment historiés de bellespeintures. Disons, pour terminer, que dès les premiers jours de la guerre civile, le conseiller de la Culture avait créé, par décret, dans toute la Catalogne, des commissions chargées d'étudier la destination à donner aux églises désaffectées et le moyen de les utiliser au mieux de l'intérêt de l'art. D'une façon générale, j'estime que le patrimoine artistique de la Catalogne n'a pasdiminué de plus de 2 0/0, et encore dans ce chiffre on ne saurait compter aucune œuvre importante. — 63 — Par contre, ce patrimoine se trouve augmenté d'environ 40 0/0 d'œuvres naguère inconnues et dont plusieurs sont d'un grand intérêt. L'art, dont nous avons tâché de donner dans ce livre les œuvres les plus carac¬ téristiques, fleurit en Catalogne de la fin du x® au xv® siècle. Cette période artistique correspond à la formation de l'Etat catalan, à son exten¬ sion vers le Midi de la France (de l'Atlantique à Nice) et vers l'Aragon, à son expan¬ sion maritime et à la formation d'un empire méditerranéen comprenant la Sicile, Afalte, Minorque, les duchés d'Athènes et de Néopatrie, la Morée, la Sardaigne, Naples et les royaumes de Tunisie, Tlemcen et Bougie, réduite à l'état de tributaires. C'est l'étahlissement de la dynastie castillane sur le trône des rois d'Aragon et comtes de Barcelone (1412), qui arrêta l'essor du pays et mit fin à sa production artistique. I2art catalan ne s'est pas enfermé dans les limites du pays ; il s'est répandu au loin dans les contrées conquises et aussi dans tous les pays politiquement liés à la Cata¬ logne et jusque dans les îles de Chypre et de Rhodes. Le style de cet art est dérivé de l'art byzantin et oriental, pour ses manifestations romanes ; de l'art italien, français et flamand pour ses manifestations gothiques. Devant tout ce que cet art nous a transmis, on se dit que les artistes catalans avaient une grande particularité, le degré extraordinaire auquel ils portaient leurs vertus naturelles qui gonflait de substances personnelles leurs dons d'assimilation. Parmi ees vertus, la plus importante est, sans conteste, le pouvoir d'observation. On peut ainsi assurer que cet art est déterminé par le tempérament même des Catalans, par la terre qui les porte, que l'homme et la terre sont d'un seul tenant. Cette union entre la terre et l'homme marque le style catalan d'tme empreinte profonde et explique le cycle « atalanisme » des habitants de cette partie de la péninsule ibérique. (12 mai 1937) Christian Zervos. GRINGOIRE, Paris. L'idée d'une exposition d'art catalan, projetée depuis plusieurs années, puis abandonnée, vient d'aboutir brusquement. Les raisons qui ont présidé à cet accou¬ chement inopiné ne sont pas d'ordre purement artistique, la politique est intervenue et voilà où le bât blesse. Ceci dit, félicitons les organisateurs pour le goût dépensé au Jeu de Paume des Tuileries manifestation soignée, clairement ordonnée et qui, du x® au xv® siècle, ; nous promène du mieux qu'elle peut à travers les arcanes d'une civilisation très proche de celle de nos provinces méditerranéennes. Chaque pièce savamment mise en valeur prend toute son éloquence et rien n'est sacrifié à l'intérêt général. Aussi peut-on, à loisir, contempler les objets et passer des peintures aux ebasuliles, des fjois poly- chromés aux rétahles sculptés, sans fatigue aucune. (2 acril 1937) André Billebœf. L'HUMANITÉ, Paris. ...C'est la première fois que l'on peut voir à I^aris un ensemble d'art médiéval catalan aussi important que celui qu'en pleine guerre civile la Généralité de Catalogne — 64 — a eu l'heureuse idée d'organiser au Musée du Jeu de Paume. La signification profonde de cetteexposition réside dans le fait de la participation étroite de toutes les forces civilisatrices d'un peuple en lutte pour sa liberté. Une exposition comme celle du Jeu de Paume, si elle aide singulièrement, sur l'échelle des valeurs intellectuelles, à remettre les choses en place, ne constitue pas moins, en dehors de toute considération, un évé¬ nement de premier ordre parmi les manifestations d'art de ces derniers temps... (21 mars 1937) VENDREDI, Paris. ...Les Catalans nous donnent aujourd'hui une grande leçon. En même temps qu'ils résistent à la plus affreuse des invasions, ils ont préparé et organisé la grande Expo¬ sition d'art médiéval catalan, qui vient de s'ouvrir au Musée du Jeu de I^aume. Voilà qui va rassurer ceuxqui se plaisent à nous représenter les musées catalans comme un amas de ruines, les cathédrales livrées au pillage, les collections détruites. Voilà une nouvelle preuve de l'attachement de ce pays révolutionnaire aux formes les plus vénérables de son art et de sa culture, même quand cet art et cette culture revêtent un caractère purement religieux. Cette Exposition, par certains côtés, nous touche et nous émeut profondément... (23 mars 1937) L'HOMME LIBRE, Paris. ...Dans cette Exposition presque tout l'Art catalan est résumé avec son splendide destin. Toute la culture catalane s'éclaire et nous retrouvons la marque certaine de toutes les influences qui se sont manifestées durant le moyen âge, ces courants partis des grands centres civilisateurs. Et c'est pourquoi l'Art catalan est à la fois ardent et humain. Ses œuvres exposées ici en sont le témoignage vivant... (avril 1937) VIVRE, Paris. ...Cette magnifique Exposition, organisée en plein tourmente, atteste la vitalité de ce peuple indépendant et fier... (avril 1937) BEAUX-ARTS, Paris. ...L'Exposition d'Art catalan sera une magnifique révélation pour les Parisiens, qui vont découvrir les splendeurs d'un art qu'ils ignoraient. I^'Exposition du Jeu de Paume est complète. I^'histoire de l'Art catalan est admirablement résumée là avec son splendide et trop bref destin. Un tel passé, et le respect, le goût dont on avait fait preuve pour le présenter au musée de Barcelone prouvent que ce sens national n'est pas perdu. Une nouvelle Renaissance ne viendra-t-elle revivifier ce que la première avait interrompu ?... Une visite au musée de Barcelone laisse un souvenir impérissable. La pauvreté ancienne de la Catalogne semble l'avoir tout d'abord repliée sur elle-même. Les artistes ont conservé longtemps un style qui, ailleurs, fut tôt abandonné : mais les influences — 65 — Subies n'ont ])as altéré l'expression du génie national. Précisément parce que l'artiste catalan n'était pas en contact avec des grandes œuvres étrangères, il a évité tout acadéniisiue et a conservé avec la vie un contact robuste, ('.'est la \ ie intense des œuvres exécutées en P.atalogne romanes qui émeut tout d'abord : une conceyition du monde d'une sinqilicité et d'une clarté admirables, une lucidité aiguë et cruelle donnent à cet art un cachet d'une virilité sublime. Les artistes gothiques se laissent peu à fieu séduire par les richesses de la décoration. On se doute que bien des œuvres remarquables du musée de Barcelone n'ont pu être transportées à Paris. Leurs dimensions en empêchaient les organisateurs. Mais l'Exposition du Jeu de l'aume est complète : toutes les écoles, toutes les tendances sont amplement représentées. L'histoire de l'Art catalan est admirablement évoquée. Sans donner de vains regrets aux œuvres que nous ne trouverons pas ici (comment cependant ne ])as rappeler l'image du Dieu puissant et terrible du Sant CJiment de Taüll ?) visite... (19 commençons notre mars 1937) (i. Wildoiistein. L'ACTION FRANÇAISE, Paris. An musée du château de .Vlaisons-Laffitte vient d'être ... ouverte l'exposition des (LMivres d'Art catalan que l'on avait vues peu de semaines au .Jeu de Paume, en mars dernier. (Jette nouvelle exposition montre de nombreuses pièces qui n'avaient pu cire ])rcsentées aux Tuileries, notamment des absides romanes et des ouvrages d'or¬ fèvrerie des xiii® au xvi® siècles ; ainsi offre-t-elle au visiteur un résumé complet de l'art si particulier de ces régions de l'Esjiagne... (24 juin 1937) VISAGES DU MONDE. ...Au de cinq siècles de prodnction à peine interrompue par l'éclipsé du cours xni® siècle, l'exposition nous permet de découvrir une grande école de sculpture et d'en suivre le dévelo]q)ement. Elle encouragera sans doute beaucoup de nos cojnpa- triotes à se rendre sur place, dès que les temps seront propices, pour voir les œuvres qu'on n'a pu transporter et mieux connaître la Catalogne... (25 mars 1937) S. (le (ïunzbtirg. ... Toutes ces couvres nous ])rouvent qu il exista un art propre à la Catalogne, un art qui nous touche, nous Français, plus que d'autres, car il englobe notre province du IJoussillon et, par là, représente un des aspects de l'art français au moyen âge... Georges Dnthuit. LE PETIT NIÇOIS, Nice. L'Art catalan tient un gros succès au musée du Jeu de Paume. Une ^ archaïque ierge d'Ail, dorée polychromée, voisine avec « Trois figures d'apôtres debout et sur des fleurs» ; un grand Christ en croix du xii® siècle est sublime de souffrance et de misère corporelle. Coffrets, arches, reliquaires, magnifiques ostensoirs entourent — 66 — le grand retable et le baldaquin d'argent ; chasubles, dalmatiques et chapes de velours éblouissent par leurs richesses assourdies. Le ])ortrail du roi Georges 11 est cbarniant, avec son visage enfantin, son armure d'or aux tons éteints de tapisserie ; derrière lui, deux cyprès l'encadrent sur un azur très doux. Dans toutes ces somptuosités règne une grande vérité d'attitudes et d'expression. iSous sortons du musée éblouis. (27 mai 1937) Comte Antoine Chiappe. L'ILLUSTRATION, Paris. ...La veille dujour où paraissait leur information, c'est-à-dire le mercredi 3 mars, nous rencontrions sur le pont de la Concorde une caravane automobile. En tête, une petite voiture de tourisme au fanion catalan et portant, imprimé sur une portière, le cartouche que l'on peut voir sur l'une de nos photographies. Suivaient deux énormes camions et une plate-forme remorquée recouverte d'une bâche, tout à fait semblable à celle dont la photographie avait été prise devant le musée du Prado et reproduite par les journaux quotidiens. Les inscriptions très voyantes recouvrant les camions et aussi les petites affiches des services du musée du Louvre qui y avaient été apposées ne pouvaient laisser de doute : il s'agissait bien, en provenance de Barcelone, du trans¬ port d'œuvres d'art ; mais était-il interdit de penser qu'il pouvait y figurer aussi des (Euvres évacuées du Prado sur la capitale catalane ? Curieux de notre nature autant que par profession, nous avons suivi la marche paisible de la caravane qui nous con¬ duisit, non loin de là, sur la terrasse des Feuillants surplombant la rue de Rivoli. Il était 5 heures. I^ar extraordinaire, il ne pleuvait pas et nous pûmes ainsi prendre les photographies que nous reproduisons. C'est, en effet, au Jeu de Paume que ces tableaux furent déposés et, au passage, notre objectif put même surprendre un magni¬ fique primitif que l'on extrayait des profondeurs de l'un des camions pour l'engouffrer très rapidement dans la salle du musée. Le contraste était d'ailleurs piquant de la rue de Rivoli et de la place de la Con¬ corde toutes proches, bourdonnantes du bruit des autos — car la circulation est particulièrement active à cette heure-là — et de l'aspect tranquille, presque désolé, de cette terrasse des Feuillants où les camions jetaient une note foraine pour le moins inattendue. Une demi-douzaine d'hommes et de femmes, accompagnés d'une fillette, discutaient avec véhémence en espagnol. Un agent surveillait l'opération. C'était bien là le convoi précieux que l'administration des beaux-arts, depuis qu'il avait franchi la frontière, suivait jour à jour dans sa progression, car sa valeur matérielle égale sa valeur d'émotion... (6 mars 1937) LA VIE CATHOLIQUE, Paris. ...C'est une manifestation fort curieuse qui, à la plupart d'entre nous, offre beau¬ et coup de nouveautés que exposition du Jeu de Paume. Si l'archéologue et l'histo¬ cette rien des arts y trouve d'abord son gibier, fort savoureux, le simple amateur et l'hon¬ nête homme y cueillera aussi de belles joies. A vrai dire notre joie serait plus grande encore et sans gêne aucune, si l'Exposi¬ tion avait lieu en une période moins troublée, moins douloureuse pour la Catalogne et pour l'Espagne... (10 avril 1937) Jlaiirice Brillant. — G7 — LE POPULAIRE, Paris. ...«Les œuvres réunies rappellent, en même temps qu'un passé national glorieux, contenu clans six siècles, l'émouvante histoire de ce moyen âge qui conserve à chaque peuple sa figure originale, mais unit toutes les nations par un échange incessant de relations spirituelles, au gré des pèlerinages. De Byzance à Saint-Jacques de Compos- telle, la route franchit l'Italie, la France de la langue d'oc. Elle s'égare vers le sud de l'Allemagne ou vers les pays maures. Elle achemine les recherches de l'esjjrit et de l'art à travers une liurope instable, qui se révèle à elle-même et qui se crée. Avignon, pavs des papes, réunira bientôt les inquiétudes et les découvertes et Barcelone, à son tour, les inscrira dans les retables de ses autels et sur les murs de ses cathédrales. La période romane est richement représentée au Jeu de Paume. J.es peintures « à fresque et sur bois apportent une contribution originale à l'histoire de l'art roman. l,e dessin m'a semblé moins serré, moins profond, que dans les œuvres d'autres pays. Mais les artistes ont poursuivi une recherche plus fidèle aux souvenirs de l'Orient ou de l'Afrique du Nord. D'autre part, le visiteur trouvera un vif intérêt à voir les imitations d'orfèvrerie « et d'émaux exécutées stuc et en bois sculpté, polychromés et dorés. en 11 est difficile de juger la valeur de la sculpture romane : il ne reste plus, dans les œuvres retrouvées, que l'ébauche en bois que l'on recouvrait de plâtre et que l'on peignait ensuite. Ainsi l'œuvre définitive a disparu. Avec elle, l'essentiel de l'art, la forme qui exprime la grandeur de l'esprit qui la crée. « L'art gothique est magnifiquement représenté. Soumis à l'influence française, plus tard, avec Ferrer Bassa, à l'influence italienne, il ne diffère point, au début, des grandes écoles occidentales auxquelles se rattachent toutes ses créations. De grands artistes, les frères Serra, Lluis Borrassà, le maître de Saint-Georges, paraissent avoir construit une œuvre digne des plus grands peintres d'italic et de France. Puis l'influence de Van Eyck apparaît dans les peintures de Lluis Dalmau. « Mais les Catalans restent sourds à l'appel de la Renaissance. Jaume Huguet, « dont un nombre important de peintures défend ici la mémoire et qui, dans le tableau de la consécration de saint Augustin apparaît comme un très grand artiste, reste fidèle à la tradition gothique et à l'esprit antérieur de l'art national. « Des panneaux d'orfèvrerie, des broderies, des vases en verre émaillé, font revivre la beauté et la richesse d'une civilisation interrompue. « Nous contemplons avec émotion de tels souvenirs. Ils nous rappellent la fra¬ ternité de culture qui unissait la Catalogne à notre France d'oc. Ils retrouvent une vie nouvelle dans la lutte que nous avons entreprise en commun pour la liberté. A nos amis d'Espagne et de Catalogne appartient la part la plus pure et la plus glorieuse : celle du sacrifice émouvant dont ils donnent un exemple quotidien.».. (21 mars 1937) LE TEMPS, Paris. ...C'est une très belle exposition d'art chrétien primitif, somptueux et barbare qui s'ouvre au Musée du Jeu de Paume. Il faut certes plus d'une rapide visite pour prendre une idée nette de ce que fut* le développement artistique durant cinq siècles en Catalogne. On voit néanmoins — 68 — que ce pays fut un magnifique creuset, ouvert à toutes les influences, les accueillant avec une foi profonde et servant son idéal avec un pieux et intense amour... (20 mars 1937) R. J. CE SOIR, Paris. Six heures du soir. Sur la place de la Concorde, le jour tombe, faisant paraître ... plus brillantes les fenêtres illuminées du Musée de l'Orangerie. Ce n'est pas vers l'Exposition Degas que je me dirige aujourd'hui, mais vers le Jeu de Paume, plus discrètement éclairé. Depuis quelques jours, des camions sont arrivés et l'on prépare en grande diligence une exposition que bientôt tous voudront avoir vue ; six siècles de grand art catalan se sont donné rendez-vous dans le musée que dirige si activement André Dézarrois. C'est justement lui que je surprends, très affairé au téléphone... et nous montons tous au premier étage, dans une pénombre au terme de laquelle scintille le grand deux autel d'argent de la cathédrale de Gérone. Un immense « Christ en majesté» du xi® siècle, dressé dans un angle, attend d'être accroché. Plus loin, une table d'autel roman voisine avec un panneau de baldaquin. Adossés à un mur, d'admirables retables du xiii® siècle. J'y crois retrouver un écho amplifié de nos miniatures du temps de Saint-Louis. Dans une salle, plusieurs personnages s'affairent, corrigent des épreuves, classent des fiches. Voici Sert, un des organisateurs de l'exposition: Le jeune architecte collabore à l'édification du pavillon espagnol qui se dressera bientôt dans les jardins du Trocadéro. Voici Gassol ancien Conseiller de Culture de la Généralité, Directeur du Comité d'action de l'exposition catalane. Voici enfin Folch i Torres, dont la carrure athlétique, l'allure sportive, le teint ensoleillé nous disent assez qu'il n'est pas un conservateur en chambre, mais l'homme d'action dont on m'avait tant parlé quand j'étais à Barcelone, celui qui, depuis 26 ans, a consacré sa vie aux musées de la capitale catalane. Nous sommes sûrs que tous les Parisiens seront émus comme nous, par l'effort de tout un peuple pour sauver et exalter sa culture en ces heures dramatiques... (12 mars 1937) G.-H. Rivière. PARIS-SOIR, Paris. ...Les amateurs d'art ont vu avec regret les merveilles catalanes quitter les salles radieuses du Jeu de Paume. Mais ils auront bientôt la chance de pouvoir aller les admirer au château de Maisons-Laffitte. Sans les désastres d'Espâgne, peut-être n'eussions-nous jamais vu à Paris ces chefs-d'œuvre ramassés ici et là dans toutes les provinces par la sollicitude du Service de la Défense du Patrimoine artistique catalan. Les Français qui séjournèrent à Barcelone ont revu avec joie quelques merveilles du fameux Musée de Montjuic. — 69 — L'amateur n'aurait jamais espéré voir réuni un plus parfait ensemble allant des archaïques balbutiements du x® siècle jusqu'à l'apogée du xii® et jusqu'à sa décadence môme du xiv®... (28 açril 1937) PARIS-MIDI, Paris. ...« On sait que la belle exposition des trésors de l'art catalan dont s'honore le musée du Jeu de Paume a été transportée au château de Maisons-Laffille, où tout un chacun quotidiennement peut la voir. Mais il est bon de dire que cette exposition comporte aujourd'hui de nombreuses pièces qui n'avaient ])u être présentées sur la terrasse des Tuileries, notamment des absides romanes et des ouvrages d'orfèvrerie des XIII® et XIV® siècles qui contribuent à offrir aux visiteurs une vision comjilèle de l'art si particulier de ces régions espagnoles. « Le conseiller de la Culture de la Généralité. Antoni Maria Sbert et le Commis¬ saire du musée de Barcelone, M. Pierre Coromines, sont venus assister à la mise en place de ces trésors catalans. «Ainsi, un château de l'Ile-de-France participe à Maisons-Laffitte, bien qu'en marge de nos «Arts et Techniques», comme Versailles et la Malmaison, aux démons¬ trations internationales de notre grande Exposition. «Le mérite en soit à la direction de nos musées nationaux...)) (26 cwril 1937) i. Gros. ... On peut-être trop dit au déhul de la guerre civile espagnole que l'art catalan a parler que de celui-là — n'existait plus. Une exposition magistrale de l'art - - pour ne ancien catalan qui vient de s'ouvrir hier, au musée du Jeu de Paume, nous fait heu¬ reusement mesurer la vanité de quelques-uns des récits des analystes de notre temps. L'ensemble des pièces de cette exposition qui résume l'histoire artistique de la Cata¬ logne à l'époque de sa vie nationale du x® au xv® siècle vient tout entier d'Espagne. C'est qu'au début des troubles, des personnalités officielles barcelonaises prévoyant le pire parcoururent en auto tous les pays de Catalogne pour recueillir les objets d'art catalogués dont les emplacements connus étaient mentionnés sur les fiches du ser¬ vice de conservation des monuments. Ainsi furent préservés tous les trésors artistiques des cathédrales de Barcelone, Gérone, Tarragone, des monastères de Pedralhes et Montserrat et ceux de Poblet et Santes Creus les plus riches en inestimables chefs- d'œuvre et autres pièces dont l'ancienneté est sans prix. Une telle exposition tiendra cette année une place de premier plan dans les manifestations du Musée que M. André Dézarrois administre... mars (19 1937) FIGARO, Paris. Les plus vieux trésors des sanctuaires de la Catalogne sont à Paris. Depuis hier on peut les voir, à deux pas de la place de la Concorde, au Jeu de Paume des Tuileries. Des circonstances que tout le monde a présentes à l'esprit ont contribué à rendre — 70 possible ce voyage des reliques d'un Age lointain. L'exposition ne met pas sous nos yeux des panneaux peints, des bois sculptés, des pièces d'orfèvrerie, des broderies, des vêtements liturgiques ; des autels entiers, des absides décorées ont été reconstituées. De ces curieux spécimens conservés par la Généralité de Catalogne, l'érudition française n'avait pas attendu l'éclat d'événements récents pour signaler le haut intérêt ni pour louer les beautés. De l'autre côté des monts, sous l'ancien régime, d'excellents travaux leur avaient été consacrés. Mais le « gouvernement de la Cata¬ logne» met son point d'honneur à les redécouvrir. 11 en a sonné bruyamment le rassemblement. Pour les « mettre à l'abri» des services spéciaux de réquisition et de confiscation ont été créés. Il s'agit en effet pour un certain parti d'une œuvre de démonstration ; ces vénérables vestiges servent une thèse ; ils sont chargés d'apporter l'appui d une vérité historique aux théoriciens de l'autonomie catalane. Nous n'avons pas à entrer ici dans ces considérations. Que sans sortir de leur ville, les Parisiens puissent contempler en une heure, des pièces de haute époque que nos pères ne pouvaient connaître qu'au cours d'un voyage, charmant certes, mais long et compliqué — nous n'en demandons pa-s plus et tout est pour le mieux. (19 mars 1937) Raymond Léciiyer. L'AMI DU PEUPLE, Paris. L'Exposition d'Art Catalan que M. Dézarrois vient d'organiser au Jeu de Paume prend une signification émouvante, quand on songe à la guerre fraticide qui déchire l'Espagne, d'autant plus qu'on y voit surtout des fresques, des objets sacrés qui évoquent la plus pure spiritualité, domaine au-dessus des passions humaines. (21 mars 1937) LA CROIX, Paris. Une exposition d'art catalan du x® au xv® siècle vient de s'ouvrir au Musée du .leu de Paume des Tuileries. Mais à l'heure où l'Espagne est cruellement déchirée, il faut rappeler que cette manifestation de spiritualité catalane doit rester en dehors des partis. Réjouissons-nous de l'occasion offerte aux Parisiens qui n'ont pas été, comme moi, à Barcelone, de connaître ces primitifs et cette orfèvrerie ancienne, car ('est tout le fonds du Musée de Barcelone qui est là, celui du Musée du Grand Palais, construit jadis pour l'Exposition de Barcelone au Parc de Montjuic. (23 avril 1937) LE PETIT JOURNAL, Paris. C'est une exposition d'art religieux quasi exclusivement ; une sublime, une mirifique exposition qui nous est présentée au Jeu de Paume des Tuileries sous le vocable de l'Art Catalan Ancien du x® au xv® siècle. Annoncée dès longtemps, retardée, officiellement inaugurée, la voici ouverte au public ami de l'art, qui n'est point, à Paris, un mince public. Des images du Christ roides ; des têtes de saints personnages longues, aux pom¬ mettes saillantes ; un air de piété farouche, de gravité sévère qui, aux derniers temps, se mue en douceur, hiératisme rigide qui, à la fin, s'assouplit ; telles sont les prin¬ un cipales apparences des œuvres si précieuses pour la plupart prêtées par le Musée de Catalogne qui s'en est fait, à Barcelone, le reliquaire. «Cet art, écrit M. Pere Coromines, Commissaire général des Musées de la Géné¬ ralité, prit naissance vers la seconde moitié du x® siècle, affirma dès cette époque une force originale, avec des moyens d'expression qui n'appartinrent qu'à lui. Entre le XIV® et le xv® siècle, il gagne en richesse ce qu'il perd en personnalité, puis, sous l'influence d'événements politiques contraires, il se résorbe et dépérit, par un phéno¬ mène de consomption presque spontané, sans avoir donné sa mesure, à l'époque même où triomphait en Italie la Renaissance. » Ces saisissantes «figures» peintes sur panneaux, ces pierres sculptées, ces bois, ces orfèvreries, ces décorations murales et ces retables, choisis parmi les plus beaux et les plus typiques dans l'art roman puis dans l'art gothique « donnent une idée d'ensemble de l'histoire artistique de la Catalogne à l'époque de sa vie nationale», affirme dans son lumineux catalogue M. Joaquim Folch i Torres. Et M. Ventura Gassol, président du Comité de l'Exposition, dit que l'on trouvera en elle « ce que notre peuple a de plus racé et de plus permanent »... « une manifesta¬ tion de notre spiritualité catalane au-dessus du bruit de la guerre civile». C'est d'une tribune extraordinaire que nous venaient ces mots... M. André Dézar- rois. Conservateur du Jeu de Paume, qui s'est donné tant de peine pour aboutir à cette superbe réalisation, avait pris la parole pour la passer à ses hôtes sur l'estrade au fond de laquelle se dresse une des plus formidables pièces d'orfèvrerie qui soit au monde ; le retable, tout entier en argent repoussé, doré avec des émaux, de la cathé¬ drale de Gérone, chef-d'œuvre catalan du milieu du xv® siècle. Et sur la tête des orateurs s'étendait le vaste baldaquin d'argent repoussé lui aussi, orné de figures comme le retable et pourtant sur quatre hautes colonnettes toujours du même métal travaillé. Une telle somptuosité n'apparait point écrasante, tant elle garde son pur caractère religieux. Mais la beauté d'art s'exprime également ici dans des matières d'inégale valeur ; nous devrons à la manifestation d'archaïsme du Jeu de Paume une vive et neuve sensation. (18 mars 1937) P. R. Aujourd'hui, à 15 heures, Jeu de Paume, s'ouvre l'Exposition de l'Art Catalan. au Nous sommes allés trouver M. Ventura Gassol, ancien Conseiller de la Culture auprès de la Généralité de Catalogne, que sa haute érudition désignait tout naturelle¬ ment pour présider à l'organisation de cette grande manifestation artistique. Au mois d'août, à Barcelone, dans d'émouvantes circonstances, j'avais eu l'occa¬ sion d'apprécier toute la finesse d'esprit et la sensibilité artistique de M. Gassol ; au milieu de splendides peintures posées à même le sol, de statues curieusement assemblées au hasard, de piles de manuscrits précieux, il m'expliquait alors comment les miliciens avaient sauvé des églises tous ces trésors et les lui apportait en disant : « Ceci a probablement de la valeur, nous n'avons pas voulu que ce soit perdu ou volé. » — 72 — Je puis à peine vous exprimer, me dit M. Gassol, la — joie que j'ai à voir s'ouvrir celle exposition qui permettra au public de Paris d'admirer une sélection unique de trésors artistiques. Ma joie est d'autant plus vive que cette exposition m'a permis de revoir Paris où j'ai vécu aux côtés du colonel Macià, le créateur de la Catalogne moderne. Je ne puis m'empêcher de ])enser que M. Gassol devait vraiment aimer beaucoup la France pour avoir gardé un si bon souvenir d'un séjour à Paris, au cours duquel il goûta l'hospitalité toute particulière d'un grand immeuble sis rue de la Santé... Mais l'ancien Conseiller est beaucoup trop modeste pour que l'on puisse aborder avec lui les « chapitres héroïques» de son existence. — Notre exposition, dit .M. Ventura Gassol, interrompant mes réflexions, sera, j'en suis sûr, une révélation pour le j)ublic parisien : elle démontrera mieux que je ne saurais le faire, la fraternité intellectuelle qui unit la France et la Catalogne. Ainsi, I art catalan, du x® au xv® siècle, apportera une jireuve décisive de cette communauté spirituelle. A chaque époque de l'Histoire, nous retrouverions des signes de ces « inter¬ férences» culturelles ? Tenez savez-vous : que beaucoup de passages de Rabelais deviennent compréhensibles si l'on connaît le vocabulaire catalan ? De nombreux mots s'y trouvent qui sont plus près de notre langue que du français. Ft comment cette parenté spirituelle se manifestera-t-elle à l'Exposition de — l'Art Catalan ? ■— Les œuvres ex])osées ,Ieu de Paume au rappelleront nombre de celles que vous conservent vos musées, depuis les frontaux des autels romans, inspirés du travail des orfèvres de I..imoges, jusqu'aux œuvres de l'âge mûr de notre peinture, au xv® siècle. «La sélection d'œuvres d'art que nous présentons aujourd'hui au public parisien fera comprendre l'importance de l'œuvre accomplie par nos services techniques. En moins de trente ans, et surtout sous l'imjiulsion du gouvernement Macià qui a lancé un emprunt en faveur du Musée national, ils ont recueilli en un ensemble harmonieux a peu près 90 % des trésors d'art de la Catalogne, notamment une très belle collection d'œuvres gothiques. A ce jiropos, je dois « souligner la portée de la collaboration si dévouée que n'a cessé de nous apporter notre cher ami Eolch i Torres, Directeur des Musées de Cata¬ logne. » Le visage de mon interlocuteur s'assombrit... un silence... Certes, à l'art, on ne doit jamais mêler la politique, reprend enfin M. Ventura — (jassol. Pourtant, qu'il me soit jiermis de vous dire aujourd'hui, pour conclure notre entretien, toute la douleur que je ressens en songeant aux épreuves tragiques qui sont, aujourd'hui, le lot de mon jiays. La Catalogne souffre de mille plaies. Mais, dit-il d'une voix plus forte, j'ai le ferme espoir qu'après cette affreuse guerre, mon peuple saura dire au monde le^ jiaroles de liberté et de justice dignes de son admirable héroïsme. (24 iwril 1937) Louis Paillard. L'INTRANSIGEANT, Paris. ...« Les Parisiens qui n'avaient fui Paris il en est plus qu'on ne croit pas — — les provinciaux et les étrangers qui y sont venus, ces jours-ci, en vacances, ont pu se rendre, à loisir, à l'Exposition d'art catalan du Jeu de Paume, dont le très grand succès est chose acquise. Non seulement c'est une des plus belles que Paris nous ait offertes depuis des années, mais c'est, sans aucun doute, la plus révélatrice. L'art catalan était fort peu connu chez nous, et cela se conçoit : ses origines sont « lointaines et sa vie fut brève. 11 commença au xi® siècle, avec ces fresques de maintes pauvres petites églises romanes que le musée de Barcelone a recueillies (je vous dirai commuait). Œuvres d'inspiration byzantine, évidemment, mais où le dessin, sché¬ matique à l'extrême, et cette brusquerie des couleurs qui fait songer aux imageries populaires de toutes les époques et de tous les temps, confèrent un caractère original, nettement national. « On a s'étonner de voir transporter à Paris ces fresques primitives — ces murs pu peints — pour les présenter dans notre Jeu de Paume. On aurait pu s'étonner, au mêibe titre, de les savoir recueillies par le musée de Barcelone... Voici l'histoire de ces curieuses, de ces audacieuses translations : « Sur le versant des Pyrénées, il existe un nombre important de petites églises des époques visigotbique et romane, décorées de ces fresques byzantines, mais où le caractère catalan se décèle. Or la plupart de ces églises tombent en ruine. Des archéo¬ logues catalans, particulier M. Folcb i Torres, entreprirent, dès 1923, d'en sauver en les peintures, témoins précieux de l'histoire de l'art national. A cette fin, les fresques les plus intéressantes furent recouvertes d'une toile forte encollée, et que l'on arrachait après séchage : la peinture, pour employer une expression aussi énergique que simple, «venait avec». Les fresques, roulées sur leur toile, furent dirigées sur Barcelone, et recollées sur des murs de béton, reproduisant le pan de la muraille, généralement couriie, d'où elles avaient été arrachées. 11 ne restait plus qu'à détacher la toile qui les recouvrait encore pour leur rendre, intact, l'aspect primitif. C'est ainsi que furent « reconstituées » maintes décorations archaïques sauvées « de la ruine et qui ont pu, sans autre difficulté, venir faire à Paris un séjour dont nous nous réjouissons. Après s'être arrêté devant ces fresques, le visiteur de l'exposition suit aisément « l'évolution de la peinture catalane. Au début du xiv® siècle, l'influence italienne, et singulièrement la siennoise, se font sentir en Catalogne plus encore que l'influence française. A vrai dire, le tempérament catalan s'en accommode mal, même lorsque l'artiste s'appelle Ferrer Bassa. Puis c'est l'influence flamande, et les résultats n'en soqt pas toujours heureux. Mais, à travers les imitations, le caractère national résiste, et toujours nous retrouvons ces bleus et ces rouges, ces oppositions de couleurs spéci¬ fiquement catalanes, que des critiques nationaux pour le moins ingénieux voient revivre dans les toiles de Picasso. Un grand nom domine toute cette dernière époque, un grand nom de la Renaissance : Jaume Huguet. Cette brève et frappante histoire, l'Exposition du Jeu de_Paume, claire, précise, « ordonnée, nous en donne une image inoubliable. Car si la beauté de chacune de ces œuvres touche notre cœur, la clarté latine et, pour tout dire, l'intelligence par quoi brille leur réunion même font la joie de l'esprit... (21 mars 1937) G. Brunon-Gardia. ...Par l'harmonie de son ensemble et son expression méthodique, on peut être sûr que l'exposition catalane, d'une si grande actualité, est appelée au plus grand des suceès... (19 mars 1937) — 74 — LUMIÈRE, Paris. ...L'Exposition d'Art Catalan qui vient de s'ouvrir au Musée du Jeu de Paume est non seulement d'un grand intérêt, mais d'une rare beauté. Des Catalans, non sans songer à établir en partie sur l'art la conscience nationale de leur pays, se sont attachés à réunir des œuvres — sculptures, peintures, etc... —■ prouvant de quelle animation artistique il avait été jadis témoin. Leurs efforts ont abouti à la constitution d'un admirable musée, à Barcelone, l'un des plus beaux du monde, sans conteste, et ce sont les pièces capitales de ce musée qui sont actuellement à Paris. Sa réalisation prouve amplement que les républicains espagnols ne sont ni les vandales ni les iconoclastes qu'on a si gratuitement dénoncés... (13 avril 1937) AVANT-GARDE, Paris. ...Un art religieux, grave, pathétique, qui ne s'ouvre pas au premier coup d'œil, qui garde toujours, malgré quelques influences étrangères, une grande originalité, et possédant cette petite pointe provinciale qui donne aux œuvres d'art ce cachet de sincérité humaine profonde, comme il nous a touché quand nous vîmes pour la pre¬ mière fois les chefs-d'œuvre des cathédrales de Chartres, de Reims, la « pieta » d'Avi¬ gnon, les primitifs italiens ou le retable de Grünewald à Colmar. Les maîtres catalans ont su imprégner leurs œuvres de cette pureté de cœur, de cettesimplicité de sentiment qui les rendaient compréhensibles, lisibles à tout le monde de leur époque et qui font aujourd'hui encore leur charme. Quel héritage culturel possède ce peuple héroïque, en lutte pour sa liberté, pour la défense de sa culture ! Opprimé par une longue période d'égoïsme individualiste, interrompu mais non pas oublié, l'art catalan, en chantant le nouvel idéal de la liberté, de la solidarité des peuples, n'a eu qu'à prendre la suite de la ligne magnifique, que cette exposition nous montre à travers cinq siècles. 11 n'a qu'à continuer avec autant de grandeur, de simplicité et d'humanité... (27 mars 1937) Max Lingner. ECHO RÉPUBLICAIN, Paris- ...En ce moment où l'Espagne est ensanglantée par des luttes fraticides, l'Exposi¬ tion d'Art Catalan Ancien, au Musée du Jeu de Paume des Tuileries, offre le plus émouvant intérêt. Placée sous le signe de l'art et au-dessus des partis, elle comprend des peintures, des fresques, des bois peints et sculptés, des objets sacrés, des mobiliers liturgiques, etc... Cette manifestation artistique fait le plus grand honneur à ses organisateurs... (11 avril 1937) JOURNAL DU COMMERCE, Paris. ...« L'Exposition d'Art catalan qui vient d'être installée au château de Maisons- Laffitte comprend toutes les pièces qui avaient été déjà exposées au musée du Jeu de Paume, ainsi que les meilleurs ensembles d'absides lonianes du musée d Art de Catalogne. Cette nouvelle Exposition offre donc une vision complète de l'art catalan. « La direction des Musées Nationaux a donné toute facilité au Directeur des musées d'Art de Catalogne, M. .Joaquim Folch i Torres, pour réaliser une exposition magnifique. Cette exposition, reliée à l'Exposition Internationale 1937, est comprise dans l'itinéraire touristique de Saint-Germain-Versailles, et elle sera très fréquentée durant toiite l'Exposition Internationale 1937.».., (28 mai 1937) LA VIE OUVRIÈRE, Paris. ...Au début de l'année, une magnificpie Exposition d'Art catalan était organisée à Paris, au musée du Jeu ce e. Son succès fut tel que l'Administration des Paun musées nationaux n'eut rien de plus jiressé que de l'interrompre et d'en transporter les éléments au château de Maisons-Laffitte. C'est là qu'on peut voir rensemble primitif, augmenté des chefs-d'œuvre, mis en France à l'ahri des attentats de la canaille franquiste. On y trouve toute l'histoire artistique de la Catalogne pendant sa vie nationale (du x® à la fin du xv® siècle) en des œuvres fortement nourries d'huma¬ nité. En elles se manifeste la hautaine ardeur d'une race à préserver de toute influence sa tradition spirituelle... (octobre 1937) («. Bessoii. DÉPÊCHE DE TOULOUSE, Toulouse L'Exposition d'Art Catalan du x® siècle au xv® siècle, ouverte à Paris (Musée du Jeu de Paume), a eu un très légitime succès. Elle comprenait deux périodes inégalement représentées, la période romane et la période gothique. Dans son ensemble la collection d'œuvres religieuses soumises par le gouvernement de la Généralité au public parisien, a été fort appréciée. Mais le but de l'Exposition n'était pas uniquement artistique ; elle tendait à démontrer que dans le désordre sanglant de la révolution espagnole, une partie du trésor artistique catalan a pu être sauvé. Et ce résultat nous le devons évidemment à des ministres intelligents, comme M. Ventura Gassol qui, dès les premières heures, ont eu le courage de plaider la cause de la civilisation et de réduire les méfaits des iconoclastes... (5 mai 1937) Horace Chauvet. i L'ASSAUT, Paris. ...La Généralité'rouge de Catalogne vient de nous envoyer pour nous séduire les meilleurs des ambassadeurs. Ce sont les œuvres d'art qui, à travers cinq siècles, de 950 à 1450, témoignent de sa vie nationale, de sa gloire et de son passé. La plupart proviennent du Musée d'Art Catalan de Barcelone (un des plus parfaits du monde pour la présentation des objets), créé dans le de Montjuic. parc Cette exposition présente un caractère particulièrement émouvant. Son but, dans les circonstances présentes, est nettement politique, et à peine dissimulé. Comme l'écrit M. Pere Coromines, d'une part, elle constitue « un appel émouvant aux repré- — 76 — sentants iiiipartiaiix de la pensée française, en faveur de la plus pure spiritualité d'un peuple (fui ne veut pas succomber» d'autre part, elle vise à prouver à l'Europe, ; ])ar le témoignage de son j)atrimoine artistique, le particularisme de la Catalogne, ainsi que sa réalité historique et à justifier ainsi sa volonté d'autonomie... (6 avril 1937) Jean-Pierre Gtiérin. VIVRE, Paris. ...Le Radio-Journal de b'rance avait demandé à M. Ventura Gassol, Conseiller pour les Beaux-Arts du Gouvernement de la Généralité de Catalogne, de venir pré¬ senter à ses auditeurs l'Exposition d'Art Catalan qui s'est ouverte à Paris, au Musée de la Salle du .Jeu de Paume, aux Tuileries. C'est ainsi que le Jeudi-Saint, cette causerie eu lieu au micro de Paris-P. T. T. Dans français très pur, fortement teinté de cet accent catalan dont il a la un coquetterie, le Président de la Commission d'organisation de cette exposition exalta l'amitié franco-catalane dont la Catalogne française est le vibrant témoignage, sou¬ ligna la grande similitude des langues catalane et française et forma des vœux pour la paix universelle. Les anciens combattants se souviennent des milliers et des milliers de volontaires catalans qui, de 1914 à 1918, vinrent combattre à leurs côtés. Ce sont là des faits que l'on ne saurait oublier. Il n'est guère possible d'entendre sans émotion M. Ventura Gassol évoquer les événements tragiques qui désolent son malheureux pays et rappeler les mesures prises par les autorités de la Généralité de Catalogne pour conserver au peuple catalan son ])atrimoine artistique. Cette magnifique exposition, organisée en pleine tourmente, atteste là vitalité de ce peuple indépendant et fier. A lieaucou]), elle révélera l'originalité d'un peuple qui, sans distinction de partis ou de classes et sans répudier ses liens de solidarité avec les autres peuples delà Péninsule, a toujours réclamé le droit de vivre selon son propre génie... (avril 1937) COURRIER ROYAL, Paris. ...Les sculptures, peintures et objets divers permettent une jolie vue d'ensemble sur l'art catalan si touffu et encore imparfaitement connu. Des autels entiers ont été reconstitués avec leurs tables et leurs baldaquins, tel celui de Tosses, de Tabernoles et de Saint Clément-de-Tahull. Ailleurs, voici les fresques de l'abside d'Andorre-la- Vieille et de Saint-Miquel-d'Angulasters. Dans ces œuvres toutes primitives du XII® siècle, le style catalan apparaît ])eut-ctre sous la forme la plus robuste. d'influences byzantines naturellement, car la Beaucoup Catalogne était en rapports constants avec l'Italie et la Tui'quie. Certaines réminiscences africaines peuvent être également relevées mais, d'autre part, une forte personnalité se dégage de ces ébauches mala¬ droites où l'on trouve en puissance toute la vigueur de l'art catalan... (24 avril 1937) Marguerite Relatet. LA RÉPUBLIQUE DU VAR, Toulon. ...C'est exposition d'art religieux, quasi exclusivement une ; une sublime, une miri¬ fique exposition quinous est présentée au Jeu de Paume des Tuileries sous le vocable de l'Art Catalan Ancien du x® au xv® siècle. Annoncée dès longtemps, retardée, offi¬ ciellement inaugurée, la voici ouverte au public ami de l'art, qui n'est point, à Paris, un mince public. Mais la beauté d'art s'exprime également ici dans les manières d'inégale valeur, nous devrons à la manifestation d'archaïsme du .leu de Paume, une vive et neuve sensation... (21 mars 1937) CLARTÉ, Paris. « ...Je laisse à d'autre le soin de retracer l'histoire de la Catalogne, pour ne parler aujourd'hui que de son art et de l'extraordinaire effort de sauvegarde culturelle accompli par les Catalans depuis le 18 juillet 1936. Dès les premières heures de la Révolution, des groupes de volontaires bénévoles se sont formés pour défendre, sauver et parfois même découvrir le trésor artistique et historique catalan. Des commissions de techniciens furent immédiatement nommées. Leurs réunions ne se bornèrent pas à des simples parlotes. Entre le 20 et le 30 juillet, toutes les collections particulières de Barcelone furent inventoriées et transportées, en ordre, au Musée d'Art de Catalogne, pendant que des délégués départementaux, travaillant pour la défense artistique, parcouraient le pays en tout sens, à leurs frais et, souvent au péril de leur vie, inven¬ toriant et photographiant. Pendant la bataille on songe à coller, sur les églises et cathédrales, des affiches expliquant au peuple que le patrimoine artistique catalan lui appartient et que, désormais, il a la garde des richesses qu'il vient de conqurir. C'est ainsi que Ventura Gassol, Conseiller de Culture de la Généralité de Catalogne, reçut des camions d'objets disparates et d'intérêt divers, envoyés du front d'Aragon par des miliciens. Les camions étaient accompagnés d'une lettre touchante d'où je détache la phrase suivante : Nous vous envoyons tout ceci, nous ne savons ce « qui est bon à garder et ce qui ne vaut rien, personne ne nous l'a jamais appris... s'il vous plaît, envoyez-nous des livres d'art pour nous instruire. » Ces hommes qui soutiennent une lutte particulière¬ ment atroce, comprennent, malgré tout, obscurément la beauté et, se méfiant de leur premier enthousiasme irraisonné demandent, avant même que la paix ne soit revenue, à s'instruire !... Ces simples réflexions susciteront peut-être, chez le lecteur, la curiosité de con¬ naître à fond un art encore imparfaitement exploré, puis ensuite la volonté d'entre¬ prendre des travaux complets et utiles sur cet art attachant, riche, divers et émouvant comme le peuple dont il est issu... (15 avril 1937) Agnès Humbert. REGARDS, Paris. ...Ils n'étaient pas ignorés, certes, et depuis vingt ans le Musée de Barcelone ne cessait pas de s'enrichir constamment de fresques, de peintures et de sculptures — 78 — retrouvées dans les petites églises de campagne, fresques disparues sous une carapace de badigeons, sculptures et retables oubliés dans quelque coin de grenier, mais la guerre civile a permis d'un seul coup d'établir l'inventaire artistique de toute la Catalogne. S'il est vrai que quelques œuvres d'art ont souffert les premiers jours dé la juste fureur populaire, par contre, on a découvert de nombreux cbefs-d'œuvre encore ignorés et tous ceux qui étaient dans des collections particulières ou des couvents et qu'on ne pouvait pas contempler ont été versés au patrimoine de la nation. Or, voici qu'après quatre siècles d'un quasi effacement, la Catalogne reprend conscience de sa personnalité. Et c'est ce qui donne à l'Exposition du Jeu de Paume, organisée avec tant d'amour par Ventura Gassol, Folch y Torres, Sert, une si émouvante signification. Ce n'est pas seulement une révélation artistique, c'est toute l'âme anccstrale d'un peuple qui ressuscite au moment le plus critique de son histoire, et le message qu'elle apporte, le peuple de Paris le comprendra... (8 avril 1937) Georges Villement. MONDE ILLUSTRÉ, Paris. ...Nous voici, avec la magnifique rétrospective d'art catalan, entrés dans la grande saison artistique de 1937, qui s'annonce fertile en attractions. Pour nous en tenir à la seule Espagne, plus que jamais, hélas, à l'ordre du jour de l'actualité, nous aurons bientôt le spectacle grandiose d'un ensemble de toiles de Greco, dans les salons de la galerie Wildenstein. Comme prélude à ces beaux ouvrages d'un contemporain de Pascal et aussi de Gongora — voici qu'on nous révèle les merveilles médiévales — de la Catalogne, que seuls avaient pu connaître, étudier et admirer les visiteurs du -Musée du Parc de Montjuic ; les richesses jusqu'au début du siècle, enfouies dans la pénombre des cloîtres, des cathédrales et des églises de villages, ont été l'objet d'une enquête méthodique. Nous en pouvons aujourd'hui, en notre musée parisien des écoles étrangères, pénétrer la grave et profonde beauté... (27 mars 1937) Louis Vauxcelles. COMMUNE, Paris. ...Ils ne sont donc pas tous à Perpignan, à Odessa, chez les antiquaires de Londres et deNew-York, les Christ en majesté et les devants d'autel catalans ? Il fallut voir les Vinci de l'Ermitage à l'exposition Italienne, les Cézanne du Musée d'art de Moscou à l'Orangerie ; il faut voir au Jeu de Paume, les Saint-Georges et les retables romans de Barcelone pour avouer que ni l'U. R. S. S., ni M. Companys n'ont encore fait argent de leur héritage spirituel. Que soient donc loués les promoteurs et les organisateurs de cet ensemble précieux et magnifique la généralité de Catalogne et la direction française des Beaux-Arts. , Tout est émotion dans cette manifestation : l'atmosphère qu'elle évoque, comme l'affirmation ininterrompue de la personnalité du génie catalan dans un art qu'il fit prodigieusement vivace. — 79 — C'est toute l'histoire artistique de la Catalogne pendant sa vie nationale (X® siècle à fin du X^'® siècle) qui est rappelée en ses plus niéniorables exemples, d'autant plus émouvant que les œuvres exposées sont presque, à l'origine, forte¬ ment nourries d'humanité et de réel... (afril 1937) FRANCE MILITAIRE. Paris. ...Ainsi que nous l'avions annoncé, il y a quelques semaines, l'exposition d'art catalan qui avait lieu au Jeu de Paume, vient d'ouvrir à nouveau ses portes ; mais cette fois au château de Maisons-Laffitte. L'inauguration qui a eu lieu mardi, nous a permis de revoir cette merveilleuse exposition, à laquelle viennent de se joindre de nombreuses pièces nouvelles, dont nous emportons )in inoubliable souvenir... (28 mai 1937) LE COOPÉRATEUR DE FRANCE. Paris. ...«i_,e musée du Jeu de Paume, à Paris, réservé comme l'on sait, à la peinture étrangère, abrite dans ses murs, depuis deux mois et pour quelques jours encore, une belle exposition : celle de l'Art catalan du x® au xv® siècle. «La plupart des œuvres réunies à cette exposition j)roviennent du musée d'Art catalan de Barcelone. « A un moment particulièrement dramatique de l'histoire du peuple catalan, les organisateurs de l'exposition ont voulu souligner, en même temps que «la gloire et le passé de tout un peuple», la « pérennité de son destin». «C'est comme un émouvant appel lancé «aux représentants impartiaux de la pensée française, en faveur de la plus pure spiritualité d'un petqtle qui ne veut pas succomber ». « L'époque romane, qui occupe les salles du rez-de-chaussée, est particulièrement bien représentée au Jeu de Paume. L'influence byzantine s'y fait nettement sentir, mais déjà s'y révèle, aussi, cette âpre gravité qui est une des caractéristiques de l'Art catalan. « Au premier étage sont réunies les œuvres de l'époque gothique. En contact direct avec la France du Midi, la Catalogne ne devait pas échapper à l'influence de l'Art français de cette époque, et notamment à celle de l'Ecole d'Avignon. Dans les œuvres du xiv® siècle, c'est l'influence italienne qui prédomine (en même par contre,, temps que s'intensifie le commerce maritime du pays, et que les relations entre l'Es¬ pagne et l'Italie deviennent i)lus étroites, et certains des tableaux de cette époque sont nettement d'inspiration florentine. « Il convient de mentionner tout spécialement les broderies, vêtements, litur¬ giques, verres émaillés et les magnifiques pièces d'orfèvrerie rassemblées à cette exposition. Parmi ces dernières, on remarque le trône en argent doré du roi Martin d'Aragon, l'épée du conseiller Pierre de Portugal, et surtout l'autel avec le retable en argent rehaussé d'émaux et le somptueux baldaquin de la cathédrale de Gérone ; la finesse de travail, la richesse de la matière, l'harmonie de l'ensemble sont vraiment remarquables et d'un goût parfait.»... (avril 1937) — 80 — LE JOURNAL BELGE DE FRANCE, París. ...Mardi dernier été onl inaugurés au château de .Maisons-Lafi'ilte, les nonveau.^v aniénageinenls des trésors d art catalan dont la trop brève exposition au musée du •Jeu de Paume laissé si a un impressionnant souvenir. l.'exposition de Maisons-Laffitte comporte de nombreuses pièces qui n'avaient pu être présentées sur la terrasse des Tuileries, notamment des absides romanes et des onvrages d'orfèvrerie des xiii" et xvi® siècles, qui contribuent à offrir au visiteur une vision complète de l'art si ])artictdier de ces régions de l'Espagne... (22 mai 1937) F. M. LA FLÈCHE DE PARIS, Paris. ...C.elte exposition est extraordinairement émouvante. Elle est émouvante, d'une part par la qualité artistique des œuvres réunies ; d'autre part, parce qu'elle représente le sauvetage d'un patrimoine artistique, com¬ promis par les tragiques événements qui déchirent l'Espagne. 11 y a eu, ces temps derniers, en Catalogne, comme une sorte de réveil du senti¬ ment national. Il semble que le spectaele de la destruction fit naître, spontanément, une envie furieuse de préserver un passé glorieux. Les moindres villages, les plus petites églises, furent visités, inventoriés ; on sonna en quelque sorte le rassemblement des œuvres d'art et on s'aperçut que la C.atalogne possédait des richesses artistiques insoupçonnées. Une sorte de folie des belles choses s'empara de toute la population et des jjalrouil- les de contrôle, des milices, la police, les organisations ouvrières ])arcoururent tout le i)ays, ramassèrent instinctivement tout ce qui leur semblait digne d'intérêt pour l'apporter à la Commission du Patrimoine artistique. Par décret s])écial de la « Généralitat », toutes les collections de Barcelone furent réunies au Musée d'Art de Catalogne. El c'est le résultat d'un pareil effort collectif qu'on peut tranquillement admirer en parcourant les salles du Musée du Jeu de Paume. On conçoit que le Gouvernement catalan se soit efforcé de mener à bien une ])areille entreprise. Ce passé artistique, la Catalogne peut en être fière, à juste titre, et l'Exposition du Jeu de Paume en fournit un témoignage d'une puissance indiscutable... (27 mars 1937) André Boll. ....lamais un ensemble aussi extraordinaire de chefs-d'œuvre du x® siècle au XV® siècle n'aura pu être rassemblé en une seule exposition. Des peintures primitives fond sur or, des sculptures archaïques, des pièces d'orfè¬ vrerie, des retables provenant du Musée Catalan de Barcelone et de Vie ; ainsi que des «trésors», des cathédrales de Barcelone et de Gérone, formeront un ensemble de l'histoire de l'art catalan, absolument unique au monde,,, (13 mars 1937) — 81 — LE PETIT PARISIEN, Paris. Au Jeu de Paume, vient de s'ouvrir une exposition d'art catalan d'autrefois. I.es modes régionaux de provinces limitrophes ne diffèrent jamais entre eux de façon très sensilile. D'ailleurs, le style roman et le style gothique forment deux blocs qui, successivement, régnèrent dans l'Occident européen. L'ensemble provenant, entre autres, du Musée de Barcelone et momentanément réuni sur une des terrasses des Tuileries, en est une preuve convaincante. Aucune des pièces qui le composent, mêlée à une collection générale d'art catholique, ne nous crierait ses origines immédiates : le jeu s'avère tout en nuances. Jj'cxposition catalane doit être visitée par tous ceux qui s'intéressent au .Moyen Age, à cette ère méconnue et merveilleuse pour sa croyance, son goût, sa poésie et sa sociabilité... (31 mars 1937) Vanderpyl. L'ÉCOLE ÉMANCIPÉE, Marseille. Verra-t-on en France une exposition de ces œuvres magnifiques du Musée du ... Prado de Madrid que la «canaille» espagnole, plus soucieuse de sauver son patri¬ moine artistique que sa vie, a mises à l'abri des bombes incendiaires de Franco et de sa séquelle de «civilisateurs» internationaux et de vandales ?... En attendant, et pendant qu'à Durango les sinistres oiseaux de proie renouvelaient leurs crimes et leurs destructions, la Généralité de Catalogne présentait à Paris une exposition de l'Art Catalan du x® au xv® siècle, qui réunissait les œuvres les plus caractéristiques de cet art, arrachées non seulement aux destructions de la guerre actuelle, mais aussi à la dispersion et à l'abandon où les avaient laissées l'indifférence ignorante et la mal¬ veillance inesthétique de la prétendue élite aristocratique et monacale dont le parasi¬ tisme et l'abrutissement avaient régné sur l'Espagne. L'Espagne révolutionnaire a ainsi lancé, comme l'a écrit M. Coromines, Commissaire général des Musées de Cata¬ logne « un appel émouvant aux représentants impartiaux de la pensée française, en faveur de la plus pure spiritualité d'un peuple qui ne veut pas succomber». Il est non moins émouvant, et particulièrement instructif de voir, dans les diffé¬ rentes publications répandues par le Comité de propagande de la Généralité de Cata¬ logne, le travail entrepris et déjà accompli par les différents organismes de l'« Institut d'Etudes Catalans», aidé par le Commissariat général des Musées et le Service de Défense du Patrimoine Artistique, pour les recherches archéologiques et pour la conservation des moniiments des archives et des bibliothèques. Grâce à l'activité de ces organismes, et aussi au concours plein de dévouement des organisations syndicales ouvrières, des quantités d'œuvres d'art ont été sauvées particulièrement en Catalogne, et mises à l'abri du vandalisme des « civilisateurs » fascistes. Dans des albums superbement illustrés, le Commissariat de Propagande a publié le catalogue des œuvres de l'Exposition de l'Art Catalan, et aussi une énumé- ration abondante des localités où des sauvetages ont été opérés, avec celle des œuvres sauvées. Mais l'œuvre culturelle de la Généralité de Catalogne ne s'est pas limitée à la protection des œuvres d'art. Elle a créé un Conseil de Culture spécialement appliqué à l'enseignement du catalan, et différents instituts ou écoles où sont pratiquées les — 82 — formes les plus hardies et les plus nouvelles de la pédagogie. Elle a institué des cours supérieurs pour les ouvriers, ouvert un Institut social universitaire et scolaire et de nouveaux établissements d'enseignement secondaire et primaire, avec école d'été et cours de perfectionnement à l'Ecole Normale. En même temps, des écoles-ateliers de peinture et de sculpture, de tricotage, de pêche, d'autres pour les mineurs, des institutions d'orientation professionnelle et de pré-apprentissage, étaient l'œuvre de l'Université industrielle. Les arts et les lettres sont largement encouragés par des subventions aux musées et aux théâtres et des prix littéraires... (9 mai 1937) NOTRE TEMPS, Paris. ...Face à l'Orangerie, qui abrite l'admirable exposition Degas, le Jeu de Paume vient d'accueillir les chefs-d'œuvre de l'art catalan ancien. Vous avez encore en mémoire l'extraordinaire exposition d'art italien, qui fit courir tout Paris, pendant des mois au « Petit Palais ». Eh bien ! l'Exposition d'Art Catalan est du même ordre. Avec cette différence toutefois que si l'art italien de la Renaissance est très connu, l'art catalan est une véritable révélation. Car il y a encore fort peu de temps, toutes ces œuvres étonnantes qui se trouvent réunies, place de Concorde, à Paris, se trouvaient éparses, jusque dans les moindres villages de la Catalogne et nécessitaient, pour être découvertes, un long et difficile voyage. Aujourd'hui, toutes ces peintures primitives à fond or, toutes ces sculptures archaïques, toutes ces pièces d'orfèvrerie, tous ces retables se trouvent rassemblés pour la joie des yeux et l'histoire de la culture. En des heures décisives de son histoire, la Catalogne offre à Paris une synthèse émouvante de son art national... (19 mars 1937) COURRIER DU CENTRE, Limoges. ...Située au nord-est de la Péninsule ibérique, en relations, d'une part, avec la France limitrophe, et, d'autre part, l'Italie, l'Afrique et l'Orient par la mer, la Catalogne, avec aujourd'hui généralité de Catalogne, eut toujours une évolution indépendante de cette Espagne dont elle dépendait naguère administrativement, mais dont tous ses efforts ont toujours tendu à la séparer. Cette attitude s'explique et par la situation géographique du pays, et par son histoire intellectuelle. Restée en contact avec les pays méditerranéens, ayant eu, dès le moyen âge, une littérature autonome, fort apparentée à celle de nos provinces du sud-est, à l'époque des troubadours ; possédant une langue intermédiaire entre le provençal et l'espagnol, la Catalogne a toujours conservé une forte individualité, qui se traduisit par des tendances séparatistes aujourd'hui couronnées de succès. Depuis le milieu du dernier siècle, par un mouvement parallèle à celui de notre félihrige, la Catalogne a fait revivre son antique littérature. Ces dernières années, en outre, elle s'est préoccupée des beaux-arts, arts plastiques et musique, et a amorcé (ic nombreux travaux en ce domaine. Une véritable renaissance catalane se dessinait, loi-squ'éclata, l'an dernier, la guerre civile qui fait encore fureur. l'.n dé])it des événements, les savants de là-bas, tels les nôtres ])endant la Uévo- iution, continuent leur travail de sauvetage, de préservation des œuvres d'art. Barce¬ lone a installé à iMontjuic, dont le nom résonne encore lugubrement aux oreilles catalanes, un musée d'art et d'archéologie, créé par ,M. Folch i Torres, et qui est un modèle du genre. F'est avec son concours et celui de .M. Ventura Gassol et du ju'o- l'esseur Pere Bosch-Gimpera, qui en fut l'instigateur, que .M. Dezarrois vient d'ouvrir, au musée du .leu de Paume des Tuileries, dont il est le conservateur, une Exposition de l'ancien art catalan du x® au xv® siècle. L'art de pays, ])auvre autrefois, avant l'ère industrielle moderne qui l'a trans¬ ce formé en la région la plus riche de la péninsule, fut d'abord très fruste et rude, gauche, exem])t d'influences étrangères, ou plutôt soumis simplement à celle de la tradition byzantine, comme du reste l'art j)riniitif italien ; mélangeant assez singulièrement dans ses très anciens spécimens, la peinture et la sculpture, le bas-relief tout au moins ; peignant des peisonnages dont la tète ou les pieds se détachent du panneau de bois, et sculptant des Christs, des Vierges, aux membres à peine détachés du corps, encore |)risonniers du bois dans lequel ils sont taillés. Toutes les exposées ici, sont, il est à peine besoin de le dire, d'inspiration œuvres religieuse, austère, fantaisie qui fait le charme de l'art italien ou de l'art sans cette français, sans même un fond de paysage, — je n'en ai remarqué qu'un seul. Les peintres de rétables, d'autels, de fresques, préfèrent les fonds d'or, à la manière byzantine. .Mais les très anciens artistes catalans qui cherchaient à «faire riche» dans la décora- lion des églises ou des monastères, ne possédaient pas les pierres et métaux précieux indispensables ; aussi les imitaient-ils, et fort habilement, les imitant en rcliet ou en creux, ])eignant ces ornements d'or, d'argent ou de pierreries. Des devants d'autel, un tabernacle, montrent comment, du xi® au xiii® siècles, les peintres catalans s'en tiraient pour rem])lacer les orfèvres. Quelques fresques, du ^ al d'Aran, complètent l'ensemble des hautes époques. Les époques suivantes sont représentées d'abord par un autel avec retable et balda¬ quin du XVI® siècle, provenant de la cathédrale de Gérone, qui, au contraire, étonnent par leur extraordinaire richesse ; ils sont tout en argent repoussé, et sertis de pierre¬ ries. L'auteur, Pere Bernés, y a retracé les épisodes de la vie du Ghrist, de la Vierge et des saints. Des piliers, finement ciselés d'arabesques de style végétal, soutiennent le baldaquin ; on retrouve les mêmes ornements sur une croix du xin® siècle, ornée d'intailles antiques. Dès lors, l'orfèvrerie jirend son essor en Gatalogne. Des travaux de tapisserie : chajies, chasubles, finement brodées, affirment, dans une autre branche de l'art, la continuité de la tradition. Dans la peinture, une évolution cependant se remarque, sous des influences étrangères, mais qui n'entament pas l'insjiiration sévère des artistes catalans. La Navarre, rattachée à la France aux xiii® et xiv® siècles, provoque évidemment des échanges entre les deux pays. L'art dit gothique, c'est-à-dire français, et plus tard celui de la pré-Renaissance italienne, puis le goût flamand, y jiénètrent tour àvtour. La peinture perd à ces contacts un peu de sa raideur, elle se fait jilus vivante et recherche le réalisme ; à ce point de vue, on peut signaler avec quelle attention, ou — 84 — quelles inlenlions, les j)einlres s'ajjpliqueni ù donner le iaciès caractéristique des juifs à un grand nombre de leurs personnages. Quelques noms, qu'on chercherait en vain dans les histoires usuelles de l'art, qui ne connaissent de la peinture espagnole que celle des xvii® et xviii® siècles, nous sont ainsi révélés. C'est, au milieu du xiv®, celui de Ferrer Bassa, disciple des Siennois, décorateur d'une chajjelle au monastère de Pedralhes en 1343 ; c'est l'ate¬ lier des trois frères Serra, italianisants eux aussi ; c'est Lluis Borrassà (xv® siècle) ; c'est Lluis Borrassa, de Gérone (xv® siècle); c'est le maître d'Alhatarrec ; c'est le maître de Saint-Georges, qui serait de Valence; c'est Nuno Gonsalves ; Bartolomeus Bermejo, auteur d'une Pieta ; maître Alfonso, auteur d'une Décollation de saint Cucufa ; Lluis Dalmau, qui alla dans les Flandres en 1431 et signa la Vierge des Conseillers en 1445 ; Jaume Huguet, auteur du rétahle du connélahle Pierre de Portugal ; .Jaume \Vrgôs et de ses fils, Pau et Rafaël, qui furent ses coliahorateurs. Ces cinq siècles, sommairement résumés au Jeu de Paume, sont la plus helle époque de l'art de la Catalogne qui, rattachée à l'Espagne de .Madrid en 1479, marque un temps d'arrêt au moment où l'Italie et la France sont en pleine Renaissance et inaugurent l'ère de l'art moderne. (23 avril 1937) Prod'honime. ...Depuis le milieu du dernier sièele, par un mouvement jtarallèle à celui de notre félihrige, la Catalogne a fait revivre son antique littérature. Ces dernières années, en outre, elle s'est préoccupée des heaux-arts, arts plastiques et musique, et a amorcé de nombreux travaux en ce domaine. Une véritable renaissance catalane se dessinait lorsqu'éclata, l'an dernier, la guerre civile qui fait encore fureur. En dépit des événements, les savants de là-bas, tels les nôtres ])endant la Révo¬ lution, continuent leur travail de sauvetage, de préservation des œuvres d'art. Bar¬ celone a installé à Montjuic, dont le nom résonne encore lugubrement aux oreilles catalanes, un musée d'art et d'archéologie, créé par M. Folch i Torres, qui est un modèle du genre... (2 avril 1937) LE BATIMENT ILLUSTRÉ. ...«On s'est justement inquiété du sort qui était fait au jjatrimoine artistique et historique de l'Espagne j)endant la période douloureuse que traverse ce pays. Cepen¬ dant on a su qu'après les premières réactions de la révolution, des groupes de volon¬ taires ou des amateurs d'art enthousiastes s'efforcèrent de sauver les trésors accu¬ mulés dans les églises, les musées et les riches demeures particidières. On vient d'ap¬ prendre enfin que la Catalogne avait fondé un service pour la défense de son patri¬ moine artistique. Des technieiens des Musées, Bibliothèques et Archives, du Service d'Entretien des Monuments et de l'Hôtel de Ville de Barcelone se mirent à la tête de ce mouvement. « Invités par M. Dezarrois, conservateur du musée du .Jeu de Paume et, grâce au précieux de M. Folch i Torres et de M. Ventura Gassol, les œuvres d'art concours récupérées, destinées à être mises à l'abri dans la montagne, ont été généreusement prêtées pour un temps à la France. Elles ont été transportées en camion, sous bonne garde, et sont arrivées sans encombre à Paris où les portes du musée du Jeu de Paume se sont ouvertes pour joie. elles avec L'exposition « ensemble merveilleux et varié de l'art de la Cata¬ présente un logne du X® au XV® siècle. On trouvera là, réunis, les plus émouvants chefs-d'œuvre tant en peinture qu'en fresques, bois sculptés, tapisseries, objets d'orfèvrerie. Dans les salles du bas du Jeu de Paume ont été groupées les peintures murales « des X®, XI® et xn® siècles. On a reconstitué notamment une petite chapelle à fresques, l'abside de Santa Coloma d'Andorre. On trouvera encore quelques œuvres sculptées qui sont d'un intérêt capital. On Christ du xi® siècle particulièrement beau. A l'étage, les travaux d'orfèvrerie sont noblement représentés. Un ensemble « capital a été fourni par la cathédrale de Gérone dont on trouve là l'autel, le rétable et le baldaquin en argent repoussé. I^es premières œuvres de peinture gothique datent de la seconde moitié du xn® siècle ; ensuite diverses influences se sont faites sentir et plus particulièrement l'influence italienne. On s'arrêtera longuement devant le rétable de saint Jean-Baptiste et saint Jean-l'Evangéliste, devant le rétable de San- Salvador de Guardiola, la Vierge entourée d'Anges. On verra enfin avec intérêt l'œuvre de Jaume Muguet qui domina la seconde moitié du xv® siècle, et dont nous repro¬ duisons ici Ze Marii/r de saini Vincent.n... (Avril 1937) S. Gille Delafont. L'INSURGÉ, Paris. ...Ce témoignage de la sensibilité d'un peuple, au cours des siècles, si artistement présenté, ne laisse pas d'être poignant... (14 avril 1937) Dominique Aury. LA DÉPÊCHE DAUPHINOISE, Grenoble. L'Exposition d'Art Catalan du x® au xv® siècle offre aux visiteurs du Musée du Jeu de Paume la vision directe et relativement complète d'une école artistieo-bisto- rique jusqu'à ce jour du grand publie, mais qui, dans sa modestie, pré¬ peu connue sente aux yeux des connaisseurs un indiscutable intérêt étant donnée la place de la peinture catalane en Europe occidentale au Moyen âge. Ce qui est réuni ici appartient presque exclusivement aux vieux fonds du Musée d'Art Catalan de Barcelone et a été choisi parmi les œuvres les plus importantes et les plus représentatives. (22 mars 1937) Qui donc a dit que les peuples et les hommes n'étaient pas dirigés par le souvenir de leur rêve ? L'Exposition d'Art Catalan Ancien au Musée du Jeu de Paume témoigne du contraire. Car c'est bien le rêve opiniâtre et doré de toute une nation que nous confie la Catalogne. Tel il fut exprimé par les artistes du Moyen âge, tel il vit encore 1... Précieux symbole, jalladium sacré, maintenu avec une respectueuse inquiétude loin de la mêlée qu'il domine. — 86 — .•TN-; Même si vous ne prenez aucun plaisir à la beauté archaïque de ces formes surgies du passé, vous ne pouvez vous défendre d'une émotion, en sentant résumée autour de vous, cette âme collective de tout un peuple. Peu d'expositions ont réussi à reconstituer aussi complètement une atmosphère. Chacune des œuvres exposées, admirablement choisie pour sa valeur expressive et pour sa qualité, concoure à cette synthèse harmonieuse de l'ensemble. Des influences diverses ontpu s'exercer sur l'art du x® au xv® siècle, mais toujours les dissonances s'apaisèrent et prirent le ton d'un même chant méditerranéen et autonome. La plupart des objets d'art, peintures et sculptures amenés à Paris, proviennent du Musée de Barcelone, où M. Folch y Torres les avait rassemblées, éloquents témoi¬ gnages du passé, dans le cadre le plus moderne. Cependant, l'Exposition actuelle groupe d'autres œuvres d'importance et constitue l'ensemble d'Art Catalan le plus complet qui ait jamais été présenté au public et cela en un temps où la péninsule ibérique fixe l'intérêt et l'angoisse du monde. (6 avril 1937) Rose Valland. LE MIDI, Toulouse. Nous connaissions ou croyons connaître l'âme de l'Espagne. Cervantes, Velazquez, Goya, Le Greco, inspiré à nos écrivains tant de commentaires que nous les sentons ont nôtres et comme incorporés à notre culture. Nous découvrons seulement la Catalogne. Son histoire, qui ne survit guère au XV® siècle, est contemporaine de la création de l'art occidental et du développement de l'art gothique. Les œuvres qui l'illustrent et la décorent se sont éparpillées au gré des collectionneurs et des antiquaires espagnols. La République a rendu à ce grand pays si voisin du nôtre, par la civilisation et la langue, l'indépendance qu'il attendait depuis la fin du royaume d'Aragon. Ainsi les grands mouvements populaires qui, selon les écrivains de droite, menacent partout l'esprit national, restituent toujours à la patrie sa forme la plus pure et reconstruisent sa grandeur. En même temps qu'ils fixaient leurs frontières, les Catalans ont recherché et groupé les souvenirs de leur passé presque oublié. Le gouvernement créa différents services qui dressèrent la Catalogne des œuvres d'art retrouvées, disséminées dans les cathédrales, les monastères, les églises des Pyrénées et du pays d'Andorre. M. Folch y Torres fonda le Musée d'Art Catalan. Dès le début de la guerre civile, toutes ces richesses furent réunies et sauvées. Gouvernement, artistes et érudits collaborèrent à l'entreprise. Mais les ouvriers catalans, ces «rouges» qui, pour M. de Castelnau, vainqueur de Morbange, constituent le « Frente crapular», furent tout aussi ardents. M. Pere Coromines, Commissaire général des musées de Catalogne, leur rend cet hommage « qu'il n'y a pas une organisation syndicale ouvrière qui n'ait apporté son concours actif au sauvetage de notre patrimoine artistique». C'est une anthologie de ce patrimoine qui est réunie aux Tuileries, dans la salle du Jeu de Paume. La foule des visiteurs apporte non seulement le témoignage d'un intérêt passionné ])our l'art mais aussi de la sympathie profonde qu'inspire aux Parisiens la renaissance de la Catalogne dans une Espagne bientôt libérée. (17 avril 1937) Maurice Delepiiic. L'ÉCHO DE LA LOIRE, Nantes. Les Parisiens qui n'avaient pas fui l^aris •— il en est ))lus qu'on ne croit — les provinciaux qui y sont venus, ces jours-ci, en vacances, ont pu se et les étrangers rendre, à loisir, à l'Exposition d'Art Catalan du Jeu de l^aume, dont le très grand succès est chose acquise. Non seulement c'est une des plus belles que Paris nous ait offertes depuis des années, mais c'est, sans aucun doute, la plus révélatrice. L'art catalan était fort peu connu chez nous, et cela se conçoit ; ses origines sont lointaines et sa vie fut brève. Il commença au xi® siècle, avec ses fresques de maintes pauvres petites églises romanes que le Musée de Barcelone a recueillies (je vous dirai comment). Œuvres d'inspiration byzantine, évidemment, mais où le dessin, schéma¬ tique à l'extrême, et cette brusquerie des couleurs qui fait songer aux imageries popu¬ laires de toutes les époques et de tous les temps, confèrent un caractère original, nettement national. On pu s'étonner de voir transporter à Paris ces fresques primitives — ces a murs peints — pour les présenter dans notre Jeu de Paume. On aurait pu s'étonner, au même titre, de les savoir recueillies par le Musée de Barcelone... Voici l'histoire de ces curieuses, de ces audacieuses translations. Cette brève et frappante histoire, l'Exposition du Jeu de Paume, claire, précise, ordonnée, nous en donne une image inoubliable. Car si la beauté de chacune de ces œuvres touche notre cœur, la clarté latine, et, pour tout dire, l'intelligence par quoi brille leur réunion même font la joie de l'esprit. (10 avril 1937) LE PHARE DE NANTES. ...On peut voir en ce moment à une très belle exposition de l'Art catalan Paris du x® au XV® siècle. Les monastères les églises de Catalogne furent de bonne heure et revêtus de fresques, souvent retouchées à la détrempe où les artistes locaux ont repris les thèmes des grandes basiliques orientales. On peut admirer au Jeu de Paume un certain nombre de ces fresques conservées grâce à des soins intelligents. On y a joint des peintures où se marquent tour à tour l'influence française, puis l'italienne et la flamande. 11 y a aussi des sculptures, des peintures sur bois empruntées à des rétables ou à des devants d'autel. De précieuses broderies, principalement du xii® siècle, et de magnifiques pièces d'orfèvrerie com¬ plètent l'exposition. Le visiteur s'arrêtera longuement devant le retable et le balda¬ quin en argent repoussé de la cathédrale de Gérone, qui datent du xiv® siècle et dont la somptuosité paraît presque excessive à notre goût... (Mars 1937) — 88 — AMBASSADES ET CONSULATS. ...(.'est la ])remière fois que l'on peut, voir à Paris un ensemble d'art médiéval cata¬ lan aussi important que celui qu'en pleine guerre civile la Généralité de Catalogne a eu l'heureuse idée d'organiser au musée du Jeu de Paume. La signification profonde de cette Exposition réside dans le fait de la participation étroite de toutes les forces civilisatrices d'un peuple en lutte pour sa liberté. Et, dans cette lutte, ce ne sont pas seulement son présent et son avenir qui sont engagés, mais aussi tout son passé histo¬ rique, tout son patrimoine culturel. Car ces richesses du passé sont de nouveau le bien du peujile qui les avait produites, insjiirées et qui avait rendu possible leur éclosion dans l'ensemble des conditions matérielles et morales doní il était le créateur. \insi se trouvent réduites à néant les accusations de ceux qui prétendaient qu'en h.spagne les valeurs culturelles étaient volontairement détruites. Dans l'organisation à Paris de cette importante manifestation, il faut voir la confirmation d une tendance londamentale du monde actuel vers sa libération. Les plus marquantes œuvres d'art catalan des musées de Barcelone, Vie et Lérida sont assend)lées au musée du Jeu de Paume. La fameuse tapisserie du x® siècle voi¬ sine avec ce chef-d'œuvre de l'orfèvrerie du xiii® siècle, l'autel et le baldaquin de la cathédrale de Gerone. L'artisanat catalan, dont la tradition n'est pas perdue, témoigne par ces œuvres d'un niveau de civilisation très élevé au moyen âge. Les sculptures sur bois des xiii® et xiv® siècles exjiriment la gamme complexe des sentiments allant de la plus exquise grâce à la douleur et sont empreintes de ce caractère spécifiquement catalan tlont on trouve encore de vivants exemples aussi bien chez les habitants du lioussillon que chez ceux de la Gatalogne. Les fresques des xi® et xiir® siècles, l'archi¬ tecture et la sculpture surpierre sont |)eut-ctre les éléments les ])lus probants de l'ori¬ ginalité de cet art du moyen âge ou de ce centre pyrénéen dont le rayonnement s'est étendu d'une manière brillante dans tout le lioussillon. Mais qui constituera une réelle révélation, ce sont les salles consacrées aux ce peintres catalans des xiv® et xv® siècles. Malgré les influences siénoise, flamande et avignonnaise. influences cjui, à l'époque, se sont exercées avec une grande intensité sous lorme d'échanges d'un pays à l'autre, les peintres catalans s'imposent avec éclat, car ils gardent une originalité indiscutable. Les frères Serra, Borrassà, Dalmau, les Vergés et surtout Muguet en sont les plus célèbres représentants. Les sujets presque exclusivement religieux de leurs tableaux sont imposés par les conditions sociales de l'époque. .Mais, une fois la part faite de leur conventionalisme temporaire, c'est une vie riche et une merveilleuse liberté d'expression et de mouvement qui appa¬ raissent dans ces tableaux où se font valoir les lois essentielles de la peinture, de la construction, de la couleur, l'esjirit inventif des hommes, leurs inquiétudes et leurs aspirations les plus élevées. On pourra formuler le souhait de voir l'élévation même des débats entre artistes et entre archéologues que ne manquera pas de susciter cette exposition, apporter un ])eu de sérénité dans ces jugements hâtifs sur le peujile catalan, auxquels nous a accoutumés une certaine jiresse. Les efforts admirables que ce peuple a faits pour la sauvegarde de son trésor artistique et sa mise en valeur lui assignent une mission culturelle iirqiortante dans le concert eurojiéen. Une exposition comme celle du Jeu de Paume, si elle aide singulièrement, sur l'échelle des valeurs intellectuelles, à remettre — 89 — les choses en place,ne constitue pas moins, en dehors de toute considération, un événement de premier ordre parmi les manifestations d'art de ces derniers temps... (Ami 1937) Tristan Tzara. RADIO D'ÉTAT P. T. T., Paris De la causerie faite par Mlle Valland, attachée au musée du Jeu de Paume, sous les auspices des Musées Nationaux, le 7 Août 1937. ... Refaire une Exposition n'est pas chose aisée. « organisateurs s'en tirèrent à leur gloire, et c'est une véritable apothéose Les de l'Art catalan que nous offre en ce moment le musée de Maisons-Laffitte ! Rien n'a été négligé pour présenter dans leur maximum de beauté et d'intérêt « les œuvres les plus importantes de cet art médiéval. Les collections montrées au Jeu de Paume ont été augmentées de pièces nou¬ « velles, peintures, sculptures, orfèvreries. De grandes absides peintes à fresques qui n'avaient pu trouver place sous des plafonds trop bas, ont été amenées de Barcelone et nous pouvons actuellement admirer, aux portes de Paris, les célèbres décorations des absides de Saint-Climent et de Sainte-Marie de Tahull. « Si riche de précieux enseignements qu'ait été la première exposition d'Art catalan, devons convenir qu'elle nous ne nous avait présenté qu'une partie des trésors réunis aujourd'hui. « Combien de Parisiens d'ailleurs aimeront à revoir tant d'œuvres admirées au musée des Ecoles étrangères et les étudier tout à loisir ! « Les visiteurs venus de province à l'occasion de l'Exposition Internationale, pourront à leur tour s'intéresser à ces prodigieuses collections d'art roman et gothique. « Car le patrimoine artistique de la Catalogne n'est pas seulement intéressant pour la ferveur nationale et pour les valeurs spirituelles dont il nous apporte un témoi¬ gnage émouvant dans un moment tragique... « Il est un des fonds de peinture médiévale les plus importants et les plus riches d'Europe. « Il est un archéologiques les moins connus et les moins exploités, des domaines un de ceux où se retrouvent plus distinctes de tous les grands courants les traces les artistiques qui traversèrent l'Occident au moyen âge... PRESSE ÉTRANGÈRE NEW-YORK HERALD TRIBÜNE. - Londres D'inappréciables trésors de l'Art religieux du moyen âge apportés des musées de Barcelone à Paris, sont présentés au public à l'Exposition d'Art catalan ancien que l'on vient d'inaugurer au Jeu de Paume des Tuileries. La semaine dernière, de grands camions décorés d'inscriptions en catalan ont traversé toute la France depuis la frontière sous les regards anxieux du ministère français des Beaux-Arts. Ils étaient chargés de précieuses œuvres de peinture et de sculpture dont le transport constituait une entreprise extraordinairement délicate et périlleuse. Néanmoins la totalité de ces œuvres d'art est arrivée en parfait état, pour la satisfaction des connaisseurs parisiens. Les chefs-d'œuvre apportés de Catalogne se limitaient à des œuvres du x® au XV® siècle et comprennent les plus intéressantes créations des primitifs catalans. Jamais elles n'étaient sorties de Catalogne, ce qui fait de l'Exposition un événement particu¬ lièrement remarquable. La plupart des peintures sont exécutées sur des panneaux de bois ; elles repré¬ sentent diverses scènes de la Bible, des figures de saints ou la Crucifixion. Il y a des autels magnifiquement sculptés et peints dont les ors et la riche coloration se fondent plus parfaitement sous la patine des siècles. Un grand nombre de ces peintures rappellent l'Art byzantin par l'attitude hiéra¬ tique de leurs figures. L'Exposition montre de façon frappante à quel haut degré de culture artistique cette province d'Espagne était arrivée en un temps où la plupart des pays d'Europe étaient plongés dans les ténèbres du moyen âge. (2S avril 1937) DAILY MAIL. - Londres L'exposition d'Art catalan attire un grand nombre d'amis de l'art et de l'archéo¬ « logie au Jeu de Paume, étant donné son intérêt exceptionnel pour l'étude du déve¬ loppement artistique de la Catalogne depuis son origine. L'Art catalan n'a pas été certainement un art entièrement « original. Son archi¬ tecture a subi l'influence française et sa peinture et sa sculpture celles de Byzance et de l'Italie. « En un mot, nous sommes là en présence d'un art essentiellement méditerranéen qui remplit un rôle honorable dans la civilisation méditerranéenne. — 91 — «Parmi les œuvres les plus marquantes, il faut citer la Vierge des Conseillers, de Lluis Dalmau (1445) qui dénote une influence flamande, le triptyque du maître de Sant Jordi et la Pietà de Bermejo.» (17 avril 1937) DAILY-MAIL, - Londres « Mardi inauguré au musée du Jeu de Paume une très intéressante dernier, on a exposition d'Art catalan du x® au xv® siècle, composée d'œuvres des collections publiques de Catalogne. M. André Dézarrois mérite d'être loué pour la compétence dont il a fait preuve dans l'installation de cette exposition qui sera jusqu'à la fin d'avril une des plus grandes attractions d'art à Paris.» (31 avril 1937) BEALfX-ARTS, Bruxelles. Pourquoi ne pas l'avouer ? Tandis que se déroulait, que s'amplifiait l'atroce tragédie qui ensanglante depuis de longs mois la noble et malheureuse Espagne, nous ne songions pas seulement aux horreurs du champ de bataille, à la grande pitié des évacués fuyant les bombardements par avions, à toutes les violences déchaînées de part et d'autre par cette lutte fraticide. Nous nous demandions aussi à chaque instant ce qu'il était advenu de tant de monuments, de tant de chefs-d'œuvre qui faisaient de ce pays un des grands sanctuaires d'art de l'Europe, l'égal de ceux que la France, l'Italie ou la Flandre offraient à la dévotion des pèlerins de la Beauté. Hélas ! il y aura bien des pertes irréparables à déplorer ;mais, en dehors des destructions dues à des causes purement militaires et survenues dans l'ardeur des combats, il semble bien que les dégâts soient limités. Les chefs-d'œuvre du Prado, de la collection du duc d'Alba, de l'Académie San Ferdinando, les trésors de la Biblio¬ thèque nationale et du Musée archéologique de Madrid sont en lieu sûr depuis long¬ temps. Et même les fresques de Goya dans la petite église de San Antonio de la Florida, située pourtant bien près de la ligne de feu, n'étaient, à la mi-mars, guère endom¬ magées. Quant aux toiles fameuses du Greco à Tolède, on m'assure qu'elles sont intactes, à l'exception d'une des émouvantes œuvres de la fin que gardait la petite église de Santa Catalina. J'ai parcouru à deux reprises, depuis le début des hostilités, la Catalogne et les provinces du Levant. Un certain nombre d'églises et de couvents y ont été brûlés, à la faveur d'un grand déchaînement de colère populaire dont je n'ai pas à étudier les causes ici. Mais dans l'ensemble, il semble bien que les plus belles églises aient été préservées. Est-ce un secret instinct qui retenait les foules irritées au seuil de très vieux édi¬ fices d'une valeur archéologique considérable ? Ou bien des hommes courageux se sont-ils entremis à point nommé pour détourner la colère de Démos ? Il n'y a pas de doute que pendant les journées tragiques de juillet 1936, des miliciens ont coopéré au sauvetage d'objets précieux. J'ai vu le 6 août, au Palau Nacional de Montjuïc, des salles entières où l'on avait entassé des tableaux, des sculptures, des objets du culte — 92 — provenant d'églises, de couvents, de collections particulières. Mieux valait assurément les mettre sous la garde de la généralité de Catalogne et du gouvernement de Valence. Des monuments importants comme les cathédrales de Barcelone, de Tarragone ou de Valence, sont indemnes. Sur leur façade et sur d'autres, des affiches ont été apposées avec cette inscription : «Edifice national. Peuple, respecte-le !» Dans hien des cas, les portes de ces églises ont été murées ou barricadées. Sur toute l'étendue de la Catalogne, deux œuvres importantes seulement ont été totalement détruites. Par contre, en prenant possession des édifices religieux, et en faisant l'inven¬ taire desobjets qui s'y trouvaient, les délégués de la généralité de Catalogne ont décou¬ vert des œuvres capitales dont on ne soupçonnait même pas l'existence. C'est ainsi qu'un retable important de maître Huguet, l'un des grands primitifs catalans, a été trouvé derrière un maître-autel banal du xvni® siècle dans la cathédrale de Barce¬ lone. 11 convenait que tout cela fût dit à l'occasion de l'admirable exposition d'art catalan actuellement ouverte au Jeu de Paume, à Paris, et que j'ai vu installer. Je connaissais déjà, depuis quelques années, la plupart des œuvres qui s'y trouvent. •Je les avais admirées dans ce musée de Barcelone qui était d'abord au parc de l'Ouest, dans le Parlement actuel et qui avait été transporté ensuite au Palau Nacional de .Montjuic. Ij'art catalan primitif bénéficiait là d'une installation, d'une présenta¬ tion magnifiques. Le poète Ventura Gassol, qui fut, depuis la Révolution, le « con¬ seiller» de la culture, c'est-à-dire le ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts dans le gouvernement de Catalogne (et qui est bien connu à Bruxelles où il vécut longtemps en exil), pouvait être fier de cette réalisation, de même que son érudit collaborateur, M. Folcb i Torres. Celui-ci pouvait revendiquer l'honneur d'être le conservateur d'un des plus beaux musées de l'Europe. Hélas ! la rébellion du 19 juillet et les graves événements qui s'ensuivirent foreèrent la generalidad à envisager un déménagement du musée à peine installé. Les fresques, les statues, les tableaux, les reliquaires préeieux furent transférés dans des villages de l'intérieur — d'où ils étaient venus... On voulait les mettre à l'abri des bombardements. Et puis, nouveau démé¬ nagement, à I^aris. C'est une partie des richesses du musée d'art catalan qui se trouve au Jeu de Paume, avec, en plus, le dais en argent massif, vraiment monumental, de l'église de Gerone, des broderies des retables de Barcelone, Lérida, Vicb, Manresa, etc. J'évoque par la pensée les villes et les petites bourgades de l'intérieur, dans la montagne rude ou la plaine lumineuse. Sen d'Urgell, Ripoll, Vicb, Tarragone avec ses murailles cyclopéennes, ses antiques, et son adorable cloître roman. Pour beaucoup, l'exposition du Jeu de Paume aura été une révélation. C'est en Catalogne pourtant que l'art chrétien des périodes romanes ou proto-romanes a fait entendre ses premiers balbutiements. Architecture simple, rude, pure, qui rappelle à la fois la basilique primitive et la mosquée et que d'aucuns aussi rattachent à l'art sassanide ! Peintures et miniatures dont la hiératisme byzantin s'amenuise, s'adoucit peu à peu. Fresques des absides aux tons ocre, rouge et vert sur fond blanc-jaunâtre. Sculptures romanes souvent rehaussées de couleurs. Il y a au Jeu de Paume des pein¬ tures du X® et (iu XI® siècle ! Aux rives de la mer latine, un puissant état s'était déve¬ loppé. Le pouvoir des comtes de Barcelone s'étendait ues deux côtés des Pyrénées. Aujourd'hui encore, on parle catalan à Perpignan comme sur la Rambla... La civi¬ lisation qui fleurit dans ee pays, béni des dieux, si riche, si varié, pays de neiges éter- — 93 — nelles et plaines ensoleillées, de forêts profondes, de vignobles et de vergers, pays de situé sur route des grands pèlerinages, devait recevoir sans cesse des sédiments la nouveaux. De l'Italie voisine, de l'Orient et de la Flandre avec lesquels il correspon¬ dait par mer, le plus grand peintre catalan du xv® siècle, Lluis Dalman, s'en fut à Bruges où il connut Van Eyck. L'influence du maître de l'Agneau et peut-être de Memling, le dernier des grands primitifs brugeois, est sensible dans la Vierge aux dona¬ teurs de ce maître, qui orne une des salles de l'exposition du Jeu de Paume. N'en doutons pas : sur le front international de la culture, les Catalans viennent de gagner à Paris une grande bataille. (23 mars 1937) Louis Piéraid. MEUSE, Liège. Quelle idée élégante et quelle réussite que cette Exposition de l'Art catalan au pavillon du Jeu de Paume des Tuileries, à Paris ! En imaginant et en réalisant cette exposition itinérante à travers l'Europe — et peut-être à travers le monde — on mettait à l'abri des absurdités criminelles de la guerre civile d'inestimables trésors d'art. Il paraît que nous verrons toutes ces choses étonnantes à Bruxelles. Je le souhaite. Elles émerveilleront le public et elles permettront aux amateurs d'art de fructueuses comparaisons. Les œuvres exposées à Paris vont du x® au xv® siècles. Elles aident à suivre le développement technique d'un art qui garde, malgré d'indiscutables influences fla¬ mandes et italiennes, une originalité singulière, qui traduit toute la sensibilité du pays catalan. Il y a là quelques «Christ à tunique» qui nous frappent par leur dramatique simplicité, leur horreur émouvante, leur expression d'humanité exaspérée, et qui les apparentent au Christ prodigieux de Tancrémont et à celui, non moins bouleversant, de la Collégiale de Tongres. A côté de ces Christs de la fin du xi®, des xii® et xiii® siècles, des Vierges à l'En¬ fant d'une naïveté, d'une grâce et d'un réalisme saisissants, que des restes de polychro¬ mie rendent plus touchantes encore, en leur donnant l'aspect d'images populaires et quelquefois grimaçantes. Mais j'ajoute que la Vierge à l'Enfant de l'église Saint-Jean, à Liège, marque un art d'une autre qualité et d'une autre perfection. Nous ne pouvons tout énumérer. Comment ne pas être profondément ému devant le retable et le baldaquin d'argent de la cathédrale de Gerone ? Cela tient véritable¬ ment du prodige et ne peut se concevoir qu'en Espagne. Ceux qui ont vu le maître- autel de la cathédrale de Tolède ne me démentiront pas. Il y a aussi la peinture à fresque, dont on peut voir des spécimens absolument remarquables et des tableaux où se concentrent des influences étrangères. Mais la tête du saint Georges a de qui tenir, et Jaume Muguet est un artiste dont on n'a pas encore classé la réelle valeur. On voit aussi, à cette exposition, des devant-d'autel [antependium) d'un art fort curieux ; des croix avec émaux d'une richesse éblouissante ; des châsses d'un métal magnifiquement travaillé. — 94 — On ne m'en voudra pas de préférer l'orfèvrerie mosane, celle de Nicolas de Verdun, de Godefroid de Cdaire, le génial Ilutois, de Hugo d'Oignies. Songeons aux châsses de Notre-Dame e't de Saint-Eleuthère à Tournai, et de Saint-Remacle à Stavelot. Je m'arrête. Cette Exposition de l'Art catalan, une révélation, nous démontre, une fois de plus, que l'histoire de l'art a encore beaucoup à apprendre. (16 avril 1937) Mestré. NATION BELGE, Bruxelles A Paris s'est ouverte, au Musée du Jeu de Paume, une exposition de « cinq siècles d'art catalan». On y peut voir les fresques, les tapisseries, les peintures, les sculptures polychromes et les pièces d'orfèvrerie dans lesquelles s'est ex,primée, du xi® au xv® siècle l'âme profondément religieuse de la Catalogne. La plupart des œuvres exposées proviennent du Musée de Barcelone et l'en¬ semble n'occupe pas moins de douze salles. Ce sera une révélation pour le plus grand nombre de visiteurs, la révélation d'un art qui sut affirmer, à travers les influences byzantines, italiennes et surtout flamandes qu'il a subies, des caractères originaux de puissance dramatique et d'âpre grandeur. (23 mars 1937) LA VIE FRANÇAISE, Bruxelles Le Jeu de Paume abrite actuellement une exposition d'art catalan. Toute une civilisation originale s'y révèle qui, d'ailleurs, n'a été révélée aux Catalans eux-mêmes que dans ces toutes dernières années et sous l'effet d'une véritable renaissance intel¬ lectuelle. (26 mars 1937) HET VOLK Hollande Le fait d'avoir pu organiser une exposition d'Art catalan du moyen âge au musée parisien du Jeu de Paume montre une force exceptionnelle du peuple catalan. En pleine guerre, les Catalans témoignent devant l'Europe et le monde entier leur goût artistique et leur désir de maintenir et défendre le beau. Et qu'est-ce qu'il y a du côté de Franco ? Rien que des meurtres de femmes et d'enfants avec des bombes d'avion et de grenades ainsi que le raisonnement sans fond que les gouvernementaux sont des barbares et des profanateurs. L'Exposition du Jeu de Paume contient uniquement des sujets religieux de l'architecture, la sculpture, la tapisserie, la ferronnerie d'art, l'art du polissage du x® au XV® siècle. Ces trésors appartiennent en grande partie à un des plus beaux musées du monde : le musée catalan dans le parc de Montjuicb de Barcelone ; certains viennent également de Vicb et Lérida. A sa formation, la République a pris sur elle de protéger l'art en Catalogne ; auparavant les trésors des campagnes et des villes ne furent que trop souvent enlevés parles riches anglais et américains, sans qu'on y puisse remédier. Lorsque la Catalogne est devenue un état autonome, le travail d'organisation pour la conservation et le groupement des beautés des siècles d'antan fut accompli, tandis que l'admiration pour l'art atteignit son point suprême après la déclaration de la guerre civile. Les quelques rebellions qui furent commises contre les églises étaient une expression d'opposition contre les attaques meurtrières et la complicité d'une partie du clergé. Mais il n'y avait pas question de la destruction des trésors de l'église, au contraire. Des autos traversèrent le pays pour saisir tous les objets de valeur afin de les conserver pour le gouvernement. Malgré la provocation des fascistes et le désordre occasionné par ce qui précède, peu des trésors ont été abîmés. Les cathédrales de lîarcelone, Gérone et Tarragone sont restées intactes et les grands cloîtres de Pedralbes, Montserrat, Poblet et Santes Creus n'ont pas eu à endurer l'invasion ou l'occupation. Il n'y a pas eu une organisa¬ tion ouvrière qui ne s'est occupée de la reddition de la partie artistique du gouver¬ nement. Ainsi, par exemple, l'Institut catalan contre le chômage a fait parvenir aux musées d'Art de Catalogne la collection renommée de Bosch i Catarineu. Ce que les Catalans ont pu réaliser à Paris est presque incroyable. Il y a des pièces importantes, des baldaquins complets, des niches entières en pierre, des mor¬ ceaux d'architecture. Parmi ces expressions d'Art catalan du moyen âge, nous trouvons des traces d'influence italienne (style romain), maure, gothique (du midi de la France) et même flamande. Mais tous ces courants sont recueillis par une influence propre. On s'est souvent aperçu que les vieux Catalans ne disposaient que des moyens qui leur étaient propres et non de ceux d'autres peuples. On voit ici par exemple des peintures sur bois, montrant la curiosité de surface avec imitation de fer forgé, parce que la matière pre¬ mière même manquait. L'Art catalan est, ainsi que l'Art espagnol, riche et excessif, mais moins extra¬ vagant que l'Art méridional. Les statues bois sont moins peintes. Quebjues expres¬ en sions de l'art, comme les ¡)eintures murales pierre, les présentations sur tapis brodé, sur représentant le Genesis originaire de la cathédrale de Gérone des figures sur des , pages d'un vieux livre ou d'une vieille peinture de P. Serra au commencement du XIV® siècle donnent une impression primitive, quelquefois coptique-abessinienne, une autre fois plus ou moins égyptienne et quelquefois typiquement catalane (je pense alors aux têtes carrées des Saints dans le vieux livre, dont on ne trouvera pas beau¬ coup d'exemples dans ce monde) et enfin purement primitive, comme nous entendons le mot «primitif» pour les peintures italiennes et flamandes. Les œuvres assemblées sont d'une beauté exceptionnelle. Il y a, entre autres, un panneau d'autel du peintre Lluis Borrassà, représentant un bateau qui est renversé et où les occupants sont tirés à la côte à l'aide d'un long bâton, qu'aucun artiste d'au¬ jourd'hui ne pourrait améliorer dans l'art moderne. Cette pièce, avec celle se trouvant dans la même salle, était destinée au cloître de «Vieil». Maintenant, la pièce appartient au musée de la ville. Des personnalités notables françaises et catalanes ont préparé ou ont pris sous leurprotection cette exposition qui, hélas, ne sera que trop courte. Nous citons Ventura Gassol, Pablo Ruiz Picasso, J. Ll. Sert, Ilerriot, Paul Valéry, Jean Cassou et le conser¬ vateur des Musées français nationaux, André Dézarrois. LaCatalogne révolutionnaire, révolutionnaire dans la signification qu'elle se renouvelle, donne ici une expression de sa force religieuse consciente et profonde. — 9G — D'ailleurs l'art et la religion ne sont jamais séparés, quelle que puisse être la concep¬ tion. (27 avril 1937) HET VADERLAND. Hollande i\ous devons être reconnaissants d'avoir l'occasion d'admirer 1J7 pièces que le musée de Barcelone a bien voulu céder pour cette occasion à Paris. La Catalogne est un pays qui se distingue du reste de l'Espagne, aussi bien par son caractère que par l'origine de sa population. En face du caractère continental de la Castille, qui a quelque chose de primitif, de renfermé et de spécial, se trouve le caractère méditerranéen de la Catalogne, composé de différents éléments étrangers, qui est ouvert à toutes les influences, sans doute amenées par le mouvement commer¬ cial et continuel de nombreux siècles avec les autres peuples de la Méditerranée. Cette exposition comporte un grand nombre de tableaux d'autel. Ils ne sont pas aussi riches et élégants que les tableaux d'autel Italiens d'une même époque, mais ils ont quelque chose de grandiose, d'impressionnant, qui est en relation avec la sobriété et si l'on veut avec la pauvreté des moyens employés. Très curieuses sont aussi les fresques présentées par fragments. A nouveau, elles ne peuvent concurrencer avec les fresques de la France et d'Italie, elles ont même un caractère émouvant provincial, mais cela n'empêche pas qu'elles sont d'une sincérité et d'une pureté, laissant ainsi une impression inoubliable. Ce sont la France et l'Italie qui ont eu la plus grande influence sur l'Art catalan. Après l'art sévère de l'école Gothique et Byzantine, on cherche à s'approcher de la réalité d'une façon plus humaine et plus souple. On peut dire la même chose du très curieux tableau du xvi® siècle, qui est anonyme et originaire d'un cloître de Barcelone. Il représente le jeune saint Augustin au moment de son ordination par l'Archevêque. Ce tableau si solennel et si cérémonieux est une des plus impression¬ nantes œuvres de cette exposition. Cependant il est certain que la Catalogne donne à l'ensemble espagnol une couleur propre et une note spéciale. Une visite à cette exposition peut chaleureusement être recommandée. (24 avril 1937) NIEUWE ROTTERDAMSCHE COURANT. Hollande Ces salles qui ont déjà vu l'art de tous les pays et de toutes les époques, n'ont jamais eu cependant de circonstances aussi émouvantes que celles ressenties à la vue de l'Art catalan du x® au xv® siècle. Depuis longtemps on avait l'intention de faire cette exposition ; on comprend cependant les difficultés sur lesquelles reposaient sa réalisation. Quoiqu'il soit désirable de ne pas mélanger ici la politique, pour les habitants du nord-est de l'Espagne, cette question de pavoiser avait un caractère plus qu'esthé¬ tique. Ils professent ici une foi dans le passé d'une civilisation qui était ouverte à tous les vents delà Méditerranée jusqu'aux Flandres, creuset de beaucoup d'influences. Il ne se présentera peut-être plus jamais une occasion de voir tant de choses précieuses réunies. Presque tout ce qu'il y a comme objets, posés ou accrochés, témoigne — 97 — d'une force exceptionnelle par l'influence de l'église : la foi marque. La croyance des j)riinitifs était pénétrante, jusqu'à devenir barbare. "i rès tôt déjà ces peintures sur bois et les statues scu))ltées dans le bois prouvent un réalisme qui, menacé, détaché de la terre, s'efforce à atteindre une délivrance, dont la disposition mystique est indéniable. On y trouve une vexation obscure ou un tourment d'un emportement, qui ne craint pas l'appel de douleurs intenses et la tor¬ ture des saints. Cette inquiétude s'épuise sur les questions de vie et envisage avec de pauvres moyens ce qui miroite ailleurs d'autre splendeur. Le fruit divin y était primitivement sauvage et sérieux, d'une rigidité hiérarchique, qui se détend peu à. peu et gagne en souplesse ce qu'il perd en personnalité. Au com¬ mencement, nous nous trouvons dans le romantisme, cru, même rude, mais quelle grâce dans cette incapacité technique, adorable quelquefois dans sa naïveté I De ces figures sacrées se développe une grandeur cjui impose. 11 y a des manuscrits, des textes avec une illustration d'une richesse inouïe, du métal ciselé, des ciboires, etc... Le baldaquin en argent de Gerone, métal ciselé, surchargé de figures et de pierres précieuses, est quelque chose de grandiose, et pour beaucoup, la splendeur de la colleclion. (31 mars 1937) NATIONALZEITUNG, Berlin Les planches font une forte impression dès le premiers parcours : la puissance de l'expression et la force créatrice vous envahissent d'une façon que l'on ne croit avoir éprouvée que rarement dans le domaine de l'art médiéval. (24 octobre 1937) BERLINER TAGEBLATT, Berlin Première impression générale : l'Art catalan est un autre que l'art espagnol. 11 y manque le sombre, le visionnaire, l'extatique et le fanatique de l'âme espagnole. Il manque le monde de Don Quichote. Et l'influence maure a été minime ; les Catalans se révèlent moins problématiques, plus nets, plus pratiques et plus terrestres que les Espagnols. C'est la Catalogne de sa grande ère qui se présente dans ce livre pour la première fois dans sa totalité. (27 juin 1937) FRANKFURTER ZEITUNG, Francfort L'Art catalan qui dans le domaine de l'art occidental du moyen âge surprend par sa richesse d'inventions et d'idées, est présenté au grand publie pour la première fois par un ouvrage superbe. L'éditeur a fait tout son possible pour imprégner l'œil de tout ce qui caractérise l'Art catalan. (26 septembre 1937) — 98 — NEUE ZUERICHER ZEITUNG, Zurich II n'existe guère de région européenne dans le domaine de la peinture romane, murale autre, qui pourrait entrer en concurrence avec la Catalogne. et Les nombreuses reproductions, en grande échelle, des fresques et de devant d'autels élèvent le volume au niveau d'une ressource scientifique de premier rang. Celui qui est habitué aux pauvres restes de la peinture romane dans l'Europe centrale sera enchanté par la riche série de ces fresques catalanes. (9 juillet 1937) DEUTSCHE ALLGEMEINE ZEITUNG, Berlin Itn parcourant le volume on est extrêmement impressionné par la richesse et. le fort caractère de l'arcfiitecture, de la sculpteur et de la peinture catalanes. Les Catalans ont créé un style artistique qui se distingue nettement de l'art d'autres provinces et pays par sa conception vitale des réalités, par sa fantaisie abon¬ dante et souple, par ses éléments coloristiques et dessinateurs et qui correspond aux bases raciales et au climat spirituel de la Catalogne. Peut-être son autonomie et sa richesse sont-elles si importantes parce que la composition raciale de sa population et l'abondance des événements historiques furent si complexes. Surprenante est la quantité des écoles et des talents. Les sculptures valent celles en France et en Italie. Et surtout parmi les anonymes on rencontre des artistes de tout premier rang. Les amateurs des beaux arts sauront gré à l'éditeur d'avoir ouvert l'accès à un chapitre presque inconnu de l'histoire de l'art européen. (20 octobre 1937) REICHSPOST WIEN, Vienne Une publication vient de paraître qui, en 330 photos, prises encore à la tin de l'automne de l'année dernière, présente les plus importantes œuvres de l'Art catalan. I.e livre est d'une beauté imposante et fait comprendre tout l'essentiel de ce pays, mais qui en même temps fait ressentir toute l'amertume des événements qu'elle subit. Dans les images, dans ces superbes monuments d'autrefois survit la véritable Cata¬ logne. On ne peut pas manquer de croire à une résurrection de ce pays qui dans sa croyance a créé, autrefois, des œuvres si gigantesques. (4 juillet 1937) HOCHLAND, Munich I^e Catalan, Raimundos f.ullus, décédé en 1315, portant d'une part ses idées religieuses de mission pratique, en de longs voyages jusqu'aux confins du Turkestan, de l'autre part, tel en érémite, se plongeant dans des contemplations mystiques, incarne par cet antagonisme le sort et les meilleures qualités de son peuple : peuple qui déployait sa puissance à travers la Méditerranée entière par des entreprises cosmo¬ politiques de grande envergure, restait sensible aux problèmes de la vie intérieure humaine et se manifestait dans une tradition ininterrompue de la pensée religieuse de Lullus jusqu'à Balines au xix® siècle. — 99 — Par opposition à la Castille spirituelle et à l'Andalousie arabe la Catalogne tend à expression artistique, réaliste et sensitive saisissant la richesse et l'essor de la une vie de tout près et dans tous ses détails, de sorte à doter les styles survenus d'un maximum de particularités et d'inventions caractéristiques. Il vient de paraître à Vienne une publication d'images qui. par son grand format et le beau choix de ses illustrations, transmet une impression yjrofonde et précise de la culture artistique de la Catalogne, même à celui qui ne connaît pas le pays ou qui à l'occasion de futurs voyages peut-être ne rencontrera plus une importante partie des œuvres d'art. La puissance et l'imagination créatrices, le sens et l'invention iconographiques, la beauté et l'expression formales restent inséparablement liés dans l'Art catalan, leurs effets se renforcent et se relèvent réciproquement. Ainsi s'exprime une première condition de l'existence des arts espagnols et cata¬ lans ; l'art dans sa richesse de réalités et sa souplesse matérielle, dans sa beauté sensi¬ tive et sa tension statuaire renferme infailliblement une imagination d'âme qui reste attachée à la couleur ou à la pierre sans toutefois en faire partie. L'Art catalan prend son départ de l'apparence, il l'absorbe en totalité ; il tend de pénétrer dans l'essence des choses ; de cette tendance, à la fois réaliste et méta¬ physique, il parvient à une réalisation vitale de l'homme, de la passion et des légendes, à la fois monumentale et individualiste. C'est pourquoi toutes ses manifestations, même chaque simple ornement décoratif, sont remplies d'une expression profondément humaine comme on en rencontre guère dans l'art d'un autre pays. La puissance créatrice des Catalans prête à leur art un réalisme terrestre, dont l'origine cependant descend dans des profondeurs spirituelles. (Octobre 1937) NOUVELLE REVUE DE HONGRIE, Budapest. L'autre clou de la saison a été en mars l'ouverture de l'Exposition de l'art catalan aux Tuileriesles sculptures primitives sur bois ont causé une impression profonde ; même à qui connaît le fameux Christ de Perpignan. La présentation de cette collec¬ tion précieuse, garée par exprès de la guerre civile, a failli causer de petits incidents, car il était difficile à M. Ventura Gassol et à M. Folch i Torres de ne pas faire des allusions aux événements actuels d'Espagne et à ce que respectivement ils attendent de la France. SALLE I 1. PEINTURE MURALE avec des figures d'apôtres. Provient du château d'Orcau (Pyrénées), xii® siècle. 2. IMAGE DU CHRIST, sculpture sur bois polychromé. xm® siècle. 3. FRAGMENT DE LA DÉCORATION DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN- DE-BOHI qui représente la lapidation de saint Etienne. 4. PRÉDELLE D'AUTEL sculptée sur bois. D'origine pyrénéenne, peut être datée du xii® siècle. 5. DEVANT D'AUTEL provenant de Ginestarre de Cardós de Pallars, dans (région les Pyrénées). La technique de cette celle des reliefs œuvre est en stuc. Début du XII® siècle. 6. IMAGE DU CHRIST, sculpture sur bois polychromé, provenant de la vallée de Bohi (Pyrénées). 7. FRAGMENT D'UNE PEINTURE MURALE, avec la scène de l'Annonciation de la Vierge. Provient de Sorpe (Pyrénées), xii® siècle. 8. FRAGMENT D'UNE PEINTURE MURALE, avec la figure de la Vierge et l'Enfant Jésus sur les genoux. Provient de Sorpe. xii® siècle. 9. IMAGE DE SAINTE MARGUERITE, sculpture sur bois provenant des Pyré¬ nées. XIII® siècle. 10. TABLE D'AUTEL, pourvue d'un devant d'autel et des parements latéraux, avec lareprésentation des Evangélistes et deux figures d'apôtres. Provient d'Encamp (val d'Andorre), xii® siècle. 11. CHRIST EN MAJESTÉ, sculpture polychrome qui offre un exemple catalan du type du christ de Lucques. Provient de la région de Lérida, xii® siècle. 12. COUVERTURE D'AUTEL, baldaquin soutenu par des poutres transversales; on y voit la figure du Créateur assis sur un arc-en-ciel. Provient de Saint-Sadurni de Tabernoles. xii® siècle. — 103 — 13. IMAGE DE SAINT PAUL, sculptée sur bois, xiii® siècle. Provient des Pyrénées. 14. CIBORIUM D'AUTEL portant au centre la figure du Pantoerator et les symboles des Evangélistes. Fin du xii® siècle. SALLE II 15. IMAGE DE LA VIERGE, sculptée sur bois polycbromé. Début du xin® siècle. Provient de la région de Pallars (Pyrénées). 16. DEVANT D'AUTEL provenant de la région de Léride. Début du xi® siècle. 17. DEVANT D'AUTEL peint et avec reliefs de stuc. Provenant de la région de Léride. Fin du xii® siècle. 18. ÉTENDARD DE SAINT EUDES, en forme de rectangle d'où pendent trois lambrequins, la figure du Créateur. Œuvre de broderie du xii® siècle. Pro¬ avec vient de la Seu d'Urgell. 19. HOMÉLIES DE BEDA, manuscrit avec illustrations figuratives sans polychro¬ mie. Provient de la cathédrale de Gérone. xi® siècle. 20. ENSEMBLE DE DÉCORATION MURALE de l'église de Sainte-Marie de Tabull (vallée de Saint-Jean-de-Bobi, dans les Pyrénées), xii® siècle. 21. CROIX EN ARGENT décorée de plaques d'émail et cabochons inscrustés. Provient de Gérone. Milieu du xiii® siècle. 22. DEVANT D'AUTEL provenant de l'église de Saint-Martin de Gombreny (région de Vie) et considérée comme la plus ancienne peinture mobile connue dans l'Occident. Fin du x® siècle. 23. LIVRE DE L'APOCALYPSE, manuscrit avec illustrations polycbromées de style mozarabe, x® siècle. Provenant du trésor de la Généralité de Catalogne. 24. TAPIS BRODÉ DÉ LA GENÈSÉ, il représente la création du monde. Provient de la cathédrale de Gérone. xii® siècle. 25. DEVANT D'AUTEL de la Seu d'Urgell, peinture sur panneau de bois, xi® siècle. 26. IMAGE DE LA VIERGE, sculpture sur bois polycbromée. Provient de la comarque de Tremp, xii® siècle. SALLE III 27. FIGURE DE LA VIERGE formant partie d'un groupe de descente de croix. Provient de l'église de Durro (Pyrénées). 28. FRAGMENT D'UNE PEINTURE MURALE avec figures d'apôtres. Provient de l'église de Saint-Pierre du Burgal. xii® siècle. 29. BUSTE D'UNE IMAGE DU CHRIST formant partie d'un groupe de descente de croix. Provient d'un village aragonais des Pyrénées, xn® siècle. 30. FRAGMENT D'UNE PEINTURE MURALE avec la représentation de la Vierge et de saint Pierre. Provient de Saint-Pierre du Burgal. xii® siècle. 31. IMAGE D'UN PROPHÈTE (fragment de peinture murale) provenant de Sorpe (Pyrénées), xii® siècle. 32. ENSEMBLE DE DÉCORATION MURALE de l'abside de Saint-Clément de Tahull (vallée de Bohi, dans les Pyrénées), xii® siècle. 33. CROIX EN ARGENT avec des plaques d'émail. Provient de la région de Vie. XIII® siècle. 34. DEVANT D'AUTEL sculpté sur bois formant une composition en relief avec le Christ, les symboles des Evangélistes et figures d'apôtres. Provient de l'église de Saint-Clément de Tahull. xii® siècle. 35. IMAGE D'UN PROPHÈTE (fragment de décoration murale) provenant de Sorpe. XII® siècle. 36. FRAGMENT DE DÉCORATION MURALE de Saint-Pierre du les figures de la Vierge Burgal, avec et de saint Pierre, xii® siècle. Dans cette salle, derrière Vabside de Saint-Clément de Tahull sont déposées les pièces suivantes : Image d'un éfêque, sculpture — surbois polychrome. Début du X/P® siècle. Panneau d'un rétable de sainte Claire et un fragment de prédelle, œuvres du peintre Lluis Borrassà, provenant du musée de Vie. X/F® siècle. Devant d'autel de Saint-Michel de Suriguerola, peinture à la détrempe prove¬ nant d'Urtg (Cerdagne). Fin du XIIF siècle. — Rétable de saint Thomas, provenant de l'église de Lladó. Début du X/U® siècle. — Bétable de Saint-Dominique de Tamarite. Début du X/P® siècle. — Panneau avec l'image de saint Pierre, provenant d'une église des environs de Barbastro. X/P® siècle. — Devant d'autel d'Avià (région de Berga) avec l'image de la Vierge. Fin du X///® siècle. — Peinture à la fresque avec trois figures d'apôtres provenant de l'église d'Argo- lell. X//® siècle. — Panneau central du rétable de la Transfiguration, provenant de la cathédrale de Barcelone. Œuvre du peintre dit le «.Maître de Saint-Geor ges y> (Mestre de San Jordi.) — Image de la Vierge, sculpture sur bois doré et polychromé. X/P® siècle. — Image de saint Laurent, sculpture sur bois polychromé. X/P® siècle. Fragment de la décoration murale de Saint-Pierre de Sorpe, représentant — l'agneau mystique. X//® siècle. Fragment de décoration murale de Saint-Clément de Tahull, représentant la — main de Dieu. X//® siècle. Devant d'autel de Güell, avec l'image de saint Nicolas — et épisodes de la vie du Saint. — Devant d'autel provenant de l'église de Valltarga. Peinture sur bois avec la repré¬ sentation du Pantocrator. X///® siècle. SALLE IV 37. DEVANT D'AUTEL décoré de relief en stuc. Provient de la région de Lérida. XIII® siècle. 38. IMAGE DU CHRIST en croix, de provenance pyrénéenne. Première moitié du XII® siècle. 39. DEVANT D'AUTEL décoré de relief en stuc avec la figuration d'un saint évoque et des scènes de sa vie. xin® siècle. 40. IMAGE DE LA VIERGE, sculpture polychromée. Début du xni® siècle.^ 41. PEINTURE MURALE d'Andorre-la-Vieille, avec la figure de saint Zacharie et d'un ange. 42. IMAGE DU CHRIST correspondant au type du Christ de Lucques. xn® siècle. 43. DEVANT D'AUTEL de Planés, avec des reliefs en stuc imitant le travail d'émaillerie de Limoges, xiii® siècle. 44. RÉTARLE DES SAINTS ÉVËQUES, provenant de Saint-Sadurni de Taber- noles. 45. SIX VOLETS D'UN POLYPTIQUE avec les figures des Rois Mages et de la . Vierge, xii® siècle. 46. DANC pour trois prêtres, construit en bois, provenant de l'église de Saint- Clément de Tahull. xii® siècle. SALLE V 47. IMAGE DE LA VIERGE faisant partie d'une descente de croix. Provient de la vallée de Bobi (Pyrénées). 43. GROUPE D'UNE DESCENTE DE CROIX avec les images du Christ, de la Vierge, de saint Josep d'Arimathie et du bon larron. Sculptures en bois des¬ tinées à être recouvertes de toile et de plâtre. 49. IMAGE DE LA VIERGE, sculpture sur bois polychromé. Fin du xn® siècle. 50. PEINTURE MURALE que décorait l'abside de Saint-Micbel d'Anguslasters (Vallée d'Andorre) xii® siècle. 51. CROIX de Riells del Fai, faite d'une plaque d'argent repoussée et fixée sur une armature de bois, xii® siècle. 52. DEVANT D'AUTEL avec la représentation de la légende de saint Quirse et sainte Julita, provenant des Pyrénées. Début du xii® siècle. 53. IMAGE DE LA VIERGE, sculpture sur bois polychromée, provenant de l'église d'Ail (Cerdagne). Fin du xii® siècle. 54. CHRIST EN MAJESTÉ, sculpture sur bois polychromée. Fin du xi® siècle. 55. IMAGE DE SAINT JEAN, faisant partie d'un groupe de descente de croix. Provient d'Erill-la-Vall (Pyrénées). SALLE VI 56. PANNEAU DE L'ANNONCIATION ET DE L'ADORATION DES ROIS MAGES, fragment d'un grand rétable provenant de Cardona, dans le style de Ferrer Bassa, xiv® siècle. 57. IMAGE D'UNE SAINTE, sculpture sur bois doré et polychromé. xiv® siècle. 58. RÉTABLE DU SAINT SAUVEUR DE GUARDIOLA, œuvre du peintre Lluis Borrassà, xiv® siècle. 59. IMAGE D'UN SAINT ÉVËQUE, sculpture sur bois polychromé. Début du XIV® siècle. 60. TROIS I.VÍAGES D'UN CALVAIRE (la Vierge, le Christ et saint Jean), sculp¬ tures en bois polychromé, provenant de la frontière de Valence. .Milieu du XIV® siècle. 61. RÉTABLE D'ESTOPINYAN. Première moitié du xiv® siècle. 62. PANNEAU DU RÉTABLE DE SAINTE-CLAIRE, œuvre de Lluis Borrassà. XIV® siècle. 63. I.VIAGE DE LA VIERGE, sculpture en albâtre provenant de l'église de Sallent. XIV® siècle. 64. STATUE DITE DE CHARLEMAGNE, représentant un roi d'Aragon, sculp¬ ture en albâtre, provenant de la cathédrale de Gérone. xiv® siècle. 65. PANNEAU DU RÉTABLE DE SAINTE CLAIRE, œuvre du peintre Lluis Borrassà. 66. RETABLÉ DE TOUS-LES-SAINTS, provenant du monastère de Saint-Cugat- du-Vallès, attribuéau peintre .Jaume Serra, xiv® siècle. 67. VOLETS D'UN POLYPTIQUE dédié à sainte Agathe, sculpture polychromée. XIV® siècle. 68. IMAGE DE SAINT JEAN EVANGÉLISTE, sculpture sur bois polychromé. Début du XIV® siècle. 69. RETABLE du MONASTÈRE DE SIXENA, attribué au peintre Jaume Serra. XIV® siècle. 70. IMAGE DE LA VIERGE MARIE, statue en bois polychromé provenant de la région de Lérida. Début du xiv® siècle. 71. RETABLE DU CHATEAU DE SANTA COLOMA DE QUERALT, œuvre ano¬ nyme de la première moitié du xiv® siècle, dédiée à saint Jean-Baptiste et à saint Jean-Evangéliste. . 72. TABLEAU DE LA VIERGE DE TORTOSA, œuvre attribuée au peintre Pere Serra, xiv® siècle. 73. DEVANT D'AUTEL BRODÉ. Milieu du xiv® siècle. 74 et 75. retable ET BALDAQUIN FORMANT L'AUTEL DE LA CATHɬ DRALE DE GERONE, travail en argent repoussé et rehaussé de pierres pré¬ cieuses et d'émaux translucides, œuvre des maîtres Pere Barnés, Bartomeu et Raymond Andreu, xiv® siècle. SALLE VII 76. IMAGE D'UN SAINT DIACRE, sculpture sur bois. Provient de l'église de Tredòs (val d'Aran). xiv® siècle. 77. PANNEAU D'UN RÉTABLE attribué au peintre anonyme dit le « Maître d'Albatarrec ». xiv® siècle. 78-79- CINQ PANNEAUX DU GRAND RÉTABLE DE LA TRANSFIGURA- 83-84- TION, œuvre du peintre anonyme dit le «Maître de Saint-Georges» (Mestre 86. de Sant Jordi). Première moitié du xv® siècle. Provient de la cathédrale de Barcelone. — 107 — 80. RËTABLE DE SAINT VICENT DE MENÀRGUENS, œuvre du « Maître de Saint-Georges ». 81. RETABLE de la vierge des conseilleurs de la chapelle de ITlôtel de Ville de Barcelone, œuvre du peintre Lluis Dalmau, xv® siècle. 82. PANNEAU DU RETABLE DES SAINTS JEAN ; cette œuvre appartient à l'Ecole du «Maître de Saint-Georges». Provient de la cathédrale de Tarragone. 85. LIVRE AVEC MINIATURES. Martyrologue du xiv® siècle, décoré de minia¬ tures d'école bohémienne. Provient de la bibliothèque de l'Infante Don Pere d'Aragon au monastère de Poblet. 87. PANNEAU D'UN RETABLE DE SANTA MARIA DE CERVERA, œuvre attribuée peintre appelé «Maître Ferrer», xv® siècle. au 88. STATUE D'UN ROI, attribuée au sculpteur Jaume Cascalls. Provient de l'église de La Figuera, xiv® siècle. SALLE VIII 89. TROIS PANNEAUX DU RETABLE DE GRANOLLERS, avec figures de 100- prophètes, œuvre de Pau Verges. Seconde moitié du xv® siècle. 104. 90- ENSEMBLE DE VÊTEMENTS LITURGIQUES DE LA CHAPELLE DE 94- SAINT-GEORGES DU PALAIS DE LA GENERALITE DE CATALOGNE, 95- formé de quatre pièces ; a) une dalmatique avec collet de velours ; b) une dal- 98. matique avec une étole et un collet de velours ; c) une chape de velours cramoisi avec deux manipules ; et d) une chasuble de velours avec une étole et deux mani¬ pules. Travail de broderieen relief avec de la soie, de l'argent et de l'or, xv® siècle. 91. IMAGE D'UN SAINT ÉVËQUE, sculpture en bois taillé et doré provenant de Bellpuig (région de Lérida). Milieu du xv® siècle. 92. LA CONFESSION DES MANICHEENS. PANNEAU DU GRAND RETABLE - DE SAINT-AUGUSTIN, DE LA CORPORATION DES CARDEURS DE BARCELONE au xv® siècle. Œuvre de Jaume Huguet. 93. IMAGE D'UN SAINT EVÊQUE, sculpture sur bois polycbromé. Seconde moitié du XV® siècle. 96. DEVANT D'AUTEL DE LA CHAPELLE DE SAINT-GEORGES, AU PALAIS DE LA GENERALITE, travail de broderie en relief, xv® siècle. 97. IMAGE DE SAINT MICHEL, sculpture sur bois polycbromé. Milieu du xv® siècle. 99. TABLEAU DE SAINT GEORGES, partie centrale d'un tryptique. Qîuvre du peintre Jaume Huguet. Seconde moitié du xv® siècle. PANNEAUX DU RETABLE DE SAINT-VINCENT DE 101-103-105. TROIS SARRIA, du peintre Jaume Huguet. œuvre 102. PANNEAU CENTRAL DU RETABLE DU CONNETABLE DE PORTU¬ GAL à la chapelle de Sainte-Agathe (Barcelone), œuvre de Jaume Huguet. 106. TABLEAU DE LA CONSECRATION DE SAINT AUGUSTIN, œuvre de l'atelier des frères Vergés. — 108 — SALLE IX 108. CROIX EN ARCxENT DE PERELADA. Fin du xive siècle. 109 et 110. IMAGES D'APOTRES, statuettes en bois en demi-relief, xii® siècle. 111. TABLEAU DE LA DÉCOLLATION DE SAINT CUGAT (saint Cucufa), attri¬ bué au Maître cordouan Alfonso de Baeza, xv® siècle. 112. ÉPÉE DU CONNÉTABLE DE PORTUGAL, PIERRE D'ARAGON, travail en bronze doré. Provient de la cathédrale de Barcelone. 113. CHAISE D'ARGENT DITE DU ROI MARTIN. Provient de la cathédrale de Barcelone. 114. MITRE DE SAINT OLEGUER, broderie du xiii® siècle. Provient de la cathé¬ drale de Barcelone. 115 à 124. ENSEMBLE DE JOYAUX, OFFRANDES VOTIVES POUR L'OSTEN¬ SOIR DE LA CATHÉDRALE DE BARCELONE : 115 : huit bagues en or formant un fermoir, avec émeraudes, saphirs, rubis et topazes ; 116 : une bague en or, avec une émeraude 117 : une bague en or, avee une émeraude ; 118 : un ; pendentif en or, avec uneaméthyste e des perles ; 119 : un reliquaire en ivoire et or, avec des perles ; 120 ; un pendentif en or, avec une améthyste et des perles ; 121 ; un pendentif en or, avec émaux en forme de coq 122 : une ; croix en argent doré, avee des topazes ; 123 : une eroix avec émeraudes ; 124 : une croix en argent doré, avec des lapis-lazuli. 125. UNE ARCHE EN ARGENT, xiv® siècle. 126. CEINTURE DE LA REINE, offrande votive pour l'ostensoir de la eatbédrale de Barcelone (garniture de harnais de tournoi avec ornements), xv® sièele. 127. CROIX EN ARGENT. Fin du xiv® siècle. Provient de la cathédrale de Gérone. 128. PRÉDELLE D'UN RÉTABLE, œuvre de Lluis Borrassà. 129. COURONNES DITES DU ROI MARTIN, coupole de l'ostensoir de la cathédrale de Barcelone, xiv® siècle. 130. COLLIER DIT DE CHARLES-QUINT. 131. COFFRET EN CUIVRE DORÉ, xiv® siècle. 132. RELIQUAIRE, imitation en bois peint du travail d'orfèvrerie, xiii® siècle. 133. COFFRET DE NOCES, xiv® siècle. 134. OSTENSOIR EN ARGENT DORÉ DE LA CATHÉDRALE DE BARCE¬ LONE. 135. PIÉTA DU CPIANOINE DESPEA, table du peintre cordouan Bartolomé Bermejo, xv® siècle. 136. IMAGE DE L'ENFANT JÉSUS, sculpture en bois. 137. CROIX DE SAINTE EULALIE, en argent doré, et décorée d'émaux translu¬ cides. XV® siècle. 138. STATUETTE DU PANTOCRATOR, sculpture en demi-relief sur bois, xii® sièele. 139 à 146. SÉRIE DE HUIT PIÈCES DE VERRERIE CATALANE ÉMAILLÉE, décorées avec des reliefs et ornements en pâte de couleurs à la manière de Damas (trois vases en vitre, décorés ; une assiette à pied, trois assiettes à fruits et une petite chaudière), xv® et xvi® siècles. 147. ARCHE RELIQUAIRE de Camprodon, xiv® siècle. 148 à 153. DEUX COUVERTURES D'ÉVANGÉLIAIRES EN ARGENT, formant partie de l'autel en argent de la cathédrale de Gérone. — 109 — 149. CROIX DE VILABERTRAN, en argent repoussé. 150 et 151. IMAGES D'APOTRES, sculptures en demi-relief sur bois. 152. COFFRET RELIQUAIRE en argent, xiv® siècle. 154. PRËDELLE DE RÉTABLE, œuvre de peintre Lluis Borrassà, xive siècle. 155 à 163. SÉRIE DE VERRES CATALANS ÉMAILLÉS à la manière de Damas (deux coupes décorées d'émaux, deux vases en vitre, deux vases pour lampe, deux assiettes), xv®, xvi® et xvii® siècles. 164. STATUETTE DE SAINT GEORGES, sculpture en argent provenant de la chapelle de Saint-Georges du Palais de la Généralité, xvi® siècle. NOTE. —Sous Varche de Camprodon on a déposé une image en relief représentant la crucifixion de saint Pierre et une bâcle de l'éoêque Annold de Corb, et dans la cave du château, on a déposé avec des pièces accessoires, une image en argent provenant de la cathédrale de Barcelone, un livre de messe dit de sainte Eulalie, et un manuscrit provenant de Lérida. — 110 — Jeu de llall d'entrée et escalier (Autel, de Ta.,. -#S ( í!í-':*KU .My ■' «•¿•vv '- - r -• ■*'^··' ",M' ;,-J»*^ ¿r, i®# laafeafej» m. ML-,, s - -4 ^'*' . ' ' -y .^íálfe"AÍ5^-ym' Musée du Jeu de Paun, (ialerie de peinture et de sculpture romam I Château de Maisons-Lajfi \n'ÍK'ée. au Château de Maisons-Laffïtte de L'abside de Sant-Clinient de Tahi Château, de Maisons-Laf(ill\ Detail de L'autel de Ta/jèrnoles dans La saLLe I de La section d'art roina\ .íH- * Château de Maisons-Laffiltt:, Cul de four de l'abside d'Andorre et sculptures de la vallée de Bolo: Château de Maisons-LalJitl' Salie de Sant-Clinient de Tahul ChàLeau de. Maisons-Laffili La grande galerie du Château avec Vault et le Ixddaquin d'argent de la Cathédrale de Géron \ I Château de Maisons-Lafjitti Vue d'ensemble de La grande galerie du Cliàtcai,, prise de l'autel d'argent de (jéro/u Chateau de Maisons-La Fond de la Grande Galerie avec le retahh de la Vierge des Conseillers de Dalmai ' /.Ti rlf '-itíi' .„/J V>',#A^ V'te. iaBfâ>-i^<%2Sîrk ÍÍ^Tj *1. Uh * i ^'« «a*»-!''*! as»" r '-t """' _x===F^^7 -—rr.: ,;.,I.^^ flliWlMn^Tttyflti •'•"■- ' l i^dm^, Cluileau de MaLsons-La/fiïn \'iie il'enseinhie de Iddj.side de Santa Maria deTahulX fe <-■< "'i' ¿ ■,„ ; t> - v> ÍT í t\ V^r, tfiSvCí fk 'C" ''1^1 ■.f?^|;'.-tr •- i -  • ■fc»í»?*Á * í&' á --Sí''- •4í ^ 'KT^V -''> V''-«ufe r - / V' -Avn •- • • v^·;í·:.■î·íî■.r·'v .- -;^- •-,. ■ ■^V.ií.: f, í^<'; .... A-^- r '4 •* í- r ■*■> '^'*"¡ ir" v-J'»;!!^ ' ' ,. . . - 4Í/ W£j-5í'íi#í%. . « »ÎÇ íVftrtï -..i'-i'i*2ji'Í!ÍV i- '.." 'l'fi -.■ -'i :•••< •• Les ('(Iliions /'rancat.sc, anglaise cl aUcniandc de l'Art de la CaLaiogm (¡ai lareni ¡mbHécs par les Cahiers d'Art à ^occasion de l'li.rposUion d'Art ralalan à Caris et obtinrent an succès de cente et de critique extraordinaire ■•-I íit¿5 P-"l^■ ^'^jí^i'^»'·'·'v|l^^SSs Mi'-.^^mm'"M»' ^^•-«■>>.4-\·'''·-: ^-L·^úi}^fJSÈ£^:'m'9··Mm •- • vtó < V. . ^Sifí'. '; i •i-^·'í·.·i.Vt i-• . ' L -'*-- ^ •- ■' , ' /•• ' .' IMPRIMEURS, PARIS . .L , • ™^- -'^" MOURLOT FRRRlílS, iin'i—"• - n-^ínr ' - • LIBRERIA DE LAS GALERIAS LAYETANAS. Barcelona - Av. José Antonio, 613 - Teli. 12826 INSTITUTO AMATLLElí DE ARTE HISPÁNICO ^gistro; .o, ^■•VcJLi^OLn Sala Armarlo n / 'K S Estante .... ^ ' • " . ^£é INSTITUT AMATLLER D'ART HISPÀNIC ID. BIB: 2^^ NUM. REG: M +\'^- CxdaueÀ Kel iíHií jÜ IPÍhPHIÍ iÜMi r^i iií !|SgS; igs^bíi ïil piiüi Íf?{í|KniÍlH5 il iii fiï piÉlHaîBl il ¡íKSHui-qü tiJ-.s*,;» IpÉi ÜÉII il Élpilf -yPl i l ïi iñjnühH : !— «ínrfi Sis" rt -sf E(5-1x)[CpAT]o937. ART